‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 229 sur 304 · Chanl m, 5U · texte numérisé non relu

Chanl m, 5U

2. On peut voir aussi, au chanl IV, le vovage de relour, v. 102 cl suiv.

3. 1, 193. — 4. m, 349. — 5. Ul, 330. — 'o. III, 352. — 1. IV, 33. 35. - 8. IV, 45. — 9. IV, 59. — 10. IV, 62. — 11. IV, Ci. — 12. IV, 66. — 13. IV. 16. — 14. IV, 102. - lo. IV, o28, 529. — 16. IV, 552. — 17. IV, 554. - 18. IV, 606. — 19. IV, 609. — 20. IV, 610. — 21. IV, 619. — 22. IV, 621. - 23. IV, 714. — 24. IV, 717. — 25. IV, 719. - 26. IV, 730. — 27. IV, 732. — 28. IV, 751.

de cette impuissance à maîtriser et à diriger son sujet qui apparaît sans cesse dans le poème? Nous avons parlé de cette Vision qui fait apparaître sur un transparent imaginaire les scènes racontées par la diserte déesse. Thomson lui-même en arrive à si bien confondre le l'écit et Tillustration pictoriale, qu'il mêle, à la série des événements déroulés par la vision, des choses telles que celles-ci.... « Je vois que l'esprit de la <c jeunesse n'est pas nourri au hasard d'aliments impurs, qu'il « n'est plus trompé par la flatterie, ni gonflé d'orgueil par un « jargon scolastique, mais que la lumière de la vérité l'emplit et a l'alimente. Alors le rayon purifiant brille dans l'imagination « et inonde le cœur, et les passions ressentent aussitôt lalumière « féconde et la flamme active jusqu'à ce qu'une action morale, « publique, honorable, couronne le tout *. » Voilà bien du galimatias pour annoncer l'avènement d'une réforme pédagogique en Angleterre. Mais surtout quel singulier sujet de tableaux! Et comment le peintre précis et énergique des « Saisons » peut-il voir et prétend-il nous montrer des choses aussi impalpables?

De temps en temps le poète éprouve lui-même le besoin de remettre les choses au point. Il avait oublié que tel ou tel personnage était supposé parler. Il s'en souvient tout à coup et nous le rappelle. Rien de plus gauche que ces précautions :

In that blest isle, ^vhere (so we spirils niove) Wilh one quick effort of niy will I am *.

Hère, interrupting wariii,

Where are Ihey now? (1 cried) say, goddess, wlicre? *

Already hâve 1 given, with flying touch, A broken view ol* Ihis iny ainplcst rcign *.

Ou encore dans la bouche de la même déesse : A litlle trace we how Ihev rose '.

Pour traiter un sujet antipathique à son talent, le poète ne pouvait trouver qu'une forme très imparfaite. La langue dans laquelle se déroulent les longs récits de la déesse estsinguliè-

1. V. 598-606. — 2. I, 362, 363. — 3. II, 392, 393. - i. Ill, 88, 89. — i. IV, 133.

SâO JAMES THOMSON.

rement lourde. Les amples périodes des « Saisons » offraient parfois une luxuriante abondance de sons et une profusion de couleurs qui étouffaient un peu la pensée. Mais ici c'est le pur lieu commun moral qui sert de support aux pesantes draperies du langage. La déclamation dès lors devient facilement boursouflée et vide. La phrase est longue et lente, et sans ce principe de vie qui organise le style chez les maîtres et dans les chefs-d'œuvre. La période se traîne souvent sans lien de continuité entre ses différentes parties. On croit qu'elle va finir, mais point; elle se prolonge par des relatifs successifs, par des parenthèses ou des appositions languissantes. En voici un exemple tel qu'on en rencontrerait presque à chaque page :

This firm republic, that against the blast Of opposition rose ; that (like an oak Nursed on ferocious Algidum, vvhose boughs Still stronger shoot beneath the rigid axe), By loss, by slaughler, from the steel itself, Even force and spirit drew ; siiiit with Ihe calm, The dead serene of prospérons fortune, pined *.

