‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 80 sur 272 · Voir par exemple cette description des arbres en hiver · texte numérisé non relu

Voir par exemple cette description des arbres en hiver

■ You naked troes, whose shady leaves are lost,

Whereiu the byrds \vere wont to build their bowre,

And nuw are clolhd with mosse and huary frost,

Insted of bloosmes, whcrewith your buds did flowre. «

(Januafy.) • FaJed oak

Whose body is sere, whuse branches broke,

Whose naked arms stretch unto the Ore. »

(Feôruary.) Ou, dans la deuxième Kglogue:

" My rat^^cd rontes al! siiiver and shakc,

As docn high Towcrs in au earthqnake,

They wont in the wind wagge their wrigle tayles»

Perke as a Peacock; but now it avales. »

{Fehruary.)

• Seest howe brag yond Bullocke bearcs,

So smirke, so smoothe, bis pricked eares?

His bornes bene as broade as Bainebowe bent,

Ilis dewelap as lythc as lasse of Kent. • (fd.)

comment le poète rappelle d'une touche sobre et te la Mulla sur les bords de laquelle il a devisé avec i, dans Colin Clouts corne home again. Les pièces ées au souvenir de Philip Sidney renferment (sauf re Astropîiel, la plus froide de toutes) de nombreux escriptifs. Quelques-uns des oc Sonnets j> sont de purs ic *, et Tun d'eux au moins traduit comme l'obsession ensation ^ Enfm dans le morceau le plus lyrique de ivre, dans cet admirable Epitlialamium où il sonne s fanfare de son amour heureux, on sent un ravisserefond dans la beauté de Tunivei^s. La nature y fournit

de ce refrain qui sans cesse vient associer au bonheur 3 les bois et leurs échos sonores.

Milton.

ipit de la chronologie, Milton est un contemporain de )eare et de Spenser; il complète avec eux la glorieuse poétique de la Renaissance anglaise. Il appartient & e privilégiée par l'union do ces deux caractères : la de la pensée et la recherche passionnée du beau. Il a, son maître, une foi religieuse intense et un haut idéal il croit que le don de poésie a été mis en lui pour le

exemple le sonnet XIX : « The merry Cuckow, messenger of ,etc.

« Comming to kissc her lyps (such grâce I found), Me seemd, I smelt a gardin of sweet flowres, That dainly odoura from lliem tlircw around, For damzels fll to decke tbeir lovers bowres. Her lips did smcli lyke uiito Ihe Gillyflowers; Her ruddy cheekes, lyke unto Roses red; Her snowy browes, lyke budded Bellamourcs; Her lovely eyes, likc Pincks but newly spred; Her goodly bosomef like a Strawberry bed; Her neck, lyke to a buncli of Cullambynes; Her brest, lyke Lillyes, ère Ihcyr leaves bc shed; Her nipples, like yong blossomed Je^scmynes;

Such fragrant flowurs doe give inost odorous smcU;

But her sweet odour did them ail excell. •

(Sonnet LXIV.)

230 JAMES TQOMSON.

service de ses convictions *. Et comme chez Spenser aussi, cette aspiration vers un but élevé, cette sorte d'apostolat poétique est associée chez Milton à un sentiment très vif de la beauté sous toutes ses formes. Dans ses œuvres de jeunesse nous retrouvons tous les motifs inspirateurs du poète que nous venons d'étudier : Téclat radieux de l'antiquité païenne, la noblesse morale du platonisme et de la foi chrétienne, la soif d'idéal et le charme naïf des poèmes chevaleresques ou des légendes populaires. Mais il y ajoute quelque chose. Si ces premières productions, VAUegro^ le PenserosOy Cornus, Lycidas, etc., méritent d'être considérés comme les chefsd'œuvre les plus achevés de la poésie de la Renaissance, en dehors du théâtre, c'est que Milton y manifeste, à un plus haut degré que Spenser, une ferme étreinte de la réalité, uo sentiment large et profond de la nature.

