‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 247 sur 272 · Strophe lxviii. — 6. i.xvn et i.xix. — ". i.xix à lxxii · texte numérisé non relu

Strophe lxviii. — 6. i.xvn et i.xix. — ". i.xix à lxxii

ces victimes d'Indolence. La Léthargie, l'Hydropisie, l'Hypochondrie, la Fièvre Tierce, la Goutte et l'Apoplexie présentée en quelques peintures vigoureuses nous apprennent combien sont dangereuses les séductions complaisamment détaillées par le poùme *.

Au début du deuxième chant l'auteur nous dit quels regrets il éprouve à reconnaître la vanité des plaisirs du Chàteaa. 11 va chanter cependant le chevalier glorieux qui a chassé la troupe vile des fidèles d'Indolence, et rappelé à la noblesse de Taction quelques êtres généreux trompés par le magicien K

Dans le pays des Fées, Selvaggio, inculte, robuste et hardi, s'est uni à la dame Pauvreté. Il leur est né un lils qui a pris le nom de Chevalier des Arts et de l'Industrie. Sa jeunesse s'est formée dans les jeux libres et sains de la forêt. Elle na pas connu les soins de tendres parents. Mais Minerve et les dieux qui protègent les champs se sont intéressés à ren&nt Les neuf sœurs divines ont jeté sur lui un regard favorable'. — Ainsi préparé, le Chevalier sort de ses forêts pour civiliser le monde. Il voit fuir devant lui la paresse et la férocité, il polit les nations, il fait naître les arts et les vertus. Il choisit la Ikelagne pour sa terre de prédilection. Il y élève son ehefd œuvre dans une nation où règne la liberté, où l'industrie, l'agriculture, les arts, la science, le commerce et la puissance guerrière atteignent leur plus haut développement. Enfin, dans une fcinio de la vallée de la Dee, prenant un repos bien gagné, il se prépare à finir ses jours dans un bonheur paisible *.

Mais Indolence étend sa funeste influence. Les peuples menacés font appel à la protection du vieux Chevalier. Il monte à cheval, armé du filet du destin qu'ont tressé les Parques;

1. De lAxiii à Lxxvii. - On peiil comparer à ces allégories du « Château - «les exemples antérieurs. Dans The Court of Dealh de Gay (fable XLVll}. nous voyons les Uij:nbres ministres du monarque ': Fever, Goul, "*• Sloiie, Consumplion, Plagiie, Intempérance. C'est ce dernier qui obtient le prix projiosé. — Spenscr rencontre l'occasion d'une énumëration Jq môme v:enre, mais il se contente d'une sobre indication :

- Tliere x\erc full manv moo like maladies Whose namcs and nalures l note readen xvcll, So mauy moe as ihore bc phantasies In wavcrv nn émeus witt. »

{The FdPiy Quvenfi, Bk III, canto XII, str. \\\\.\ iî. Sir. IV. — 3. Sir. vu à xiv. — 4. xiv à xxix.

« LE CBATE&U D'INDOLENCE. » 609

et, accompagné de son barde, Philomelus, il se dirige vers la demeure d'Archimago '. Ils trouvent le magicien à la porte de son palais, attirant selon sa coutume les imprudents qui prêtent l'oreille à ses chants. Archimago s'élance sur le Chevalier; mais celui-ci évite l'étreinfe fatale, et jette le filet dans lequel le sorcier se débat impuissant et vaincu '. Les démons inférieurs du lieu poussent d'horribles clameurs. Le seigneur Industrie attend qu'ils se soient tus. Puis il ordonne à son barde de tenter un effort pour sauver ceux des prisonniers dont l'Ame n'est pas entièrement empoisonnée. Philomelus alors célèbre la raison, la piété, la dignité du travail, les joies d'une vie active et pure '. — Plusieurs des bâtes du Château se laissent convaincre, et itarmi eux le poi'le lui-même : « Nous t quitti\mea joyeux ces bosquets criminels n. Mais les autres, plus nombreux, injurient les importuns qui viennent troubler leur jiaix '. Le Chevalier agite une baguette dont le pouvoir détruit toutes les illusions de la magie, et la scène apparait transformée. Ce Heu de délices n'est qu'une région affreuse, oii grouillent d'odieux reptiles, où se voient les cadavres d'êtres assassinés ou suicidés. Les cachots laissent écliappor la horde des misérables cfu'ils contenaient, et ceux-là liéni^ssent le Chevalier qui les fait jouir encore du a sourire de la lumière » '. Ému de leur état, Industrie leur montre dans le repentir la voie du salut eu cette vie ou dans l'autre. Il laisse entrevoir même aux coupables endurcis la possibilité d'une purification par la douleur '. Enfin il regagne sa retraite laissant derrii're lui, avec une larme de pitié, les malliourcux qui ont méprisé le salut et dont la destinée est indiquée dans les cinq dernières strophesavec une énergie toute dantesque.