Encore cette phrase lente et désarticulée est-elle après tout complète et correcte. Mais il arrive à Técrivain de se laisser emporter aux ondes successives d'un développement prolongé, et d'oublier, au cours du voyage, le point d'où il était parti et le terme qu'il se proposait d'atteindre. Il y a, pour ne citer qu'un exemple, certaine période de trente-six vers, que les textes coupent de points, parce que les imprimeurs ont pensé qu'il en fallait mettre quelques-uns, mais où le mouvement n'est nulle part interrompu. L'auteur y procède par voie de suppositions : a Si le temps venait où.... 15, et il accumule si bien les hypothèses, il les complique de tant de parenthèses et de développements parasites que, lorsque nous atteignons enfin le terme du paragraphe et un repos bien gagné, le poète a omis d'opposer à ses suppositions aucune clause affirmative, et de clore logiquement sa période *•

Cette singulière inadvertance n'est pas coutumière à l'auteur de « La Liberté », mais les autres causes d'obscurité abondent, et ce n'est pas un des moindres motifs de la défaveur du poème.

i. ni, 361-367. - 2. V, 316-361.

Les principaux sont l'abus des inversions et celui des périphrases. La valeur poétique n'est donnée dans cette œuvre ni par la puissance d'imagination de l'auteur, comme dans les c Saisons ^, ni par le charme d'une fantaisie exquise, comme dans le « Château d'Indolence ». Pour empêcher le vers blanc de se réduire à une déclamation à peine rythmée, Thomson met en œuvre les ressources ordinaires de la poésie du xviii* siècle. Il donne à sa phrase les constructions les plus tourmentées. A chaque pas nous nous trouvons en présence d'inversions forcées telles que celles-ci :

Who but thèse far-fam'd ruins to behold, Proofs of a people whose heroic aims Soar'd far above the little selfish sphère Of doubting modem life ; who but, inflamed With classic zeal, thèse consecrated scènes Of men and deeds to trace, unhappy land ! Would trust thy wilds, and cities loose of sway? *

Alors même qu'elle porte sur une courte proposition, l'inversion produit fréquemment les effets les plus disgracieux :

Could, Tully, you your Tusculum believe • ?

And new ideas, from her finished shape, Gharmed sculpture taking might improve her arl ^.

Deemed the declaiming rant of Greece and Rome, Should public virtue grow the public scoflf *.

Cette malheureuse tendance à anoblir le langage au moyen de ces constructions anormales, aboutit à produire un style qui n'est pas pour cela de la poésie, et qui n'a ni la clarté ni la valeur musicale d'une prose libre d'allure.

L'emploi répété de la périphrase a son origine dans ce même désir d'élever le langage à la dignité poétique. Au lieu des expressions directes et nettes des a Saisons d, nous rencontrons des circonlocutions qui souvent demandent une note explicative. Le renvoi n'est pas inutile pour nous faire comprendre que

the fountain he

Of public wisdom and of justice shut »,

1. I, 110-116. — 2. I, 273. — 3. IV, 471, 472. - 4. V, 326, 327. ~ 5. fV» 991, 992.

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signifie que Jacques II licencia le parlement. Alors même qu'elles sont plus facilement intelligibles, ces charades ne sont guère dignes du maître écrivain des c Saisons i».

« Que les bois de l'Asie fournissent, sans culture, une toisoD « végétale; et que, en vue d'une vie plus haute, le petit insecte- « artisan construise sa tombe de soie. Que les rochers étonnés « déploient naissants et radieux les enfants du soleil aux teintes a variées *.... »

L'imitation de Milton n'est pas moins apparente ici que dans les « Saisons », mais elle est moins heureuse.- Elle porte principalement sur les passages de dialectique. Le poète n'a pas su se faire, comme pour son poème descriptif, un langage à lui, original alors même qu'il laisse voir l'influence d'un grand modèle. Dans a La Liberté » l'imitation est parfois servile, et le résultat est désastreux. C'est qu'aux transitions, aux artifices de narration, aux figures de style et de pensée violentes de l'imitateur il manque cette foi à la vie de ses créatures, et cet intérêt du sujet qui excusent dans le a Paradis Perdu » tant de naïvetés. On en peut juger par cet exemple entre cent autres :

Hère, interposing 1 — Oh, Queen of nien! Beneaih whose sceptre in essential righls • Eqtial they live; thoiigh placcd for coinnion good Various, or in subjeclion or coinmand; And that by comnion choicc : alas ! the scène, With virtue, freedom and with glory brighi Slreams inlo blood, and darkens into woe *.

Quant aux défauts naturels de Thomson, ils se montrent ici beaucoup plus nettement que dans les a Saisons >. Nous savons que bien des taches ont disparu de celles-ci, grâce aux retouches de chaque édition nouvelle. Mais le public ne demanda pas de rééditions de « La Liberté i^ et nous trouvons dans le poème nombre de vers rocailleux et de déplaisantes assonances :

Tis ail one désert, desolale, and groy, Grazed by the sullen buffalo alone '. " There, as increasing families disclosed The tender state, I taught an equal sway *.

