‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 14 sur 272 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LONDRES. — LKS DÉBUTS d'uN POÈTE. l'hIVER

Presque tous les biographes fixent au mois de mars 17 l'époque de l'arrivée de Thomson à Londres *. Ils n'ont po cela qu'un seul motif, c est que la lettre à Cranstoun, annonça l'embarquement comme prochain, est supposée être de la i de février ou du commencement de mars. Or c est là u hypothèse parfaitement gratuite : la lettre peut aussi bien et d'une date quelconque de février, et nous croyons qu'il co vient de modifier l'indication des biographies. Le docume positif sur lequel doit s appuyer toute recherche à ce suj" c'est une lettre écrite de Londres à Cranstoun, à la date > 3 avril. Dès les premiers mots elle nous apprend que notre \0] geur a déjà écrit une fois à son ami, et qu'il en a reçu, depi plusieurs jours, la réponse désirée. Si nous songeons au tem que prenait alors l'échange des correspondances entre Lo dres et un village écossais, nous conclurons que l'arrivée James doit être notablement antérieure aii 5 avril. D'aillei

1. Wri^lit place le voyage en \''2\ (édil. de 1770, noie viii). Al Cunniu;;haui le fixe au mois d'avril 1725 (Bioj^rapliie, p. xvi); un au biographe à l'iiutomne de la môme année. L'erreur dans chacun de cas est évidente. C'est uni(|ucment entre février et mars «pic nous ave à choisir.

celte rnéme lettre indique plusieurs démarches faites auprès de diverses personnes; elle nous montre le jeune homme aux trois quarts découragé, songeant même à retourner en Ecosse. Evidemment cela suppose un séjour à Londres, non pas de quelques jours, mais de quelques semaines. Nous pouvons encore rapprocher les dates extrêmes entre lesquelles doit être placé ce voyage. Thomson raconte à son ami, dans la même lettre, qu'il a assisté, à Drury-Lane, à une représentation d'Orooiioko. D'après les annales du théâtre, cette représentation ne peut être que celle du lundi 1*' mars. Notre voyageur mentionne des pièces jouées postérieurement, mais non pas celles qui ont été représentés le 25 et le 27 lévrier. Si nous admettons, comme il est extrêmement probable, (ju'il n'a guère laissé passer de jours avant de se rendre au théâtre, /ïous sommes amenés à conclure qu'il a dû arriver à Londres à une date très voisine du 1" mars '.

C'est donc dans les derniers jours de février 1725 que James Thomson mit le pied sur le sol anglais et sur le pavé de la grande ville '. Sa première visite fut, dit-on, pour Mallet qui se trouvait habiter, avec la famille Montrose, lïanover Square. La route était longue et Tatlention de notre provincial était sollicitée par mille objets nouveaux. Les monuments fameux dans le voisinage desquels il avait abordé, le tumulte de ces quartiers où s agitait la population bruyante et bariolée du port, l'activité de la Cité où battaitalors comme aujourd'hui le cœur de l'Angleterre commerçante, puis et surtout 1 élégance elle luxe, inouïs pour un Écossais, de ces quartiers de l'Ouest où il cherchait son ami, tout cela était bien fait pour le surprendre, le charmer et l'étourdir. Un pickpocket plus habile qu'heureux lui vola le paquet de lettres qui faisait le

1. Mr. E. CuDinghamc, dans une noie inléressantc à laquelle nous empruntons la dale de la représentation d'Orooîioko, est enclin à penser que Tarrivée de Thomson doit être placée au lundi 1"' mars {Notes and QueHeSf V série, vol. VI, p. 341). Ce jour était la fOle. de saint David, et, dans le tumulte des réjouiSi^ancos populaires et des processions, la mésaventure qui sifçnalela première promenade de notre poète à Londres s'expliquerait d'autant mieux. La supposition est ingénieuse, mais il est dirricile de croire que, malgn': tout son désir de voir enûn un théâtre de la capilale, Thomson ait assisté à une représentation, le jour même où il débarquait après un long voyage.

