‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 54 sur 272 · VIE A RICHMOND · texte numérisé non relu

VIE A RICHMOND

l'objet*. Murdoch, en 1762, Clark, en 1772, Johnson, en 1781, constatent ce succès persistant % dont la traduction de Saurin est à l'étranger une flatteuse consécration '.

L'accaeil fait à sa tragédie, la popularité toujours croissante des c Saisons », l'amitié active de Lyttelton, chez qui il passe encore Tété de 1745, apportent au cœur meurtri du poète les consolations ou les distractiqps qu'il peut recevoir. A Tusage, sa demeure à demi rustique n'a rien perdu du charme qu'il y avait trouvé en quittant l'appartement sans gaîté d'une étroite et bruyante rue de Londres, a La solitude et la nature me « plaisent tous les jours davantage », dit-il dans une lettre à son ami Paterson *. Et il conseille au voyageur, qui est allé si loin chercher un emploi lucratif, d'amasser, avant le retour, un pécule suffisant pour pouvoir jouir, dans quelque agréable retraite, d'une vie vraiment heureuse, telle que celle du vieillard de Corycus *. Et c'est ainsi que s'écoulent ses dernières années, entre les charmes d'un genre de vie qui réalisait tous ses vœux, l'exécution de travaux littéraires auxquels il peut se consacrer sans hâte et sans fièvre, la mélancolie de ^tte passion qui avait cru fixer le bonheur et l'avait vu fuir ^ns retour, et la chaude sympathie d'amis anciens et nou-

. ^. Édition in-8 en 1752; in-8 en 1766; in-12 en 1768; in-8 en 1777; édi- ^*<^n in-12 en 1812, imprimée d*après le • prompl-book •.

. 3- • It continues to draw crowded houses » (Murdoch). Mêmes expressions dans la biographie de l'édition de darke. « It slill keeps ils turn ^pon the stage. • (Johnson.)

3. Voltaire accueillit avec beaucoup de mauvaise humeur cette invasion ^cla scène française par une pièce d'origine anglaise. Évidemment il ne ^oyait pas dans la tragédie un article d'importation qu'on pût admettre ^ Paris. Récrit à M. Damilaville, le 26 février 176i : a ....J'ai lu Blanche. ^0Q8 prenons donc à présent nos tragédies chez les Anglais? Quand l^reodrons-Dous ce qu'ils ont de bon? »

£t au traducteur lui-même, deux jours plus tard :

• Vous ayez fait, Monsieur, bien de l'honneur à ce Thomson. Je l'ai connu, il y a quelques années. S'il avait su être plus intéressant dans ses autres pièces et moins déclamateur, il aurait réformé le théâtre anglais que Gilles Shakespeare a fait naître et a gâté.... • (A M. Saurin, 28 fév. 1764.)

4. Du mois d'avril 1748; et probablement du milieu du mois, selon la conjecture de R. Héron, puisqu'il y est question du siège de Maastricht, où 1 armée française ouvrit son feu dans les premiers jours du mois.

5. Le dernier paragraphe de la lettre contient ce passage : <« May your bealth... still continue, till you hâve scraped together enough to return home and live in some snug corner, as happy as the Corycius senex, in Virgil's fourth Géorgie, whom I recommend both to you and myself as a perfect model of the truest happy life ».

veaux. CoUins mérite parmi ceux-ci une mention spéciale. Entre ces deux hommes à bien des égards différents : le poète délicat, exquis, un peu précieux et frêle des«i Églogues » et des tt Odesi>,etle chantre abondant et robuste de la a Nature i», une vive amitié s'établit, dont Collins devait donner plus tard un témoignage touchant. Très différent était, parmi les visiteurs de Kew-Lane, le Dr. de la Cîour, prêtre et poète irlandais, que ses excentricités avaient fait surnommer en Irlande tfie mad parson. Il avait pour Thomson une enthousiaste admiration qu'il a exprimée en vers. Il venait souvent le voir, et se montrait prêt à lui tenir tête, selon l'humeur du moment, soit dans une conversation littéraire, soit en face d'une bouteille de porto * .

