Voir Boswell's Life of Johnson, 11 avril
croire que la musique de la phrase préexiste dans son esprit. C'est elle qui sollicite la pensée, et celle-ci vient, non pas. toujours sans effort, remplir le moule. On peut alors en arriver à regretter les longueurs, les obscurités et les gaucheries de Milton, ou la simplicité prosaïque de Wordsworth.
Cette façon de composer de Thomson, ce n'est pas seulement une impression générale laissée par la lecture de son poème qui la révèle; on en peut noter quelques indices très précis.
Il est un certain nombre de modèles de phrases qui reviennent sans cesse dans les a Saisons d. C'est un cadre tout fait où doit se placer tant bien que mal la pensée. Le poète a, par exemple, une prédilection spéciale pour une construction dans laquelle un déterminatif du sujet termine la phrase. Tantôt le sujet lui-même est à peu de distance de ce déterminatif, tantôt au contraire (et c'est alors surtout que le mouvement de la période est caractéristique), le sujet est placé au début.
But yonder cornes the powerful king of day Rejoicing in the east. The lessening cloud,
The kindling azuré
his near approach
Beloken glad K
He sheds the shining day, that burnished plays
On rocks, and hills, and towers, and wandering slreams
Hiyh gkaming from afar *.
. . . her dreadful thunder hence
Rides o'er the waves sublime ^.
away they fly
Affectionate *.
This one glad offlce more, and now dissolves
Parental love at once, now needless grown *.
In the pond
The finely checkered duck before her train Rows garrulous, The stately sailing swan
Bears forward fierce •.
The house dog, with the vacant greyhound lies
Out'$tretched and sleepy '.
And, lîxing in the wretch his cruel fangs,
Strikes backward, grimly pleased ^.
1. Swnmer, 81-85. — 2. Ibid., 88-90. — 3. Jbid., 428-429. — 4. SpHng^ 675, 676. — 5. Ibid,, 73i, 732. — 6. iftid., 775-780. — 7. Summer, 232, 233. - 8. Ibid., 277, 278.
Ce complément ainsi rejeté à la fm de la phrase prend parfois un développement considérable.
The food of maa
While y et he iived in innocence, and told A length of golden years, unfleshed in blood, A étranger to the savage arts of life,
The lord, and not the tyrant of the world *.
The mountain brow
Where sits the shepherd on the grassy turf, Inhaling healthful the descending sun '.
Where gloomily retired
The villain spider lives, cimning and fierce. Mixture abhorred ^!
Ce déterminatif du sujet vient dans d'autres cas se placer au début de la phrase. La suspension de sens ainsi obtenue, jusqu'à ce que paraisse le sujet reporté quelquefois à la fin, est un des effets le plus fréquemment recherchés par le poète.
Hence ateve,
Sleamed eagei' from the red horizon round, With the fierce rage of winter deep mffused^ An icy gale, oft shifting, o'er the pool Brealhes a blue film *.
Projected hitge and horrid o'er the surge Alps frown on Alps *.
While, fuit of death, and fierce with tenfold frost, The long long night, incumbent o*er their heads, Falls horrible «.
Subdued
The frost résolves into a trickling thaw. Spolted the mountains shine ''.
C'est surtout au commencement des paragraphes que reparaît cet artifice de style. Il y a là comme un moyen d'aviver l'attention du lecteur par cette suspension du sens. Mais aussi l'abus du procédé en émousse l'effet. Il semble que ce soit sa propre verve et sa a muse haletante * », que le poète éprouve le besoin de stimuler pour un effort vigoureux. Les exemples
i. Springy 235-240. — 2. Ibid., 831-833.-3. Ibid.y 268-270.— 4. Winier, 720-724. — 5. Ibid., 909, 910. — 6. Ibid., 923-925. — 7. Ibid., 989-991.- 8. • My panting muse » (Spring, 573).
qui suivent sont tous des débuts de paragraphes; tous sont empruntés au même chant; et ils ne sont qu'un choix parmi ceux qu'on y pourrait citer.
By wintry famine roused, from ail the tract Of horrid mountains which the shining Alps And wavy Apennines and Pyrénées Branch out stupendous into distant lands, Cruel as death and hungry as the grave^ Burning for hlood, bony, and gaunt, and grim, Assembling wolves in raging troops descend *.
Among those hilly régions, where embraced In peaceful vales the happy Grisons dwell, Ofl, rushing sudden from the loaded cliffs, Mountains of snow their gathering terrors roll *.
There, through the prison of unbounded wilds, Barred by the hand of Nature from escape, Wide roams the Russian exile ^.
Still pressing on, beyond Tornea's lake, And Hecla flaming through a waste of snow, And farthest Greenland, to the pôle itself, Where, faiUng graduai, life at length goes out, The muse expands her solitary flight *.
Thence winding eastxvard to the Tartar's coast She sweeps the bowling margin of the main '.
Muttering, the winds at eve with blunted point Blow hollow-blustering from the south. Subdiied The frost résolves into a trickling thaw «.