2. Le lieu de débarquement était Billingsgate, d'après Shiels {Cibber's Livei), ou Wupping, d'après Buchan.

plus clair de sa fortune. C'était un fâcheux début. Il lui fallut écrire de nouveau en Ecosse pour faire remplacer les lettres perdues. Nous savons que Cranstounrecommençjasur nouveaux frais celle qu'il avait adressée à Mr. Elliot de Londres. La lettre du 3 avril nous apprend que Thomson a « trouvé d le cousin de Granstoun, et qu'il a fait plusieurs visites. Le désastre est donc à peu près réparé. Il laisse cependant encore une impression désagréable et contribue peut-être à inspirer au jeune homme naguère si confiant ses réflexions pessimistes sur la vanité et la méchanceté du monde*. Plus tard, il n'en conserva qu'un souvenir joyeux; ses amis et lui s'égayeront plus d'une fois en rappelant cette première expérience des mœurs de la capitale ^.

Nous savons avec quel empressement il a voulu connaître le théâtre dès son arrivée. Le 3 avril il avait déjà fait à Drury- Lane cinq visites, et, s'il c'en est tenu là, dit-il, c'est que sa bourse n ne marche pas de pair avec ses désirs ». 11 a vu jouer Oroonoko, Hamlety A Trip to ihe Juhilee et Calo. Il est évident que Londres, ses théâtres, ses acteurs et ses actrices étaient en Ecosse un sujet d'entretien familier des deux amis. Il semble que Granstoun ait lui-même demandé ces renseignements que ne comportait pas la première lettre de Thomson ; et celui-ci donne des détails sur les pièces (la tragédie lui a causé quelque déception), sur les acteurs en vogue : Booth, Wilks, Gibber, etc., sur les actrices surtout : Mrs. Oldlîeld, Mrs. Porter, Mrs. Booth dont il admire le jeu et plus encore la beauté avec un enthousiasme fort expansif ^

Quant aux objets plus sérieux qui occupent James, ils tiennent moins de place dans cette lettre, sans doute parce que notre voyageur n'a rien d'heureux à apprendre à son ami. Tout le monde lui dit que son projet (quel qu'il soit) sera prodigieusement difficile à réaliser. 11 se propose bravement

1. ■ The more 1 see of ihc vauily and wicUcdncss of tbc Nvorld, 1 am more inclined to the sacred orûcc. •

2. ■ I rcmembcr havinp heard al old Strahan's (Ihe translater of the six Ûrst books of Iho .^ilneid) in SuITolk Street, Johnson and Mallct repealing Ihe stopy wilh plee. • (Buciian, Essay on Ihc Lift* of Ihoimon^ p. 255.)

3. « She (Mrs. Booth)..., dancos so dcliciously, has siich meltin^^ lascivions motions, air, and postures.... indeed the womcn arc frenerally llio handsomesl in Ihe house, and bettcr nclors than the men, but perhaps their sex préjudices me in their favour. •

d'essayer encore, et s'en fie pour le résultat à la Providence, n croit que les choses sont déterminées nécessairement par la chaîne des événements, mais il se promet de lier toujours sa fertune au travail et à Thonnêteté. Enfm, il se résigne à la pensée de poursuivre et d'achever ses études de théologie. A défaut de mieux, il lui faudra peut-être entrer dans le ministère, et il prépare son ami à cette évolution, non sans prévoir ies moqueries qu'elle lui vaudra *.

11 nous est assez facile de comprendre à quelles difficultés devait se heurter notre jeune Écossais. De toutes les parties de 'a Grande-Bretagne affluent dans la capitale tous les aventuriers qui attendent la fortune de leur savoir-faire, de leur talent ou de la protection de quelque patron. Thomson esta ce moment dans toute la vigueur de ses vingt-cinq ans, actif et énergique (en dépit de la réputation d'indolence qu'il s'est plus ^rd acquise), grand et fort, avec cette fraîcheur de teint qui ^ractérise ses compatriotes et une physionomie ouverte qui lui Bagne facilement les sympathies. Mais il faut aussi nous le ^présenter à Londres comme un étranger dont le langage '^éme a quelque chose d'emprunté et d'exotique. Ces nom- ^^m Écossais, qu'il compare lui-même à des vols de vautours ^^baltant sur la capitale ', parlent un anglais appris dans les '^^te&, une langue artificielle, tendue et pompeuse, que les ^ï^glais ont peine à comprendre '. Pour arriver à percer au 'Milieu de cette foule de gens en quête de places, il faudra ^lliciter beaucoup, réveiller fréquemment le bon vouloir des ï^trons qui ont promis leur appui, et ce sont là des choses ^ont s'accommode mal la délicatesse un peu ficre de notre Poète. H faudra surtout s'armer de patience pour attendre

