Macbeth, acte V, se. i
tion donnée par Thomson du drame eschylien. Le grand effort de son style est vers la majesté. Tout le monde doit parler avec noblesse; et ni dans les explosions de colère de Clytemnestre ou d'Égisthe, ni dans les fureurs prophétiques de Cassandre, les droits du beau langage ne sont oubliés. Voici en quels termes le rois des rois, à son retour, salue sa femme : « 0 laisse- « moi te presser sur mon cœur palpitant qui veut prendre son « vol pour aller se confondre avec le tien * ». Dès la première scène, Clytemnestre exprime, à grand renfort de prosopopées, ses angoisses et ses regrets. Dans un passage de douze vers elle apostrophe tour à tour les souvenirs de Tamour d'Égisthe, « sirènes perfides d, la nature qui a mis dans les âmes humaines des forces opposées, et enfin la raison qui la torture. Les pro cédés familiers de la rhétorique sont mis en usage; mais surtout rinversion, la suspension et la répétition des termes *. Et enfin, dans cette recherclie du style noble et du langage élégant Thomson arrive parfois aux pires excès du mauvais goût prétentieux. Cassandre prophétise l'assassinat prochain d'Agamemnon. Il sera frappé pendant son bain a et bientôt le sang fera rougir Teau innocente ' ».
En dépit de l'effort de l'auteur, le style ne se maintient pas toujours à cet état de noblesse soutenue. Cette tension continue fatigue le lecteur et sans doute aussi l'écrivain. Quand elle se relâche, le dialogue tombe à plat ; et le contraste avec le ton général ajoute à la lamentable pauvreté des passages où le poète n'est plus guindé sur le cothurne. Par exemple, la confidente de Clytemnestre termine un passage de style aussi prétentieux que le veut le goût du jour sur un ton de bonhomie inattendu : « Sure, 'tis too much, my queen * » ; ou bien elle interrompt une pompeuse énumération des torts du malheureux Agamemnon par une parenthèse telle que celle-ci : «c But that apart ^ ».
La dernière scène du 1*' acte fait paraître devant Clyteni-
i. - 0 let me press thee to my flultering soûl,
Tbat is on wiog to mix itself >vith thine. »
(Acte 11, se. I.)
2. Voir des exemples dans acte 1, se. i; acte 11, se. ii; acte lil, se. ii; acte IV, se. v; acte V, se. ii, se. viii.