‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 123 sur 272 · And 1 hâve fell · texte numérisé non relu

And 1 hâve fell

A présence thaï dislurbs me wilh Ihe joy or olevated Ihoughls; a sensé subh'me Of someUiinp far more deeply interfused, Whose dwelling is the lighl of setting suns, Aud thc ronnd océan, and the living air. And Uie hhie sky, and in the mind of man; A motion and a spirit thaï impels Ali thinking things, al! objects of ail thought, And roUs through ail things. - (WoRDswoHTii, Lines composed a few miles above Tintern Abhey.

2. • .... And may it net be hoped.... .... Ihat \\e hcreby, should gain

Fresh powcr to commune wilh the invisible world. And hear the mighty stream of tendency Uttering, for élévation of oiir thought, A ciear sonorous voice? » etc.

(Wordsworth, The Excursion, Bk. ÎX.)

apparences : « de voir sous la robe flottante la ferme t sul]3tance * b. Les descriptions de la nature nous paraîtront >elles, en raison de la puissance avec laquelle elles auront ttteint et révélé une partie de la vie profonde des choses. Et î'est pour avoir fourni plus .que nul autre ces observations livinatrices que Wordsworth méritera d'être considéré comme e plus grand des interprètes du monde sensible.

La doctrine est hardie. Elle est propre assurément à rehausser Tàme de l'artiste et à grandir par là même le caractère et la beauté de son œuvre. Mais elle est difficilement consiliableavec Torthodoxie chrétienne. Aussi voyons-nous plusieurs disciples de Wordsworth s'efforcer de conserver de l'enseignement du maître la haute conception quMl apportait lu monde, sans cependant accepter sa déification de la nature par le panthéisme. Le monde alors est un signe, un interméliaire entre l'homme et une réalité supérieure qui lui parle par toutes les apparences matérielles *. Quelle est celte réalité? On sent bien, malgré les précautions prises pour éviter une con- 3lusion métaphysique, que les uns la trouveraient dans un

i. • He is the poet, and shall draw witli love and terror, who sees, Ihrough tlie flowing vesl» thc firm nature and can déclare il. » {Eurr^os, The Poe t.)

3. « Poctry is the perpétuai endcavour to express the spirit of the Ihing, to pass the hrnte body, and scarch tlic life and reason which cause it to cxist. *> (Kmekso^t, Poelnj ami Imagination.)

« The poet did not stop at the colour or the form, but read their meaning. • (Emersom, The Poet,)

Les écrivains sacrés ont parfois émis des pensées qui sont singulièrement voisines de cette conception : * Ce qui est invisible en Dieu, se voit et se comprend par ce qui a été créé dans le monde. » (Saint Paal, Ad Hom.j I, 20.) — • Per similitudinem sensibih'uui rerum in divina Scriptura 'es spirituales nobis dcscril>uutur. » (Saint Thomas d'Aquin, 3* p., q. IX, \, IV, in c, art.) C'est le point de départ de la science religieuse du symbolisme. .Mgr de la Bouillerie, qui nous fournit ces deux citations, a voulu endre quelque faveur à cette science où s'est complu le moyen Age. II lanifestc Tespoir (Le Symbolisme de la \ature, p. 11) que les enseignenents du symbolisme s'ajouteront utilement à l'observation et à Tamour e la nature. Mais Timpression produite par son livre, c'est qu'il n'y a icn de commun entre la contemplation artistique et cette étude hagio» ;raphique des choses. Le symbolisme sacré voit dans l'univers ane sorte l'immense blason. Les sens attachés aux signes leur sont attribués p^ir m enseignement extérieur qui tient faiblement compte de leurs caractères lalurels. Et le monde réel, objet d'étude et d'émotion esthétique, disparaît sous la végétation extraordinairement toulTue des symboles que la iltératurc sacrée y a peu à peu accumulés.

