Celle entre autres qui désigne ainsi les poules
a Et les oiseaux privés, dont le chant entendu Avertit fhommc à jeun du fruit qu*ils ont perdu. »
{La Chute d'un Ange.)
A. de Vigny, si plein de raillerie pour ces préjugés littéraires qu'ofTusquait le mouchoir d*Othello, imagine lui-même, pour parler d'une chemise, de bien ingénieuses périphrases :
« Dolorida n'a plus que ce voile incertain, Le premier que revêt le pudique matin, Et le dernier rempart que, dans sa nuit folâtre, L*amonr ose enlever d'une main idolâtre. )i
{Livre Moderne. Dolorida.)
Si DeUlle avait eu à parler du quadrille des lanciers, l'aurait-il fait eu termes plus alambiqués que ceux-ci?
« Le signal est donné, l'archet frémit encore,
Elancez- vous, liez ces pas nouveaux Que l'Anglais inventa, nœuds chers à Terpsichore, Qui d'une noble chaîne imitent les anneaux. *
[Livre Moderne, Le Bal.)
444 JAMBS THOMSON.
« intrépide ' ». Tous les hôtes de la ferme sont ainsi décrits et nommés sans fausse honte : le canard aussi bien que le cygne, le dindon à côté du paon ou du pigeon *. Les pages du poème sont pleines de descriptions aussi éloignées que possible de cette langue contournée, molle et vague que produit l'abus des périphrases. Qu'on se rappelle cette scène de V « Été » qui nous montre tous les animaux accablés par l'ardeur du soleil, depuis € la corneille, le freux et la pie qui se dirigent d'un vol pares- € seux vers les chênes devenus gris » jusqu'au chien de la ferme qui « dort étendu tout au long jusqu'à ce que, éveilla a par une guêpe, il la happe brusquement ' ».
A lire le poème nous ne pouvons nous défendre aujourd'hui de remarquer surtout ces passages où l'écrivain semble, selon le mot de Pascal, s'ingénier c à masquer la nature et à la déguiser ». Mais si nous replaçons les « Saisons » au temps où elles ont été écrites, nous saurons gré au poète de s'être souvent affranchi du mauvais goût régnant. Nous remarquerons alors' davantage tant de descriptions d'une langue si simple et d'une saveur si franche, comme la baignade et la tonte des moutons *, comme la fenaison * ou la moisson ®, comme tant d*autres scènes où Thomson écrit avec son instinct naturel et que ne gâtent pas de fâcheuses élégances.
Personnification et allégorie. — Au même degré peut-être que la périphrase, la personnification est considérée comme un des procédés caractéristiques de la poésie classique au xviii» siècle. Pour ce qui est de l'Angleterre, il y a là quelque injustice. L'école ne mérite pas tout entière de porter la responsabilité d'un travers qui sans doute a sévi sur beaucoup. Les maîtres du commencement du siècle sont, plus qu'on ne serait tenté de le croire, exempts de cette affectation. Pope en use assez peu. Non seulement dans ses poèmes de discussion rimée, épîtres ou satires, mais même dans ses œuvres descriptives ou pathétiques, il est sobre de ces effets ambitieux \ Plus rares encore, on le croira sans peine, sont
i. Spring, 771-773. — 2. Ibid., 765-787. — 3. Summer, 224-236. - t. Ibid,, 370-400. — 5. Ibid., 352-369. — 6. Autumn, 151-169.
7. Pas une seule peraonDification dans les quatre Pastorales des - Saisons -, sauf ces métaphores banales d'arbres qui verseot des larme» d'ambre, ou de fleurs qui s'associent à un deuil mortel. — Deux personniOcalions bien caraclérisces dans Héloïse et Abélard (v. 163-170 cl t. 299). — 11 y en a un plus grand nombre dans la ■ Forêt de Windsor •: mai*
oliez Swift ces audaces poétiques. Dans ses vers nets, tranchants et froids, nous ne pourrions guère relever que l'attri- ' bution de majuscules aux noms de certaines abstractions, ou remploi d'expressions tellement effacées et ternies par l'usage qu'elles ne conservent plus couleur de personnification *. — On peut être tenté de voir en Young un des poètes qui ont consacré le triomphe de cette figure. Qui n'a présent à l'esprit ce début de la première des a Nuits » où, en vers sonores et magnifiques, l'auteur évoque devant nous comme autant de personnages imposants et muets le Sommeil, la Nuit et le Silence primordial? Mais on aurait tort de conclure de ce passage au reste du poème. Dans les parties même où il renonce à sa prédication rimée, et où sa pesante dialectique laisse quelque repos au malheureux Lorenzo; dans ces passages célèbres où il s élève à une haute et riche poésie, il fait rarement usage de la personnification ^
Si nous en venons aux a poetœ minores », l'importance de ces formes de style s'accroît beaucoup. Garth y a volontiers recours. On en peut trouver plusieurs exemples accumulés dans quelques vers de l'Épilogue du « Gaton » d'Addison. — Richard Savage en fournit des spécimens de caractère plus accusé. Son « Wanderer » nous oflfre plusieurs personnifications prolongées et poussées à fond. L'une d'elles, celle du
aucune n'a de caractère nouveau ni saillant. — • L'Enlèvement de la Boucle » au contraire en renferme d'originales, qui sont un des cléments 'l'humour du joli poème. Voir au chant IV, ces personnages qui s'appellent « la Migraine », « rAfTectation •, etc.