‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 60 sur 272 · G. I, Lxix · texte numérisé non relu

G. I, Lxix

5. Dans une leUre au Dr. Wharton du 5 juin 1748, il parle des nouveaui qu'il Tient de lire, et, après avoir copieusement exprimé son admirati pour le Méchant de Gresset et pour lus jolis badinages de Tauteur Tra çais, voici ce qu'il trouve à dire du poème dont vient de s'enrichir la lit!

main même de la mort de Pope, en plein régne du distique rimi', aux effets brillants mais secs et monotones, on vit paraître, avec Gilbert West et Sbenstone d'abord, puis avec un grand nombre d'autres écrivains, des imitations de ce mètre savant et riche de Spenser que Thomson avait remis en honneur*.

Quant à la tragédie de ce Goriolan », elle était terminée depuis

la première partie de Tannée 1747. L'auteur en entretenait

Mallet, le 31 mars de cette année ^ Les difficultés qui se sont

opposées à la représentation, avaient pour cause la rivalité des

deux acteurs de Drury-Lane. Thomson voulait réserver à Quin

le rôle de Goriolan. Garrick ne voulait pas se contenter du rôle

de Tullus Âufidius, ou, du moins, n'avait aucune hâte de

voir jouer une pièce dans laquelle il ne devait paraître qu'au

I second plan. Gomme à cette époque même (la fin de mars 1747)

Garrick devenait un des deux directeurs du théâtre ', Thomson

^t Quin se heurtaient désormais à un obstacle insurmontable.

Le poète revient sur ce sujet, une année plus tard, dans sa

lettre à Paterson : « Goriolan n'a pas encore paru sur la scène,

< à cause de la mesquine et misérable jalousie de Tullus envers

< celui qui seul peut jouer Goriolan. De fait, le premier a, pour t cette saison, entièrement chassé l'autre de la scène, comme un • géant en colère *. Montrons donc encore un peu de patience,

'^^ure anglaise : • There is aUo a poem lalely published by Thomson, ^lled-thc Castle or Indolence, wilb some good stanzas in il. » (La Ictlre •8 trouve dans Touvrage de Mason sur la vie et les œuvres de Cray.) ^' Voir sur ce point plus de détails dans l'élude que nous consacrons P'"»» loin au • ChAteau v.

^' • I will désire you as a friend to read • Coriolanus ». Tho' pretly ^^th indifferenl whether ever he appear upon Ihe slage or no, yct I am ^''from being so with regard to his haviu;; yoiir approbation.... » ^ (VlH* et dernière lettre de Thomson à Mallet, dans la série publiée par * Cunningham pour la Philobiblon Society.)

^' Mr. Lacy, le possesseur du brevel, lui en avait cédé la moitié pour !!^c somme de 8 000 livres, ce qui parut alors un prix très modéré. (V. ^* Davies. Ufe ofGairick, v. I, p. 103.)

^* Cette inimillé des deux acteurs n'est pas pour nous surprendre. Quin ^^&itélé, pendant plusieurs années, le premier acteur de la scène anglaise, r*^ deux grands ttiéàlres de Londres se le disputaient. Quand Fleetwood ^^i eut ofTert, pour l'attirer à Drury-Lane, des appointements de 500 livres ^an, rénormité de cette .somme fit scandale, et Rich, le directeur de ^▼ent Garden, laissait en mau^^réant partir son premier sujet, et décla- ^t qu'aucun acteur ne valait plus de 300 livres. — C'est cette suprôtfiatie que le succès d'un acteur nouveau venait mettre en danger. Garrick débute à Londres en 1741, et la faveur du public s'attache aussitôt &

c mon cher Paterson; montrons même de la gaieté; tout s' c rangera un jour; en tout cas tout finira un jour — au mo c ici-bas*.... ]>

La fin était plus prochaine qu*il ne le supposait en écriv ces mots. Il ne devait plus vivre assez longtemps pour \ jouer son a Coriolan i», ni même pour goûter encore une foi! charme de cette saison d'automne qu*il préférait à toute au Il avait toujours été, dit Murdoch, médiocre cavalier. La ro de Londres à Richmond, sillonnée sans cesse de nombr voyageurs, parmi lesquels les imprudents et les maladroits manquaient pas, lui semblait particulièrement dangereuse préférait donc, quand il le pouvait, faire le trajet à pied était heureux en pareille circonstance de rencontrer quelqi de connaissance avec qui cheminer en causant. Il s'arré quand venait la fatigue, et parfois dînait à mi-chemin, demeure de Mallet, à Strand-on-the-Green, sur les bordj fleuve; Tauberge de la Colombe, à Hammersmith, où son venir s'est perpétué, étaient quelques-unes de ses stat

lui. C'est toute une révolution qu'il apporte au théâtre, en faisant céder le naturel et le pathétique au jeu guindé, à la déclamation te des vieux acteurs. • If the young fellow is right, disait Quin, 1 an< rest of the players hâve been ail wrong. • — Us avaient tort en effet, public le leur (It sentir tous les jours davantage, à mesure que Tau de Garrick s^afnrmait.

