‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 15 sur 272 · The shork severe Ihat modest wanl conceals · texte numérisé non relu

The shork severe Ihat modest wanl conceals

The oppressor's scourge, the scorn oT wealthy pride And poverty's unnumbered ills bcsidc.

(On Ihc Death of his Mother.)

3. Ce qui chez Mallet n'était alorâ qu'adresse mondaine et entregent < devenu plus lard indélicatesse et absence de sens moral. Mais si Malli

LES DÉnuTS d'un poètk. 49

s'assurer la fortune, aucun acte dont il cûL à rougir, et n'avait rien p.'hlu de ce fonds de bonne hunneur égale, de sociabilité joypuse et indulgente et de philosopliique insouciance qu'il avait apportées à Londres. 11 avait donc cette bonne fortune d'avoir traversé les premières et inévitables épreuves sans qu'elles laissassent en lui ni souvenir humilié, ni levain de ïîiisanthropique égoïsmc. A partir du mois de mars 1720, il est entré dans les rangs des écrivains en renom; il rencontrera sans doute encore des difficultés et des déboires; mais la notoriété lui est désormais assurée, en attendant la gloire.

Le succès du poème fut-il immédiat? C'est encore là un des points sur lesquels une légende s'est formée qui ne résiste {îuèreaux investigations précises. On a répété, sur la foi de biographes dont Taffirmation pouvait être facilement contrôlée, que i' « Hiver» resta longtemps chez l'éditeur sans être ni vendu, oi lii,jusqu'à ce qu'un homme de goût en eût célébré le mérite dans les cercles littéraires. Mais les informations sont en désaccord dès qu'il s'agit de déterminer qui fut cet homme de goût. Shiels nomme Whately, et Johnson Whatley, Warton dit J- Spence, Goodhugh dit Mitchell et Dalloway dit Rundle \ ^'oilà bien des critiques empressés à assurer le succès du poème; ils font déjà un petit public à eux seuls. Quant au grand public, voici ce qu'en dit l'auteur d'une ancienne biographie de Thomson : « Ce qui paraîtra un peu surprenant, c'est que les * critiques de profession furent les seules personnes qui hési-

^^^ain minislériel, exécuteur testamentaire de Bolinglisokc ou éditeur |1* ta vie du grand Marlborough, mérile de sévères repruclios, il est juste de porter à son actif ce dévouement afTectueux pour un cumpalriole ^'^pt il n*avait alors rien à attendre, en qui plutôt il pouvait voir un rival, ^^iels insiste sur ce fait que, pendant de longues années, jamais un nuage ^'^ Toilé Tamilié des deux poètes.

*• • One Mr. Whately, a man of some tasle in lelters. » (Shiels, CiO- *-'■'* Liots,)

■ ^r. Wlialley. a man net wholly unknown. • fJouNSo.N.)

* The Winter lay like waste pnper at the publisher's until a genlloman ^^ lasle, Mr. Mitchell, promulgated ils mcrils inlo Ihe best circles. • ^GoohBucH, The English Gentleman' s Library Maîiual, p. 294. .

' l^uring Ihis era he (Dr. Rundle) becaniK more known to the republic of jj^llersby ihe libéral support he gave lo Thomson upon his publishing his ^'nier. • (Leiiei's of the laie Thomas Rundle, with .Memoirs, by James Dal- *^^AT, 1189.)

*^nOn Warton dit, dans son Essay on the Genius ofPope, que le poème resta *^"glemp8 négligé jusqu'à ce que l'attention du public fût éveillée par la ''"«Uiion favorable qu'en fit Spence dans son Essay on the Odyssey.

(( tassi'iil à donner leur a[)prol)ation » '. El Murdoch, le contemporain et l'ami de l'auteur, constate que a le ijoènie fut « universellement admiré dès qu'il Tut lu ».

La vérité est que le succès l'ut en clïét très prompt. Sans doute les exemplaires ne furent pas enlevés dès le jour de Ja mise en vente, comme si l'auteur avait été déjà célèbre. Il fallut que le public fût informé de la valeur de Toeuvre, et du talent de ce poète nouveau -. Mais nous savons que les avis de ce genre se répandirent sans retard. L'honneur que nous avons vu réclamer pour chacun des personnages nommés plus haut leur revient à tous collectivement. Nous ne sommes pas surpris de trouver parmi ces admirateurs de la première heure A. Mitchell, compatriote de l'auteur, et homme d'une haute intelligence ', ni Rundle, esprit d'une rare indépendance en même temps que fin lettré *. Spence * s'était fait une vocation de découvrir les talents ignorés. 11 avait ainsi prôné et patronné à leurs débuts Dodsley, le domestique devenu homme de lettres, le poète aveugle Blacklock, Térudit tailleur l\ob. HiU?

