‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 252 sur 272 · Canto 11, sir. i, u, m, iv, xxiii · texte numérisé non relu

Canto 11, sir. i, u, m, iv, xxiii

2. « What is Uie adored Perfectionf say? What but clenial oever-resling soûl

Who mis, surrounds nod agitâtes the whole. »

(Canlo II, str. xlvii.) Comparez Spring, 848-854.

petitesses et des misères sociales. Après avoir fourni un vol gracieux, elle éprouve assez vite le besoin de reprendre terre. Et cependant cette impuissance à planer dans les régions de la grande poésie ne va pas sans quelque compensatiou. Son épopée c'est dans les « Saisons » que Thomson nous la donnée. Il a su montrer là assez de haute aspiration et une noblesse d'exécution assez soutenue pour satisfaire les plus difficiles. Mais son dernier poème, par cela même qu'il est moins solennel et plus familier, nous révèle certains aspects nouveaux de l'esprit et du génie de l'auteur; il complète heureusement pour nous sa physionomie littéraire. Il y avait chez Thomson un fond de gaîté joyeuse et non pas sans malice que laissent deviner ses lettres intimes, mais non pas ses premières œuvres poétiques. A peine un passage de V a Automne » de repas des chasseurs) montre-t-il un essai de plaisanterie. Encore cette page est-elle surtout une satire d allure, il faut le dire, un peu lourde. Au contraire le « Château » abonde en traits où nous voyons que le grand peintre de la nature, le solennel historiographe de la liberté, le majestueux poète tragique avait aussi, dans quelque coin de son génie, le don du sourire et des rnalicieu.ses ironies. C'est un des éléments qui concourent à donner au ravissant poème sa tonalité dominante. L'auteur ne croit pas lui-même à son conte, et il ne veut pas que nous le prenions au sérieux. 11 raille quand il décrit les séductions de ce séjour où il a passé de si douces heures, et je crois bien qu'il sourit encore au moment où il décrit les horreurs funestes de la paresse. Ces touches d'humour sont très légèrement posées; elles ne risquent jamais de faire dégénérer l'œuvre au vulgarisme d'un poème burlesque. Elles suffisent à nous rajipeler que féerie, magiciens et chevaliers ne sont pas pour nous faire illusion, et que nous n'avons pas à attendre ici les récits toujours nobles et graves d'un Spenser.

Voici par exemple les salles du château, toutes tendues de tapisseries. L'auteur nous en décrit les sujets et il en prend occasion pour railler les fausses sentimentalités des élégies et des bucoliques, au contraste de la franche et fraîche beauté de la nature.

a Mainte douce histoire v était tissée.... Des amants inclinés a l'un vers l'autre, dans un vallon solitaire, épanchaient avec « abondance leur cœur délicieusement torturé; ou bien, expri-

« mant leur passion par de tendres regards, ils enflaient la t brise et enseignaient à Técho charmé à retentir de leur souf- « France, tandis qu'autour d'eux les troupeaux, les bois et les ce ruisseaux inspiraient le repos et la paix *. m

Les scènes contemplées dans le a globe magique d fournissent une ample matière aux ironies du philosophe. Nous y voyons l'avare à son bureau, entouré de ses registres, tout rongé de soucis et de besoin, et voici que a de cette chenille € vile et sale sort en voltigeant l'héritier, prodigue éblouist sant : il est tout éclat et gaîté; il est tout émaillé d'or, hôte « sans cervelle de l'air d'un jour d'été * d.

A côté de ceux-ci, les savants a toujours dans leurs livres, c tournant et retournant sans cesse la page : souvent ils sai- « sissent la plume comme s'ils étaient inspirés et pleins des a fureurs de Thespis; et alors ils écrivent et raturent de façon « à nous toucher de compassion ' ».

La peinture des politiciens affairés, qui vient ensuite, n'estelle pas digne de la bonhomie narquoise de Goldsmith?

« Ils étaient réunis en de mystérieux conciliabules et en conc seils nocturnes; et tantôt ils se chuchotaient quelque chose tt à l'oreille, tantôt un haussement d'épaules disait le poids de a leur opinion; puis comme pour recueillir un surcroît de t lumière, leurs yeux clignotants se fermaient*. »

Ces traits ne font pas défaut, on doit s'y attendre, aux portraits où l'auteur s'est amusé à peindre les amis qui ont avec lui savouré les coupables plaisirs de Tindolence. Voici Paterson et Armstrong unis (c pour une promenade silencieuse (d'un « silence plein de profondeur, car ils ne parlaient jamais) ^ n. A côté de ces taciturnes personnages, le jeune Forbcs représente au contraire le mouvement et la gaîte. Mais l'excès en toute chose est fâcheux, et cette exubérance joyeuse devient un fléau quand elle nuit au sommeil :

a De même qu'aux premiers joui*s de juin une mouche au

< corsage d'or bruni... entonne son chant au milieu des vastes

< salles, et d'abord berce doucement la foule des heureux dor-

< meurs,... mais ensuite, tourbillonnant autour de leurs lits, « chasse, des sons profonds de sa trompe, leur doux som- « meil •.... i>

{. Caoto 1, 8lr. XXXVI. — 2. Canlo 1, sir. li. — 3. Canlo 1, sir. lu. — 4. Canlo l, str. liv. — îi. Canlo I, str. lx, 532, 533. — 6. Canlo I, sir. lxiv.

636 JAMES TOOMSON.

Enfin, pour finir, rappelons une strophe où sont raillés avec bonne humeur ces clercs que toutes les satires ont aimé à charger," et Texcellent Murdoch qui avait persévéré avec plus de constance que son ami, sinon avec une plus réelle vocation, dans la voie qui conduit au ministère ecclésiastique :

a Très souvent notre sol était foulé par de saints pieds; de « clercs on aurait pu observer grandToison. Dans la foule il a en est un que je remarquai entre tous, un homme de Dieu, « petit, rondelet, gras et onctueux. Il avait dans l'œil certain tt scintillement fripon, et sa prunelle brillait d'un éclat humide « qui n'avait rien de religieux quand une damoiselle bien prise « venait à passer. SU était remarqué, le faucon rentrait dans « sa mue et lout à coup se rappelait sa dévotion *. b

C'est là une note en poésie que nous entendrons chez un bien petit nombre des contemporains de Thomson. L'esprit, chez les poètes, se manifeste alors autrement. Il apparaît dans les satires personnelles où Pope, avec une verve fort éloignée de toute bonhomie, cingle ses ennemis de distiques cruels comme des coups de fouet. On le trouve encore dans la |>arodie, soit légère et gracieuse comme dans 1' « Enlèvement de la Boucle i, soit prolongée et mordante' comme dans les satires de Martinus Scriblerus ou dans le To}n Thumh de Fielding. Mais ces traits de malice mêlée de bienveillance, cet esprit rehaussé par la fantaisie poétique et par l'évocation pittoresque des objets', ces caractères essentiels de l'humour dont Thomson nous a fourni plusieurs exemples, il faudra descendre le cours du siècle jusqu'à Goldsmith pour les retrouver.

A considérer le <t C4hateau », non plus au point de vue dusujel ou de l'inspiration qui anime Toeuvre, mais à celui de la forme, du style et de la versification, le poème nous apparaît encort comme un phénomène isolé, comme une anomalie saillante

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