‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 74 sur 304 · G. I, Lxviii · texte numérisé non relu

G. I, Lxviii

. 4. G. I, Lxix.

5. Dans une lettre au Dr. Wharton du 5 juin 1748, il parle des nouveautés qu'il Tient de lire, et, après avoir copieusement exprimé son adrairatioa pour le Méchant de Gresset et pour les jolis badinages .de Tauteur français, voici ce qu'il trouve à dire du poëme dont vient de s'entichir la litté-

main même de la mort de Pope, en plein règne du distique rimé, aux effets brillants mais secs et monotones, on vit paraître, avec Gilbert West et Shenstone d'abord, puis avec un grand nombre d'autres écrivains, des imitations de ce mètre savant et riche de Spenser que Thomson avait remis en honneur*.

Quant à la tragédie de a Coriolan d, elle était terminée depuis la première gartie de l'année 1747. L'auteur en entretenait Mallet, le 31 mars de cette année '. Les difficultés qui se sont opposées à la représentation, avaient pour cause la rivalité des deux acteurs de Drury-Lane. Thomson voulait réserver à Quin le rôle de Coriolan. Garrick ne voulait pas se contenter du rôle de TuUus Aufidius, ou, du moins, n'avait aucune hâte de voir jouer une pièce dans laquelle il ne devait paraître qu'au second plan. Gomme à cette époque même (la fm de mars 1747) Garrick devenait un des deux directeurs du théâtre % Thomson et Quin se heurtaient désormais à un obstacle insurmontable. Le poète revient sur ce sujet, une année plus tard, dans sa lettre à Paterson : « Coriolan n'a pas encore paru sur la scène, t à cause de la mesquine et misérable jalousie de Tullus envers c celui qui seul peut jouer Coriolan. De fait, le premier a, pour « cette saison, entièrement chassé l'autre de la scène, comme un c géant en colère *. Montrons donc encore un peu de patience,

rature anglaise : « There is aUo a poem lalely published by Thomson, called the Castle of Indolence, wilh some good stanzas in it. » (La lettre se trouve dans Touvrage de Mason sur la vie et les œuvres de Gray.)

1. Voir sur ce point plus de détails dans Tétude que nous consacrons plus loin au - ChAteau >».

2. • I will désire you as a friend to read - Coriolanus ». Tho' prelty much indifférent whether ever he appcar upon the stage or no, yet I am farfrom bcing so with regard to his having yoiir approbation.... »

(VHP et dernière lettre de Thomson à Mallet, dans la série publiée par P. Gunningham pour la Philobiblon Society.)

3. Mr. Lacy, le possesseur du brevet, lui en avait cédé la moitié pour une somme de 8 000 livres, ce qui parut alors un prix très modéré. (V. T. Davibs, Life of Garrick, v. I, p. 103.)

4. Cette inimitié des deux acteurs n'est pas pour nous surprendre. Quin avait été, pendant plusieurs années, le premier acteur de la scène anglaise. Les deux grands tliéélres de Londres se le disputaient. Quand Fleetwood lui eut oiTerl, pour l'attirer & Drury-Lane, des appointements de $00 livres par an, Ténormité de cette .somme fit scandale, et Rich, le directeur de Covent Garden, laissait en maugréant partir son premier sujet, et déclarait qu'aucun acteur ne valait plus de 300 livres. — C'est celte suprématie que le succès- d'un acteur nouveau venait mettre en danger. Garrick débute à Loqdrçs en 1741, et la faveur du public s'attache aussitôt à

c mon cher Paterson; montrons même de la gaieté; tout s'ar- « rangera un jour; en tout cas tout finira un jour — au moins « ici-bas*.... »

La fin était plus prochaine qu'il ne le supposait en écrivant ces mots. Il ne devait plus vivre assez longtemps pour voir jouer son «c Coriolan :», ni même pour goûter encore une fois le charme de cette saison d'automne qu'il préférait à toute autre. Il avait toujours été, dit Murdoch, médiocre cavalier. La route de Londres à Richmond, sillonnée sans cesse de nombreux voyageurs, parmi lesquels les imprudents et les maladroits ne manquaient pas, lui semblait particulièrement dangereuse. Il préférait donc, quand il le pouvait, faire le trajet à pied. Il était heureux en pareille circonstance de rencontrer quelqu'un de connaissance avec qui cheminer en causant. Il s'arrêtait, quand venait la fatigue, et parfois dînait à mi-chemin. La demeure de Mallet, à Strand-on-the-Green, sur les bords du fleuve; l'auberge de la Colombe, à Hammersmith, où son souvenir s'est perpétué, étaient quelques-unes de ses stations

lui. C'est toute une réToIution qu'il apporte au théâtre, en faisant succéder le naturel et le pathétique au jeu guindé, à la déclamation tendue des vieux acteurs. • If the young fellow is right, disait Quin, I and the rest of the players hâve been ail wrong. • — Us avalent tort en effet, et le public le leur fit sentir tous les jours davantage, à mesure que Tautorité de Garrick s'affirmait.

1. « Coriolanus has nol yet appeared on the stage, from the liltle, dirty jealousy of Tullus towards him who alone can act Coriolanus. Indeed, the first has entirely jockeyed the last off the stage, for this season, like a giant in his wrath. Let us hâve a liltle more patience, Paterson; nay, let us be cheerful; at last ail will be well, at last ail will be over, — hère I

mean

n faut ajouter que si Garrick a eu des torts en celte circonstance il les a réparés noblement. Après la mort de Quin il écrivit une poétique épitaphe où les mérites et le talent de son ancien rival sont loyalement reconnus. Nous la reproduisons d'autant plus volontiers qu'elle semble bien renfermer une allusion à l'anecdote célèbre de Quin venant délivrer Thomson :

« That tongue which set the table on a roar,

And charm'd the public ear, is no more!