E^t-il besoin de rappeler que VAUegro et le Penseroso énumèrent avec une complaisance ravie les spectacles, \^ travaux et les plaisirs de la campagne? Malgré l'opinion des critiques à qui ces tableaux ont paru manquer d'exactitude, est-il rien de plus justement vu et noté que la plupart de ces traits descriptifs? Sans doute l'imagination seule du poète a entendu l'alouette lui chanter à la fenêtre une joyeuse aubade*. Mais ce sont bien des impressions directes que ce bruit « du a faucheur qui aiguise sa faucille' »,ou la vue de «c ces meules c fauves qui s'élèvent dans la prairie * », de a cette cheminée de «c chaumière dont la fumée monte entre deux vieux chênes* h de a cette lune voyageuse qui semble se baisser pour franchir c un nuage floconneux ^ d, de <( cette petite pluie qui, du bord a du toit laisse tomber à intervalles réguliers ses gouttes sur les a feuilles qui bruissent' ». Les scènes merveilleuses de Corf^^^ se déroulent au milieu de paysages qui ont à la fois l'éclat des tableaux de Spenser et le charme pénétrant des champs et des bois véritables. Ce sont des vallées aux broderies de violettes,

4. • Milton bas acknowledgcd to me, thaï Spenser vraa bis original» * (Dryden, Préface to Fables,)

Dans VAreopagitica Millon lui-môme exprime en ces termes son jug^' ment 8ur Spenser et aa conviction que le poète a une mission morale : « the sage and serions Spenser, whom I dare be known to tbink a bellcr teacher that Scotus or Aquinas. »

2. VAUegro, v. 46. — 3. Ibid., v. 66. — 4. Mid., v. 90. — 5. Ibid., ▼• 81» 82. — 6. // Penseroso, v. 71, 72. - 7. îbid,, v. 127-130.

u'emplissent la voix d'Écho, la douce nymphe, et les tristes hants d'amour du rossignol* ; une forêt de sombres pins dont es cimes noires s'agitent et secouent sur le voyageur égaré 'horreur et la menace*; des clairières où, sur le bord du ruisseau à la surface légèrement ridée, les nymphes des bois ornées de parures de pâquerettes célèbrent leurs veillées joyeuses 3; des âables jaunes où dansent les fées légères et les gracieux lutins % des sources entourées de fragiles roseaux*, des rives que tapissent les primevères à la tête de velours •.

Lycidas commence par une apostrophe à ces plantes symboliques : le laurier, le myrte, le lierre; il se termine par la mention de bois et de prairies. Et dans le poème luimême que de souvenirs des choses de la nature, depuis Ténuraération célèbre des fleurs dont le poète veut joncher la tombe de son ami % jusqu'à ces nombreux traits de description qui tantôt reproduisent la perception précise d'une délicate observation, et tantôt évoquent d'une poétique hnage, plus éloquent'e et plus suggestive qu'une longue énumération de détails, quelqu'une des apparences familières de la nature. Est-il rien de plus rustique ou de plus fidèle que ces vers où nous entendons k bourdon du taon sous la chaleur étouffante de midi"? que ceux où nous voyons s'allonger, au soleil du soir, l'ombre des collines'? que ceux où sont dépeintes ces vallées profondes que hantent les faibles murmures des ombres, des vents capricieux et des ruisseaux jaillissants, et dont le frais repli reçoit rarement le regard de l'étoile néfaste *°? Et d'autre part la poésie 'ïioderne a-t-elle jamais retrouvé plus heureusement le don de 'réation de ces mythes à la fois gracieux et merveilleusement Pittoresques où se plaisait la poésie des Grecs? Qu'on se rap- ^lle ces « prés élevés qui apparaissent lorsque commencent à s'ouvrir les paupières de l'Aurore *^ », ou «c le calme matin s'éloignant avec ses sandales grises *^ ».

1. Cornus, V. 230-235. — 2. Ibid., v. 36-38. — 3. Ibid., 120, 121. — 4, Ibid., 117, 118. -- 5. Ibid., V. 890, 891. — 6. Ibid., v. 898. — 7. Lycidas, v. 142- 0. — 8. Ibid, V. 28. — 9. Ibid,, v. 190. — 10. Ibid., v. 136, 138. — . Ibid., V. 28.

