‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 254 sur 304 · Acte I, se. i. — 5. Acte I, se. i · texte numérisé non relu

Acte I, se. i. — 5. Acte I, se. i

nestre un envoyé du roi. La scène est exactement celle du premier acte de « l'Amphitryon » de Molière. Il est difficile d'échapper à cette impression que le ton, l'allure générale du style sont les mêmes dans la grave tragédie et dans Tirrévérente comédie. Est-ce Clytemnestre et Talthybius que nous entendons, ou n'est-ce pas Sosie?

Gomment se porte le roi?

Madame, le roi se porte bien*

Son cœur, impatient de conférer avec le vôtre, M'envoie en avant avec ses plus chaleureux souhaits, Ses plus chaleureux compUments.

A un seul rivage, à grand'peine nous avons touché Non sans courir un danger.

Et pourquoi?

Madame, contraints

Par la pitié sacrée'.

C'est le même ton dans le dialogue; c'est le même récit emphatique d'une tempête chez Talthybius comme d'une bataille chez Sosie'; et pour compléter l'illusion, Talthybius apporte aussi un riche cadeau d'Agamemnon à Clytemnestre.

« How fares the king? »

« Madain, the king is well;

His tieart impatient to confer wilh yours, Scnds me before him with its warmest wishes, Its warmest gratulations.

Thî8 crown which circled once the royal brows or Hecuba, of Priam's lofty queen, He prays you to accept ».

« Therc set it down. -

R Only at one, with much ado, we touch*d. Not without risque. •

« And why? •

« Madam, compelled By sacred pity. »

2. n y a là dans la tragédie anglaise un souvenir de VAgamemnofi de Sénèque. Le récit delà tempête y est le grand morceau de bravoure de la pièce. Il y occupe cent cinquante vers (de 416 à 469).

Il est évident que Thomson ne prend ni ne conserve sans un effort pénible le ton de la tragédie. « Agamemnon » nous présente plus souvent que « Sophonisbe lo des réminisœnces qui ressemblent à des emprunts.

How art thou fallen ! to what dishonour fallen * !

est un souvenir direct de Milton. Ailleurs ce sont des mouvements de phrase où se rencontrent les particularités, les procédés de style les plus connus du grand poète épique :

Still on my thoughts your strange delivery dwells.

By Agamemnon left to aid the Queen

Wîth faithful counsel, while he warr'd at Troy :

And thus by Agamemnon to be sav'd,

Returning from that conquest ! wondrous chance !

Or rather wondrous conduct of the gods !

By mortals, from their blindness, chance misnam'd *.

He cornes ! he cornes ! the hapless victor cornes ' !

s'écrie Clytemnestre en proie à la honte et à la crainte. C'est un souvenir assez singulièrement employé de Texclamation joyeuse qui annonce Tarrivée de Bacchus dans l'ode célèbre de Dryden.

Mais c'est principalement sur le maître du théâtre anglais que s'appuie Thomson. Malheureusement il n'est donné à personne d'imiter cette langue si conforme à la vérité des caractères et des situations que les personnages semblent n'en pouvoir parler une autre, mais si riche en même temps de beauté poétique, et toute chargée de puissance dramatique. Tantôt c'est une énergique pensée de Shakespeare que Thomson reproduit en l'affaiblissant singulièrement :

He who the fathers's heart More tender has than mine, too tender has it *.

1. Acte I, se. iv. — 2. Acte IH, se. i. — 3. Acte I, se. m. 4. Acte H, se. ii. — Cela ressemble un peu à une parodie des vers de Macbeth :

« l dare do ail that>nay become a m&n; Who dares do more is none. »

(Acte I, se. vu, 46.)

566 JAMBS THOMSON.

I am not jealous;

In me that passion and contera pi were one *.

nous offre la transposition d'un passage célèbre d' « Othello ». Ce sont les paroles du Maure dépouillées de tout ce que Ton y sent frémir de fierté et de douloureuse angoisse *.

L'imitation est parfois plus heureuse. Dans la première scène de l'acte III le récit fait par Mélisandre de son enlèvement et de son abandon sur une île déserte rappelle assez le mouvement et le ton des narrations de style tempéré qui marquent quelquefois un repos dans le drame de Shakespeare.

Du reste ces réminiscences ou ces imitations directes sont trop nombreuses pour que nous les relevions toutes. Nous nous contenterons d'en signaler quelques-unes encore dans les différentes parties de la tragédie.

L'emploi un peu étrange du pronom she comme substantif : « lU-fated she! — Who must forgive ' > est sans doute justifié aux yeux de l'auteur par les exemples analogues de Shakespeare *. « Cousin, I greet you well » nous fait entendre, avec un à-propos contestable, une des formules de salutations ordi> naires sur la scène de Shakespeare. « Thus filch away my crown ^ D, semble d'une énergie un peu brutale au milieu du langage noble des personnages; c'est évidemment un souvenir d'un passage célèbre d' a Othello * ».

Dans la même scène, deux vers plus loin :

One tiinely deed

Is worth ton ihousand words,

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