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Voici, par exemple, une description de Giles Fletcher

« The flowers-de-luce, and the round sparks of dew

That hung upon their azure leaves did shew

Like twinkling stars that sparkle in the evening blue. » (Chrisls Viclory and Triumph.)

Il y a une observation délicate, et faite pour charmer un impressionniste, dans cette notation de la couleur particulière du feuillage du lis. II est vrai que, soit pauvreté de la langue, soit désir d'appuyer sur l'observation, le mot « azure » exagère le caractère signalé. Mais surtout nous cessons entièrement d'avoir à faire à une sensation vraie, sincèrement rendue, quand ces gouttes de rosée sur les feuilles du lis sont comparées à des étoiles étincelant sur le bleu sombre du ciel.

Voici de Phineas Flechter le début d’une peinture du matin :

« The early morn lets out the peeping day, And strew’d his path with golden marigolds. » (The Purple Island.)

Les vers sont gracieux, et ingénieux à l’excès; mais les détails accumulés dans ces deux vers n’ont pas cette précison et cette vérilé qui fait le charme de tant de descriptions analogues chez les grands poètes descriptifs.

Il serait facile de multiplier de pareils exemples; mais il serait de toute injustice de ne pas signaler, en dépit de ce mélange d’une verve moins spontanée et d’un goût moins sûr, de très heureux passages descriptifs chez plus d’un de ces poètes. Les « Pastorales » de William Browne manifestent un vif amour de la campagne. On trouverait chez Wil. Drummond, chez Habington, chez Herbert, chez Chamberlayne ou Waller, maint petit tableau qui mériterait d’être cité à côté de la description gracieuse et fraiche du printemps que donne Carew :

« Now that the winters gone », etc., ou de ces vers de Vaughan adressés à ce qui fut jadis un arbre :

« Sure thou didst flourish once, and many springs, Many bright mornings, much dew, many showers,

Passed o’er thy head; many light hearts and wings Which now are dead, logded in thy living towers.

And still a new succession sings and flies,

Fresh groves grow up, and their green branches shoot Towards the old and still enduring skies,

While the low violet thrives at their root. » Etc.

vie de la terre. Et encore, dans ce monde gracieux des fleurs dont le poète des roses a fait son domaine ‘, une préciosité savante et la préoccupation de l'effet littéraire nuisent trop souvent au charme de pièces exquises d’ailleurs ?.

Mais après la révolution, après la longue et brutale compression des républicains, après le régime de rude austérité des puritains, la réaction est complète contre les souvenirs, les admirations et les aspirations d'autrefois. La société de la Restauration n'avait cure de l'idéal, ni d’un art aux nobles et hautes jouissances. Elle vivait pour le plaisir, pour les rancunes politiques et pour les haines religieuses. La poésie se mit à son niveau. Un théâtre sans profondeur et sans vérité vint lui fournir, avec une mise en scène somptueuse et une déclamation sonore, des plaisirs faciles et vulgaires. Et d’autre part une forme poétique nouvelle apparut, qui, renonçant aux rêves d'antan, aux brillantes chimères et aux essors audacieux, revêtait du langage des vers des satires haineuses ou des dis-

1 « Were I to give thee baptisme, I wo’d chuse To christen thee, the Bride, the Bashfull Muse,

Or Muse of Roses. »

(Hesperides. To his Muse.)

2. Il faut bien justifier ce que ces remarques comportent de critique :

« Besides, the childhood of the day has kept Against you come, some orient pearls-unwept : Come, and receive them while-the light Hangs on the dew-locks of the night :

And Titan on the eastern hill Retires himselfe, or else stands still Till you come forth, »

Ce n’est pas le moins charmant des passages descriptifs qui abondent dans ce chef-d'œuvre exquis : Corinnas going a Maying. Mais n'est-il pas vrai que la nature y joue un rôle de fantaisie? Le poète érotique est sans doute ici parfait; le poète descriptif, au contraire, cesse d’être sincère quand il nous montre l'aurore, les plantes, la rosée, le dieu du soleil lui-même asservis au caprice de l’indolente Corinne.

Ou encore, on peut regretter la présence dans l’écrin de ces bijoux précieux, de plus d’une pièce trop ingénieuse, où la virtuosité de l'artiste relègue au second plan la nature qui lui fournit un sujet. Il ne se contente pas de chanter les fleurs; il veut aussi nous apprendre pourquoi les roses sont rouges, les lis blancs, ou les primroses vertes. Les pièces un peu maniérées, sentant la poudre et le fard, où il nous fournit ainsi les « causes des choses » ne valent pas un vers, un mot d’émolion simple comme il en sait aussi trouver :

« Follow me weeping to my turfe, and there Let fall a primrose, and with it a teare. »

- (To Perilla.)

