‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 276 sur 304 · II, StP. XLVII · texte numérisé non relu

II, StP. XLVII

4. D'autres passages encore se rattachent à un credo qui n*était pas celui de Lyttelton. La doctrine de révolution des âmes conduit Thomson à cette notion d'un purgatoire qu'ont rejetée les églises protestantes. Il n'admet pas la perdition définitive des criminels les plus endurcis; il croit au rachat des fautes par la pénitence. Voir I, str. ui, str. lxxi, lxxii, Lxxni.

c remplissez ainsi nos cœurs d'un pieux émoi, d'une douleur « mêlée de joie M )!> — Thomson n'a pas oublié ces difficultés de la vie d un homme de lettres que sa jeunesse a connues. Jusqu'à la fin même il a éprouvé combien sont précaires les avantages assurés aux écrivains par la faveur des. grands. Pour son compte il est prêt à recevoir, comme Horatio, « avec une c égale gratitude les horions et les aubaines de la fortune ^ b. Car rien ne peut lui ravir ni la grâce et la beauté de la nature, ni les pures joies de l'imagination, de la raison et de la vertu '. Mais il déplore, pour les lettres, et pour l'honneur de l'Angleterre, la condition misérable ou servile qui est faite au plus grand nombre des écrivains. « Les arts... se développent lente- « ment à moins que... de puissants patrons ne viennent appeler « les Muses timides au chaud soleil d'une aisance sans tourte ments, où nul souci grossier n'enchaîne le génie prêt à « s'élancer, où les aimables sœurs n'aient d'autre occupation que « de plaire.... Mais aujourd'hui... nos patrons marchandent ce « modeste salaire à tous, sauf â ceux qui leur polissent des vers <c pleins de flatterie. . . . Courage î . . . toujours nous reste cet éternel « patron, la Liberté *.... d— Il est vrai qu'à vouloir s'affranchir de l'humiliante dépendance des patrons l'auteur peut rencontrer un autre ennemi, a Tout labeur obtient sa récomc pense.... Mais une race odieuse pille la ruche d'Aonie comme « les guêpes sauvages volent l'abeille laborieuse ^ »

Les gens de loi paraissent être pour Thomson un objet de haine plus sincère et plus constante. Il les avait déjà malmenés dans a l'Automne d et dans a l'Hiver » ^; il exprime de nouveau son mépris ou sa rancune dans « le Château ». Parmi les carrières viles qu'énumère Archimago une place est faite à celle des gens qui « rôdent par les cours de justice en quête de proie « humaine ' d. Et, dans la liste des aigrefins qui ruinent le prodigue, les robins figurent dans la plus fâcheuse compagnie : « entremetteurs, hommes de loi, intendants, courtisans et syco- « phantes ' d.

Enfin de toutes ces indications où se révèle la personnalité de l'écrivain, il en est une que nous ne saurions négliger. Toute une moitié du poème est une apologie de l'indolence, et

i. h XLYii. — 2. Hamlel, UI, ii, 72. — 3. Canlo H, str. m. — 4. Caslie, U, XXII, xxiu. — 5. Canlo II, str. ii. — 6. Aulumn, 1287-1289; 1291-1294. Winter, 384-388. — 7. Canto 1, sir. xiu. — 8. Canlo I, str. li.

614 iAMBS THOMSON.

rindolence fut le péché favori du poète. Sans doute il a, dans une seconde partie, voulu mettre ses lecteurs en garde contre des séductions dont il parle en homme qui les a connues. Il a porté Teffort consciencieux de son talent sur une apothéose de l'activité et du travail. Mais il est trop évident que la peinture du mal Ta mieux inspiré que l'éloge du remède. Les sages leçons du deuxième chant ne suffisent pas à faire oublier les délicieuses peintures du premier; les chants de Philomelus restent inférieurs à ceux d'Archimago. Dans cette allégorie qui se propose de flétrir l'indolence, le poète a dû ses meilleures inspirations au souvenir des joies de l'indolence *. Il lui sera beaucoup pardonné parce que sa nonchalance n'a jamais tait tort qu'à lui-même, parce que son oisiveté n'a été ni égoïste ni maussade ', parce qu'il a vaillamment condamné son défauts enfm parce que à ce défaut même nous devons plusieurs pages exquises du poème.