12. Lycidas., v. 187. — Macaulay a 1res justement note ce caractère des emières œuvres de Millon que dous essayons ici de préciser : • Neitber icocritus nor Ariosto had a flner or a more healthrul scn^e of Ihe pleantness of external objects, or loved bettcr to luxuriatc amidst sunbeams id Qowers, the songs of ni^htiogales» the jiiice of summer fruit?, and le coolness of shady fountains. » {Essay on Milton.)

Trente années séparent ces premières productions del'œum épique à laquelle est attachée surtout la gloire de Milton, trente années de passions ardentes, de haines sans mesure, d'&pres luttes aboutissant à une défaite sans espoir. Que reste-t-il de la vive et lumineuse imagination qui inspira V Allegro et Cornus chez le polémiste qui pendant vingt ans a rédigé, argumenté et bataillé en pesantes périodes latines? A coup sûr le changement est profond du jeune homme pour qui tout spectacle de la nature était une joie et provoquait un chant, au vieillard aigri, souffrant et aveugle qui dictait le c Paradis Perdu. » Mais cette fêle des sens, dont il avait joui si pleinement, lui avait laissé un souvenir trop vivant pour que la nature fût exclue du poème qu'enfantait son génie assoinbri et en même temps grandi. Ce n'est pas seulement le souvenir des lectures, c'est aussi celui des visions d'autrefois qui, selon le mot délicat et poétique de Hallam, « venait éclairer sa route c sombre et solitaire comme la lune sortant des nuages » '. Sans doute les paysages qu'il donne pour cadre aux scènes de son poème surhumain ne sont point des copies de la Nature. Ni le Ciel dont le sol brille comme une mer de jaspe', que traversent les flots d'ambre du fleuve de la Félicité, où croissent l'amaranthe et les fleurs élyséennes ' ; ni l'Eden fortuné qu'entourent d'infranchissables murailles*, où d'une source de saphir, s échappent des ruisseaux de nectar qui coulent sur un lit de perles et de sables d'or% pour arroser l'arbre de vie et des roses sans épines ^; ni ce monde sans couleur et sans forme où régnent rAntiijue Nuit et le Chaos et qu'emplit la lutte sans lîn des éléments \ rien de tout cela n'appelle des peintures du monde réel. Et cependant la vision de ce monde est toujoui-s présente à ces yeux de l'àme que le poète demande à la lumière divine ^ En quelque région merveilleuse qu'il pl^^ les héros de son poème, lui-même ne renonce pas à parcourir les séjours favoris des muses : claires fontaines, bosquets ombreux ou colline ensoleillée*; il s'y nourrit de pensées et

i. • The rcmembrance of carly reading came on bis dark and lonely P^^"* like llie nioon emer^çiiiff froiii Ihe clomis. » {Introduction to Ihe Litertït'^''^ Of Europe in t /te /J»", t6^^ and /7*^ rcnturirs.

2. Paradise Lost, Bk. Ul, v. 302-364. — 3. Ihid., v. 353, 359. — 4. /'«'«•i Bk. IV, V. 175 et suiv. — 5. Ihid,, v. 237-240. — 6. ifctrf., v. 2i6.— 7. /*'«•' Bk. n, V. 890 et suiv. — 8. Ibid., Bk. Hl, v. 53. — 9. ïbid,, r. 27-2».

