Canto I, strophes Lxn, lxiii et lxjv
naître toute valeur parce qu'il les avait toutes en lui, et qui ne consentait pas à se laisser enfermer dans le palais délicieux du magicien, c'est Lyttelton*. Quin se reconnaît dansTEsope (le Clodius Esopus) de son siècle, le dormeur qui, appelé par la gloire, se relevait comme un géant qu'on éveille, et, prenant possession de la scène, savait tour à tour ébranler les cœurs et convaincre la raison '. Et nous reconnaissons surtout ce barde a plus gras qu'il ne sied à un barde; qui, ne connaissant « ni Tenvie, ni Tintrigue, ni l'âpre soif du gain, a consacré « toujours ses chants spontanés à la vertu et à la nature, et sut « renoncer au monde avec un dédain tranquille. Il riait sans « soucis dans sa confortable maisonnette; il y buvait sans « soucis, au milieu d'un cercle joyeux;... il se décidait avec a peine à écrire ses doux chants, et n'aimait pas à les réciter '. » C'est Thomson lui-même qui, dans le premier vers, nous présente sa personne avec une spirituelle bonhomie, et c'est Lyttelton qui s'est chargé de finir la strophe. Nous connaissons maintenant assez bien l'original pour pouvoir constater la ressemblance du portrait.
L'homme de Dieu petit, replet, gras et onctueux c'est Murdoch, chez qui Thomson s'est plu bien des fois à railler le mélange de convoitises très mondaines avec une expression de pieuse humilité \ Une autre strophe, qui ne paraît pas dans la première édition, montrait, sous les traits d'une nymphe contre laquelle les charmes du magicien restent impuissants, la femme de Lyltelton.
Il n'est pas sûr que le poème ait rencontré dès son apparition tout le succès qu'il méritait. La forme en est si différente du vers de Pope que l'on ne sentit pas d'abord tout ce que supposait d'art achevé ce gracieux badinage. Un connaisseur aussi délicat que Gray pouvait lire ce chef-d'œuvre exquis sans en comprendre la valeur*. Et cependant l'influence sur les poètes fut prompte, et elle fut considérable. Au lende-