VFIer

cussions politiques et religieuses. Peut-être eùt-ce été l'aboutissement naturel du mouvement que nous avons plus haut noté. La pensée, sous la forme de raisonnements et d'exposés didactiques, tendait à passer de plus en plus au premier plan. Le poème descriptif par excellence de la période qui précède la révolution, c'est le Cooper's Hill de Denham. Les digressions sentimentales y occupent autant de place que la peinture des choses, et la réflexion morale y est une plus puissante source d'inspiration que la jouissance des beautés naturelles. Quoi qu'il en soit, avec la Restauration la transformation est consommée. Dans la littérature qui règne alors, Milton est isolé, comme une étoile lointaine ‘. Il vit des inspirations et des souvenirs d’une ère close; il écrit pour un âge à venir. L'Angleterre est fatiguée de l’exubérante production à laquelle sa poésie a fourni pendant plus d’un demi-siècle. L'exemple de la France était là pour montrer qu'une forme littéraire où l'imagination prévaut moins que la raison peut avoir aussi sa beauté, plus sévère et plus froide. Un grand écrivain parut à point pour donner satisfaction au goût nouveau; et le génie de Dryden consacra, pour une période prolongée, l’hégémonie de l'esprit classique en Angleterre.

Dire quelles hautes et puissantes qualités Dryden manifeste dans son œuvre immense, ce n’est pas notre tâche. Ce qu'il nous faut constater c'est que parmi ces qualités ne figure pas le don d’évocation du monde matériel. Le poète est trop voisin des grands peintres de la Renaissance pour qu'on ne retrouve jamais chez lui quelque reflet de leur foyer. Il s'élève parfois d’un coup d’aile au-dessus des misères scolastiques de ses sujets. Une image éclatante, une comparaison bien venue nous donnent alors comme un écho de la poésie des maîtres, et ouvrent quelques échappées sur la grande scène de la nature. Mais on sent trop qu'il y a là des souvenirs littéraires plutôt que des observations directes; ce n’est pas dans les champs ou les bois, c’est dans les vers des poètes que Dryden a connu le monde. Ces passages forment du reste de rares exceptions *, Discuter, prouver et surtout réfuter, telle est la

Le « His soul was like a star and diwelt apart. » (Wordsworth.) -

2, M. Taine en a relevé quelques-uns, comme ces quatre vers charmants

du Prologue à la seconde duchesse d'York (On her Return from Scotland) :

besogne de Dryden. Il y suffit d’éloquence, d’ironie, de passion !; il n’est pas besoin d’y réserver une place aux scènes du monde matériel. Et ce monde, en effet, il l’ignore le plus souvent, ou bien il lui arrive de le profaner. Le Léman et les Alpes sont pour lui une mare et une muraille ?. La nature est absente de son œuvre parce qu’il ne la sent ni ne l’aime. Dans la jolie pièce qu'il adresse à son cousin John Driden, il fait, non sans agrément, l'éloge de la vie d’un gentilhomme campagnard; mais de ces hautes jouissances que peuvent donner les spectacles de la nature, il n’est pas une fois question. N'y eût-il pas d’autre raison que celle-là, Dryden est, par cette insensibilité à la beauté des choses, l’infidèle disciple de ce Shakespeare dont il a sans cesse le portrait devant les yeux, et dont il implore la bénédiction avant d'écrire. Il n’est pas seulement inférieur au maître; il est, quoi qu’il en dise, d’une autre race ÿ.

Pope.

Après Dryden, après son œuvre puissante, mais inégale et heurtée, tour à tour brillante d’une vive flamme, puis assombrie et fuligineuse, il reste un progrès à faire à l’école classique en Angleterre. Il lui faut acquérir le don de mesure et de goût; il lui faut assouplir et tremper plus finement le

« For her the weeping heavens become serene » (v. 26 et suiv.). On en pourrait ajouter quelques autres, pas beaucoup, sauf dans les Fables (Palamon and Arcite, Bk. I, v. 170; Bk. IT, v. 39; Bk. IT, v. 123, elc.), mais alors c’est le vieux Chaucer et non pas Dryden qui nous charme.

4, « But satire will have room where’er [ write. » : (To Sir Godfrey Kneller, v. 94.) SE « What though your native kennel still be small,

Bounded betwixt a puddle and a wall. »

(The Hind and the Panther, v. 204, 205.)

3. « Shakespeare, thy gift, [ place before my sight; With awe I ask his blessing ere 1 write; With reverence look on his majestic face; Proud,to be less, but of his godlike race. »

(To Sir Godfrey Kneller.)

solide métal dont était faite la langue de Dryden. Cette transformation qui, toutes proportions gardées, n’est pas sans analogie avec la progression par laquelle chez nous au style de Corneille succéda celui de Racine, fut la tâche et fut l’œuvre de Pope.

