‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 120 sur 304 · Sprlnçy · texte numérisé non relu

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2. « The pleasant influences or sofl winds, and ringing slreamlets, and shady coverls, of the violet couch and palm-tree shade, tliey (Ihe Heathen writers) received, perhaps in a more noble way than we; but they found not anything, except fear, upon the bare mountain, or in the ghostly glen. ■ (Ruskin, Modeim Painters, II, vol. I, p. 4â.)

impressions modérées et douces. Sa poésie foarmilie de vers qui montrent combien elle ressentait vivement Témotion du sublime et de Tinfinie grandeur en face de spectacles tels que ceux du firmament et de la mer. Mais si nous nous sommes habitués à unir ces deux termes, la mer, la montagne, comme deux manifestations diverses d'un même caractère des forces naturelles, il n'en était pas ainsi des Grecs. Leur admiration s'est attachée uniquement à l'océan. Cette mer sur les rivages de laquelle se développe leur civilisation, ce tcovtoç, ce a grand chemin » qui jréunit les membres épars de la glorieuse famille, c'est une puissance formidable qu'ils ont en quelque degré domptée. C'est un inconnu auquel ils ont en partie arraché son secret. C'est une force qui, dans ses déchaînements les plus effrayants, manifeste encore cette unité qui plaît à leur génie épris d'ordre et d'harmonie. Quant aux montagnes, ils semblent n'y voir que les effets de forces désordonnées. Pour leur mythologie et pour leur poésie, ce sont ou bien les instruments de lutte ou de supplice d'êtres monstrueux, ou bien le séjour inaccessible, jamais visité, jamais décrit, des puissances supérieures. Ne peut-on pas exprimer une surprise et un regret en pensant que lorsque Eschyle enchaîne au flanc des monts son Prométhée, il ne tente aucune description de cette nature affreuse avec laquelle étaient dignes de lutter sa langue puissante et ses a mots de six coudées »?

Les Latins, élèves et imitateurs, ne verront pas ce qui a échappé à leurs maîtres. Leur sentiment de la mer est plus restreint et plus étroit. Moins familiers avec elle, ils n'en connaissent guère les grâces et les caresses. Pour Lucrèce, pour Horace, pour Virgile, elle est surtout perfide, violente, objet d'effroi. Lorsque Catulle note en elle, même sous l'orage, le charme et les sourires de ses couleurs changeantes, on peut se demander s'il fait autre chose que reproduire une impression grecque '. — Quant aux montagnes, à plus fbrte raison doivent

i. a Hic, qoaiis flatu placidum mare maiatino

Horriflcans Zephyrus proclivas incitât undas Aurora exoriente vagi sub h'mina solis, Quae tarde primum démenti flamine puisse, Procedunt leni résonant plangore cachinni. Post yento crescente magis magis increbescunt Purporeaque procul nantes a luce refulgent. *

{Catulle, LXiV, 269-215.)

elles conserver leur caractère de mystère et de terreur. Une fois seulement Virgile leur consacre un trait de description qui même s'accompagne d'une sympathie bien nouvelle, c le vieil Apennin qui rugit de tous ses chênes et qui soulève avec exaltation jusqu'au ciel ses sommets blancs de neige * ». Mais l'opinion esthétique de cette littérature et de cette société est exprimée par Quintilien : « La beauté est le privilège des < pays qui s'étendent près de la mer, plats et agréables * ».

La Renaissance na pas comblé la lacune laissée par l'antiquité, non pas même avec Shakespeare. Sans doute il fait passer quelquefois dans ses drames l'impression physique d& régions montagneuses. On sent, dans certaines scènes de Cymheliney l'air aigu, le grave silence des monts. Mais il n'a nulle part porté sur cette partie du monde matériel son extraordinaire pouvoir d'observer et de décrire. M. Ruskin se félicite, dans une page curieuse, de cette ignorance du maître; il y voit une dispensation de la Providence ^.

A coup sûr nous ne demanderons pas aux modernes littératures classiques la révélation de ce domaine encore inexploré. Elles ferment les yeux même aux tableaux qui depuis plus de vingt siècles avaient provoqué sans la lasser l'admiration des hommes *. A peine un mot vient-il de temps en temps, chez les plus Imaginatifs des écrivains de notre grand siècle, laisser entendre que Ton pouvait voir dans les montagnes autre chose que de gênantes et laides murailles '. Il n'en va pas autrement chez les auteurs anglais. Le sage Evelyn devenait épigramma-

1. « Quantus Athos, aul quantus Ëryx, aut ipse, coruscis Cum frémit ilicibus, quantus, gaudetque nivali Verlice se attollens pater Apenninua ad auras. >

(« Enéide », XII, 699-701, éd. Benoisl.}

2. « Species maritimis, planis, amœnîs. » (Cité par Shairp, On the InUrpretalion of Nature, chap. x, p. 146.)

3. « So far as nature had any influence over ihe early trainiog of this man, it was essential to his pcrfectness that the nature shoiild be quiet... Shakespeare could be allowed no mountains. » [Modem Painlers, vol. IV, part 5, ch. xx, p. 372 et suiv.)

4. « Quelle que soit la haute valeur morale de notre lillôrature classique,... elle exclut trop la nature visible,... tout le domaine de Fimagination, pour constituer une véritable poésie, pour Atre rien de plus qu'une éloquente et sublime prose. • (De Lapradb, le Seniimenl de la Satm^e avant le Christianisme, p. 416.)

5. Comme Texclamation de Mme de Sévigné sur • les alTreuscs beautés • des montagnes.

tique pour noter que a la Nature a balayé et amoncelé dans c les Alpes tous les décombres de la terre, afin de former et de « nettoyer les plaines de la Lombardie * ». Le poète Blackmore n'est pas moins énergique dans sa réprobation d'une erreur manifeste du Créateur : « Les montagnes,... ce fardeau encomc brant qui déshonore la terre' d. Fleming, né dans un pays de montagnes, s'efforce de justifier le Créateur et de leur trouver une finalité : « Elles offrent d, dit-il, « un refuge aux bétes t sauvages' ». A ddison se contente de résumer ainsi ses impressions, après son passage dans la partie la plus admirable de VEurope : a Je viens d'arriver à Genève, par un bien ennuyeux t voyage à travers les Alpes. J'y suis resté pendant plusieurs c jours à grelotter au milieu des neiges perpétuelles. J'ai la tête € encore étourdie de montagnes et de précipices, et vous ne t pouvez imaginer combien me fait plaisir la vue d'une plaine*. » Très différente fut en somme l'attitude de Thomson en face des monts. Quand il aura vu les grandes Alpes (car il doit lui aussi les franchir), il en rapportera quelques impressions grandioses. Nous les retrouverons dans a La Liberté d où elles sont un des lambeaux de pourpre, puiyurei panni^ du grave poème. Il lui arrivera alors de s'écrier au sujet de son confrère Glover : « Lui, écrire un poème épique ! Il n'a jamais t vu de montagne*! » A l'époque où il écrit les a Saisons », il n'a pas encore ressenti le grand coup de surprise et d'admiration que donne un panorama de hautes montagnes. Mais, s'il n'a eu sous les yeux que les effets à échelle réduite de ses

i. • Nature bas swept up the rubbish of Ihe earth in the Alps to Torm and clear the plains of Lombard y. • (Cité dans Chambbrs's Cyclopxdia, vol. I, p. 460.)

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