1. • Wbat wiil appear a little surprising, the proressed crilics werc t\i^ only persons thaï hesitalcd lo givc Iheir approbalion. » {The Works ^1 Thotnsoiij Edinb., 1772.)

2. Il n'en a pas été aulrement d;i premier poème importanl de Pope ivt'i' mcinti : « Pope's Essay on Criticiâm was nol sold before one mootti * (D'IsnAKLi, Quarrrls of Anthors, p. 280.)

'.\. Mitchell fui ambassadeur à Herlin, et sut représenter dignement 1^ diplomatie an-zlaise auprès d'un joueur tel que le Grand Frédéric. Les lecteurs des études de .M. le duc de Broglic sur Thistoire diplomatique de 1^ France au xviii* siècle, connaissent bien A. Mitchell et son rôle à Berli'''

4. Thomas Uundle LL D. (1080-1743) devint en 1735 évoque de Derry, Comme théologien ses opinions étaient suspectes d'hétérodoxie. Ses dém^l^^ avec l'évéque de Londres, Edmond Gibsou, ont beaucoup occupé '^ société du temps. Ils ont été l'occasion du poème de R. Savagi', The PrO' f/ress of a Divine. Pope disait de lui dans son journal : « Uundle bas û heart », et Swift écrivait :

Malic Rundle bishop! lie for shame!

An Arian lo usurp the name!

(On Dr, Rundle, bishop of Dervy.) Swift, vol. IH, p. 92.

Rundlo, très répandu dans la société de son temps, s*y faisait remarquer par l'élégance de ses manières et par Téclat de sa conversation. Ses lettres à Mrs. Sandys, publiées longtemps après sa mort, nous montrent bien un appréciateur éclairé des hommes et des choses du monde des lettres.

5. Joseph Spence (1699-176S), fellow de New-Collego, Oxford, en 1722,— professeur de poésie à Oxford do 1728 à i"3S, — Regius Professer d'histoire moderne, 1712. L' « Essai sur la traduction d'Homère > de Pope parut à Lon* dres, la !'• partie en juin 1726 et la 2* en 1727.

et d'autres encore. Quant à ce Whately ou Whatley, qui est cité plus souvent que les autres, il y a quelque difficulté à Hier sa personnalité. On a supposé qu'il s'agissait du Rev. Robert Whatley, qui devint plus tard a prebendary of York ». Nous trouvons en effet parmi les souscripteurs à l'édition de 1730, le Rev. Mr. Whatley. Il est cependant un Robert Whatley qui ne semble pas être le même, et qui pourrait bien, plutôt qu'un membre du clergé, être visé par la dédaigneuse indication de Shiels et de Johnson. C'est un personnage remuant et intrigant, dont certain opuscule figure parmi les brochures politiques du temps *, et ressemble fort, il faut bien le dire, à unetentative de chantage à l'adresse de Walpole. Il a Millan

• pour éditeur, et se vante de ses relations d'amitié avec Mr. Hill.

I Voilà plusieurs points de contact possible avec Thomson.

' Mais notre embarras est surtout grand devant l'affirmation très positive du Rév. Richard Whately D. D., qui revendique pour son oncle Thomas Whately, auteur d'un traité sur l'art des Jardins, l'honneur d'avoir le premier (disons un des premiers) appelé l'attention sur l'œuvre de Thomson *.

11 n'est plus d'incertitude ni d'obscurité quand nous en venons à un cinquième patron du poème que les biographes nientionnent moins, mais qui seul a pour lui le témoignage ^e Thomson.

*• A short Bistory of a (en years negoiialion belween a Prime Minister and a Priiate Gentleman. Printedfor J. Millan, near Charing Cross. By the *"lhor of A Discourse on Fornication (Robert Whatley).

Dans le même volume (Brit. Mus. E 2029) sont reliées trois letires de "•Whatley au premier minisire (Rob. Walpole), où Taiiteur expos.i lon- ^einenl ses antécédents. II a voyagé auprès des cours étrangères; il a eu ^honneur de connaître le roi; il a été l'ami d*hommeslels que leTeu comte ^6 Pembroke, sir Isaac Newton, et Mr. Hill.