i. • Ile (Mr. Elliul) rcceivcd we affably cnoiigh, and promised me bis assistance, though at thc samc lime ke told me, which evcryonc tells me, that it wiU be prodigiously difncull lo succeed in Ibe business yoii kiiow I design. However, comc what will come, l sball make an efTorl, and leave Ihe rcst lo Providence. There is, I am persuaded, a necepsary fixed chain of things, and I hope my fortune, whalevcr il be, aball be lioked lo diligence and lionesty.... Succeed or noi, I firmly résolve lo porsoe divinity as tbe only thing now 1 a m fil for.... I was poing lo bid you suppress Ibal rising laugb, bul 1 chcck mysclf scverely again for sulTering such an nnbecoming thoughl of you lo colcr inlo my mind. •

2. - ScoUand is really fruitful of surgeons; Uicy come hcre like flocks of vnltures every day. • (Lettre à Cransloun. du 20 juillet il'lo.)

3. J. Ramsav, Scofiand and Scotsmen in the\ viu"' century, vol. I, p. 2:>; Tol. Il, p. 543<

roccasion fa\orable, et lï*tat de s(^s linances ne lui permet pa: une attente trop prolongée.

L'affection de sa mère s'employait cependant à lui fourni les moyens de poursuivre sa tentative. Elle voulait vendre s. part de la propriété de Widehope pour lui procurer les res^ sources nécessaires. C'est un dernier trait de dévoûment de L^ noble femme que les biographes n'ont pas relevé. Au moment même où cette vente allait se faire, James apprit que sa mère était morte, le 10 mai *, dix semaines environ après leur séparation. Sa douleur fut extrême, et la trace nous en est restée dans les vers qu'il écrivit à ce moment. Il énamère les vertus de celle à qui il devait la meilleure partie de ce qu'il y avait dans son talent et dans son cœur de délicatesse et de force. 11 rappelle avec une émotion d'une éloquente sincérité la vie de la pauvre veuve toujours en pleurs, toujours en lutte, qui n aura connu qu'au ciel le repos et le bonheur.

Il fallait vivre cependant, et, renonçant aux rêves ambitieux qui lavaient conduit à Londres, Thomson était prêt à accepter la plus modeste situation.il avait jusqu'ici reçu l'hospitalité de Mallet et du duc de Montrose, ou vécu de ses deniers dans les auberges de Londres. Il est alors hébergé dans la famille de lord liinning, gendre de lady Grizel Baillie de Jerviswood et, par conséquent, allié à cette famille des Home à laquelle Thomson lui-même se rattachait par sa mère *. Pour s'y rendre utile il se chargea de l'étlucalion du jeune Thomas, fils aîné de lord IMnning. L'enfant n'avait que cinq ans, et^ la tâche répondait mal aux goûts de notre poète. Les promesses de concours de la noble dame aboutissaient à unmédiocre résultat. Il ne semble pas même que le cousin-précepteur reçût de salaire. Il s'elTorça pourtant de faire boïi visage à la fortune sous la forme peu engageante où elle se présentait. Dans une lettre à son ami Cranstoun, du 20 juillet

1. • VVhen I came up herc I brou^'hl very liltle money along with me, expectinf^ some more upon Uie sclling of Widehope, wliich was to liave lieen 8oi(l thut day my motlier Nvas buricd. • (Lettre à Cranstoun, du mois de septembre.)

2. Ctiarles, lord Binninp, septième comte de Uaddin^ton, avait épousé Rnchel. seconde Oile cl héritière de Geor|?c Baillie de Jerviswood. Lord Binniiifï recevait donc chez lui un parent de la famille de sa femme. Thomson était chez lui un parent pauvre en visite plus exactement qu'un précepteur. C'est un des points de la biographie du puète sur lesquels la constatation d'un lien avec les Home jette un jour nouveau.

LES DÉBITS d'un POÈTE. 41

1725, il parle de ses occupations nouvelles. Il esta EastBarnet, à la limite du comté de Hertford, à dix milles de Londres, et semble assez satisfait de se retrouver à la campagne. 11 mentionne ses déceptions avec une philosophie résignée, et compte revenir à ses études de théologie. Il n'a plus comme autrefois < une idée méprisable de ce qui est proche et une idée romainesque de ce qui est étranger ». Il recommande au frère de son ami la carrière ecclésiastique comme « honorable, utile et ■ certaine », et regrette d'en avoir autrefois parlé avec trop de dédain. Pour le moment, il interrompt de temps en temps, par on voyage à Londres, la monotonie du séjour de East Barnet. Du reste il travaille, et, le 10 juillet, envoie à son ami Mallet «ni Hymne sur la Solitude » composé la veille pendant une promenade du soir.