1. • Coriolanufl bas not yet appeared on the stage, from the little, jealousy of Tulhis towards him who alone can act Coriolanus. In the first bas entirely jockcyod the last oiï the stage, for this season, 1 giant in bis wrath. Lcl us bave a liltle more patience, Paterson; na us be cbeerful; at last ail will be wcll, al last ail wiU be over, — t mean.... *

Il faut ajouter que si Garrick a eu de? torts en cette circonstance a réparés noblement. Après la mort de Quin il écrivit une poétique taphe où les mérites et le talent de son ancien rival sont loyale reconnus. Nous la reproduisons d'autant plus volontiers qu'elle se bien renTermer une allusion à Tanccdote célèbre de Quin venant dél Thomson :

a That tongue >vhich set the table on a roar, And charm'd the public ear, is no more! Clos'd are those eyes, the harbingers of wit Which spoke, before the tongue, what Shakespeare writ; Cold are those hands, which, living, were stretched forth At friendship's call te succour modcst worth. Herc lies James Quin! deign readcr to be taught (Whate'er thy strength of body, force of Ihought, In naturels happiest mould however cast), To this complexion thou must come at last. v (Cité par Ed. Gosse, Eighteenth Cenlury Literature, p. 229.)

ordinaires. Il était ainsi parti seul, un soir d'été. Arrivé à Hamroersmith, et accablé de fatigue et de chaleur, il commit l'imprudence de prendre une barque pour se faire conduire jusqu'à Kew. Mais Tair frais du soir le saisit. La marche qui lui restait à fournir, du bord du fleuve jusqu'à sa maison, ne suffît pas à dissiper l'influence funeste de ce refroidissement, et, le lendemain, il était atteint d'une forte fièvre. Un traitement approprié semblait avoir assuré la guérison, quand une imprudence du malade, qui s'exposa prématurément à l'air d'une soirée fraîche, amena une rechute, et bientôt son état ne laissa plus d'espoir. Ses amis, Mr. Mitchell, Mr. Reid ', le docteur Armstrong qui lui avait donné ses soins dès le début de la maladie, accoururent de Londres en toute hâte. Leurs efforts furent inutiles •. Le samedi 27 août 1748, vers quatre heures du matin, le poète expirait entre les bras de Robertson, l'ami de son adolescence, le beau-frère de miss Young. Il avait quarante-huit ans moins quelques jours.

Mitchell se chargea de faire rendre à la dépouille de son ami les derniers devoirs, et de veiller aux intérêts de ses héritiers. Le jour même de la mort du poète, il écrivait au Révérend Mr. Gusthart ', le plus ancien sans doute des amis de Thomson,

1* Andrew Reid, Écossais, comme son nom ^indique, était de très longue <l^le on ami de Thomson et de Murdoch. U a écrit, comme Murdoch, quelques ouvrages de mathématiques, et publié pour Lyttelton V • Histoire d'Henri II ..

2- U maladie est décrite par Mitchell comme une fièvre tierce trans- ^rmée ensuite en fièvre continue (Lettre au Révérend Mr. Guslhart, du 27 aoùl).

Aroisirong, en sa qualité de médecin, parle du mal avec plus de détail. * i^oor Thomson died last Saturday morning of a fever, which at first 'Ppeared to be an intermittent; but in a short time it degcueraled from ^/ever, which I hoped would do him a great pièce of service by scouring 'Habils, into the low, nervous, malignant one which soon proved fatal *^ iïim, as it bas lo many. • (To Murdoch, London, August 30.)

'^^z elles.

^.I^onison avait reçu à Richmond, peu de temps avant sa mort, la ^^'le d'un autre fils de Texcellent homme. Le jeune étranger s'était pré- ^té sans d'abord se faire connaître. Quand le poète sut qui il avait • ^^^nt lui, il le serra dans ses bras, et exprima sa reconnaissance pour . . bienfaiteur et l'ami de ses jeunes années, avec une émotion qui lui ^^^it verser des larmes, et qui amenait naturellement sur ses lèvres ces P ^^s écossais qu'il avait depuis si longtemps cessé d'entendre. (Shiels, dans ^'•^iR's Lives.)

et à Patrick Murdoch. Son court billet à celui-ci se termine par ces mots : « Ce dernier coup m*a presque anéanti * ï. L'expression d'une aussi vive et aussi sincère douleur se retrouve dans toutes les lettres qu'échangent en cette circonstance ces hommes qu'avait unis une commune aiîectioD pour le poète, t Ce coup, dit Armstrong, nous laisse un vide c affreux. La perte d'un ami si charmant change, au moins pour «t un certain temps, quelques-unes des scènes les plus ravisât santés de l'Angleterre, en une solitude désolée. Il se passera « longtemps avant que je puisse revoir Richmond sans une poit gnante douleur *. » — « Rien, écrit Murdoch à J. Forbes, «t ne m'a jamais dans la vie frappé et affligé autant que cette « nouvelle.... Mon premier souci, quand j'eus repris quelque c sang-froid, fut la douleur et la désolation que ressentirait « votre cœur aimant*. » Et quelques jours plus tard : « Hélas! a que puis-jedire, moi qui ai besoin de consolations autant que « personne? Nous avons perdu, mon cher Forbes, l'ami ancien, a éprouvé, aimable, ouvert, notrebon Thomson,... le dépositaire « le plus fidèle de nos pensées intimes, le conseiller toujours

1 H RichmoDd, in Surrey, Satarday S7 Auf?.

« My dear P. »

• Our dear friend Thomson died Ihis morning about four o'clock, aflef a very short illncss.... 1 am hère to see the last duties fairly paid. 1 ^^ almosl sunk wilh Ihis last stroke.

• Yours aiïectionately, »

2. • This blow makes a hideous gap, and the loss of such an agreeable friend turns some of the sweelesl scènes in England into a somethiniï waste and desolate, at least for the tiine; it will be so for a Jong lii"* wilh me, for 1 question whether I shall ever bc able to see Richmond again wilhout sorrow and mortification. » (Armstrong à Murdoch. London, 30 août.)

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