Canto I, sir. ii à v, et sir. vu
Dire que Tauleur d'Alaslor se soit proposé d'imiter Thomson, ce serait ignorer quel flot de poésie jaillissait intarissable de TÀme de Shelly. Mais peut-être quand il décrivait la forêt et le ruisseau d'Alastor, quelques vers du • Château d'Indolence « chantaient-ils au fond do sa mémoire; ceux-ci par exemple :
• A sable, si lent, solemn fore si stood.
Whcrc nought but shadowy forms were seen to move
As Idiess fancied in hcr dreaming mood.
Meantime, unnumbered glittering slreamlets played, And huried everywhere their 'x^'aters sheen; That, as they bickered through thc sunny glade. Though restless slill themselves a lulling murmur made.
« Mid embowering trees
That haïr shut out the beams of Phœbus bright, And made a kind of checkered day and night. »
Et d'autre part le début du noble poème de Keats, Hyperion^ ne sonnet-il pas comme un écho des vers de Thomson?
« Deep in the shady sadness of a vale
Far sunken from the healthy breath of morn,
Far from the flery noon....
Sat gray-hair'd Saturn....
Forest on forest hung about his head. »
Il n'y a pas dans les tableaux si vrais et si précis de Cowper ou de Wordsworth un paysage qui nous apparaisse plus nettement déterminé que ce vallon entouré de forêts où se blottit le Château. Mais ce n'est pas le seul caractère auquel nous reconnaissions ici le grand poète paysagiste. Cette description si nette ne forme pas un dessin en grisaille. Comme dans les « Saisons », la notation des couleurs vient compléter et enrichir le tableau *. Et surtout ce paysage a une âme et une puissance d'actioa sur nos âmes. Le poète pouvait se dispenser de nous dire que c'est ce une terre de somnolence ». Vingt traits de sa description nous donnent cette impression. Elle résulte et du silence solennel de la forêt prochaine, et des bruits divers qui se mêlent en une harmonie vague et pleine de langueur : murmures des ruisseaux, bêlements des troupeaux lointains, chant du rossignol et de la tourterelle, gémissement monotone des grands sapins noirs qui se balancent et, au loin, grondement assourdi de la mer. Il y a là, en quelques vers, treize notations de sons qui tous concourent à un même effet *.
Une autre fois encore ce vallon nous est montré, mais le point de vue" est différent. Le poète le décrit au chant II tel qu'il apparaît du haut des collines qui l'enserrent.
a Enfin elle apparat cette fatale vallée de joie au-dessus de « laquelle de hautes montagnes couronnées de bois élèvent « leurs sommets.... Elle s'étendait large au-dessous des deux « voyageurs comme une île verdoyante, partout égayée de jar- « dins et de ruisseaux vagabonds et de bosquets touffus pour « ombrager les pelouses '. »
En dehors de ces deux passages l'œuvre nous offre un certain nombre d'heureux et parfois d'admirables passages descriptifs. Ils ont un caractère de sobriété et de puissance suggestive qui se rencontre plus rarement (toutes proportions gardées) dans les « Saisons ». C'est souvent un seul mot qui suffit, ici pour faire ressortir le trait dominant de l'objet ou de la scène, là pour évoquer tout un paysage ou un aspect de la nature avec le cortège d'impressions et d'émotions qui suit la perception vive d'un pareil tableau. Dans le domaine d'Ârchimago les hommes ne sèment ni ne labourent; a quand elles sont bonnes à sou-
1. Voir Canto 1, sir. ii, v. 16; str. m, v. 22 et 25; str. v, v. 39 et 42.