‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 20 sur 304 · John Forbes · texte numérisé non relu

John Forbes

8. Il mourut en 1791, le dernier survivant des amis du poète. Quelques jours avant sa mort, il reçut la visite d'un « reporter » intelligent, à qui il put donner avec une entière lucidité d'esprit, ot une grande précision de souvenirs, des renseignements nombreux et inappréciables sur la vie de Thomson, dont il fut l'ami pendant vingt-deux ans, le voisin à Richmond, et dont il faillit devenir le beau-frère. » 1 became acquainted wilh Thomson in the year 1726 when he published his poem of Winter. He lived opposite to me in Lancaster Court, in the Strand.... > [Parke's Memoranda,,., dans Gooduvgu's Library...f p. 274.)

d'autres encore recherchent son amitié. Deux mois seulement se sont écoulés depuis la publication du poème, et Thomson peut écrire à Hill : c Vous m'avez donné la gloire ».

Mais cette gloire n'assurait pas au jeune poète des moyens d'existence. L' « Hiver » avait été dédié à sir Spencer Compton, I Speaker id de la Chambre des Communes. Mallet avait écrit cette dédicace, et l'avait libéralement assaisonnée de l'ingrédient qui devait rendre le plat agréable. Les talents et les vertus de sir Spencer sont pompeusement célébrés et l'auteur lui dit en plein visage : a Comme le berger dans sa cabane € peut sentir et reconnaître l'influence du soleil, avec une gra- € titude égale à celle des grands dans leurs palais, ainsi peut- il « m'être permis de dire'combien j'ai conscience de ces bienfaits, « qui de tant de vertus puissantes tombent sur cette nation «dont ces vertus sont l'ornement 15 '. L'auteur était donc en droit d'attendre du patron qu'il avait choisi quelque substantiel témoignage de satisfaction. Le ce speaker d était un très puissant personnage '; la protection de Mrs. Howard, qui le fit un jour premier ministre, lui permettait sans doute d'intervenir dans la distribution des places et des sinécures. Or, c'étaient là les récompenses visées alors par les écrivains. Ils les trouvaient moins humiliantes et moins précaires que les faveurs sollicitées de la cour par les gens de lettres d'un âge antérieur'. Thomson évidemment avait, depuis son arrivée à Londres,

K « Âa tiie shepherd in his cottage inay feel and acknowledge Ihe iaflaence of the sun, witb as lively a gratitude as Ihe great man in his palace, even 1 may be allowed to publish my sensé of Ihose blessings whicb, from se many powerfui virtues are derived lo the nation they adorn. »

2. Ce Wilmington était un personnage politique auquel peut s'appliquer ia spirituelle déflnilion que Ton connaît : un imbécile longtemps méconnu. La mère de Pope rappelait, dit-on, the Proser, et Rob. Walpole résumait son jugement en ces termes : « after ail he was a poor créature y. Mais la fa?ear de Mrs. Howard le fît créer en 1727 barou Wilmington, et comle en 1730. fl ne fallut pas moins que son élévation au poste de premier miaistre en 1742, pour que sa nullité devint manifeste.

3. 8 ils échangèrent la protection de la Cour pour la protection des hommes d*Étal, et celle-ci fut aussi inévitable que Tautre. Que cette protection nouTelleait été plus agréable, plus digne que l'autre, cela est de toute évidence. ■ (Alex. Bruasie, Le Public et les Hommes de lettres en Angleterre au xviii" siècle^ p. 353.) — Depuis l'avènement de Walpole aux affaires, la protection des ministres faisait défaut aux écrivains, aussi bien que colle de la Cour. C'est ce que Thomson et les aventuriers attirés à Londres rers la même époque n'avaient pas encore eu le temps de constater.

espéré pareille aubaine. En choisissant rhorame politique à qui dédier son poème, il avait cru s'arrêtera celui qui pouvait le plus sûrement lui assurer ce rêve de plus d'un poète, otium cum digniiate.

