Par exemple dans la St/mphonie en blanc majeur
a De ces femmes il en est une Blanche comme le clair Je lune
Sur les glaciers dans les cieux froids.
Sou sein, neige moulée en globe, Contre les camélias blaucs Kt le blanc satin de sa robe, Soutient des combats insolents.
De quel mica de neige vierge, De quelle moelle de roseau, De quelle hostie et de quel cierge A-t-on fait le blanc de !»a peau? »
{Emaux et Camées.)
Comment ne souscrirait-on pas au jugement de Henri Heine :
« Les poètes vont vainement à la chasse des métaphores pour décrira ^'
peau blanche. Théophile Gautier lui-môme n'en est pas capable. • 'i?o?'"'"
ce,'0. VÉléphant lilanc.) Réussira-t-il mieux à préciser la nuance de beaux yeux?
• Ses yeux, où le ciel se reflèle, Mêlent à leur azur amer
>n peut goûter, comme ils le méritent justement, les tours force de ces coloristes du vers. Mais les simples et larges hètes des poètes qui peignent à la façon de Thomson suffit pour mettre en jeu chez le lecteur l'imagination créatrice, leur banalité même a cet avantage de ne rien enlever à ipression générale que le poète a voulu faire naître par isemble des traits de sa description et par le rythme de son le.
ncapable de lutter avec la peinture pour la représentation > formes ou des couleurs, le langage peut, en revanche, faire pel au concours de tous les sens autres que la vue. Il peut îttre en jeu dans notre imagination le pouvoir de représenter, ssi bien que des lignes ou des surfaces colorées, des sons^ 3 odeurs, et môme des impressions de goût ou de toucher. Les sensations auditives n'accompagnent pas aussi constam- 'nt que les sensations visuelles notre perception des choses. Plains objets s'adressent à la vue seule; avec d'autres, il Tfit souvent d'un faible éloignement pour que le bruit eigne et que, demeurant visibles, ils paraissent muets. Mais 'S la représentation du monde que peut nous donner récrira, il est permis de croire que Timportance relative de ces X ordres de phénomènes est différente.
'il est vrai que les formes et les couleui^s aient avec notre i (le profondes et mystérieuses affinités; s'il est vrai que,
Qu*étoile une humide paillette Les teiiited glauques de la mer.
Comme dans Teau bleue cl profonde, Où dort plus d'un trésor coulé, On y découvre à travers Tonde La coupe du roi de Tliulé. »
{Émaii.r et Camées. Cxruici Oculi.)
. pour finir, ces quatre vers de la pièce A utie rohc rose :
«t Est-ce A la rouf^eur de l'aurore.
A la coquille de Venus.
Au botiion de sein près d eclore.
Que sont pris ces tous inconnus? >
{Émaux et Camées,)
grâce à elles, la description bien indirecte de récrivain puisse éveiller dans notre esprit et dans notre cœur mille échos endormis, ce sont cependant plus encore les sons de la nature (|ui contribuent à donner aux choses un caractère d'êtres animés, à y révéler, ou à nous y faire imaginer, les manifestations d'une vie accessible à notre connaissance et à nos svm-
pathies. Et surtout, c'est dans Tordre des phénomènes auditifs que récrivain peut le plus sûrement trouver des éléments de description conformes à la nature, à la portée, aux aptitudesde rinstrument artistique dont il dispose. La phrase, la strophe, le vei's, le uïot, autant de formes diverses de sons. Le poète, récrivain ne peut « peindre », selon la métaphore banale de la langue, qu'au moyen de sons. Il est bien vrai que, dans leur emploi artistique, les éléments du langage ne sont pas dépures notations absti*aites. Autour des mots flotte une atmosphère de sensations suj^^gérées qui soutiennent, amplilient, afûnent, diversiiient à Tinllni l'impression produite par le sens immédiat (les termes. N'est-il pas évident cependant que, de toutes les sensations, le langage excelle à traduire et à évoquer celles de l'ouïe? Les images de vision et les images auditives s'unissent dans le procédé de (K»scription de la plupart des écrivains '. L'importance relative des unes et des autres varie selon le tenipéranicnt de chaque artiste. Mais on peut, semble-t-il. trouver eonfornio aux conditions rationnelles de l'art une prédominance (les elVels auditifs. Quand il arrive que Tun de c&i ordres de sensations soit, par tel ou tel |>oète, nettement sacrifié et subordonné à l'autre, il semble que de ces deux violences: ramener à un effet de bruit une perception de la vue, ou à une sensation visuelle la perception d'un son, notre esprit accepte plus facilement la première que la seconde. Quand Milton,chez qui, nous le savons, les images sont plutôt musicales que pittoresques, écrit :
|j' s(»lril c^l ptnir iin»i ^uIIlb^c Kl sil«Mici<;u.\ r(>inino la luno ^,
I. Le InriKaKC m(':inc. cette porsie fossile, comme dit Emerson, n*cst-ii pas fait d(* métaphores t\uï transportent nos sensations siiccessivemeot dans 1rs diverses catcjzones de phénomènes?