Clos'd are those eyes, the harbingers of wit

Which spoke, before the tongue, what Shakespeare writ;

Cold are those hands, which, lîving, were stretched forth

At friendship's call te succour modest worth.

Hère lies James Quin ! deign reader to be taught

(Whate'er thy strenglh of body, force of Ihought,

In nature's happiesl mould however cast),

To this complexion thou must come at last. » (até par Ed. Gossb, Eighteenth Century LUerature^ p. Î29.)

ordinaires. Il était ainsi parti seul, un soir d'été. Arrivé à Hammersmith, et accablé de fatigue et de chaleur, il commit l'imprudence de prendre une barque pour se faire conduire jusqu'à Kew. Mais l'air frais du soir le saisit, La marche qui lui restait à fournir, du bord du fleuve jusqu'à sa maison, ne suffit pas à dissiper l'influence funeste de ce refroidissement, et, le lendemain, il était atteint d'une forte fièvre. Un traitement approprié semblait avoir assuré la guérison, quand une imprudence du malade, qui s'exposa prématurément à l'air d'une soirée fraîche, amena une rechute, et bientôt son état ne laissa plus d'espoir. Ses amis, Mr. Mitchell, Mr. Reid S le docteur Ârmstrong qui lui avait donné ses soins dès le début de la maladie, accoururent de Londres en toute hâte. Leurs eflbrts furent inutiles *. Le samedi 27 août 1748, vers quatre heures du matin, le poète expirait entre les bras de Robertson, l'ami de son adolescence, le beau-frère de miss Young. Il avait quarante-huit ans moins quelques jours.

Mitchell se chargea de faire rendre à la dépouille de son ami les derniers devoirs, et de veiller aux intérêts de ses héritiers. Le jour même de la mort du poète, il écrivait au Révérend Mr. Gasthart % le plus ancien sans doute des amis de Thomson,

1. Andrew Reid, Écossais, comme son nom Tindique, était de très longue date un ami de Thomson et de Murdocli. Il a écrit, comme Murdoch, quelques ouvrages de mathématiques, et publié pour Lyttelton V • Histoire d'Henri II ».

2. La maladie est décrite par MitcheU comme une fièvre tierce transformée ensuite en fièvre continue (Lettre au Révérend Mr. Guslhart, du 27 août).

Armstrong, en sa qualité de médecin, parle du mal avec plus de détail. • Poor Thomson died last Saturday moming of a fever, which at fîrst appeared to be an intermittent; but in a short time it degenerated from a fever, which I hoped would do him a great pièce of service by scouring his habits, inlo the low, nervous, malignant one which soon proved fatal to him, as it bas to many. • (To Murdoch, London, August 30.)

3. C'était sans doute le fils du vieil ami de la famille qui avait assisté de ses conseils la veuve de Thomas Thomson, et avait donné Thospitalité à Jean et à Lizzie jusqu'au jour où, grdce à James, elles purent s'établir chez elles.

Thomson avait reçu À Richmond, peu de temps avant sa mort, la visite d'un autre fils de Texcellent homme. Le jeune étranger s'était présenté sans d'abord se faire connaître. Quand le poète sut qui il avait devant lui, il le serra dans ses bras, et exprima sa reconnaissance pour le bienfiiiteur et l'ami de ses jeunes années, avec une émotion qui lui luisait verser des larmes, et qui amenait naturellement sur ses lèvres ces mots écossais qu'il avait depuis si longtemps cessé d'entendre. (Shiels, dans CiBBBit's lÂves,)

et à Patrick Murdoch. Son court billet à celui-ci se termine par ces mots : a Ce dernier coup m'a presque anéanti * ». L'expression d'une aussi vive et aussi sincère douleur se retrouve dans toutes les lettres qu'échangent en cette circonstance ces hommes qu'avait unis une commune affection pour le poète. « Ce coup, dit Armstrong, nous laisse un vide « atTreux. La perte d'un ami si charmant change, au moins pour « un certain temps, quelques-unes des scènes les plus ravis- «c santés de l'Angleterre, en une solitude désolée. Il se passera « longtemps avant que je puisse revoir Richmond sans une poi- € gnante douleur *. » — « Rien, écrit Murdoch à J. Forbes, c ne m'a jamais dans la vie frappé et affligé autant que cette « nouvelle.... Mon premier souci, quand j'eus repris quelque « sang-froid, fut la douleur et la désolation que ressentirait c votre cœur aimant', i» Et quelques jours plus tard : a Hélas! « que puis-je dire, moi qui ai besoin de consolations autant que « personne? Nous avons perdu, mon cher Forbes, l'ami ancien, « éprouvé, aimable, ouvert, notre bon Thomson,.. .le dépositaire <L le plus fidèle de nos pensées intimes, le conseiller toujours

i «t Richmond, in Sarrey, Satarday 37 Aug.

• My dear P. »

- Our dear friend Thomson died Ihis morning about four o'clock, after a very short illness.... I am here to see the last dulies fairly paid. I am almost sunk with this last stroke.

• Yours afrecUonalely, »

2. « This blow makes a hideous gap, and the loss of such an agreeable friend lurns some of Ihc sweetest scènes in England inlo a sometbîng waste and desolate, at least Tor the time; it will be so for a long lime with me, for I question whether I shall ever bc able to see Richmond again without sorrow and mortification. » (Ârmstrong à Murdoch, London, 30 août.)

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