Vince, « Eglogue V », v. 16. à
LS
mondaine de Pope, l’air vif et la pleine lumière, la libre vue des choses extérieures, et jusqu'aux sons rustiques et aux senteurs des champs.
Il est difficile de supposer que le jeune Écossais n’eût pas conscience de l’audace de sa tentative. Soit estime sincère pour l’école régnante, soit concession politique aux puissances du jour, il s'efforce de faire une part dans son œuvre révolutionnaire à ces goûts du public auxquels il semble que son œuvre ait pour objet de rompre en visière. En réalité ses innovations ne sont pas d’un destructeur. Il rend une importance prépondérante à un élément de poésie que son siècle avait délaissé; mais il reste assez homme de son temps pour garder leur place, au milieu de ses peintures, à ces développements de philosophie sententieuse et sentimentale que ses contemporains prisaient fort. Il croit utile, lui aussi, de mêler à ses descriptions quelques épisodes moraux ou pathétiques, et sans renoncer jamais à certain fonds d’irréductible originalité, il s'efforce, avec une déférence modeste, d’y allier plus d’une concession aux doctrines littéraires en cours. Il est curieux à cet égard de le voir, dans chacune des « Saisons » qui paraissent successivement, ou, plus tard, dans les éditions nouvelles, sacrifier de plus en plus au goût régnant, allonger ses tirades de philosophie ou d'histoire, ajouter de nouveaux épisodes. Le dernier de ses éditeurs, Mr. Logie Robertson, a très justement signalé ces apports successifs des influences exercées sur Thomson à mesure que se prolonge son séjour à Londres. Mais il semble avoir singulièrement exagéré l'importance de ces modifications. 11 nous paraît, quant à nous, qu’à étudier le développement du poème, on doive être avant tout frappé d’une chose : c’est la persistance chez l’auteur d’une individualité robuste. Elle forme la charpente solide de l’œuvre à la fin
comme au début; elle se laisse couvrir mais non pas cacher
sous les ornements disparates qu’impose la mode du temps. Il nous est aujourd’hui difficile de dire laquelle des deux parties si diverses de son poème a le plus contribué au succès. Wordsworth avait évidemment tort de croire que les lecteurs
d'alors eussent été surtout frappés et charmés par les épisodes !.
4. Second Preface to the Lyrical Ballads. — Nous pouvons noter que le plus connu de ces épisodes, le bain de Musidora, ne figure pas dans la
première édilion de l’ « Eté ».
PA
Les nombreux poètes qui aussitôt après le triomphe des :
« Saisons » voulurent s'inspirer de l’œuvre nouvelle, en imitèrent plus la richesse descriptive que l’ambition philosophique ou les narrations. La vérité sans doute est que le poème plut précisément parce qu’il flattait à la fois le goût de nouveauté et l’attachement aux choses établies, qu’il rétablissait dans leurs droits la Nature et les maîtres d'autrefois, sans bannir expressément la poésie discursive mi les écrivains qui y déployaient un si rare talent.
Quoi qu’il en soit, la postérité, moins éclectique, fait un départ très net entre ces deux portions de l’œuvre. Par l’une, Thomson est un initiateur, un chef d'école original et puissant, dans la glorieuse histoire de la poésie anglaise. Par l’autre il prend rang, non pas même le premier rang, parmi les hommes de lettres qui ont versifié, au cours du dixhuitième siècle, quelques lieux communs de politique humanitaire, de banale philosophie et de sensibilité larmoyante et superficielle. Nous distinguerons nettement ces éléments si divers. Nous étudierons d’abord et principalement ce qui appartient en propre au poète, les traits d'observation et de description par lesquels vaut le poème. Puis nous isolerons, pour les examiner à part, tous ces hors-d’œuvre, passages de déclamation oratoire ou récits romanesques, qu'il introduit non pas toujours sans violence, au milieu de ses tableaux de la Nature.
Fa