>'. • The sun to mo is dark
And silent a^ the moon. •
^Samwn AtjonisUs, v. 8", M.)
ifiision des deux impressions ne nous choque pas. Mais l Victor Hugo, un halluciné de la vision, voit un bruit i silence, Timpérieuse puissance du maître ne suffit pas irsù nous faire accepter une assimilation impossible.
« Et c'était le clairon de rabime....
Je le considérais dans les vapeurs funèbres
Comme on verrait se taire un coq dans les ténèbres
« ....ce clairon qui se tait dans la nuit
Et qu'emplit le sommeil formidable du bruits »
1 notations de sons prédominent chez Thomson; et rien pins naturel puisque, selon une observation qui s'est déjà d'une fois imposée à nous, ce sont les phénomènes de renient et de vie, plutôt que les apparences définitives et uablesqui le frappent et qu'il s'attache à reproduire. Dans liver » où nous avons relevé quarante-deux indications de ère ou de couleur, les notations de sons s'élèvent au jre de soixante-deux *. Le poète, on le sent, n'est sourd à ne de ces mille voix par lesquelles se manifeste la vie des is. 11 a l'oreille extrêmement sensible aux inlinies modulade ces bruits. H sait quelle est l'action sur notre àme de simple et puissante musique de la nature, et son poème en fait entendre l'éternel accompagnement, ur traduire les effets sonores qui s'imposent à l'attention is superficielle : la voix de hi mer, le gémissement du vent, ondementdu torrent ou de la cascade, le vers de Thomson e ou s'apaise avec une merveilleuse souplesse, et de ces omènes si connus il nous donne une représentation égale- . e.xacte et poétique. Voyez, par exemple (autant qu'une iction peut viser à rendre im effet dû comme ici à la sono-
égende des Siècles, vol. IV, La Trompette du Jugement,
'oici quelques points de comparaison : dans J^s Pauvres Gens de
» Hcoo, 43 notalious de lumière et couleur (36 + 7) pour 20 notations
1. Dans Le Soti/re, lOo nolation.-* du premier ordre (78 -f- 27) contre 27
:ond.
s les 3(0 premiers vers de Jorclyn^ 27 impressions visuelles, et 20
ssions auditives.
.ut, bien entendu, traiter ces documents avec la prudente réserve
nvient à la plupart des données statistiques. Le relevé fait dans d'au-
•uvres pourrait modifier considérablement la prop:)rtiou. C'est une
ice générale que nous avons prétendu indiquer.
33â JAMES THOMSON.
rit('* même du texte), cette description d'un orage de tonnerre: a Partout règne une peur inquiète et une morne stupeur. Tout a à coup à Tœil ébloui la lueur rapide apparaît, loin au sud, u. déchirant la nue; et, suivant plus lentement, d'une explo- « sion qui emplit Fair, le tonnerre élève sa voix terrible. C'est « d'abord à la limite de l'horizon que se fait entendre le « grondement auguste de lorage; mais, à mesure qu'il se « rapproche, et livre aux vents les roulements de son formia dable refrain, les éclairs tracent une plus large courbe de a l'eu, le fracas devient plus assourdissant, jusqu'à ce que sur c le ciel se déploie une vaste nappe de flamme livide, qui se « referme et s'ouvre plus immense, se referme de nouveau et « s'ouvre énorme, enveloppant tout le ciel de son flamboiea ment. Et toujours suit le rugissement plus bruyant et main- « tenant déchaîné; il grandit, il devient plus profond, elles « éclats se mêlent en un horrible fracas qui secoue le ciel et | a la terre *. »
Il est difficile de ne pas penser que Byron s'est rappelé celte page magnilique en décrivant au troisième chant de ClMe- Harold ' un onige dans les Alpes. Il ajoute à la scène des Irait* qui la placent en un point précis; les montagnes dont il faillô fond de son tableau, et le lac du premier plan sont des éléments qui viennent accroître relTet; mais, en dépit d'une exagéralion qui n'échappe pas à Temphase, Byron n'a point ici surpassé la puissance descriptive de l'auteur des t Saisons».