Dieu-providence extérieur et supérieur à la nature, les autres dans une force immanente animant les corps célestes et se manifestant aussi dans la moindre créature. Mais les poètes de ce groupe s'attachent seulement à affirmer que ce monde visible est un symbole d*une réalité distincte et qu'il y a pour rhomme d'innombrables et précieuses leçons à recueillir de l'observation des choses.

a II n'est pas une fleur du Printemps, de celles qui raeua rent avant juin, qui n'ait l'orgueil d'être alliée par sa fin « et son symbole, par son sens et par son harmonie, avec « le monde spirituel qui s'étend au delà des limites de cel « espace et de ce temps auxquels nous sommes enchaînés. <L Qu'à cette fleur les poètes donnent une voix avec un sens « humain; sinon ils n'ont pas su lire la pensée *. i»

Cette doctrine très haute et très noble réserve cependant encore à la création un rôle subordonné. Si les choses ont sur nous un tel pouvoir d'éducation; si nous pouvons lire en elles la réponse aux grandes questions que se pose notre raison, comment échapper à cette conclusion (ju'elles sont faites pour nous, qu'elles ont leur finalité dans leur influence sur nos Ames et dans les enseignements qu'elles nous apportent? Et, par un long délour, nous sommes ainsi ramenés à cette même conception dont la doctrine avait voulu s'écarter. La nature nous est ici encore présentée comme subordonnée à l'homme, et comme teinte du reflet de nos âmes. — Au total donc, aucun des systèmes i:)roposés pour déterminer les rapports qui unissent les choses matérielles et resj^rit, n'échappe à ce dilemme : ou subordonner absolument, quoi qu'il en puisse coûter à l'art, le monde physique à une existence spirituelle et supérieure, ou y introduire, par une inconsciente supercherie, un élément spirituel qui ne peut être autre chose que notre âme.

J. «... Tlicrc's Mot a llower of Spring

Tliat dios orc Jiinc, bulvaunlâ ilselfallicd By is>?iie and symbol. by significancc And correspondeiice. lo Ihat spirit-world Outsidc llic limits of our space and Umc, Wherclo we are boiind. — Let poels givc it voicc Wilh liiiman rneanings. — else Ihey miss Uie thoiight. " (Kliz. B. Bmowmm;. Ainora Leiyhf Bk. V.)

Mais est-il donc indispensable que le poète s'arrête à Tune de 'es explications métaphysiques de l'univers? Demande-t-on au Peintre d'avoir une opinion sur ces questions transcendantes? Le monde des apparences qu'atteint nos sens ne suffit-il pas à ilimenter notre soif de beauté? Thomson l'a pensé, et dans son poème consacré à la Nature, nous trouvons partout la trace l'une admiration émue, mais nulle part l'influence des doctrines que nous venons de passer en revue. Reconnaissons que ce n'est pas là le jugement qu'ont porté tous les critiques. On a, au contraire, relevé dans le poème tantôt la preuve d'une foi spiritualisle et chrétienne, et tantôt celle d'un panthéisme l>iju déguisé. Les deux affirmations sont également fondées, et leur opposition doit nous mettre en garde contre la valeur de ces constatations. Sans doute quelques passages des « Saisons » et de l'Hymne final ont un accent nettement religieux, comme d'autres professent la croyance à une force intérieure qui animerait et expliquerait le monde. Mais ces morceaux sont des amplifications ajoutées au tableau de la nature et ne font pas corps avec lui. Les doctrines, du reste contradictoires, qu'ils énoncent ne pénètrent ni ne colorentMes faits rapportés par le poète de son observation des choses. On pourrait retrancher de l'œuvre tous ces passages. On aurait fait disparaître quelques riches déclamations et plusieurs beaux vers. Mais on n'aurait pas atteint le poème dans ce qu'il a d'essentiel, de sincère et de vraiment caractéristique. Thomson a mêlé à ses descriptions quelques développements d'un thème courant. Mais il serait également inexact de voir en lui comme en Jlowper, un de ces poètes chez qui la pensée de la Providence Jomine toute observation des créatures, ou de le mettre au lonibre de ces penseurs qui, comme Wordsworth, ont mêlé à /amour des choses un mystique besoin d'élévation et de divinisation de la nature. Rien en lui ne vient altérer ou contrebalancer l'admiration du monde sensible. L'étude approfondie de lœuvre nous le dirait, si du reste nous ne le savions d'autre Ijart. A l'époque où il écrivait cette magnifique prière qui clôt le poème, il avait perdu la foi chrétienne. Le déisme auquel