On sait quelles merveilleuses aptitudes révélait dès l’enfance le futur héritier de Dryden. Il bégayait en vers, comme il l'a dit lui-même, et telle était sa complète possession de toutes les ressources de l’art, qu'avant l’âge d’homme il avait produit, avec l’ « Essai sur la Critique », un chef-d'œuvre dans un genre qui semble réservé au talent müûri par les années et nourri par l’expérience. Il ne lui a même manqué ni l’exacte perception, ni le talent de description des choses. Il faut à cet égard distinguer dans sa carrière littéraire trois périodes distinctes. L’énorme labeur qui correspond à ses traductions d’Homère remplit ici le même rôle qu’a joué dans la vie de Milton la période d’agitations politiques. Nous nous trouvons, après cet intervalle prolongé, en face d’un poète différent de celui que nous avions auparavant connu. Or, les œuvres de la première période font seules une place au sentiment de la nature. Les imitations de Chaucer, les « Pastorales », la &« Forêt de Windsor », etc., nous laissent comprendre que le poète aurait pu être un peintre du monde matériel. Gardons-nous, du reste, de rien exagérer. Un critique éminent exprimait dans une étude récente cette opinion que le premier Pope annonçait des qualités de rare et précieuse essence qui ont été plus tard et sans compensation faussées ou détruites !. Nous pensons au contraire que la véritable puissance de Pope, le plein épanouissement de son génie se trouvent dans les épiîtres, les satires (y compris la Dunciad) et les £ssays de ses dernières années. Quelque jugement qu’on puisse porter sur le genre, le poète y règne sans rival. Il n’aurait jamais figuré que dans un rang modeste parmi les poètes d’imagination, de passion, de lyrisme. Et de même aussi ses peintures du monde matériel, précieuses à noter dans les premières œuvres, parce qu’elles ne se retrouvent plus dans les dernières, n’ont pas pour effet de l’égaler aux grands poètes de la nature.

4. « Le premier Pope est tout lyrique, d’une fantaisie ailée et hardie, d’une passion vive et charmante, il nous semble apercevoir en lui un poète en puissance bien autrement grand que celui que nous connaissons. » (Eu. MonréGur, Heures de lecture d'un critique, p. 85, 86)

Dans bon nombre de ces poèmes de jeunesse, il voit surtout le monde à travers les œuvres qu’il imite ou traduit. Les images qu'il nous en donne sont un reflet indirect. Si dans « le Temple de la Renommée », dans « January et May », dans « la Femme de Bath » nous retrouvons quelque chose de cette joyeuse ivresse que les splendeurs de la terre inspirent à Chaucer, nous sentons bien que nous le devons à la sève puissante du vieux conteur, plutôt qu’à une sympathie de génie de son traducteur ‘. Parmi les nombreux souvenirs de Virgile qui, insérés dans les & Pastorales », en font presque d’ingénieux centons, beaucoup sont descriptifs. Leur charme nous vient du poète latin, quand le traducteur ne les à pas gâtés par le mélange d’un faux goût qui n’a rien de virgilien. La pluie féconde et joyeuse deviendra par exemple, grâce à une très légère modification verbale, les larmes silencieuses de Jupiter se joignant au deuil de la nature *. Et quand nous rencontrons un vers de Spencer transporté de toutes pièces dans l’« Été », il se détache du reste par une franchise d’allure et une netteté d'image qui font ressortir le caractère artificiel de ces petits poèmes *.

Mais la part ainsi faite à l’imitation et même au goût maniéré d’un très jeune écrivain, il faut reconnaître dans quelques-uns de ces vers descriptifs de Pope une fine précision qui n’a rien de banal. S'il y a des réminiscences, elles sont très heureusement appropriées, fondues et confondues dans l’esprit et dans la langue du poète quand il nous parle de « brises printanières

À. Par exemple dans ce passage où la notation de quelques faits naturels sert à Chaucer, et à son traducteur, à exprimer plus de vraie passion que M. Montégut ne réussit à nous en montrer dans tout le poème d’ « Héloïse et Abélard » : :

« Awake, my love, disclose thy radiant eyes;

Arise, my wife, my beauteous lady, rise!

Hear how the doves with pensive notes complain,

And in soft murmurs tell the trees their pain :

The winter’s past; the clouds and tempest fly;

The sun adorns the fields, and brightens all the sky. » (January and May, v. 525, 530.)

2. « Jupiter et læto descendet plurimüs imbri » (« Eglogue VII », v. 60) devient chez Pope : « And Jove consented in a silent shower. » (Summer, v. 8.)

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