Rappelons encore, parmi tous les exemples que l'on pourrait citer, la tempête en mer décrite dans 1' « Hiver ». Le poète y accumule les évocations de sons penjants ou graves, et la lecture de ses vers laisse à l'esprit l'impression d'un tumulte assourdissanl et confus. Rien n'est oublié des bruits précurseurs, d* l(»scris des oiseaux, ni cette voix mvstérieuse et solennelle qui vient des montagnes et que Virgile avait aussi entendue '. Pi^'^ vient le fracas des Ilots soulevés et précipités les uns sur 1^ autres, ou foueltés jusqu'à se couvrir d'écume, et le hurlement
\. Sutntner, M-28-1H3. — 2. Strophes xoii, xc.iii.
:i, « ... Vi'nlis siirgentibus aiit TreU ponli
Incipiiint af^itata liimescero, cl aridiis allia MoDtil)us audiri fragor; aut rcsonanlia longe Litlora niisceri, cl nemorum inrrebresccre tiiiirmur. -
(Géorgigues^ liv. 1, 356-359.)
Ht, et tous les éléments de désordre qui concourent à ' cette scène de chaos effrayant.
: un autre aspect du talent du poète qui nous apparaît nous constatons avec quelle fine exactitude il perçoit et
un grand nombre de faits plus délicats. Il saisit et il rappelle des bruits peu éclatants, mais non pas peu sifs, grâce auxquels nous entendons circuler Tair dans leaux. C'est le gémissement des bois courbés par le vent; )ruissement des forêts sur les montagnes ; ou le murmure jjours émane des champs de blé, sauf pendant le calme
de certaines journées d'automne. Ce sont les chants ou is infiniment variés des oiseaux, tous notés avec une 16 précision. Un passage déjà cité du a Printemps » nous itendre le chant du rossignol qui parait à Thomson, 3 à Milton, également exquis et mélancolique, la note
du coucou, la voix aiguë et bruyante de l'alouette, les nnélodies de la grive et de l'alouette des bois, le sifflelu merle, les notes gravement suaves du bouvreuil, les grès et discordants de la corneille ou du geai, le triste ure du ramier *. Ailleurs c'est Tappel bruyant du butor :ris sauvages des pluviers *; ailleurs encore les clameurs îux, le hululement du hibou, les cris aigres et perçants tnoran et du héroa'.
oète remarque aussi la valeur particulière que prennent ns famihers dans des circonstances exceptionnelles. Il a !s modifications apportées aux voix ordinaires des choses gelée de l'hiver : les cours d'eau font entendre un murplus rauque sous le froid qui les étreint, et les glaçons 3sent sur la surface du courant; la terre glacée retentit )nore sous les pas du marcheur. Enfin, et c'est encore çon de signaler Timportance des sons dans la nature, î le frappe plus que le silence succédant au bruit habituel, iieurs fois il a noté les effets imposants de ce calme inacné. C'est, au milieu des ardeurs du jour, la prairie î dont le silence est encore souligné par le cri d'un
*; c'est le silence de la nature apeurée à l'approche de :^; c'est, dans une claire nuit de printemps, le rossignol
fing, 515-612. — 2. Ibid., 20-2:i. — 3. Winter, H0-U7. — 4. Sitm- ;, 44". — 5. /6trf., 1110.
«jui MTst* st's l'IiMiils À la nature ravie et ï-ileiieieuse \ Ou bi^ii encore le i)oèle note le contraste d'un mouvement apparent avec un silence qui le ilc-ment, et il tire un heureux ellVtdela peinture de cette cascade gelée et nuiette dont les eaux enchainées semblent — et semblent seulement — rugir -.