La troisième lettre de Thomson à Cranstoun est du mois de septembre *. Il est toujours à East Barnet, fort bien traité mais fort peu payé dans la famille de lord Binning. Il a dû faire des dettes pour se procurer les objets les plus indispensables : vêtements, linge *, etc. (il n'ajoute pas visites aux théâtres, roais il parle un peu plus loin du plaisir que lui ont causé Miller et Cibber dans Love makes a Man, or the Fop's For^ ^^^)^ Les créanciers demandent avec insistance à être rem- ^ursés, et James prie Cranstoun de lui prêter une somme de <îouze livres. Widehope va être vendu et il pourra prochaine- °ïcnt s'acquitter envers son ami. Cette première partie de la tettredut lui coûter à écrire. Sous la simplicité vaillante avec Quelle il expose sa situation, il nous est facile de lire le désenchantement et l'humiliation dont il souffre. Voilà plus de six '^ois qu'il est à Londres. Il avait voulu fuir la médiocrité <J*une carrière telle que celle de son ami, et le voilà réduit à apprendre à lire à un bambin de cinq ans, et à implorer, pour wne somme misérable, le secours du modeste docteur.

i. La leUre ne porte pas de date; la marque de la poste indique qu'elle

fat écrite à East Barnet. Elle fut publiée pour la première fois dars le

London Magazine de novembre 1824, p. 413, à la suite de l'avis suivant :

• The foliowing very ioteresting letter bas bcen recovcred from oblivion,

oral last from neglect, by our friend Ella, and the public >vill no doubt

(haok him for Ibe deed

2, Ainsi s'explique le fait rapporté par Johnson avec une apparence de lédaio contre laquelle Buchan s'élève indigné : - His lirst want was a pair )f shoes • {l-ifc of Thomson).

43 JANES THOMSON.

Mais, d'autre part, la deuxième partie de sa lettre montre qu'en dépit de ces déboires, cette sorte de retra quelques milles de Londres, dans un pays monotone et p sans les nécessités d'un travail assidu, ni les attractions plaisirs, était (il ne s'en doutait pas) la plus précieuse l'a que pût lui assurer la fortune. Car dans ce loisir fructueu Ëast Barnet il mûrissait l'œuvre qui allait, du premier c faire de lui un des grands écrivains de son temps. Déjà la I à Mallet, du 10 juillet, mentionnait un a poème » queThoi soumettait aux observations de son correspondant. Il s'agi très probablement de 1' a Hiver » . Ici l'œuvre est expressé indiquée. Le poète se propose une description de la nî sous son costume le plus lugubre. Suivant l'exemple d par Riccaltoun dans la pièce qu'il admire si vivement, i le tableau des scènes horribles et grandioses que présen dure saison : inondations, tempêtes, etc. L'hiver est pn cette année, et, sans parler des souvenirs de Southdean, sous les yeux le modèle de ses peintures.

Cependant le poème se développe . Ces description Thomson voyait d'abord un amusement destiné à être a donné pour tout autre sujet qui lui viendrait à Fespril commence à penser qu'elles peuvent se grouper et s'orga en une œuvre nouvelle à la fois par le sujet et par la forn pense qu elle lui permettra d'affronter le jugement de ces tiques et de ce public à qui il demande do Taccueillir p les poètes anglais. Mais il faut préparer cette publicatio faut se rapprocher de Londres où sont les éditeui's qui lai les ouvrages, les critiques dont l'opinion assure le succt les patrons qui récompensent le mérite. Thomson dit adieu à ses humbles occupations auprès du noble bambi quitte lord G. Binning. Leurs relations restent d'ail excellentes; et, deux ans plus tard, il songera à lui dédi poème qui doit succéder à T a Hiver m ^ Il partagea son te

1. » This coiintry l am in is nol very cnlerlaininK; no variely, bu of Nvoods, an il Ihcm wc liave in abnndancc; but wbcre is Ihe blreain? Ibc airy inouiilain? or Uie lian^iiif^' rov.kl •

2. « .... Bcinj; only a présent amiisuiiienl, ilis leu toone but Idro|> it ' crveauollîcr faiicy cornes across. >» (Lettre ùCransloun, de septembre

