‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 16 sur 304 · The shock severe that modest want conceals · texte numérisé non relu

The shock severe that modest want conceals

The oppressor's scourge, the scorn of wealthy pride Ând poverty's unnumbered ills beside.

(On the Dealh ofhis Mother,)

3. Ce qui chez Mallet n'était alors qu'adresse mondaine et entregent est devenu plus tard indélicatesse et absence de sens moral. Mais si Mallet,

s'assurer la fortune, aucun acte dont ii eût à rougir, et n'avait rien perdu de ce fonds de bonne humeur égale, de sociabilité joyeuse et indulgente et de philosophique insouciance qu'il avait apportées à Londres. 11 avait donc cette bonne fortune d'avoir traversé les premières et inévitables épreuves sans qu'elles laissassent en lui ni souvenir humilié, ni levain de misanthropique égoïsme. A partir du mois de mars 1726, il est entré dans les rangs des écrivains en renom; il rencontrera sans doute encore des difficultés et des déboires; mais la notoriété lui est désormais assurée, en attendant la gloire.

Le succès du poème fut-il immédiat? C'est encore là un des points sur lesquels une légende s'est formée qui ne résiste guère aux investigations précises. On a répété, sur la foi de biographes dont raffirmation pouvait être facilement contrôlée, que J'f Hiver» resta longtemps chez l'éditeur sans être ni vendu, ni lu, jusqu'à ce qu'un homme de goût en eût célébré le mérite dans les cercles littéraires. Mais les informations sont en désaccord dès qu'il s'agit de déterminer qui fut cet homme de goût. Shiels nomme Whately, et Johnson Whatley, Warton dit J. Spence, Goodhugh dit Mitchell et Dalloway dit Rundle *. Voilà bien des critiques empressés à assurer le succès du poème; ils font déjà un petit public à eux seuls. Quant au grand public, voici ce qu'en dit l'auteur d'une ancienne biographie de Thomson : « Ce qui paraîtra un peu surprenant, c'est que les « critiques de profession furent les seules personnes qui hési-

ècriTaîQ ministériel, cxécateur testamentaire de Bolinghsoke ou éditeur de la vie du grand Mariborough, mérite de sévères reproches, il est juste de porter à son actif ce dévouement affectueux pour un compatriote dont il n'avait alors rien à attendre, en qui plutôt il pouvait voir un rival. Shiels insiste sur ce'fait que, pendant de longues années, jamais un nuage n'a voilé l'amitié des deux poètes.

1. « One Mr. Whately, a man of some tas te in letters. » (Siubls, Cibbir's Lives»)

« Mr. Whatley, a man not wholly unknown. • (Johnson.)

■ The Winter lay like waste paper at the publlsher's unlil a gentleman of taste, Mr. Mitchell, promulgated its merits into the best circles. • GoonnoGH, The English Gentleman! 8 Libra^^y Manual, p. 294.)

• Daring this era he (Dr. Rundle) became more known to the republic of letters by the libéral support he gave to Thomson upon his publishing his Winter. • {Letiers oflhe laie Thomas Rundle, with Memoirs, by James Dal- LAWAT, 1789.)

EnGn W^arton dit, dans son Essay on the Genius of Pope, que le poème resta longtemps négligé jusqu'à ce que l'attention du public fût éveillée par la meolton favorable qu*en fit Spence dans son Essay on theOdyssey.

« tassent à donner leur approbation d ^ Et Murdoch, le contemporain et Tami de Fauteur, constate que « le poème fut « universellement admiré dès qu'il fut lu ».

La vérité est que le succès fut en effet très prompt. Sans doute les exemplaires ne furent pas enlevés dès le jour de la mise en vente, comme si Tauteur avait été déjà célèbre. Il fallut que le public fût informé de la valeur de Fœuvre, et du talent de ce poète nouveau *. Mais nous savons que les avis de ce genre se répandirent sans retard. L'honneur que nous avons vu réclamer pour chacun des personnages nommés plus haut leur revient à tous collectivement. Nous ne sommes pas surpris de trouver parmi ces admirateurs de la première heure A. Mitchell, compatriote de Fauteur, et homme d'une haute intelligence ', ni Rundle, esprit d'une rare indépendance en même temps que fin lettré *. Spence ' s'était fait une vocation de découvrir les talents ignorés. 11 avait ainsi prôné et patronné à leurs débuts Dodsley, le domestique devenu homme de lettres, le poète aveugle Blacklock, l'érudit tailleur Rob. Hill,

i. • What will appear a Utile surprising, Ihe professed critics were the only persons Ihat hesitaled lo give their approbation. • {The Works of Thomson, Edinb., 1172.)