Rien ne vint; et la déception fut très grande. Sir Spencer resta tout à fait insensible à l'honneur qui lui était fait. Il ne répondit même pas aux compliments de l'auteur par l'envoi de quelques guinées. Ceci était une véritable infraction au code des usages qui régissaient alors les relations entre écrivains et grands seigneurs * ; c'était un affront qui demandait vengeance. Hill prit vivement fait et cause pour son jeune protégé. Il lui adressa quelques vers où le manque de goût et de tact du « speaker d était signalé à l'indignation publique. Thomson le remercie, le 24 mai, avec les formules exubérantes qui continuent à remplir cette correspondance. H exprime en particulier toute l'admiration que lui inspirent les vers les plus frappants de la pièce. L'auteur de 1' « Hiver i» devait faire appel à toute sa courtoisie pour s'extasier devant d'aussi médiocres imitations des distiques et des antithèses de Pope :

« Souriez de votre espoir évanoui — convaincu, trop tard, — « que la grandeur ne réside pas toujours chez les grands*.

« Les patrons sont les grands de la nature, non pas ceux de a l'État; — et le génie est un titre que ne crée pas le grand a sceau. — Les rois, de la générosité de qui découlent les prin- « cipaux courants de la richesse, — sont pauvres en puissance, a quand ils veulent conférer des âmes ^ »

Une fois de plus il fallut accepter pour vivre un modeste emploi. Thomson quitta son logement de Lancaster Court, et, dans les derniers jours de mai, entra dans 1' « Académie i de Mr. Watts, Little Tower Street. Il y était précepteur d'un jeune homme que l'on suppose avoir été lord George Graham, le

1. a Tickell arnrms that (with Halifax) no dedication wentunrewarded. • (Johnson, Life of Halifax.) Voir aussi A. Beuajib, Le Public et les Hommes de lettres, p. 357.

2. Smile at your vacished hope — convinced, too late, That greatness dweils not, always, with the great.

3. Patrons are nature's nobles, not the staie's; And wit's a tille no broad seal créâtes.

Kings, frora whose bounty weailh^s chief currents flow, Are poor in power, when they would soûls bestow.

second fils du duc de Montrose, et jusqu'alors un des élèves de Mallet. D'après sa correspondance avec Hill, nous pouvons conjecturer que ses fonctions lui laissaient beaucoup de loisirs, pendant les six mois passés à Little Tower Street. D'ailleurs il ne voyait là qu'une situation toute provisoire. La première édition de 1' « Hiver > était épuisée, et déjà l'heureux poète s'occupait d'en préparer une seconde.

Les vers de Hill avaient, s'il faut en croire Johnson, été reproduits par quelques journaux. Sir Spencer Compton s'émut de la publicité donnée à cette affaire. Le poème et le poète auxquels il avait attaché si peu d'importance étaient en voie de devenir célèbres; il était temps de faire preuve de discernement et de générosité. On apprit donc à Thomson que le c speaker » le recevrait volontiers. L'entrevue eut lieu dans la matinée du 4 juin, et le poète la raconte aussitôt à Hill avec une bonhomie malicieuse. Le grand homme l'a reçu de façon civile — sans doute en dissimulant de son mieux son embarras, — lui a fait quelques questions banales, et lui a donné vingt guinées ^ G*était, parait-il, le taux ordinaire auquel se payaient les dédicaces. Le « speaker i» n'avait donc pas réparé ses torts par un don vraiment libéral, et Thomson ne conservait pas de celte largesse tardive une très chaude reconnaissance.

Il se trouva cependant fort embarrassé. La seconde édition ' allait paraître dans peu de jours. Les vers de Hill devaient y figurer, avec ceux que Mallet avait écrits sous la même inspiration, n était pourtant difficile de flétrir publiquement l'absence de goût et l'avarice de Compton après avoir accepté son présent. Plusieurs lettres de Thomson à ses deux amis nous font assister aux péripéties d'une amusante comédie. Il voudrait bien conserver ces épîtres où de chaleureux éloges consacrent son succès; il s'efforce de décider ses deux alliés à atténuer leurs critiques, et à en effacer des reproches qui n'ont plus de raison d'être. Mais les deux poètes n'entendent pas renoncer aux vers les plus mordants de leurs satires; ce sont les mieux venus et ceux auxquels ils tiennent le plus. Toute la diplomatie de Thomson menaçait de rester impuissante dans cette affaire délicate. Quand il croyait avoir décidé Mallet à des atténuations nécessaires et faisait valoir cet exemple pour peser

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