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de vérité que revêtent les invraisemblables créatures de la « Reine des Fées ». Or cette vérité-là peut suffire. Réunissez les architectures les plus artificielles, les groupements d’arbres, de collines et de nappes d’eau les plus factices, les anachronismes les plus criants de costumes et de personnages, le riche enveloppement de la lumière atténuera tous les disparates et, sur une toile de Claude, donnera à des scènes imaginaires un cachet de sincérité et de vraisemblance. C’est au même titre que Spenser peut être considéré comme un grand paysagiste.
Par un autre point encore cet enfant de Londres, ce poète de cour, touche à la nature. S'il ne nous a pas donné la peinture fidèle des grandes scènes du monde visible, des grands personnages de la réalité extérieure, jamais poète n’a fait plus large place à toutes ces choses gracieuses, douces et souriantes qui charment également les dieux païens et les villageois, et qui peuvent être mêlées, sans qu’il soit besoin de les modifier, aux rêveries les plus idéales. C’est à tout le poème de la « Reine des Fées » que nous pouvons appliquer ce qu’il dit lui-même du « Bosquet de Bonheur ! » : « Les oiseaux et les « voix, les instruments, les murmures du vent et de l’eau, tout « y forme harmonie ». Avec quelle profusion aussi les fleurs y croissent! Non pas la fleur symbolique du moyen âge, mais celles qu’il à vues en effet dans les campagnes d'Angleterre, et sur les bords de la Mulla. Elles parsèment ces clairières inondées de lumière, où se déroulent ses nobles visions; elles ne sont pas moins nombreuses sur l’épais tapis des forêts; elles tombent en pluie et se mêlent aux cheveux des jeunes filles qui fuient sous la ramée”; elles parfument l’eau où se baigne Chrysogone*; Vénus les répand à pleines mains sur la fontaine où Adonis rafraichit ses membres fatigués “; et, quand l’occasion s’en offre, le poète réunit en une gerbe brillante mille fleurs qu’il se plaît à décrire ou à nommer l’une après
4 « For all that pleasing is to living eare Was then consorted in one harmonee; Birds, voices, instruments, windes, waters, all agree :
« The joyous birdes, shrouded in chearefull shade Their notes unto the voice attempred sweet, » (The Faerie Queene, Bk. I, canto XII, str. LXxX, LxxI.)
2. The Faerie Queene, Bk. II, canto IL, str. xxx. 3. Ibid., Bk. II, canto VI, str. vi.