ouvenirs qui font naître en lui les vers harmonieux*. Et grâce à cette communion persistante avec la idéalité qu'il ve, pour le développement de son œuvre mystique, une ue toujours éclatante, pleine et ferme, et toujours poée, là même où la pensée semblerait ne pouvoir revêtir ine forme abstraite et froide. Chaque page, presque chaque évoque devant nous quelque image du monde extérieur; lut c'est une comparaison hardie et frappante, comme celle >atan déchu mais non pas entièrement dépouillé de tout l et de toute beauté, avec le soleil voilé au matin par les nés de l'horizon *; comme celle aussi, parmi tant d'autres, anges frappés, mais non pas domptés, avec les chênes et sapins foudroyés qui s'élèvent flétris sur la lande '. Sou- ; encore, c'est une personnification, qui, plus sûrement me description directe, éveille en nous l'écho de sensations 3 souvenirs, a Voilà que l'Aurore, faisant sur l'horizon rose l'Est ses premiers pas, a parsemé la terre de perles étincelles *. » — a La Terre, aclievée par la main du Créateur, unit charmante, dans son riche costume * », etc. — Et enfin r)(l le poète nous peint expressément quelqu'un des grands cls de la nature qui peuvent trouver place dans son re, un de ceux en particulier où l'effet est dû plus aux de la lumière qu'à l'harmonie des formes, il atteint une sance descriptive qui n'a jamais été dépassée. Il suffira de fêler ces vers dans lesquels Adam éveille sa compagne et ite à venir goûter avec lui les grâces du matin *, ou ceux 1 lesquels est décrite la tombée progressive de la nuit depuis )arition d'Hespérus jusqu'à la venue de la Lune qui jette a terre son manteau d'argent \

rapide que soit cette étude du sentiment de la nature Milton, elle ne saurait négliger un des traits qui caracent toute son œuvre : « Milton d, disait Coleridge, «c fut, nme poète, plus musicien que peintre. » il entendait par là ses descriptions doivent leur charme et leur puissance à monie et à la magie des sons plus qu'à la fidélité des lignes îs couleurs ®. Le mot resterait encore exact si nous lui

aradis'! Losl, v. 37, 38. — 2. Ibid., BU. I, v. 594-596. — 3. Ibid., v. 612-615. Ibid., Bk. V, V. 1. — 5. Ibid., Bk. VII, v. 501, 502. — 6. Ibid., Bk. V, v. suiv. — "7. Ibid., Bk. IV, v. 598-609. lilton était musicien, cl Gis d'un musicien — comme Pindare ravail

doiinions une autre interprétation. Mil ton a noté plus fréquemment, plus cotnpiaisamment et plus heureusement qu'aucun poète, sauf Shakespeare, les sons de la nature. Et ce n*est pas là un caractère particulier des œuvres écrites quand « les ailes c de la Nuit eurent étendu sur ses yeux leur ombre épaisse i. Déjà les premiers poèmes témoignaient de cette perception délicate des bruits qui donne à ses paysages tant d'animation et de vérité. VAUegro ne renferme pas moins de vingt-trois notations de sons, et le Peiiseroso en renferme vingt. L'air que respirent les personnages de Cornus est animé de mille sons divers, chants des oiseaux, murmures des bois et des ruisseaux, voix aériennes, ou bruyantes orgies de la troupe impure de Cornus. Déjà V a Ode sur la Naissance du Christ » renfermait en grand nombre des effets de cette nature, et quelques-uns d'une délicatesse extrême : « Les vents ravis etmuets « baisèrent doucement les eaux, annonçant à voix basse des « joies nouvelles à TOcéiin paisible * ». Et les poèmes des dernières années abondent à leur tour en notations de sons dont quelques-unes sont restées célèbres, comme cette comparaison des anges déchus qui, se levant tous ensemble dans lePandémonium, font entendre un bruit semblable au grondement lointain du tonnerre *, ou ce vers de sonorité merveilleuse qui nous fait entendre Tappel de Satan résonnant dans les abîmes de Tenfer ^ Il serait exact de dire que Milton est le poète du son, de la musique des choses, comme Spenser est par excellence le poète de la lumière.

Un dernier caractère nous reste à signaler par lequel Milton dépasse et Chaucer et Spenser, et, avec ce Shakespeare aux mille âmes qui a tout compris, tout senti et tout expriiw^» devance notre poésie moderne dans son interprétation de 1* nature. Le monde n'est pas seulement pour lui un panorama aux spectacles merveilleux, une source de beauté et de joies. Il y voit une force en contraste avec l'humanité; un enseign^-

élé, dit-on. — Daate, le poêle h qui l'on a le plus souvent comparé Mil^oo» était lui aussi musicien. (Voir De Vulgari Eloquio.)

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