Wide o'er the spacious régions of the north, That see Bootes urge his tardy wain, A boisterous race, by frosty Caurus pierced, Who little pleasure know and fear no pain, Prolific swarm '.
And, half enlivened by the distant sun (That rears and ripons man as well as plants). Hère human nature wears its rudest form. Deep from the piercing season sunk in caves. Hère by dull lires and wîth unjoyous cheer They waste the tedious gloom ■.
Mais ce sont les fins de paragraphes qui, plus encore peutêtre que les débuts, font apparaître dans le style de Thomson
1. Winier, 389-395. — 2. lôid., 414-417. — 3. Ibid,, 799-801. — 4. Itid,, 887-891. — 5. Ibid., 902, 903. — 6. Jbid., 988-990. — 7. Ibid., 834-838. — 8. Jbid,, 938-943.
un procédé coutumier, une <l manière », une forme de langage qui préexiste à la pensée et lui est imposée. Après ces périodes prolongées où il se plaît à étaler ses développements, il semble vouloir fermer et boucler son paragraphe. Il fait alors appel à une phrase concise, d'une seule proposition, qui, en un vers sonore amené par une conjonction, vient clore le passage. Au début du <K Printemps i», six paragraphes de suite (du quatrième au neuvième), se terminent ainsi par une phrase à effet qui occupe ou la fin du vers ou plutôt encore le vers entier :
The harrow folio ws harsh, and shuts the scène ^ And sing their wild noies to Ihe listening waste *. And be the exhaustless granary of a world 3» etc.
Dans toutes les parties du poème se retrouve l'emploi de ces vers retentissants à la fin des alinéas, et presque toujours ils reproduisent un même modèle de construction.
And pour untoiling harvest o'er the land *.
And mark his beauteous chequered sides with gore '.
And lay the meddling sensés ail aside «.
And murmur hoarser al the fixing frost ^.
Parfois, un déterminatif est introduit entre la conjonction et le verbe :
And cheerless drown the crude unripened year •. And, once rejoicing, never know them more '. And in unbounded commerce mixed thé world *•. And in ioose fragments fling them floaling round *'.
Un degré d'emphase plus accentué est fourni par un type de vers terminal où le sujet suit immédiatement la conjonction :
And Egypt joys beneath the spreading wave ". And Océan trembles for his green domain ". And Mecca saddens at the long delay *♦. And Thule bellows Ihrough her utmosl isles ". And the sky saddens with the gathered storm ^•.
1. Sprlny, t". — 2. Ibid., 25. — 3. làid,, 76. — 4. Summer, 82!. - 5. Autumrî, 457. — 6. Wtn/er, 208. — 7. Ibid., 713. — 8. Spring, 141. - 9. Ibid., 753. — 10. Summer, 1012. — H. Winler, 174. — 12. Summer, 821. — 13. Ibid., 859. — 14. /6irf., 979. — 15. lôid., 1168. — 16. U'infer,228-
La similitude des phrases ne se borne pas à runiformité des chutes; elle s'étend parfois à la période entière. On peut, comme exemple, noter deux paragraphes de V « Hiver » qui se suivent immédiatement \ Tous deux ont même nombre de vers; tous deux commencent par une phrase d*un demi-verç, suivie d*une phrase M'un vers et demi :
Huge uproar lords it wide. The clouds commixed With stars swift-gliding sweep along the sky.
As yei 'tis midnight deep. The weary clouds Slow-meeting, mingle iuto solid gloom.
Et tous deux se terminent par un septième vers qui se détache, isolé du reste, dans le mouvement de la période.
Mais lors même que l'impression de monotonie n'est pas accrue par cet exact parallélisme des phrases, cette chute sur un vers retentissant, de modèle si uniforme, est un procédé dont le poète a fait un regrettable abus. Au cours du paragraphe nous prévoyons et attendons l'effet saillant réservé pour la fin. Et ce vers sonore qui vient signaler le terme d'un développement, nous fait un peu l'effet de ce « han I » final qu'a noté maître Rabelais chez l'ouvrier qui achève un travail fatigant.
Ces défauts très apparents du style de Thomson ne doivent pas nous faire oublier les précieuses conquêtes que lui dut la langue de la poésie. Nous avons rappelé comment il y avait ramené la liberté du rythme. Il nous reste à dire quels effets il a su tirer de cette coupe plus souple et plus variée des vers. Épuiser cette étude, ce serait analyser chacune des phrases du poème. Nous nous bornerons à quelques indications sur les formes les plus caratéristiques.
Tous les effets de cette nature peuvent se ramener à deux types, selon qu'ils sont dus à la continuité du sens d'un vers au suivant, ou à l'arrêt de la phrase avant la fin d'un vers. — Le premier effet à attendre d'un prolongement de la phrase par enjambement, c'est l'impresssion d'un mouvement rapide. C'est bien l'effet que se proposent des vers tels que ceux-ci :
Lend me your song, ye nightingales ; oh pour The mazy-running soûl of raelody Into my varied verse ^.