semble s'être alors arrêté son esprit était de nature fort incertaine et vague, puisqu'il flotte entre la notion d'un Dieu providentiel et celle d'une substance infinie inhérente aux choses elles-mêmes. Mais il n'avait pas besoin de préciser rigoureusement ses idées sur ces questions de haute philosophie pour goûter, de toutes les forces de sa faculté d émotion, les beautés de l'univers.

II faut entendre cependant qu'il n'en subit pas le charme avec le passif abandon qui suffit à une jouissance épicurienne. C'haucer par exemple s'enivre des joies du printemps, du jeune soleil, de la verdure nouvelle et des fleurs fraîches écloses, avec une naïve et superficielle sensualité. Thomson a de plus le sentiment que la nature est un tout grandiose. Il ne sait pas quelle en est l'ultime substance. Mais il sent que chacun des phénomènes est étroitement lié à d'autres; qu'il y a là unesérie de faits enchaînés dont aucun ne peut sans violence être absolument isolé. Il croit à une vie du monde avec son développement nécessaire. Il associe chaque fait présent à ceux qui Font précédé et à ceux qui le suivront. A son observation de l'univers il ne mêle pas, comme de brillantes broderies à un tissu, les spéculations métaphysiques; mais il a quelque chose de la méthode du savant qui reconnaît dans chaque phénomène un anneau d'une chaîne.

Cette façon de considérer la nature n'a pas toujours trouvé faveur en notre siècle. Klle manque d'héroïsme et de pathétique'. Voir les choses exactement, reproduire fidèlement leur caractère et l'émotion qu'elles suggèrent, cela paraît à certaine esthétique une plate attitude en face du monde. Nous voulons que cette contemplation fasse naître chez le poète autre chose qu'une jouissance d'artiste. Il faut qu'elle ébranle toute son âme, et il n'est pas mal qu'elle la bouleverse. Il faut que les choses qu'il voit posent en face de lui le torturant problème des choses invisibles. Il faut qu'il oit l'angoisse de l'au-delà, et (]u'il nous fournisse une réponse aux questions qui nous

1. « Ces riMlisles onl pliitôl la sensation que le senlimentde la nature. - (Gedhart, p. U-iO.)

• Thu8, Thomson's Scasons uud the best parts of many old an<l many new poets are simply enumerations bya person who felt thecomnn»" sights and soiinds, without any attempt to draw a moral or affî^ ' mcaning. • (EvKHso.f. Poctry and Imagination.)

Lk PHILOSOPHIE DU POÈME. 361

obsèdent» Nous lui demandons de plonger, comme le héros le la ballade, loin au-dessous de la claire surface, pour lous rapporter du fond de Tabîme la coupe royale, le savoir ibsolu.

Loin de nous la pensée de protester contre ces exigences, ni ^ntre la haute idée qu'a pu se faire la poésie de sa mission et le son pouvoir. Si elle a été le jouet d'illusions, nous leur levons plusieurs des plus fiéres inspirations et des plus purs îhefe-d œuvre des littératures modernes. Mais nous demandons s'il n'y a pas quelque injustice à condamner les poètes qui se placent en face de la nature comme le peintre en face d'un site iéterminé, pour l'observer avec leurs sens, avec leur faculté l'admiration, avec toute leur sensibilité, mais non pas pour y chercher occasion aux révélations d'une faculté transcendante. La perception et l'intelligence des formes, des couleurs ou des >ons, et la reproduction de ces sensations en une image propre i éveiller chez d'autres l'émotion qui l'a suggérée ne peuventîlles pas suffire aussi à l'efîort artistique de l'écrivain*? Pour ivoir le droit de dénoncer la médiocrité et l'insulUsance de ce rôle du poète, il faudrait prouver que les théories plus ambiieuses soient en possession certaine de la vérité. La tache ne >erait pas aisée.