Nous avons tenu à souligner cette importance dans les descriptions de Thomson des phénomènes auditifs. En même temps (jue nous y voyons une confirmation du caractère général que nous attribuons au poème, celui d'un tableau delà vi(î de la nature, elle est le témoignage d*unc riche et délicate organisation d'artiste. Quel que soit le parti qu'il saura tirer plus tiu-d de ses impressions, on peut dire que 1 obsen*aleor sensible à de subtiles influences des sons naturels montre un plus rare pouvoir de perception que celui auquel les sensations visuelles s'imposent de préférence. L'influence des voi.\ des choses s'exerce en nous de façon plus discrète et plus intime. Il faut un travail d'analyse plus délié pour les isoler lans ralllux des perceptions qui nous enveloppent, ou au contraire pour leur rendre dans l'œuvre poétique la place ju'elles ont dans la nature. Il convenait donc de signalerici un des traits principaux qui donnent au génie descriptif de Thomson sa valeur.
(.le n'est plus, pourrait-on dire, de description qu'il s*agi* quand nous en venons au rôle des autres sens. Les éniotious qu'ils nous fournissent ne sont pas d'ordre esthétique. L^ satislaclions du palais n'ont rien de comnmn avecles joies di> Beau ; nijns dire quelle est l'odeur d'un objet ou quelle réaction il offre an loucher, ce n'est pas nous en donner une ima?^ artisti(iu<*. Kt cependant on ne saurait omettre Tétude de c^ sens inlérieurs, si l'on veut exactement connaître et le cara^^" tère d'une u'uvre descriptive, et la richesse ou la délicatesse de l'instrument d'observation du poète.
a Dans Paul ci Virginie d, dit Sainte-Beuve, « les odeurs ^^
2. \\ inter, "48, 74U. • Tiimulluous silence Tor ail Sound -, dit en fa<'^ d iiiiL' scène analogue le poêle essayisle américain Thoreau.
mêlent à propos aux couleurs, signe de délicatesse et de sensibilité qu'on ne trouve guère, ce me semble, chez un poète moderne le plus prodigue d'éclat *. » Chez Thomson aussi les stations d'odeurs sont fréquentes, et comme chez Bernardin e Saint-Pierre, elles témoignent de cette sensibilité aux nlluences des choses que signale la critique. Mais elles ont lans le poème des « Saisons d une importance plus grande. Il le s'agit plus ici des senteurs inconnues d'une terre lointaine, ^sont les parfums associés à des choses familières; ce sont les impressions maintes fois ressenties que le poète nous •appelle. Et si ces traits ne peuvent directement concourir à lôlerminer l'image des choses décrites, qui ne sait au moins îombien est grande la part de ces sensations dans l'impression lui se dégage de certaines scènes? Nous nous trouvons ramenés ùnsi à l'observation fondamentale de ces pages. C'est l'impres- >ion suggérée par les choses, et non pas leur image directe, lue l'écrivain vise à reproduire; et, parce que les sensations ïe l'odorat peuvent jouer un rôle important dans cette impression, la notation de ces effets lui est d'un précieux concours. -fi souvenir du parfum exquis ou pénétrant qui s'érhappc 'un pré fraîchement fauché ou d'un champ de fèves en fleurs ^'oillera avec une puissance singulière le souvenir dos objets; ^ ^ans notre esprit, vibrant sous le choc de cette vive sensa- ^^y l'image de l'objet apparaîtra, plus précise et plus forte ^'aucune description formelle n'aurait pu l'évoquer. Thomson ^it la fine sensibilité qui s'ébranle à ces subtiles influences ^ odeurs; il avait aussi, grâce à son instinct d'artiste, ce sentent que son œuvre en devait être imprégnée comme lîi ^Ure elle-même. « Où trouver des mots... dont la puissance, ^"oisine de la vie, parfume mes vers de ces fines essences, de ^es souffles embaumés, qui, sans s'épuiser jamais, ne cessent 4e se répandre autour de nous*? » Aussi les indications de ce ^re abondent-elles dans les « Saisons ». Hien ne contribue ^s à donner au poème son caractère de sincérité, à quelques- 'es des scènes qu'il retrace leur physionomie de choses vues aimées. Nous avions noté, dans un autre passage, que ^omson nous montre rarement un coin découpé du panotna réel de la nature. F]n revanche, dans ses scènes un peu
*. Porlrai/s li/lêraires, vol. H, p. 129. — 2. Sprinf/. iVi-ilS.