L'homme demeure donc, dans cette œuvre dernière, tel, à tout prendre, que nous l'ont montré les œuvres du début. Au contraire le poète a subi une transformation profonde. On le pourrait conclure déjà des contrastes que nous avons notés dans l'appareil extérieur des deux poèmes, les « Saisons » et le c Château )». Un examen plus pénétrant de celui-ci nous fera constater, dans le génie de l'écrivain, à côté d'un certain fond

1. L'excentrique philosophe lord Monboddo a remarqué avec quelle supériorité Thomson parle du repos, du sommeil et des songes dans cette œuvre, « Ihe flnest al.legorical poem in any language, and most complète, according to my judgment, both in style and versification, and particulariy beautiful upon the subject of dreams >. (Antient Melaphysics^ vol. H^ chap. v : On Dreams, p. 273.)

2. Wordsworth, ce lutteur et cet inratigable ouvrier, lui a rendu cette justice, et c'est sous le patronage de notre poète qu'il a placé le souvenir des quelques heures de nonchalance de sa laborieuse existence.

« To lime thns spent add multitudes of hours Pilfered away, by what the Bard who sang or the Enchanter Indolence bath called • Good-natured lounging. ■ ,

{The PreludCy Bk. VI, p. 384.

permanent, une diversité d'aspects, une modification ou un développement du génie poétique qui méritent de nous arrêter.

£t d abord l'auteur du ce Château d'Indolence » reste un grand poète descriptif. Dans cette œuvre de rêves flottants et de cliimériques visions les exemples de peintures vraies, précises, aux couleurs arrêtées, aux traits nettement accusés ne sont pas absents. Elles prouveraient, s'il en était besoin, que cette puissance d'évocation du monde extérieur est bien le fond et comme le cœur du génie du poète.

Dès le début, avec la deuxième strophe, commence une description du château et du paysage qui l'entoure. Les a Saisons » ne renferment pas une peinture plus exacte du dessin ni plus riche de tons. Elles ne nous donnent même nulle part un tableau aussi précis, aussi individuel. Les grandes scènes de la vie de la nature ne pouvaient en effet être rendues qu'en de larges peintures de caractère général. Mais ici le poète imagine avec une netteté de vision parfaite le lieu où va se dérouler son poème et il le décrit avec une précision rigoureuse :

« Tout près d'une rivière, dans un vallon profond qu'enfer- « maient de toutes parts des collines boisées s'élevant les unes d au-dessus des autres, un puissant magicien vivait.... C'était, « en vérité, un coin de terre délicieux. Il y régnait une saison « comme celle qui dure de mai à juin, à demi parée par le prina temps, à demi bronzée par l'été. Si bien qu'avec l'air on y « respirait une langueur qui ne laissait à personne la force de « travailler, ni même le désir de jouer.

€ Rien alentour que des images de repos : des bosquets pro- <i pices au sommeil séparés par de calmes pelouses; des par- « terres de fleurs où les pavots répandaient une influence endormi mante, et des tapis de riante verdure où jamais on ne vit « créature rampante. Et toujours d'innombrables et brillants « ruisselets se jouaient et de tous côtés précipitaient leurs « eaux étincelantes; et ces eaux coulant et frémissant dans les « clairières ensoleillées faisaient entendre, bien qu'elles-mêmes « fussent toujours en mouvement, un murmure qui portait « au sommeil.

« En même temps que le bruit léger des ruisseaux babillards, « on entendait les troupeaux mugir dans la vallée, et des col- « iines lointaines arrivait le bêlement bruyant des moutons, et « le son des flûtes des bergers oisifs; de temps en temps s'éle-

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« vait le doux et le triste chant de Philomèle ou la plainte des « tourterelles dans la forêt profonde qui, elle-même endormie, « bruissait lorsque le vent passait en soupirant; la cigale « chantait sans se lasser; et tous ces bruits confondus invi- <i taient tous les êtres à dormir.

« Au-dessus, occupant tout l'accès du vallon, une forêt se « dressait noire, silencieuse, auguste. On n'y voyait passer « que des formes vagues telles qu'en imaginent les rêves de <c l'oisiveté. Et, s'élevant sur les collines des deux côtés de la « vallée, un bois de pins jetait une ombre épaisse; agité d'un « mouvement incessant, il faisait passer dans les veines une « crainte assoupie. Enfin, plus bas, là où la vallée serpentait et « s'ouviait, on entendait, on entendait à peinej le murmure des c flots de la mer.

a Tel était le paysage... où Indolence (c'était le nom du « magicien) habitait un château caché parmi les arbres qui « l'entouraient de près et lui faisaient un berceau. Ils arrêtaient « à moitié les rayons brillants de Phébus, et mêlaient en « quelque sorte la nuit à la lumière du jour '.... »

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