II semble bien qu'elles ne fassent point autre chose que verser Jans le monde une partie de l'humanité que seule elles connaissent directement. Et c'est ce quelque chose d'humain qu'elles retrouvent avec ravissement, qu'elles découvrent avec un respect étonné, qu'elles proclament supérieur et divin. A tous les d^rés, cette humanisation de la réalité est légitime, si nous reconnaissons qu'elle est purement lyrique et dramatique *. A

1. Demandons un exemple au plus ^rand des dramalurp^es, et un autre i l'un des plus parfaits poètes lyriques.

Shakespeare qui fait un très grand, très puiiisaut et très légitime usage le cette transformation des choses, la présente hien comme subjective, -ar c'est par là qu'elle prend une valeur dramatique :

• Methought the billows spoke and told me of it, The winds did sing it to me, and the thunder, Thnt deep and drcadfui organ-pipe, pronounced The name of Prosper : it did hass my trespass. »

{The Tempest, art. III, se. m, 96-99.)

Kt Burns, dont le bon sens robuste répugne à asservir Tunivcrs aux

aucun degré elle n'a le droit de s'imposer comme une révéla- Wlion de l'absolue vérité. Les distinctions que Ton s'est efforcé ■ d'établir entre l'imagination, mère de mensonges, et l'imagiDi" S tion, source de savoir certain, sont aussi fragiles qu'ingénieuses. I Leigh Hunt ', Kmerson * et Uuskin ' se sont évertués à séparer I comme choses entièrement diverses deux pouvoirs différente 1 d'imaginer sous les noms de a iancy » et d' « imagination». 1 Uuskin insiste, avec son éloquente dialectique, sur le danger 1 de a Terreur pathétique d, de celle qui nous fait voir dans les I choses des caractères que nous leur prêtons gratuitement; I tandis que « l'imagination pénétrative n saisit vraiment la | nature intime et la profonde réalité. M. Angeliier a montré 1 avec une rigueur qui nous paraît irréfutable, l'inanité de ces distinctions *. On est étonné dès lors qu'il s'arrête lui-même à I une doctrine peu dilTérente de celle de Ruskin. Sur quoi peuton fonder philosophiquement ou scientifiquement cette prétendue clairvoyance d'un poète-prophète tel que Wordsworth"? Où est le critérium qui permettra de savoir quand il a vraiment extrait des clioses une partie de leur réalité, quand au contraire il y a lu le reflet de son ùme? Quand et comment sauronsnous jamais s'il y a sous les apparences qui nous affectent un quelque chose analogue à notre être spirituel? Et surtout à quelles erreurs ne nous exposons-nous pas si nous prétendons traduire dans le langage de nos émotions et de nos pensées les signes par où se manifestent à nous ces existences extérieures*.' Cette psychologie des êtres inférieurs restera, dit-on, toujours un peu vague; mais elle se fait lentement, a Pour quelquesce uns, comme dans l'alouette de Shelley et le rossignol de Keals, u elle semble presque achevée ^ )> Gomment le croirions-nous'?

caprices de sa passion, choisil au moins dans les spectacles de la naliirceiix où il trouve une apparente (onformitê avec rétat de son âme :

• Corne. Winler, wiUi Ihiuo angry Iîon>I,

And, raping, bend thc nnkedtree; Thy frlooni will sooUie my cheerless soûl,

Wlien Nature ail is sad like me. -

{yîecnie^s Ee.)

i. Imaf/inalhn and Fann/, The Works of Leigh Htm, vol. III. 2. H. \V. Kmemsox, Voclnj and lunufinnlion. Lrllers and Social AiM$. 'A. Modem PainferSy partie III. section II, chap. m : Of Imagination pcne- Iralire,

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