^n''ru'rali's el va^nics, cVsl hien une almosphrre iwlJe qui ciroule. Nous entendons Jes murmures d'un vent qui n'a rien de mythologique; noiis en sentons la caresse ou le choc brutal; et il nous arrive, connue dans les campagnes de nos pays,cliarçé de douces, de vivifiantes ou d'enivrantes senteui-s. Évidemment c'est un des traits de la nature rustique par où se communique le plus directement à notre poète cette jouissance épicurienne que nous avons signalée déjà. Il goûte les plus simples de ces sensations; et, sorti de la ville, il aspire avec délices, non pas seulement Todeur des églantiers de la haie, mais aussi celle des vacheries •. Il mentionne au premier rang des caractères de la nature au printemps ces parfums prodigués dans l'air entier -. Il note Texquise odeur du muguet ', le parfum prodigue de la giroflée * ou la senteur pénétrante des jonquilles % etc. Il s'enivre avec les moissonneurs de la capiteuse odeur des foins *; et, en dépit de ses plaintes sur Timpuissance du langage ", il rend avec force la sensation délicieuse que lui a fait éprouver une de ces simples senteurs des champs : « Proa menons-nous longtemps dans ce chemin où la brise qui vient <( à nous passe sur ce champ de fèves en fleurs. L'Arabie f^ i( peut s'enorgueillir de parfums plus enivrants que celui qui, « ai)portc par chaque souffle de Tair, pénètre nos sens et ra>il « notre Ame *. »
Nous avons voulu reproduire ce passage pour montrer que si, dans la description de la nature que nous donnent les « Saisons », les sensations de l'odorat ont un rôle important* <'o n'est pas seulement par le nombre des passages qui les enregistrent, c'est autant, sinon plus, par l'intensité de Timpression subie et reproduite par le poète *.
I. Sprinf/, 105, 106. — 2. Ibid., y7, 98. — 3. Ibid,, 446, 447. ■- 4. Ibitf., 533. -- r>. Iffid., 547, iiiS. — C. Summer, 359, 360-545. -" 7. ^prinf/, 474- 1"8.
S. Sprintf, 4y'ï-;)00. Nous trouvons chez un contemporaia de Thomso*'- ^fui niinait et qui connaissait lui aussi la campagne, un souvenir decett^ nuMiic impression exquise :
- At Ihc close of day Whon tlic hean-flower and hay Breatird odours in evcry wind, Love enliven'd Ihe veins Of the damsels and swains. « (Gay, vol. I, p. 267, The Coquette Mother and herdaughter, à Sons)
U. Le « Printemps • fournirait 14 et V* Kté • 16 indications d'odeurs.Sin^"* reprenons le terme de comparaison cité précédemment, nous trouvons
Il est également vrai que la langue de Thomson éveille plus d'une fois l'imagination de sensations tactiles. Non pas qu'il se propose jamais d'insister dans sa description sur ces efîets de reliefs, de succession de plans solides qui sont le domaine de la sculpture. Son art est trop général pour rechercher cette précision matérielle, et cette solidité marmoréenne que certains poètes ont atteintes dans leurs images ^ Mais cette vive sensibilité à l'action des choses qui lui fait enregistrer si souvent des sensations de l'odorat, se révèle aussi dans nombre de termes auxquels s'associe une impression de tact. Les adjectifs smooih et surtout soft reparaissent très fréquemment dans les d Saisons ». Leur valeur est tantôt matérielle et tantôt morale. Dans ce dernier cas encore elle manifeste la tendance du poète à comparer volontiers diverses qualités des choses aux caractères d'une surface polie, moelleuse, agréable au toucher. Dans cette transposition de perceptions d'un sens à un autre qui alimente le vocabulaire de toutes les langues, les préférences d'un écrivain pour certains termes permettent de conclure à la vivacité de certaines impressions sur son Ame. Thomson a une prédilection marquée pour le mot mellow, ïï l'emploie à traduire des qualités très diverses, depuis la "ialurilé des fruits » ou le moelleux d'un vieux vin ', jusqu'à ^ 6clat tamisé d'un corps de femme vu dans l'eau *, ou au chant '^^^icieux et grave du bouvreuil *. Or c'est toujours une sensa- ^on tactile qui se retrouve au fond de toutes ces valeurs métaphoriques. On pourrait noter la même valeur d'association ^'ïs plusieurs des épithètes fréquemment employées par le ^^te. C'est un des secrets de la force et du pouvoir suggestif ^ Ses adjectifs. Entre cent exemples contentons-nous encore ' citer « 1 éclat intense et aigu )> dont il voit briller les étoiles '^ïi ciel d'hiver *, ou cette a froide lueur » du ruisseau gelé ^i réfléchit les rayons du matin ^
*^8 Le Satyre de V. Hujio 5 indications de celte nature contre 105
-ntions de phénomènes visuels et 27 évocations do sons. Dans les
^■* premiers vers de Joceh/n, une seule indication d'odeur. Mais encore
^^ fois il faut se garder d'exagérer l'importance de pareils relevés.