2.« Theearliest writer, webelieve, on thc subjectfLandscape Gardening) ^38 my uncle Thomas Whately.... The French poet De Lille in his poem of 'Les Jardins » does acknowledge him as his master. Mr. Whately wasdistin- ^uisbed as a mao of taste in more than one département. Being by many fooked up to with déférence in such matters, it was he who flrst brou«ht 'nio notice Tbomson's Scasons, and this laid the fonndation of its greal ropularity. •

Ce Thomson Whately est l'auteur des Observations on modem Gardening (2* édit., 1770) dont parle H. Walpole dans une lettre adressée de Paris à la comlesse d'Ossory (Aug. 11»" 1771) : . The taste for English ganloning makes a great progress bere, not owing, alas! to mine, but to Mr. Whatcly's book which bas been translated -. Il est connu aussi pour ses liemarks on some of the characters of Shakespeare que son frère, le père du Révérend Richard Whately, publia en 1785.

Miillet avait .sullicilé iiour rcriivre de son ami le jiif,'eineii d'Aaroii Ilill, i)oète, historien, inventeur et critique, au totu honnne fort réi)andu '. Dès le 5 avril, Thomson pouvo.i remercier Hill d'une approbation qui était pour le poème \x\v promesse de succès. Ce tut le début entre les deux homii:ie. d'une durable amitié, et Toccasion d'une série de lettres qu nous sont conservées. La reconnaissance de Thomson s'} exprime avec un excès d'humilité, avec un débordement d'admiration et de flatteries tout à fait extraordinaires. Johnson osty à ce sujet, très sévère pour le jeune poète ^ On a supposé que les conseils de Mallet n'avaient pas été étrangers à l'adoption de ce ton d'enthousiasme exubérant. Hill, qui prodiguait volontiers les éloges, et qui s'entendait à les distribuer avec esprit et avec tact, aimait pour son compte la flatterie même exagérée et brutale. Reconnaissons ici, pour atténuer les torts de Thomson, que ses hyperboles ont pour objet, non pas de lui assurer un protecteur utile, mais de remercier un des maîtres de la littérature, pour un appui gratuitement et génère ti" sèment accordé. Il n'en reste pas moins quelque chose d'amctsant pour nous dans le ton de cette correspondance, quat^^^

nous comparons au rang qu'elle établissait entre les deux éc mr^ vains celui que la postérité leur a assigné. On en jugera i>^ ce début de la première lettre.

1. Anron Hill est rcslé connu surtout par ses démêlés avec Pope, la dignité qiril sut conserver devant les attaques injustes et les tergiv^ salions misérables de l'auteur de la Dtinciad. C'était un écrivain pi fique, uu esprit chercheur et inventif, un homme aimable, serviable et gèreux. A l'époque où commencent ses relations avec Thomson, il a écrit lin ouvrage d'histoire important {A histonj of the Ottoman Emp 1"09), des tragédies, des potmes, des ■ essais • sur la fabrication de Vh\ de hêtre, sur la houille, sur le vin, etc. Ses œuvres les plus récentes sont tragédie, - Henri V • (1723), et un poème, « l'Éloile du Nord • (1725). H pu le Plahi Dealer et c'est à ce litre surtout que son appui est précieux i^ ^ un jeune auteur. H y TiTa paratlre Tannée suivante la ballade célèbre? < Mallet, William and Margarct, {The Plain Dealer, u» 36, 14 juillet ilZT -) 2. • Thomson obtained likewise Ihe notice of Aaron Hill, whoin, b^^ i", friendless and indigent, and glad of kindness, lie courted with a^rer^ expression of servilc adulation. •• (Life of Tfiomson.) Il serait juste d ""opposer à ct.'lte condamnation rigoureuse ce qtie le docteur dit lui-mônaje à un autre moment : - To charge ail unmerited praise with tbc giiil t of flaltery... is to discover great ignorance of human nature ». (Ii/<p of Halifar.^