3. QiicUpics-uns des renseignemenls sur TUom?un qmj Boswe fournir à Johnson bii venaient de sir David I)alryiu|)le, plus tan Hailes, cousin du jeune Tbomas, rélève de Thomson.

après ce départ d'East Barnet, entre Twyford \ la résidence d'été de Ja famille Montrose, et Londres. 11 y trouvait son vieil ami, Mâllet; il y eut bientôt aussi pour ami le plus jeune des élèves de celui-ci, lord George Graham. Peut-être est-ce à cette époque qu^l fréquenta Hammersmith et la taverne où la tradition prétend qu'il écrivit une partie de son poème. Entre les deux « Mails », en fece d'un coude de la Tamise d'où l'on aperçoit un paysage étendu, nu, plat et auquel l'hiver donne un aspect de désolation lugubre, subsiste encore un petit cabaret qui prenait jadis le titre de café. Plus modeste aujourd'hui l'en- %igne qui se balance au-dessus de la porte, dans la ruelle étroite par où l'on accède à l'établissement, porte seulement ce nom « The Doves », les Colombes. <c Thomson s'y rendait t volontiers quand la Tamise était gelée, et tout le pays couvert

• de neige. Le fait est bien établi, et beaucoup de personnes

* viennent visiter l'endroit i>, disait Faulkner vers 1830 '. La tra-

(lition n'a pas disparu depuis lors. Les admirateurs de Thomson

oes*y rendent plus aussi nombreux, et c'est dommage, car ils

trouveraient là quelques restes curieux du vieux village subur-

^n. La taverne des Colombes, comme plusieurs des petites

'liaisons qui bordent le fleuve, date au moins du temps de la

'^ine Anne. Il n'est pas sûr que le mobilier soit aussi ancien.

^pendant la patronne de l'établissement, qui sert à boire

^^jourd'hui plus souvent aux terrassiers du voisinage qu'à des

P^tes, vous montre la table « où s'asseyait le grand Thomson

P^tir écrire les Saisons ». La tradition, on le voit, a gagné en

Pï'écision depuis Faulkner. La brave femme a même entendu

^ire que Thomson habitait la maison voisine. Le silence de

*^Hulkner sur cet intéressant renseignement nous fait craindre

^ue la tradition ne se soit enrichie d'additions apocryphes.

Une autre indication, dont l'origine est diflicile à contrôler, 'îous dit qu'il vint habiter dans la maison de Millan le libraire, et qu'il y acheva le poème dans une chambre au-dessus de la boutique '.

U Dans le Hampshire, entre AVinchesler el Soulhampton.

2. An Historical and Topoyraphical Account of Fiilham; includiny the hamiet of Hammersmith, by T. Faulkner, p. 359.

3. • T. Park lias wriUen on Lis copy of Ihe 1»» édition of Spring, now in Mr. Holton Corney's possession : John Egerlon lold me Ihat he {Thomson; lived some lime with MilIan. J. Egerlon, llie booksellcr, was Millan'a successor at Whi'ehall. » (P. GossiNonAM, Correspondence of

En quelque lieu que ce soit, il termine le poème pendant Pau tomne de 1725. Tout en poursuivant son travail, il s'est crée peu à peu des relations dans la société de la capitale. Avec Mr. Elliot, dont James lui-même disait à Cranstoun Taccuei cdmàble, un de ses premiers protecteurs fut Mr. Duncan Forbes de Cullôden *, le « Lord-Advocate -», que ses fonctions retenaient alors à Londres, auprès du Parlement. Il avait vu er Ecosse quelques poésies de son compatriote. Il slntéresss chaudement à lui, le reçut et le fît connaître à plusieurs des» amis, grands seigneurs et hommes d'État, écrivains illustrei ou artistes en vogue : le duc d'Argyle ', le comte de Burlington sir Robert Walpole, le Dr. Arbuthnot, Pope, Gay, le peinln

Thomson and Mallet^ p. vi.) — Rob. Hell dit de son côté: « Removing fror Barnet lo the house of Millan, the bookseller, in Charing-Cross, he com pleted the poem in Ihe apartment over Ihe shop ». Elle biographe ajout une note où il indique la maison avec une précision qui semble devo donner confiance. Malheureusement rindication est inexacte en ce qi concerne Tadrcsse de Millan à ce moment et la valeur de tout le rense {^nement s'en trouve diminuée d'autant. J. Miilan, que les biographe conToudent souvent avec son conTrère A. Millar, n'habite alors ni Wliit hall ni Charing-Cross, mais, comme le disent les ouvrages sortis de S4 magasin, la maison de Locke*s Head, dans Shug-Lane, près de Textrémî supérieure de Hay-Market. Nous le trouvons établi dans New Street < 1727 (édit. de Siimmer), à Pall Mail en 172S, et près de Scollaud Yar Whitehall, vers 1730. Il ne se fixe près de Charihg-Cross que plus tard.