^uires morceaux ou d'autres passages pourraiont donner des propor-
^Hs variables.
'^. Aucun peut-être plus que Keals. Voir Ode lo a Grecian Uni, ou ces
»Ure8 d'une noble et divine statuaire du début (Vllt/periott.
Si. Summer, 302. — 3, AiUumn, "îOj. — 4. Summer, 1324. — u. Spririff
^. — 6. Winler, 740. — 7. lùid., 7î>3.
338 JAMES TUOBiSON.
Enfin la plus superficielle lecture du poème fera remarquer le grand nombre de passages qui notent une impression de plaisir tout physique et sensuel. Les mots cooly gelid^ fresh, hinnid reviennent sans cesse, parce que Técrivain ne se lasse pas de mentionner les jouissances dues à la fraîcheur des bois et des eaux. 11 n'y a pas dans V a Été » moins de dix-huit traits qui rappellent ces sensations.
Los sensations du goût ne sauraient être absentes de rœu\Te de notre épicurien. S'il passe en revue les fruits, il n'en note pas seulement les couleurs, mais l'indication de leur goût trouve place dans ses vers. Il n'oublie ni la saveur intense des fruits des tropiques *, ni la vertu piquante du citron *, ni la chair rafraîchissante du tamarin '. A plus forte raison s'arrêtet-il aux qualités des fruits de nos climats. Il énumère dans le verger d'automne : la poire juteuse*, et les pommes, t Dans « leur froide pulpe réside une essence diverse, fraîche, exquise, u acide, (lui préjiare pour la langue altérée le cidre piquant'....! 11 ne mentionne de la pèche ou de la prune que leur aspect et leur couleur; mais il rappelle le goût succulent de la ligue*. La saveur des raisins ne l'arrête pas; il n'y a là qu'un vin inachevé; mais quand le travail des hommes est venu compléter rd.uivre de la terre et du soleil, avec quelle savante précision il distln^^ue le « bordeaux moelleux », a le bourgogne au riche <«t mûr bouquet » et a le Champagne vif et gai »M Rien n'égale cependant l'enthousiasme qui l'inspire au souvenir du goût délicieux de certain fruit exotique; il n'est plus alors d'hyperbole (pii semble excessive à son lyrisme : « Ananas K délicieux, orgueil iUi monde végétal, toi qui dépasses tout ce (( (jue les poètes ont imaginé dans leurs rêves d'un âge d'or; vite, « laisse-moi te dépouiller de ta robe épaisse, mettre à nu tes (c trésors d'ambroisie et prendre place au banquet de Jupiter*! •
C'est aussi le souvenir d'un banquet qui nous vient à l'esprit après cette étude où nous avons vu combien Thomson a subi tortement ou délicatcMiient toutes les influences des chose:* naturelles et les a toutes reproduites. A lui, comme au pro-
1. Suinmer, 05X. — 2. Ibid., 604. -- 3. MiV/., 667, 668. — 4. Autufnfif 631. — 5. IhuL, 6U-613. — 6. Ibid., 616-619. — 7. Ibid., 703-T06. — 8. Sumtnpt; 685.