< Monsieur,

• J'ai vu la lettre que vous avez écrite à mon ami, Mr. Mallet, «samedi, et, bien que je ne puisse m'enorgueillir de l'honneur t etdu bonheur de votre connaissance, bien que je doive appro- « cheravec la plus extrême déférence et la plus extrême véné- « ration un génie aussi éminent, cependant mon cœur débor- *dant ne peut se laisser arrêter aux formes ordinaires; et il « faut que vous me permettiez la joie d'épancher mes meil- • leurs remerciements... *. »

reçut ces effusions avec une gracieuse condescendance. l^De seconde lettre nous montre chez Thomson un enthousiasme encore accru, et confmant à l'extravagance : ... oc Tandis que •je médite sur vos lignes encourageantes, j'oublie pour un

• nioment l'égoïsme, l'avilissement et la cruauté des hommes,

• et il me semble je suis dans la société d'êtres meilleurs et de

•plus noble essence* ». La même lettre fait allusion à une

entrevue proposée par Hill, et qui eut lieu le 26 avril. Le len-

^^naain le jeune poète remercie dans des termes où sa recon-

'^^issance perd toute notion de mesure et de bon sens :

t Quand je songe combien je fus hier vraiment heureux dans

* Votre société, il m'est impossible d'empêcher le sentiment de

* Ce bonheur de s'épancher au dehors dans ces remercienients.... Il n'y a personne qui rende la nature humaine plus aimable que vous; personne en même temps qui rende plus méprisable la plus grande partie des hommes : et, quitter votre compagnie pour se mêler au troupeau des humains, c'est, comme Nabuchodonosor, descendre d'un trône pour paître avec les brutes des champs... \ j>

To Aaron Hill Esq.

Sip,

« April 5, 1726.

• HavÎDg seen a IcUer you wrolc lo my friend Mr. Mallet, on Salurday ^asl, Ihough I cannot boasl Ihe honoiir and happiness of your acquainl- «oce, aud oiight wilh Ihe utmost dererence and vénération lo approach 50 suprême a genius, yet my fuU hearl is not lo be repressed by fopmali- *'es; and you musl allow me Uie pleasure of pouring forth my best ackuow-

'«dgmenls.... »

2. N ... Whiie I medilale your encouraging Unes, for a while I forget ^he selfishne.-s, degeneracy, and cruelty of men, and scem to be associaled *«th better and more exalted beings (Lettre du 18 avril 1726.)

3. • When I reflect how truly happy I was, yeslerday, ia your company

o4 JAMES THOMSON.

Savaj^o ('.'lait présent à aAUi réunion. Tlioinson crut coiiistater en lui un res[)ect niélé de crainte en lace de rimiu)sai \L Aaron Hill ». Ce sont là des sentiments que nous nous attrixdions peu à trouver chez le personnage. Son front n'était pi.\s de ceux sur lesquels il puisse y avoir lieu d' (c écraser la bosse du respect *». Son mutisme a du être mal interprété i>5."xr Thomson; et nous sommes plutôt tentés de croire qu'il assista au dialogue en auditeur un peu narquois, prompt à en recueil lir les traits les plus piquants pour en amuser peut-être le cerc:;le intime de Mr. Pope ».

Nous pouvons supposer que, de toutes les félicitations qui accueillirent le poème, aucune ne fut plus agréable à Tauteur que celle qui lui vint de son premier conseiller, de Tamical confident de ses premiers essais et de ses jeunes espérances. (( Quand Mr. Riccaltoun vit pour la première fois Ta Hiver y> de a Mr. Thomson, chez un libraire d'Edimbourg, il en fut vi vemen t m impressionné, et, après avoir lu certains vers, il laissa, dans a Texcés de son admiration, tomber le livre de ses mains *. »

Si grand et si prompt qu'ait pu être le succès, il eût été

il is impossible for me to reslrain my sensé of il from breaking oui in ^^ Ibis acknowledgmeat.... Tbcre is iione (bal rcnders human nalure m(p ^^ amiable tban you; and, ai tbe same lime, none tbat renders Ibe gréais ^ pari of il more conlemplible : and lo descend from your company, ac miuglc wilb tbe berd of mankind, is like Nebucbadnczzars descendii from a tbrone, lo grazc wilb Ibe beasts of tbe tîeld.... » (Lettre du 27 avri

1. « Il gives mu un addilional pleasure to reflect tiow justly please too, Mr. Savage was. Nolbing is to me a slrouger instance of tbe unii provable nalure of tbat unbappy créature of wbom you speak bo compa^ sionately, Dolwitbstanding of Ibe barbarous provocation be bas givi you, tliau bis remaiuing bieak aud williered, under tbe influences of yo^ conversation.... • (Mùme lettre.)

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