i. Cet homme d'Ktat disliugué était né en 1G85. 11 avait débuté ou ba reau d'Edimbourg en 1709. et le duc d'Arygle lui avait confié l'admini tratiou de ses biens. Sa carrière au barreau fut rapide et brillante. Il e nommé •• Dcputy-Advocate ■ en 4716, envoyé au Parlement en 1722 et, i 1725, devient • Lord-Advocate ». Dix ans plus tard il occupe une des haut fonctions de la magistrature écossaise comme Tun des « Justicia Lords •. En 1737 enlin, il est nommé • Président of the court of session c'esl-îi-dire principal juge pour les affaires civiles. U rendit en cet qualité de précieux services pendant rinsurrcclion de 1745, et s'efforra calmer l'animosité de partis hostilos, d'amener la paix et de la rend durable. Il mourut on 1747 et laissa la réputation d'un magistrat intèg et d'un homme d'État habile. Les savants, les écrivains et les artisl écossais trouvaient en lui un protecteur aussi éclairé que bienveillant.

2. John, duke of Argylc, né en 1G78, hérite eu 17U3 de la pairie écc saise de son père, et est élevé h la pairie anglaise en 1705. 11 servit av distinction sous Marlburough, fut ambassadeur en Espagne, et devint des orateurs de marque du Parlement, ainsi que Va rappelé Pope :

a Argyle the state's whole thunder born to wield, And shake aiike Ihe senate and the lield. •

Commandant en chef des troupes écossaises, il réprima avec vigue et avec habileté la rébellion de 1715. Après quelques années de reirai il mourut en 1743. Tous les poètes du temps ont vanté, outre ses qu lités de guerrier, de diplom.-ile et d'homme d'État, son goût pour 1 lettres et sa bonne grâce parfaite.

Âiiimann ' avec lequel Thomson se lia â*une étroite amitié. Mailet l'introduisit dans une société moins élégante et moins correcte: celle des auteurs qui attendaient encore le succès et la fortune. Il y avait bien des éléments dans ce groupe très mélangé. Tout n*y était pas édifiant. Mais on y avait de l'esprit, de la verve, une gaieté facile; et, après la réclusion d*East Barnet ou les élégances cérémonieuses des Montrose ou de Mr. Forbes, Thomson retrouvait sans doute avec quelque plaisir cette société un peu bohème. Nous le voyons lié avec Richard Savage, le prototype d'une classe d'écrivains nombreux alors, qui, avec quelque talent, peu de scrupule et beaucoup d'orgueil, aspiraient à la gloire la plus haute, mais, en attendant, mettaient leur plume au service des hommes d'État ou des libraires sans regarder de trop près à la nature des besognes imposées. Un autre personnage curieux du groupe est le poète Clio, de son vrai nom, Martha Fowkes *. Elle aimait les lettres, et les hommes de lettres. Ses mœurs étaient fort légères et ses bonnes grâces réparties avec une libéralité cléplorable entre les jeunes poètes du jour. Mais elles étaient réservées, parait-il, exclusivement à cette portion de la société londonienne '. Mailet semble en ce moment être en fort bons termes avec elle: Elle se montre au moins avec tous obligeante et bon camarade. Dix ans plus tard, Aaron Hill, homme sérieux et de vie très digne, apprenait avec une vive douleur •a mort de cette Muse de Grub-Street *.

jNéea Ecosse en 4682, se destinait au barreau et montrait un goût

^ vif pour la peinture. H fut élève de Médina, et, après un voyage en

Italie, renonça au droit, pour 8*adonner entièrement à i'arl. Le duc

<l'Argyle le patronnait en Ecosse, et de nombreux encouragements l'ap-

P^l^rent à Londres. Il y peignit les portraits du duc, celui de la comtesse

^c Burlington, de lady Grizell Baiilie, de ces mêmes hauts personnages

^"i favorisaient les débuts de Thomson. Mais il fut atteint d'une maladie

^'» après de longues souffrances, l'emporta en 1731. Nous verrons que

jf^^^n.son consacra quelques vers à son souvenir. Le portrait que ilt

^^^an de son ami date de cette année 1725.