7imon dans la pièce de Shakespeare, peuvent s'adresser ts : a Les cinq sens voient en toi leur patron,... Toreille, \ t, le toucher et Todorat se lèvent de ta table charniés i^ '.
nson, nous le savons, s'attache surtout à décrire les les plus simples, les aspects les plus connus de la . C'est une des raisons sans doute qui lui ont assuré une .rite si prompte, si grande et si universelle. Quand la lit- *e et la société étaient peu familières avec le monde des , le poème des « Saisons » tut accessible aux lecteurs sans d'eux une initiation préalable. Il n'en est pas besoin pour le plaisir que peuvent donner les descriptions fidèles et euses d'un orage, d'un champ de blé ou d'une prairie, averse de pluie ou de neige, d'un ciel brillant ou nuaou d'un torrent — schématique.
t peut-être pour la même raison qu'à cette popularité sucujourd'hui un respect qui est un peu fait d'oubli et d'igno- ()n admet que Thomson excelle à rendre ces phénomènes c|uotidlenne banalité dont est tissée la vie de la nature, et oit volontiers qu'il n'y a pas autre chose dans son poème, poésie moderne vit d'autres recherches et d*autres effets. t les apparences exceptionnelles, les notations subtiles, les faits jusqu'alors inaperçus qui témoignent de la puissance rvation de Tartiste. — Kst-il bien certain cju'il y ait là ent une conquête de la poésie de notre siècle? On nous îltra d'en douter, et de revendiquer pour Thomson ce » aujourd'hui si prist*\ Aussi bien, quand nous avons é Texquise et riche sensibilité de ses organes, n'avonsjas fait pressentir, et du reste prouvé par quelques-uns emples cités, que son œuvre enregistre en grand nombre tails ou rares, ou fugitifs, ou d'une délicatesse ténue qui
» Hail lo thee, worUiy Timon
The fivc liest sensés
Ackiiowleilpe Winfi Iheir patron; and corne freely To gratulalc tliy plenteoiis boeoui : Ih'ear, Taste. touch and smell, pleased from Uiy table rise. •
(Timon of Athens, act. I, se. ii, 128-132.)
340 JAMES TnOMSON.
échapperait à une attention superficielle et qui dénote à la fois l'observateur, Tartisle et le familier de la nature?
C'est un côté du talent de notre poète qui n'a guère été mis en lumière. La raison de cette injustice est très apparente. Ces traits délicats sont notés par Thomson avec une sincérité, oo pourrait dire avec une naïveté absolues. Nos modernes littérateurs soignent et sertissent avec un soin jaloux tout eiîet inédit qu'ils ont eu la bonne fortune de découvrir. Il n'y a au contraire chez Thomson aucune préoccupation de souligner et de mettre en valeur ces éléments de pittoresque. Ils disparaissent presque, emportes au courant de son ample période et de ses larges descriptions. Mentionnés seulement comme appoint en vue d'effets plus vastes, ils sont souvent cachés sous le vêtement somptueux et un peu raide de son style. Et cependant on se ferait une idée incomplète et inexacte de son génie si l'on négligeait ces indications rapides. Dans toutes les parties de Tcouvre elles viennent nous montrer le don d'observation miimtieuse et serrée, l'aptitude à noter certains traits pittoresques parmi les mille éléments qui concourent à Teffet d'ensemble.
Nous avons cité déjà les vers charmants où le poète décrit une promenade à la campagne par une matinée de printemps. 11 va là un détail singulièrement précis, et bien fait pour mettre dans les vers quelque chose de la fraîcheur délicieuse de l'heure. C'est celui qui nous montre le promeneur courbant les buissons de la haie qui, on se redressant, font jaillir les gouttes tremblantes de la rosée '. — Il note un peu plus loin le calme parfait de l'air : ce On n'entend pas un souflle frémir a parmi les bois, ou faire tourner avec leur bruissement coutu- « mier, les feuilles aux mille scintillements du tremble élevé • »• — Jamais poète n'a rendu avec plus de sobriété, ni d'éclat, ni plus de line justesse la magique transformation de la terre quand, après une longue pluie, un rayon perce les nuages ' « Le rayon rapide frappe la montagne qui s'illumine, il glissa a sous la forêt, il tremble sur les eaux, et, dans une brume a jaune qui fume au loin sur la plaine immense, il met une « flamme sur toutes ces pierreries de la rosée dont les myriades « étincellent ' ». — a Sur la terre saturée la nuit calme jette une
