‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 254 sur 272 · Par exemple, au chant I, le mot • withoulen · texte numérisé non relu

Par exemple, au chant I, le mot • withoulen

2. C'est encore là un retour à Spenser qui emploie constamment celte Byllabe adventice représentant Tancien préfixe anglo-saxon ge, Milton au contraire s'en était servi très rarement et pas toujours correctement.

blier ce souci d archaïsme, et des passages assez longs se rencontrent où pas un mot ne s'écarte de la langue courante '. Mais alors le poète s'aperçoit de son oubli, et vite il répand, dans les strophes qui suivent, une poignée de vocables vieilli^.

Beaucoup plus significative que Timitation de la langue de Spenser est rado])tion de sa forme prosodique. Cette stance fameuse de a La Reine des Fées » est bien, si on la cornière à l'instrument poétique de Pope, placée à un pôle opposé deTart. Chez le poète du xviii* siècle, les vers se succèdent par couples rimes, nets, secs et brillants, mais uniformes et courts d'haleine. Ils condensent en leurs vingt syllabes une somme parfois considérable d'observation sagace ou d'esprit; mais ils se refusent aux dévelopi)ements abondants et variés. Celte forme affinée par l'usage d'écrivains habiles,' excelle pour l'énoncé d'aphorismes frappants ou d'ingénieuses remarques. C/est aussi l'arme brillante, aiguë, rapide et légère du satiriste. Mais ce n'est pas une langue faite pour exprimer les rêves libres et capricieux d'une imagination de poète. Il semble que pour un écrivain tel que Poj^e la poursuite des oppositions de pensée^ les plus piquantes, des antithèses les ]ilus brillantes s'accompagne du soin d'éviter tout imprévu dans la façon même du vers, et, pour tout dire, tout charme de la pure forme.

Quel contraste avec la langue poétique de Spenser! Ici les complications et les difficultés abondent. La strophe de neuf vers est d'une structure compliquée. Le premier vers rime avec le troisième; le son terminal du deuxième est rappelé par le quatrième, le cinquième et le septième; enfin la rime unit le sixième, le huitième et le neuvième vers, ce dernier étant toujours un alexandrin. Chaque strophe est donc un petit organisme poétique, et doit à la fois se fondre dans l'ensemble du poème et vivre cependant d'une vie propre. Elle est presque aussi complexe qu'un sonnet français; elle Test plus que le sonnet anglais tel que l'ont pratiqué Shakespeare ou Milton. Elle exige de l'écrivain un travail artistique poussé fort loin.

Est-elle une forme qui se prête aux longs récits? La réponse est fournie par l'usage qu'en ont fait Spenser et Thomson, et. après eux, bien des poètes parmi lesquels il suffira de rap-

1. Voir, par exemple, an clianl I les strophes xv à xx dans Icsquell*** • 'witching » pour u bewilching » est le seul terme qui offre trace à'if' chalsme.

« LE CHATEAU D'INDOLEiNCE. » 631

1er Shclley *. C'est qu'en effet elle réunit des mérites divers, le a assez de col lésion et de force organisée pour mettre aque fois le lecteur en face d'une petite œuvre d'art. Elle i pas assez de rigide unité pour s'isoler brusquement des

ophes voisines et briser le récit en une série de paragraphes sunis. Elle a assez d'étendue pour permettre au développeent quelque richesse et quelque abondance; elle n'en a pas sez pour se prêter à la prolixité et la lâche diffusion. Dans

cadre de ses neuf vers elle est à la fois ferme et souple. La (nsée de l'écrivain peut s'y poursuivre d'un seul élan, sans ligueur et sans fatigue, pour se résumer ou pour s'ouvrir en n épanouissement dernier dans l'alexandrin final. Elle peut i contraire se diviser en une série de phrases d'étendue et de •upes extrêmement variées -. Elle peut prendre tous les tons

toutes les allures : l'enthousiasme et le mouvement de l'ode,

marche grave du sonnet ou la course tour à tour rapide ou lentie de la description et du récit.

Et cependant il est vrai qu'elle ne saurait convenir égaleent à tous les genres poétiques. Nous ne pouvons guère imaner ni le « Paradis Perdu » ni les « Saisons » écrits dans cette esure. 11 faut dans le vase délicat et finement ouvragé de la rophe spensérienne verser une matière qui ne le fasse pas dater. La sublime grandeur du thème de Milton, la robuste ;alité des sujets traités dans les a Saisons d ne laisseraient is le loisir de goûter les beautés de ces rimes qui se croi- ;nt, se cherchent et s'appellent si ingénieusement. Il faut

ces formes d'un art raffiné des sujets moins grandioses ou loins précis : les visions merveilleuses du pays des Fées, les gigues rêveries lyriques de la « Révolte d'Islam », ou les fanlisies souriantes du a Château d'Indolence' d.

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