2. 11 n'en a pas élé autrement du premier poème important de Pope luimême : « Pope's Essay on Criticism was not sold before one month *. (D'IsRAELi, Quarrels of Authors, p. 280.)

3. Mitchell fut ambassadeur à Berlin, et sut représenter dignement la diplomatie anglaise auprès d'un joueur tel que le Grand Frédéric. Les lecteurs des études de M. le duc de Broglie sur l'histoire diplomatique de la France au xviii'* siècle, connaissent bien A. Mitchell et son rôle & Berlin.

4. Thomas Rundle LL D. (1686-1743) devint en 1735 cvêque de Derry, Comme théologien ses opinions étaient suspectes d'hétérodoxie. Ses démêlés avec l'évéque de Londres, Edmond Gibson, ont beaucoup occupé la société du temps. Us ont été l'occasion du poème de R. Savage, The Pr\>gress of a Divine, Pope disait de lui dans son journal : « Rundle has a heart », et Swift écrivait :

Make Rundle bishop! (le for shame!

An Arian to usurp the name!

(On Dr, Rundle, bishop of Derry,) Swift, vol. III, p. 92.

Rundle, très répandu dans la sociélé de son temps, s'y faisait remarquer par l'élégance de ses manières et par l'éclat de sa conversation. Ses lettres à Mrs. Sandys, publiées longtemps après sa mort, nous montrent bien un appréciateur éclairé des hommes et des choses du monde des lettres.

5. Joseph Spence (1699-1768), fellow de New-GoUego, Oxford, en 1722, — professeur de poésie à Oxford de 1728 à 1738, — RegiusProfessor d'histoire moderne, 1742. L' « Essai sur la traduction d'Homère * de Pope parut à Londres, la 1" partie en juin 1726 et la 2* en 1727.

et d'autres encore. Quant à ce Whately ou Whatley, qui est cité plus souvent que les autres, il y a quelque difficulté à fixer sa personnalité. On a supposé qu'il s'agissait du Rev. Robert Whatley, qui devint plus tard a prebendary of York ». Nous trouvons en effet parmi les souscripteurs à l'édition de 1730, le Rev. Mr. Whatley. Il est cependant un Robert Whatley qui ne semble pas être le même, et qui pourrait bien, plutôt qu'un membre du clergé, être visé par la dédaigneuse indication de Shiels et de Johnson. C'est un personnage remuant et intrigant, dont certain opuscule figure parmi les brochures politiques du temps *, et ressemble fort, il faut bien le dire, à une tentative de chantage à l'adresse de Walpole. Il a Millan pour éditeur, et se vante de ses relations d'amitié avec Mr. Hill. Voilà plusieurs points de contact possible avec Thomson. Mais notre embarras est surtout grand devant l'affirmation très positive du Rév. Richard AVhately D. D., qui revendique pour son oncle Thomas Whately, auteur d'un traité sur l'art des Jardins, l'honneur d'avoir le premier (disons un des premiers) appelé l'attention sur l'œuvre de Thomson *.

Il n'est plus d'incertitude ni d'obscurité quand nous en venons à un cinquième patron du poème que les biographes mentionnent moins, mais qui seul a pour lui le témoignage de Thomson.

1. A short Histary of a ten years negoliaiion between a Prime Minuter and a Private Gentleman. Prinledfor J. MiHan, near Charing Cross. By the anihor or A Discourse on Fornication (Robert Whatley).

Dans le même Tolume (Brit. Mus. E 2029) sont reliées (rois lettres de R. Whatley au premier ministre (Rob. Walpole), où Tanteur expose longuement ses antécédents. H a voyagé auprès des cours étrangères; il a eu Thonneur de connaître le roi; il a été l'ami d'hommes tels que le feu comte de Pembroke, sir Isaac Newton, et Mr. Hill.

2. • The earliest writer, we believe, on thc subject (Landscape Gardening] was myuncle Thomas Whately.... The French poetDe Lille in his poem of • Les Jardins » does acknowledge him as his master. Mr. Whately was dlstin- Kuished as a man of lasle in more than one département. Being by many iookedup to xvith déférence in such matters, it was he who first brought iolo notice Tbomson's Scasons, and this laid the foundation of its great popular'.ly. .

Ce Thomson Whately est Tauteur des Observations on modem Gardening (2* édiL, l'710) dont parle H. Walpole dans une lettre adressée de Paris à la comtesse d'Ossory (Aug. 11'* 1771) : « The taste for Ënglish gardening makes a great progress hère, not owing, alas! to mine, but to Mr. Whately's book whicb bas been translated ». Il est connu aussi pour ses Remarks on some of the characters of Shakespeare que son frère, le père du RéTérend Bicbard W'halely, publia en 1785.