ç. ^ Klle était née en 1690 et mourut en 1736. Fille d'un officier, le major ?^lKes, elle épousa un Mr. Arnold Sansom. Curll avait public d'elle cer- '"^es . Épitres à Clio », après quoi elle prit ce nom comme pseudonyme, '^'4irà ce que, sur le xîonscil de Mailet, elle Teilt remplacé par celui de

• M. Bollon Corney (Aiherueum, 26 juil. 185U, p. 78) donne une liste '''"iblement longue des écrivains qu'elle aurait tour à tour distingués : ^*VJ,Milchen, Mailet, Thomson^ Aaron Hill, Rich, Savage, Dyer. Ce der- ^^^^ soupire et meurt pour, elle dans la plupart de ses petites pièces. i, . PoorC oî It is long since I met with an aflliction more sensible

Le poiMiio acliovt'», ce fut oiK'ore roflicieiix Mallct qui se chargea de tr'ouver un éditeur. Il se iriit en campagne, dit un biographe, par une journée de novembre, et, accompagné d'un autre ami de l'auteur, s'en fut offrir Touvrage à tous les libraires du Strand et de Fleet Street. Pas plus alors que depuis on ne trouvait facilementacquéreur pour les vers d'un poète inconnu; et, quand enfln on eut décidé John Millan à tenter l'aventure, il paya, dit-on, trois livres sterling, soixante-quinze francs, l'œuvre sur laquelle Thomson comptait pour forcer les portes de la renommée*.

C'est là un des détails les plus connus de la vie de notre auteur. Ce prix payé pour une des œuvres maîtresses de la poésie anglaise est devenu un des documents célèbres de l'histoire anecdotique des écrivains et de leurs rapports avec les éditeurs. Ni le libraire qui a acheté la propriété du <c Paradis Perdu » *, ni celui à qui Savage vendit son Wanderer^, ni celui à qui Johnson abandonna son poème satirique, London *, ni les Griffiths et les Newbery qui exploitèrent à si peu de frais le talent fertile d'Olivier Goldsmith, aucun de ces industriels n'est arrivé à ce taux resté fameux des trois livres payées par MillB^ pour r « Hiver». C'est un a record » que Thonnéte libraire étB-blissait là sans s'en douter. — Telle est l'opinion généralement accréditée. En réalité la négociation est beaucoup moins remarquable. Ce chiffre de trois livres nous vient d'une autorité très suspecte, car, dans la note où il figure, le renseignement est accompagné de plusieurs autres dont l'inexactitude est manifeste \ D'ailleurs les paroles du biographe qui a la respon-

Uian Ihc inrormatioa yoii sent mo concerning her. » 'Hill'» Works, édil. 1752, leUre du 23 juin' 1736.)

1. The Scasons, édit. 1770. — Life by Mufdoch with noies by WniGHT, ^note viii).

2. L'auteur recevait 5 livres, et devait en recevoir encore 5 après la vente de 1 300 exemplaires.

3. Savnge vendit la propriété de ce poème pour 10 guinôesdontil rendit 2, afin que les deux dernières Teuilles qui avaient été imprimées de façon incorrecte fussent recommencées. (Johnson's Life of Savaye,)

4. Arlicté par Dodsicy en 1738 pour 10 guinées. Le même éditeur donnait, en 1740, 15 guinées de la satire, On the Vanity of Human Wishes,

r». « ThcPoem onWinterwas written by Mr. Thomson inl72i,afewmonlh8 arter hid coming to London. Hc had no fricnd bere but Mr. Mallel, his scliooirellow; 'who, with an intlmate acquaintance, >^'alked one day in the monlh of November to ail the booksellcrs in the Strand and Fleet Street lo sell the copy of his season and at last agreed with Mr. Millar (who thea

sabililé de Tanecdote ont reçu une interprétation précise qu'elles ne comportent pas. n Le libraire, nous dit-il, ne voulut « avancer que trois livres. » Cela ne signifie pas nécessairement qu'il ait acheté le poème pour cette somme. De fait nous savons que l'argent reçu de Millan pour V a Hiver » n'a en rien gêné l'auteur quand il commença, dès 1728, à recueillir des souscriptions pour les « quatre Saisons ]>, ni quand il vendit le poème complet à Millar. Cela suffirait à montrer que le premier éditeur n'avait pas acquis un droit de propriété. Mais nous avons un autre document qui ne laisse guère de place au doute. Un jugement de la Cour du Banc du Roi, qui a contribué à fixer* pour longtemps en Angleterre la jurisprudence en matière de propriété littéraire, est intervenu, en 1769, à la requête de Millar, poursuivant le libraire Taylor pour avoir imprimé les « Saisons ^ '. Après un long débat qù toutes les circonstances de la publication des diverses parties du poème furent rappelées et vérifiées, les juges rendirent une sentence qu'accompagnent entre autres les considérants suivants : « James Thomson Esq. •afeit d'abord publier et imprimer « les Saisons y> pour son

