CHAPITRE VI
DÉVOUEMENT ET AFFECTION DES AMIS. — APpÈS LA MORT
THOMSON EN ECOSSE. — THOMSON A l'éTRANGER
Cette lettre à Paterson que nous avons déjà plusieurs fois
nientionnée, cette longue lettre toute enjouée et pleine d'un
bavardage de bonne humeur, Thomson l'écrivait au lendemain
du jour où il venait de recevoir, comme aurait dit Voltaire,
^ne nouvelle taloche de la fortune*. Le récit de sa mésaventure
y tient beaucoup moins de place que le souci de son jardin.
Son ami Lyttelton était depuis quelque temps en complète
disgrâce auprès du prince de Galles *. Celui-ci avait d'abord
continué à payer au protégé de son ancien secrétaire la
Pension qu'il lui avait allouée. La dédicace que Thomson lui
*vait faite en 1745 de son 9. Tancrède » a pu contribuer à
prolonger la générosité du royal personnage. Mais on ne pou-
*• UUpc à M. Thiériot, 1* sept. 1735.
^' Leurs relations s'étaient refroidies depuis la chute de Walpolo en *^^^> Us avaient adopté des partis dilTérents dans la lutte d'inHuences ^^ <li visait le cabinet formé sous la présidence de l'incapable Wilmington Jl^Spenser Compton auquel avait été dédié 1' • Hiver »). Quand enfîn Pelham \^^^ complètement emporté sur Carteret, et que celui-ci se fut vu forcé ^^ Ruiiter les sceaux malgré l'appui du roi et celui du prince, Lyttelton ^^^n. dans la - Broad Bottom administration », et Frédéric lui retira son ^^ de secrétaire.
vait s'attendre à voir durer longtemps cette libéralité chez un prince que Tamour désintéressé des lettres n'avait jamais inspiré, et que tourmentaient sans cesse des besoins d'argent'. II eût au moins fallu faire un choix entre son amitié et celle de Lyttelton. Ni Thomson, ni West, ni même Mallet ne songèrent à pareille lâcheté. L'orage éclata donc; tous trois furent frappés, en un même jour de la fin de 1747 ou du commencement de 1748, et Thomson se trouva rayé de la liste des pensions du prince de Galles *.
Notre poète se consola en « creusant de nouveau cette mine « d'inépuisables trésors que nous portons en nous, que ne peut c détruire la rouille du temps, et que les voleurs ne sauraient c violer ni piller' t> ; il se remit au travail. Depuis 1745, aucune œuvre nouvelle n'avait été par lui produite. Il avait seulement publié, en mai 1746, une nouvelle édition des « Saisons i», la dernière qu'il lui ait été permis de revoir et de retoucher*.
1. On sait que ce fui une des causes les plus actives du désaccord cotre le prince héritier et le peu libéral George II. Le fils se plaignait amèrement de la lésinerio du père. Dès 1734, il avait songé à exposer au Parlement ses griefs. En 1131, ses. amis appuient une notion de Pulteney tendant à prier le roi d'élever la part faite au prince de Galles sur la liste civile, et de la porter de 60 à 100 000 livres. C'est à partir de ce moment que l'aversion de George pour son fils devint invincible.
2. Le prince semble avoir eu quelque honte de cette misérable façon d'atteindre Lyttelton dans la personne de ses amis. Il laissa entendre que peut-être rendrait-il un jour au poète avec intérêt ce qu'il lui reprenait. Ce n'était qu'une hypocrisie de plus, et Thomson ne s'y trompait pas. « Yet 1 hâve hopes given me of having it restored with interest some lime or other. Oh, that « some time or other » is a great deceiver! » (Lettre à Paterson.)
On voit, en tout cas, combien est inexacte l'assertion de Phîllimore et de nombreux biographes qui font coïncider la perte de la pension avec la rupture entre Lyttelton et Frederick.
3. tt Thèse are the treasures dug from an inexhaustible mine in our own breasts, which, likc those in the kingdom of heaven, Uie rust of time cannot corrupt, nor thieves break through and steal. I must leam to work this mine a iittle more, being struck ofT from a certain hundred pounds a year which you know Ihad.... » (Lettre à Paterson.)
4. Elle fut publiée par Millar, en un format in-12. Woodfall en imprima (9 mai 1410) 4 000 exemplaires. L'édition précédente avait été tirée, deux ans auparavant, au même nombre. On voit à ces réimpressions successives que la popularité du poème ne cessait de s'étendre et de s'affirmer.
Les modifications apportées à cette édition définitive ne sont pas très importantes. Le • Printemps • a 3 vers de plus qu'en 1144,1' • Été « en gagne 9, r « Automne » en perd 2, 1' • Hiver» et 1' • Hymne • conservent le même nombre. Mais à coup sûr c'est bien lu pour nous le texte ne varieiur des « Saisons •. Pendant longtemps cependant, à partir de l'édition publiée
Au commencement de 1718 il est prêt à donner au public une trafîédie nouvelle et un important poème.
Le « Château d'Indolence » parut vers le mois de mai. Il y
avait, au dire de Fauteur lui-même, quatorze ou quinze ans
que l'œuvre était sur le métier*. Thomson s'était, au début,
proposé de railler, dans quelques strophes légères, ses amis
et lui-même d'une indolence qu'on lui reprochait et qu'il
croyait aussi bien voir en eux. Mais peu à peu l'œuvre s'était
développée au point de devenir le poème charmant que
publiait Millar*. Les conditions dans lesquelles il avait été
conçu devaient y assurer une place à maint détail de la vie du
poète, à mainte allusion à son caractère et à ses habitudes.
Thomson, en effet, y a élevé une galerie où plusieurs de ses
amis et lui-même ont (comme il le dit) leur niche. Le premier
?ui soit décrit, parmi les hôtes du château, ce personnage
d'aspect particulièrement grave, pensif, mais non pas triste,
Qui, en regardant les nuages, bâtissait mille systèmes glo-
''ieux, concevait mille grandes idées et les laissait fuir avec
1^ nuées sans laisser plus de traces que celles-ci, c'était
'^atersoh '. Le taciturne et mélancolique promeneur de la
^^fophe suivante est Armstrong •. Le misérable dont la rudesse
^t la saleté déshonoraient le château, c'est, dit-on, un certain
^litaire excentrique du nom de Welby ', que, du reste, nous
^^ voyons nulle part figurer parmi les familiers de Thomson.
. ^hn Forbes est cet adolescent joyeux que le hasard amène un
J^Ur dans les salles enchantées, et dont la bruyante et commu-
^^calive gaîté dissipe en partie le charme qui pèse sur les
Prisonniers •. Cet autre dont le sentiment aiguisé savait recon-
*^^r Murdocb et Millar en 1762, les éditions successives reproduisirent le J^^te de 1144, jusqu'à ce que Mr. Bolton Corney eût signalé les divergences
^% deux éditions {The Gentleman*s Magazine, 1845, t. I, p. 145). ^ l)*Israeli, rinfaligable curieux, avait déjà observé cette inadvertance des ^ dateurs modernes.
^ i. - Now that 1 am prating of myself, know that, after fourteen or flf- ^«n years, the CasUe of Indolence cornes abroad in a fortnight. It wiU ^^rtainly travel as far as Barbadoes. You bave an apartment in it as a ^ight pensioner; which, you may remembcr, I fitted up for you duriag ^lir deligbtrul party at North Haw -.... (i-ettre à Palerson, avril 1748.)
2. En un format in-4. La même année parut une 2* édit. de format in-8.
3. The Castle of Indolence, canlo I, strophes lvii, lviii, lix.