Macbeth^ acte II, se. ui, y. 4C
la plus capricieuse fantaisie. Jamais en réalité nous ne perdons terre entièrement. Les joutes d'esprit de (( Peines d'amour perdues » mettent aux prises des personnages quintessenciés et précieux, dans un milieu très réel de prairies et de bois où croissent les pâquerettes mi-parties et les violettes bleues, où chante Talouette joyeuse et le coucou moqueur; où les jeunes filles font sécher leurs jupes d'été * ; où résonnent les chants rustiques de vrais et simples paysans. A l'action compliquée et fabuleuse du « Marchand de Venise y> se mêlent des scènes à la fois délicieuses et d'une surprenante valeur de réalisme '. Les petits êtres surnaturels du c Songe d'une Nuit d'Été > sont en commerce si intime avec les plantes et les fleurs de la campagne anglaise que nous sommes prêts à voir en eux lesgénieset l'âme même de ces bijoux vivants *. Dans les comédies aussi bien que dans les drames la nature est utile et nécessaire au poète. S'il ne nous y emporte pas en plein pays des songes vaporeux, ce n'est pas seulement parce que mille traits d'une observation psychologique exacte nous rappellent au sen- Ument de la réalité, c'est aussi parce que le milieu dans lequel Se meuvent ces êtres de fantaisie est toujours le monde réel. Et de fait, n'est-elle pas bornée et incomplète la psychologie qui ignore l'importance dans la formation d'une âme de <^es mille influences des choses qui sans cesse, et même dans 1^ conditions de vie les plus factices, nous pénètrent et nous Modèlent? Shakespeare n'isole jamais quant à lui ces deux termes de l'étude du poète, l'âme humaine, le monde. Il semble '^ême que, pour lui, ces sensations fournies par les forces f Oibiantes forment les premières assises et le fond de notre être ^^tellectuel. Ce sont elles qui remontent à la surface quand '^ autres influences s'aflaiblissent. Ophélie privée de raison ^hante les fleurs des champs et des bois *, le vieux Lear se ^Uvre de fleurs sauvages % Falstaff mourant joue avec des ^^urs et parle des prés verts ®.
i. Love*s Labour's Loêty acte V, bc. ii, v. 904 et suiv. ^. The Merchant of Veniœ, acte V, se. i, v. 54 et suiv. 3. A Midsummer NighVs Dreum^ acte II, se. i, v. 8 et suiv. I. HamM, Prince of Benmark, acte IV, se. v.