4. Lxiv b Lxvi. — Comp. un (la^Aiige dj inas<|iiu île Bek JoMios, Cyidliia :

- Uear AreU and Critcs. to y

ou l«0

WeBivethe eharfic, impose

what pains vou pio

The ioeurahle eut oIT, lljc rci

il reform. •

(AcW V,

610 JAMES TBOMSON.

Telle est la fable du poème. Mais l'œuvre est de celles où la façon de louvrier vaut beaucoup plus que la matière tra>*aiilée. C'est par les détails, par la richesse et l'élégance des ornements, par le style et par la facture des vers que « le Château d'Indolence » a mérité une place parmi les purs chefs-d'œuvre de la poésie anglaise.

Le contraste est grand avec les a Saisons » où le fond au contraire avait plus de valeur que la forme. Par bien d'autres caractères les deux poèmes s'op|)osent. Le grand poème descriptif est plein de la réalité la plus concrète : c'est le inonde des choses qui s'y montre à nous. Au contraire, rien de réel dans Tallégorie i)rolongée qui forme le sujet du « Château d'Indolence ». Ce môme écrivain, dont le génie poétique semblait fait d'une observation complète et précise de la nature, développe ici en un long apologue quelques idées morales. Dans un monde idéal, au milieu d'une nature semblable aux visions des rêves, il fait agir ou parler des personnages aussi dépourvus d'humanité et de réalité objective que les héros de romans de Chevalerie. Au lieu de la forte évocation des choses, il fait jouer (levant nos yeux les fuyantes et capricieuses créations de la fantaisie. Au lieu des spéculations philosophiques un peu ambitieuses de sa jeunesse, et de son lyrisme avoisinant l'emphase, nous avons ici une œuvre toute en demi-teintes, où le ton passe de la plaisanterie et de Thumour aux graves levons morales, mais où toujours l'austérité du moraliste se tempère d'un sourire fait à moitié d'ironie, à moitié d'indulgence.

L'opposition n'est pas moindre si nous considérons la forme des deux œuvres. La langue forte, puissante, un peu tendue et solennelle des <c Saisons » est remplacée par une langue souple, dégagée, aux tons variés. Au lieu du vers blanc, c'està-dire (le la plus simple des formes poétiques, le « («hàteau • nous montre la strophe spensérienne, le plus savant et le plus compliqué des rythmes qu'on ait jamais employés au développement d'un poème de quelque étendue.

« LE CHATEAU D'INDOLBNGB. » 611

La part ainsi faite à ces contrastes, nous ne serons pas surpris de trouver aussi entre les deux œuvres maîtresses de Técrivain plus d'une ressemblance. En dépit des changements apportés par les influences du milieu et par le cours des années, la personnalité de Thomson était trop forte, son génie trop robuste pour que nous ne retrouvions pas le poète des « Saisons 1» sous l'auteur du poème allégorique.