1. V, 9-14. - 2. IH, 328-334. - 3. I, 135, 136. - i. II, r 8.

A nobler note, and bade the banquet burn *. Be Ihis thy praise, thaï thon and thou alone *. In the high thoughtless gaiety of game '. And monk-directed cloister-seeking king ♦.

Et cependant il y a autre chose que des défauts dans ces cinq chants qu'aucun rayon de popularité n'a jaraais illuminés. Les compliments de Hill font l'effet de pures ironies quand il loue « l'élégance, l'harmonie, l'énergie vivante, et l'exacte propriété des termes. t> (Lettre du 17 février 1735.) Mais nous pouvons nous associer à lui quand il considère ce la grandeur c du plan, la noblesse, la profondeur, la richesse des senti- « ments ». Et nous trouvons encore après lui à relever dans cette œuvre de réelles beautés dont il a peut-être été peu frappé.

Après avoir consacré sa première œuvre à la nature, entreprendre un grand poème à la gloire de la Liberté et à celle de l'Angleterre ce n'était pas une tentative médiocre. Nous savons que le jeune poète y apportait autre chose que le savoir-faire indifférent d'un rhéteur. C'est tout son être moral qui s'exprimait dans cette longue revue des événements humains, comme son génie artistique s'était donné carrière dans la peinture de la vie de la nature. Le plan adopté pour l'exécution n'était pas moins ambitieux que la conception première. Il y a peu d'exagération dans ce résumé que donne Hill du poème : ... « Tout c ce que les hommes ont souffert, ont fait ou ont pensé à tra- « vers toutes les révolutions des âges oubliés, votre muse... a le rappelle, le rejoue, le fait revivre, jusqu'à ce que nous « devenions contemporains de tous ces siècles d'action, jusqu'à a ce que nous voyons et sentions les changements par lesquels € ils ont brillé ou ont péri * ». L'enthousiaste et amical critique se trompe lorsqu'il déclare réalisé cet ample programme. Mais n'y a-t-il pas quelque grandeur à l'avoir tenté?

1. II, 46. — 2. II, 234. — 3. III, 265. (Remarquer la valeur de •« gaiely trisyllabe). — 4. IV, 727. — 5. Lellre du 17 février 1733.

Sâ4 JAMES THOMSON.

L'idée maîtresse du poème c'est que la liberté est dans les communautés humaines la source de tous les biens, de toutes les vertus et de tous les progrès. Et l'auteur se trouve ainsi amené à retracer non seulement l'histoire des révolutions politiques de la Grèce, de Rome, de l'Italie et de la Grande-Bretagne, mais aussi le tableau des arts, de la pensée philosophique et de la civilisation dans ces pays. On comprend que, malgré son étendue, le poème ne suffise pas à pareille tâche. Du moins dans cette étude incomplète abondent les pensées généreuses, les vues élevées et les nobles sentiments. En dépit d'une persistante et insulaire étroitesse qui lui fait tout paraître inférieur à son pays, qui lui fait comprendre l'histoire tout entière comme une lente préparation de la grandeur de l'Angleterre et de ses libres institutions, jamais écrivain n'a célébré avec plus de chaleureuse conviction les gloires de la Liberté.

Il y a certes chez l'auteur une limitation du goût artistique, une incapacité à comprendre certaines formes de la beauté, qui nous frappe dans les riches développements où il apprécie l'œuvre des grands artistes de la Grèce, de l'Italie ou de la France. Il ne s'est pas affranchi des jugements qui, jusqu'à la fin du xvni® siècle, ont eu force de loi en ces matières. On chercherait en vain dans ces pages une allusion à la beauté des édifices gothiques; on n'y trouverait rien qui ressemble aux quelques vers où Milton a dit l'émotion religieuse qu'il ressentait sous les hautes voûtes aux vitraux mystiques *. Le temps était encore lointain où l'on devait voir dans l'art du moyen âge autre chose qu'une décadence barbare ou d'informes tentatives vers un idéal nouveau :

« Les Goths de tous les siècles n'ont fait que charger la terre « de lourds et prétentieux monuments de honte *. »

Et l'effort si curieux des primitifs italiens vers un idéal de beauté à la fois subtil et naïf est apprécié par notre poète en ces termes :

a Indigente était la manière de ses premiers adeptes, stérile « et sèche, s'écartant à peine du goût qui, pendant des siècles,

i. Il Pensei'oso, 155-166.

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