Voir plus haut, première partie, p
2. « Thomson was educated in Scotland, where the new style, we believe had not yet become familiar. » (The Edinburgh Review, vol. 18, p. 182 [errrey ?])
RS
une abondante réserve de poésie et de talent. C’est de cette région de montagnes que viendra pour l'Angleterre, comme un peu plus tard viendra des Alpes pour la France, le souffle qui doit faire reverdir dans les lettres la passion et l’imagination, le naturel et la poésie de la nature. Le génie de cette littérature naissante de l'Écosse ne prend pas immédiatement conscience de lui-même. Mais de toutes parts on voit dans les tentatives qui se produisent, un caractère commun; c’est, avec une indépendance relative de la forme, un retour à l’observation des choses et à la description. Nous le trouvons dans les chants rustiques de Francis Sempill ‘; dans le recueil de pièces anciennes et modernes de James Watson * qui donne à l'Écosse l'immortel et pathétique Auld Lang Syne; dans les ballades de William Hamilton * et les pastorales de Robert Crawford ‘. Nous le suivons dans l’œuvre abondante et très variée d’Allan Ramsay, où se trouvent un don lyrique souvent exquis, une riche veine d'humour, une fine et gracieuse puissance de pinceau, une sincère sympathie avec la nature et les hôtes de la campagne, toutes ces qualités dont l’union à fait du Gentle Shepherd un des chefs-d'œuvre, sinon le chefd'œuvre même, de la poésie pastorale. Nous le trouvons encore dans la pièce si délicate et si simple d’une grande dame, lady Grizell Baillie , dont Thomson était quelque peu parent; comme
1. Les Sempill, lairds of Renfrewshire, forment une dynastie de poètes de talent. Robert Sempill (1555-1669) est l'inventeur d’une strophe qui a fait grande fortune. Elle a fourni à Allan Ramsay, à Fergusson et à Burns leur rythme favori. — Le fils, Francis (0b. circa 1685) est un des écrivains qui ont le plus heureusement exprimé (Maggie Lauder. Fy, let us a to the Bridal », etc.) le charme de ces émotions simples et tendres que l’on suppose propres à la calme vie des champs. On lui a attribué la ballade de Auld Lang Lyne, sous la forme où elle parut dans le Recueil de Watson.
2. À choice Collection of Comic and Serious Scols Poems, both Ancient and Modern, publié en 1106, 1709 et 1714. Outre la plus ancienne ver-
‘sion connue de Auld Lang Syne, le recueil contenait la ballade de Har-
dyknute, si fort admirée par Gray, par Percy, par W. Scott. L'auteur en était Lady Wardlaw, qui mourut en 1727.
3. Né en 1104, collaborateur du Tea-Table Miscellany de Ramsay, il est l’auteur de la ballade connue The Braes of Yarrow.
4. Encore un collaborateur de Ramsay. Mourut en 1733, à l’âge de trente-cinq ans. Ses pièces, principalement The Bush aboon Traquair et Tweedside, montrent l’inspiration et le juste sentiment de la poésie pastorale.
5. Voir plus haut, première partie, p. 33. Sa jolie chanson : « Were na my heart licht I wad dee » parut en 1725 dans l’Orpheus Caledonius et fut insérée par Ramsay dans son Tea-Table Miscellany.
dans celles de ces amis, Riccaltoun ‘, Armstrong ?, qui, avant lui ou en même temps que lui, ont entendu le même appel de la poésie, ont fait pour s’élever jusqu’au but indiqué le même effort vaillant, limité chez eux par un génie inférieur, lenta salix quantum pallenli cedit olivæ *
Tel est donc le milieu dans lequel s’est formé le talent de Thomson, telles sont les influences ambiantes qui ont pu en orienter la direction. Ajoutons-y cet heureux accident qui lui fit choisir, contrairement à l’exemple de Ramsay et des autres, l'anglais, de préférence au dialecte écossais, et nous aurons déterminé tous les éléments qui concourent à expliquer sa grande fortune poétique, tous, à l’exception de ce quelque chose qui résiste aux analyses du creuset, et qui est le génie lui-même. Nous savons maintenant comment expliquer ce fait au premier abord surprenant : le succès immédiat d’une œuvre qui semble en opposition absolue avec les tendances, les habitudes d’esprit, le goût confirmé de la société qui lui fait si bon accueil. Thomson est venu à point pour donner satisfaction à ce sentiment et à cet amour de la Nature qui persistaient dans l’âme et dans le cœur de l’Angleterre, alors même qu'ils se trahissaient le moins dans les œuvres consacrées et en quelque sorte officielles des littérateurs en renom.
Et cependant on ne saurait trop insister, si l’on veut comprendre la valeur profondément originale de l’œuvre nouvelle, sur le violent contraste qu’elle oppose aux productions de la poésie anglaise contemporaine. L'école classique et Pope n'avaient voulu voir dans le monde que l’homme, et l’homme abstrait, force intelligente bien plutôt que principe d’action ou que matière aux dramatiques orages des passions. Le poème de Thomson, au contraire, faisait simplement de l'homme un des détails pittoresques du tableau. Les écrivains en vogue avaient exclu toute perception de la Nature de ce monde fac- tice où ils s'étaient renfermés. Avec les « Saisons » un grand coup de vent vient ouvrir les fenêtres soigneusement fermées. Il fait entrer à flots, dans le salon élégant où devise la muse
4. Nous avons plus haut parlé de Riccaltoun (voir prem. partie, p. 17, 48) et nous avons dit que sa description d'une scène d’hiver dans le Teviotdale avait éveillé le génie de Thomson au sentiment de son propre pouvoir.
2. Il avait écrit son Winler en même temps us Thomson élaborait le sien. (Voir prem. partie, p. 18, n. 2.)