Mallet avait sollicité pour Tœuvre de son ami le jugement d'Aaron Hill, poète, historien, inventeur et critique, au total homme fort répandu ^ Dès le 5 avril, Thomson pouvait remercier Hill d'une approbation qui était pour le poème une promesse de succès. Ce fut le début entre les deux hommes d'une durable amitié, et Toccasion d'une série de lettres qui nous sont conservées. JjSl reconnaissance de Thomson s'y exprime avec un excès d'humilité, avec un débordement d'admiration et de flatteries tout à fait extraordinaires. Johnson est, à ce sujet, très sévère pour le jeune poète *. On a supposé que les conseils de Mallet n'avalent pas été étrangers à l'adoption de ce ton d'enthousiasme exubérant. Hill, qui prodiguait volontiers les éloges, et qui s'entendait à les distribuer avec esprit et avec tact, aimait pour son compte la flatterie même exagérée et brutale. Reconnaissons ici, pour atténuer les torts de Thomson, que ses hyperboles ont pour objet, non pas de lui assurer un protecteur utile, mais de remercier un des maîtres de la littérature, pour un appui gratuitement et généreusement accordé. 11 n'en reste pas moins quelque chose d'amusant pour nous dans le ton de cette correspondance, quand nous comparons au rang qu'elle établissait entre les deux écrivains celui que la postérité leur a assigné. On en jugera par ce début de la première lettre.

i. Aaron Hill est resté connu surtout par ses démêlés avec Pope, et la dignité qu'il sut conserver devant les attaques injustes et les tergiversations misérables de l'auteur de la Dunciad. C'était un écrivain prolifique, un esprit chercheur et inventif, un homme aimable, serviaiile et gênéreui. A répoque où commencent ses relations avec Thomson, il a déjà écrit un ouvrage d'histoire important {A history of the Ottoman Empire, 1709), des tragédies, des potimes, des « essais • sur la fabrication de Phuile de hêtre, sur la houille, sur le vin, etc. Ses œuvres les plus récentes sont une tragédie, • Henri V • (1723), et un poème, « l'Étoile du Nord • (i725). H puljlic le Plain Dealer et c'est à ce titre surtout que son appui est précieux pour un jeune auteur. Il y fera paraître l'année suivante la ballade célèbre de Mallet, William and Margaret, {The Plain Dealer, n« 36, 14 juillet 1727.)

2. « Thomson obtained iikewise the notice of Aaron Hill, whom, being friendless and indigent, and glad of kindncss, he courted with cvery expression of serviie adulation. » (Life of Thomson.) Il serait ju:>te d'opposer à cette condamnation rigoureuse ce que le docteur dit lui-même d un autre moment : • To charge ail unmerited praise with the guîlt of flatlery... is to discover great ignorance of Imman nature ». [Life of Halifax."^

LES aÈBUTS d'un POÈTE. 53

^ Monsieur,

c J'ai vu la lettre que vous avez écrite à mon ami, Mr. Mallet, t samedi, et, bien que je ne puisse m'enorgueiliir de i'hpnneur € et du bonheur de votre connaissance, bien que je doive approt cher avec la plus extrême déférence et la plus extrême vénéc ration un génie aussi éminent, cependant mon cœur débort dant ne peut se laisser arrêter aux formes ordinaires; et il

• faut que vous me permettiez la joie d'épancher mes meilf leurs remerciements... *. >

Hill reçut ces eiTusions avec une gracieuse condescendance. Une seconde lettre nous montre chez Thomson un enthousiasme encore accru, et confinant à l'extravagance : ... « Tandis que c je médite sur vos lignes encourageantes, j'oublie pour un c moment l'égoïsme, l'avilissement et la cruauté des hommes, € et il me semble je suis dans la société d'êtres meilleurs et de t plus noble essence' ». La même lettre fait allusion à une entrevue proposée par Hill, et qui eut lieu le 26 avril. Le lendemain le jeune poète remercie dans des termes où sa reconnaissance perd toute notion de mesure et de bon sens :

€ Quand je songe combien je fus hier vraiment heureux dans « votre société, il m'est impossible d'empêcher le sentiment de f ce bonheur de s'épancher au dehors dans ces remerciec ments.... Il n'y a personne qui rende la nature humaine plus t aimable que vous; personne en même temps qui rende plus € méprisable la plus grande partie des hommes : et, quitter < votre compagnie pour se mêler au troupeau des humains, € c'est, comme Nabuchodonosor, descendre d'un trône pour c paître avec les brutes des champs... '. d

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