Dans la lettre à Paterson déjà citée, la dernière lettre de Thomson que nous connaissions, le poète fait mention d'un assez grand nombre de ces amis de toutes classes et de toutes sortes dont il a su gagner et retenir laffection. Ce sont des hommes politiques élevés aux grandes fonctions de TÉtat comme Pitt et Lytteiton ou comme Mitchell qui vient d'être envoyé aux Communes par le comté d'Aberdeen. C'est, à côté d'eux, Tacteur Quin pour lequel son amitié ne diminue pas quand la gloire d'un jeune rival vient faire pâlir la popularité du tragédien. Ce sont des gens de lettres comme Gilbert West *

1. De la Cour avait publié en 1733 un recueil de pièces dont la plus importante avait pour titre The Prospect of Poelry. il y adressait de vifs ëloj^cs à l'auteur des • Saisons -. Le comte de Buchan a publié, comme étant de Thomson, un morceau poétique adressé au docteur de la Cour, sur son Prospect of Poctry. Les vers fif^urent dans les recueils des œuvres diverses de Thomson. Mais Cave, l'éditeur du Gentieman's Magazine, avait d'avance nié cette attribution. Le morceau, dit-il, lui avait été adressé en 1136, avec la signature J. Thomson. Il ne l'avait pas accepté, car il s'était aperçu que les vers avaient été déjà publiés en 1734 dans un recueil mensuel, et parce que d'ailleurs Thnmson lui avait afûrmé n'eu être pas lauteur. Le morceau a bien en elTet le caractère d'un pastiche et presque d'un centon des vers des « Saisons ».

Malgré ses excentricités et ses habitudes d'intempérance, De la Cour vécut jusqu'à soixante-douze ans. — C'est Robertson qui nous dit qu'il comptait parmi les amis les plus chers de Thomson, dans les dernières aunées de la vie de celui-ci.

2. (Hiberl West, après avoir quitté l'armée, s'était fait un nom parmi les thi'ologicnà par ses • Observations sur la Résurrection ». — 11 habitait ù Wickham, dans le Kent, une charmante résidence où Lytteiton et Pill allaient souvent le voir. C'est là, dit-on, que ce dernier contracta son goût pour l'art des jardins, et Lytteiton son goût pour les controverseti théologiques.

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etMalIet ', des ecclésiastiques tels que son vieux eaniarade Miirdocli ou AVarrender. La lettre mentionne également le Iir. Arnislrong, qui se lait en ce moment sa place paruji les plus célèbres particiensdu jour et Andrew Millar, depuis vingt ans l'éditeur et l'ami du poète. La mention de chacun de ces noms est accompagnée de quelques mots où se montrent l'attachement et Testime de Thomson. « Mitchell est à la

• Chambre. . . . J 'espère qu'il arrivera bientôt à autre chose *, pert sonne ne le mérite mieux que lui : la vraie amitié et Thuma- « nilé habitent son cœur. » — a Pierre Murdoch a bon espoir « d'un nouveau bénéfice dans le SufTolk. Il y prendra femme, s'y « terrera et sera heureux.» — a Le bon, l'obligeant Millar va « comme d'ordinaire. » — a Le Docteur(Armstrong) voit croître

• saclientèle, mais non pas décroître sa misanthropie. Il est vrai

• qu'il y aune certaine misanthropie qui ne manque ni d'huma- « nité ni de charme, c'est celle de Jaques dans la comédie'. »

De tous ces amis cependant, c'est Lytleltonqui, pendant ces dernières années, occupe la plus grande place dans les aflfec- Uons et dans la vie de Thomson. Il reçoit chaque année le Poète à Hagley et l'y garde plusieurs semaines *; il va lui- '^ème s'installer à Kew-Lane pour y faire des séjours prolongés. Une de ses lettres à Thomson, datée du 21 mai 1747, *^ous fournit d'intéressantes indications sur les relations des

1. Les relations de Thomson avec Mallet semblent avoir perdu à un

Certain moment quelque chose de leur cordiale intimité. Dans les lettres

t^nbiiées par P. Cunningham pour la Philobiblon Society, il en est une,

^alée du 9 août 1745, où notre poète s'excuse de ne pas toujours observer

^es règles extérieures de l'amitié. Il demande à son vieux camarade de ne

pas le juger d*après son apparente né^'ligence. 11 vient d'apprendre, en

rencontrant par hasard des domestiques de Mallet, que la famille de

celui-ci s*est augmentée tout dernièrement.

La même lettre nous fait connaître un trait assez amusant de l'ordinaire négligence du poète. Il avait loué un livre (Hackluyts Rock of Voyages) sans du reste connaître les termes de la location. Mnllet Tavait engigé à renvoyer le livre chez Millar. Thomson avait omis de le faire, et se trouvait devoir 12 schcllings. Il estima qu'il valait mieux ajouter quelque chose à la somme et devenir propriétaire de l'ouvrage.

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