1. Spriuff, 103-105. — 2. //>/(/., m:'), 136, — 3. lôid., 191-195.
ombre adoucie *. » — Nous avons parlé déjà de ce ruisseau de internps, où (l après que le premier et trouble torrent grossi par les pluies printanières s'est écoulé, l'écume blanche descend sur l'eau brune que colorent çà et là les mousses du fond * ». — La scène de la pêche fournirait plus d'un trait bre et délicatement noté, comme celui de la surface de nde où une ride vient trahir la crainte du poisson qui s'est ntenté de toucher Tappàt'. — Le poète a vu encore dans le ste panorama que le regard embrasse de la colline de Uich- 3nd, le fleuve dont la surface apparaît au loin moirée *. — , pour emprunter un dernier trait à cette première partie du ème, rappelons cette description des manœuvres de l'oiseau près de la femelle : « ... frappé, il se retire confus, puis il se •approche encore; tourne amoureusement et déploie ses ailes achetées; pas une de ses plumes qui ne frémisse de désir* ». L.' « Été » nous fournira également presque à chaque page elqu'une de ces notes vives et pittoresques. Le poète en quête in frais abri remarque la coloration plus foncée de l'herbe 'S du ruisseau *. — A la naissance du jour, il aperçoit <c les ours d'eau fumants qui brillent bleus à travers le crépusule ». — Il voit la mer a jusqu'à l'extrême limite de Thorizon
Sprint/, 216, 217. — 2. Itid., 378-38->. — 3. y6i</., 426, 42". — W., 521, 522.
Sprinff, 626-629. — Il va là un effet que plus d'une fois Ronsard s est chc à rendre :
• Voyez, de çà de là, d'une frétillante aile, Voleter par les bois les amoureux oiseaux. •
{Amours de Mafie, VI.)
« Tout ainsi les colombcllcs Trémoussant un peu des ailes Havemcnt se vont baisant. »
{Ode VI.) « L'alouetlc
Trémoussant d'une aile menue. »
{Gaietés, l.)
tpc vieux poète n'approche pas cependant de l'exacte, vive et presque elle description de Thomson :
« In fond rotation spread the spottcd Nvinfç, And shiver every fealher with désire. •>
premier vers pourrait être d'ailleurs un souvenir de cet hexamètre . Vanière :
«« Sa»pe solum verrons penna pendente rotatur. •
Summcr, 11.
34â JAMES THOMSON.
a bleu refléter l'éclat flottant et toujours mobile du soleiP ». - Le berger assoupi par la chaleur « s'étend, les yeux à demi « fermés, sous Tonibre flottante des saules gris * ». — Le tableau de la fenaison nous montre la bande des travailleurs quand u ils étendent au soleil leur moisson qui répand à Tentour un « parfum rustique et rafraîchissant », ou que de leurs ràteaax a ils poussent la vague fauve du foin sous laquelle le sol de la « prairie reparaît verdoyant ^ ». — « Le faucheur accablé se <t couche en se recouvrant d'un tas de foin humide, parfumé « de fleurs *. » Nous avons déjà parlé de ce tableau achevéqui nous montre le troupeau dans la prairie près du ruisseau, au milieu d'un jour d'été. « Sur la rive herbeuse quelquesa uns des bœufs ruminent couchés; d'autres debout ont la a moitié du corps dans l'eau, et souvent ils se baissent et boi- « vent, et la surface se ride en larges cercles '. » Dans les signes précurseurs de la tempête, le poète a noté « le son « assourdi qui, venant de la montagne, roule sur la terre qui a murmure, trouble les eaux, et, sans un souffle de vent, <c agite les feuilles de la forêt • ». — Après la pluie et l'orage qui ont efi"rayé les créatures et qui ont rafraîchi la terre et les plantes, on entend a le beuglement des vaches et les bél^