Le souvenir de son enfance, de ses simples plaisirs, des scènes rustiques où elle s'est écoulée ouvrait « 1' Hiver » ^ Il reparait encore dans l'œuvre dernière. « Esprits qui protégez c le sommeil des hommes,... faites revenirà la lumière l'aurore c de la jeunesse, faites briller encore ces jours d'innocence, de « naïveté, de sincérité qui ne connaissent point les soucis ni les < voies épineuses de Tàge mùr! Quelle joie à revivre nos jeux € d'enfants, notre facile bonheur en cet âge où tout était source « de plaisir : les bois, les montagne.s et les libres ruisseaux « gazouillant dans leurs méandres M » — lia toujours au cœur la même foi patriotique et le même amour de la liberté. L'âge n'a pas refroidi ces sentiments. L'ironie un peu sceptique dont plus d'une strophe du a Château r> porte la trace ne s'applique jamais à eux. Ce que le poème contient de plus réel, de plus humain, ce par quoi cette longue allégorie reste en con tact avec des émotions sincères et directement éprouvées, c^ sont les passages où vibre l'accent du patriote. Douze strophes du Deuxième Chant sont consacrées à énumérer les sujets d'orgueil de l'Anglais ^ Pour le poète, la Bretagne est la terre des hommes libres et brac^-es, en même temps qu'elle est la reine des arts. Elle est la maîtresse du monde par le commerce et par la guerre; sa littérature, ses universités, son agriculture * sont également sans rivales ; sa puissance et sa gloire militaire la placent au-dessus de toutes les nations *. Et de même sur les grands sujets de la philosophie, le c Château d'Indolence ^ reproduit les pensées et les opinions de Tauteur des a Saisons ». Cette doctrine de l'évolution des âmes qui marque l'effort de Thomson vers les hautes spéculations de la métaphysique nous la retrouvons encore dans plus d un passage du poème. « Depuis c la matière insensible jusqu'aux séraphins radieux autour du

i. Winier, 6-i6. — 2. Caslle, I, xlviii. — 3. Canto U, xvii à xxviii. — 4. Canlo II, str. xix, str. xxv et suiv. — 5. Canto I. xxxii.

« trône du Tout-Puissant, la vie s'élève toujours au-dessus de la « vie ; elle monte sans cesse des degrés nouveaux pour arrivera « la perfection, et au bonheur qui raccompagne *. » — Après Texposé de la doctrine, voici Tapplication morale qu'en tire l'auteur: « lléritiei-s deTéternité, vous qui êtes destinésàvous « élever par d'innombrables états successifs,... pouvez-vous a renoncera une fortune si sublime... pour rétrograder et vous n rouler avec les brutes les plus viles dans la vase et l'or- « dure *? »

Les croyances religieuses restent ici comme dans le poème des jeunes années assez vagues. La notion du Dieu personnel et providentiel se mêle à des expressions que ne désavouerait pas le pur panthéisme : « Qu'est-ce que cette Perfection « suprême, objet do notre adoration? sinon l'àme éternelle et « toujours active, puissance intinie, lumière directrice du monde <( grâce à laquelle le moindre atome vibre et toutes les planètes a roulent, qui emplit et entoure l'univers, qui lui donne la c( forme et le mouvement ^? » La doctrine exposée est, on le voit, peu orthodoxe. Il semble bien que dans cette œuvre de longue réflexion publiée peu de jours avant sa mort, le poète demeure fidèle à cette croyance plus qu'à demi panthéistique dont Lyitelton avait prétendu combattre et cru détruire les princi|)es*.

D'autres traits de moindre im|)ortance peuvent être relevê> dans t( le Château », qui confirment ou qui complètent les renseignements fournis parlesœuvresantérieuressur le caractère, sur les alToctions ou les aversions du poète. De nombreux i>assages des « Saisons » étaient consacrés au souvenir d'amis perdus. De même, dans sa description des songes heureux, au premier cliant du « Château », il demande aux esprits amis de l'homme de lui envoyer comme un bienfait et comme une protection la vision dos êtres aimés auxquels il a survécu : a Pour une heure faites sortir de la tombe et rendez-nous ces (( amis depuis longtemps perdus que pleure noire alîection, et

1. Cinlo II, sir. Lxviii. — 2. Canlo 11, str. i.xiii; voir aussi str. i.xxii. — 3. II, sir. \Lvn.

4. D'autres passages encore se rallnchent à un credo qui n*était pas celui (le Lyttolton. La doolrine de IVWolulion des Ames conduit ThoinsoD à celte notion d'un purgatoire qu*ont rejetée les églises protestantes. U n'admet pas la pcrdilion défiuilive des criminels les plus endurcis; il croit au rachat des faules par la pénilcuce. Voir 1, str. lu, str. lxxi. lxxii,

Page 1