• propre usage et bénéfice » a Andrew Millar en 1729 acheta

• l'ouvrage, pour une somme importante, à James Thomson,

• l'auteur et le propriétaire*. » L'éditeur de l'intéressant opus-

l'^ed in a lillle shop in Fleet Street), and the chief motive with him was tliat the autor was his countryinan ; for aftcr scveral arguments he would idrance no more than three pounds for it.... This poem sold so well that Mr. Millar gave Mr. Thomson fifty pounds forlbaton Springand incrcased thccopy money for the SummerandÂutiimu. • {The Seasons... ivilhLife..., hj 6. WwoHT, note vm.)

La note fourmille d'erreurs. Thomson vient à Londres et écrit V « Hiver - en

1725 et non en 1724. Le poème est publié par Millan et non par Millar. Ni

i un ni Tautre de ces deux éditeurs n'habitait alors Fleet Street.

i. Le fameux Dr. Blackstone était conseil du plaignant.

2. Mr. Justice Willes, appelé le premier à énoncer son opinion, dit, entre

autres choses : « The jury hâve found this spécial verdict : They say Ibe

work is an original composition by James Thomson, Esquirc... at flrst

published and prinled by James Thomson for his own use and bencfit at

several times between the beginningof the year 1727 and 1729, the same

having never before been printed elscwhere. And the spécial verdict farth-

er find^, Andrew Millar, the plaintiiï, in ihe year 1729, purchascd this

work called Ihe Seasons for a valuable considération, of James Thomson

the authorand proprietor, to him, his heirs and assigns for ever »... {Speerhes

and arguments of the Court of King*s Bencb... in the cause Millar against

Taylor.... Printed for William Coke, Leith, mdcclxxi.)

Les circonstances de fait rappelées par ces considérants sont loin d'être toutes exactes; mais il est évidemment acquis à la cause que

cule auquel nous empruntons ces citations ajoute lui-même ( c*ést sans doute un écho des débats) que l'œuvre rapporta l'auteur environ 1 000 guinées tandis qu'il en restait proprj taire, et avant ^u'il la vendit à Millar pour 160 livres'. L'anecdote du poème payé trois livres doit donc, bien que biographie de Thomson en puisse perdre un trait piquant, alh rejoindre les légendes controuvées qui, mises en circulatio par un chroniqueur Imaginatif, puis docilement reproduitei finissent par obtenir une créance à laquelle elles n'ont nul droit

C'est au mois de mars 1726 que parut V « Hiver ». C'est don cette date qui marque le moment capital de la carrière de notr poète. La vie lui avait été jusque-là ce qu'elle est pour tou les hommes qui n'ont à compter que sur eux-mêmes, avait connu « les rudes épreuves que dissimule l'indigène « modeste,... le mépris de l'orgueil opulent, et les mille autn « maux de la pauvreté * ». Il pouvait cependant songer sans trc d'amertume à cette période de difficiles débuts. Elle n'ava pas été trop prolongée : il était à Londres depuis un an exacte ment. Elle ne lui avait pas montré la société uniquemej égoïste et impitoyable aux faibles : il avait rencontré ch< beaucoup une courtoisie bienveillante, à défaut d'un concou: très efficace. Il avait surtout senti à ses côtés une amitié vai lante et active qui l'avait encouragé, soutenu, guidé, qui ava aplani pour lui les obstacles, en mettant au service de se génie un utile savoir-faire pratique '. Il n'avait tenté, poi

Tbomson n'avait pas vendu à Millar son droit d€ propriété, et c'est tout qu'il nous importe de relever.

1. • The author of the Seasons reaped about a thousand guineas prc W'hile the work was his own property; he sold it in 1129 to Millar I 160 pounds.... w (Note ajoutée aux considérants de l'opinion de sir José Yates, un des quatre juges.)

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