Phèdre, acte I., se. i
4, C'est sans doute par pure boutade que Théophile Gauthier ne voyait dans ce vers que la musique des sons, et, de ce seul chef, le déclarait^ dit-on, le plus beau vers qu'ait écrit Racine.
442 JAMES TBOMSON.
souci du style noble, qui obsède l'école classique en Angleterre comme en France, inspire à notre poète des détours fàchem pour dire des choses très simples.
Dans seize vers du « Printemps » il parle des insectes nuisible^ à l'agriculture, et c'est à peine si le mot a insect d est une fois mentionné '. Le sujet peut paraître bien humble, et l'auteur croit élever son style au moyen de circonlocutions compliquées : « C'est une faible race, et pourtant ce sont souvent les a fils sacrés de la vengeance * ». Et comme le vague de ces désignations rend difficile l'emploi de pronoms se rapportant au\ mêmes objets, le poète acccumule les périphrases : « l'ennemi caché » », « la gent engourdie par le froid * ». Ce dernier exemple rappelle une forme banale que Thomson reproduit très souvent. La même « Saison » nous la montre encore dans « la gent emplumée ^ », a la gent à nageoires ® », c la gent au plumage brillant ' », a les douces tribus * ». S'il s'agit de jeunes oiseaux ce n'est plus « la gent », mais la « jeunesse emplumée ® » — Le berger des Hébrides « récolte sa nourriture ovaire
— « ou... amoncelle — le plumage, qui s'élève élastique, pour « former le lit — du luxe *'*».-— Quel est le serpent que désigne cette périphrase de 1' <i Été » : a Le petit ministre de mort qui se a cache dans un étroit espace — et dont le venin concentré par « un soleil brûlant répand dans les veines un éclair rapide "*? » Nous avons moins d'incertitude sur l'objet dont il s'agit quand Musidora « de sa jambe de neige — et de son pied menu tire la soie retournée " ».
Tout cela est peu digne du génie d'un poète tel que Thomson. Il va cependant plus loin encore. Dans ce passage du « Printemps » où il célèbre les charmes de la pêche et nous fiait de cet art un cours didactique, pas un nom de poisson n'est mentionné ; le seul qui soit particulièrement désigné se reconnaît à cette périphrase a le monarque du ruisseau " ». Mais le poète nous parle « des petites naïades ** » qu'il s'agit de décider à mordre, et il recommande au pêcheur de rejeter à Teau comme trop jeune « le bébé tacheté " ». Quant à l'arme du pécheur,
1. Spnng, 119-133. — 2. Ibid., 123, 124.— 3. Ibid.y 128. — 4. Ibid,, «31. 5. Ibid., 164. — 6. Ibid., 394. — 7. Mtrf., 616. — 8. Ibid., 710. — ». /W- •728. - 10. ^i//«m7i, 875-818. — 11. S«mmcr,907-90î>. —12. Ibid., 1308, 1309.
— 13. Spring, 423. - 14. Ibid., 402.
15. Spring, 421. — Delille n'appelle-t-il pas quelque part le veau « un fottlre
c'est « la ligne flottante arrachée au coursier blanchi ' ». La pluie même a, paraît-il, besoin d'être désignée par une circonlocution; c'est elle qu'il nous faut reconnaître dans « l'aliment sem- « blable au lait ^ ».
N'allons pas cependant juger notre auteur sur ces déplorables erreurs. Il serait à peine plus injuste de voir un échantillon du style habituel de Lamartine ou de Vigny dans certaines périphrases extraordinaires qu'on peut relever dans leurs œuvres '. Aux exemples d'expressions tourmentées et bizarres que nous a\^ns citées, on en pourrait opposer beaucoup d'autres où Thomson sait faire usage du terme propre. Quand il ne cède pas à l'influence du goût régnant, c'est dans une langue simple, directe et franche qu'il décrit les scènes modestes de la vie des champs. Il observe dans la basse-cour « la poule vigilante — qui appelle autour d'elle toute sa « gazouillante famille, — que nourrit et défend le coq
enfant »? Notons que tout ce passage sur la pêche ne figure pas dans les premières éditions. Il est ajouté après 1738, quand la manière d'écrire du poète a subi quelque modification.