‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 99 sur 304 · Voir par exemple cette deseription des arbres en hiver · texte numérisé non relu

Voir par exemple cette deseription des arbres en hiver

« You naked trees, whose shady leaves are lost, Wherein the byrds were wont to build their bowre. And now are clolhd with mosse and hoary frost, Insted of bloosmes, wherewith your buds did flowre. »

{January.) « Faded oak Whose body is sere, whose branches broke, Whose naked arms stretch unto the fire. •

{Febrtiary,) Ou, dans la deuxième Eglogue :

« My rag{;ed rontes ait shiver and shake,

As doen high Towers in an earthquake,

They wont in the wind wagge their wrigle tayles,

Perke as a Peacock; but now it avales. »

{February,) • Seest howe brag yond BuUocke beares, So smirke, so smoothe, his pricked eares? His bornes bene as broade as Rainebowe bent, His dewelap as lythe as lasse of Kent i^ (/<£.)

On sait comment le poète rappelle d'une touche sobre et puissante la Mulla sur les bords de laquelle il a devisé avec soo amiy dans Colin Clouts corne home again. Les pièces consacrées au souvenir de Philip Sidney renferment (sauf peut-être Astrophel^ la plus froide de toutes) de nombreux traits descriptif. Quelques-uns des « Sonnets 9 sont de purs tableaux S et Tun d'eux au moins traduit comme Tobsession d'une sensation '. Enfin dans le morceau le plus lyrique de son œuvre, dans cet admirable Epithalamium où il sonne la claire fanfare de son amour heureux, on sent un ravissement profond dans la beauté de l'univers. La nature y fournit le motif de ce refrain qui sans cesse vient associer au bonheur du poète les bois et leurs échos sonores.

Milton.

En dépit de la chronologie, Milton est un contemporain de Shakespeare et de Spenser; il complète avec eux la glorieuse triade poétique de la Renaissance anglaise. Il appartient à l'époque privilégiée par l'union de ces deux caractères : la ferveur de la pensée et la recherche passionnée du beau. Il a, comme son maître, une foi religieuse intense et un haut idéal moral; il croit que le don de poésie a été mis en lui pour le

1. Par exemple le sonnet XIX : « The merry Cuckow, messenger of Spring ., etc.

2. m Ck>mmiDg to kisse ber lyps (such grâce 1 found), Me seemd, I smelt a gardin of sweet flowres, That dainly odours from them Ihrew around. For damzels fit to decke their lovers bowres. Her lips did sinell iyke unlo the Gillyflowers; Her roddy cheekes, Iyke unto Roses red;

Her snowy browes, Iyke budded BeUamoures; Her lovely eyes, like Pincks but newly spred ; Her goodiy bosome, like a Strawberry bed; Her neck, Iyke to a bunch of Cullambyne»; Her brest, Iyke Lillyes, ère theyr leaves be shed ; Her nipples, like yong blossomed Jedsemynes;

Sucb fragrant Qowers doe give most odorous sinell;

Bat her sweet odour did them aU excell. >

(Sonnet LXIV.)

service de ses convictions *. Et comme chez Spenser aussi, cette aspiration vers un but élevé, cette sorte d'apostolat poétique est associée chez Milton à un sentiment très vif de la beauté sous toutes ses formes. Dans ses œuvres de jeunesse nous retrouvons tous les motifs inspirateurs du poète que nous venons d'étudier : l'éclat radieux de l'antiquité païenne, la noblesse morale du platonisme et de la foi chrétienne, la soif d'idéal et le charme naïf des poèmes chevaleresques ou des légendes populaires. Mais il y ajoute quelque chose. Si ces premières productions, VAllegro, le Penseroso, Comm, Lycidas^ etc., méritent d'être considérés comme les chefed'œuvre les plus achevés de la poésie de la Renaissance, en dehors du théâtre, c'est que Milton y manifeste, à un plus haut degré que Spenser, une ferme étreinte de la réalité, un sentiment large et profond de la nature.

Est-il besoin de rappeler que VAUegro et le Penseroso

énumèrent avec une complaisance ravie les spectacles, les

travaux et les plaisirs de la campagne? Malgré l'opinion des

critiques à qui ces tableaux ont paru manquer d'exactitude,

est-il rien de plus justement vu et noté que la plupart de ces

traits descriptifs? Sans doute l'imagination seule du poète a

entendu l'alouette lui chanter à la fenêtre une joyeuse aubade '.

Mais ce sont bien des impressions directes que ce bruit « du

a faucheur qui aiguise sa faucille' ]d,ou la vue de c ces meules

c fauves qui s'élèvent dans la prairie * », de a cette cheminée de

« chaumière dont la fumée monte entre deux vieux chênes' i,

de € cette lune voyageuse qui semble se baisser pour franchir

€ un nuage floconneux ® », de <x cette petite pluie qui, du bord

« du toit laisse tomber à intervalles réguliers ses gouttes sur les

a feuilles qui bruissent^ ». Les scènes merveilleuses de Cornus

se déroulent au milieu de paysages qui ont à la fois l'éclat des

tableaux de Spenser et le charme pénétrant des champs et des

bois véritables. Ce sont des vallées aux broderies de violettes,

i, « Millon bas acknowledged to me, that Spenser yiss his original. - (Dryoen, Préface to Fables.)

Dans VAreopagitica Milton lui-même exprime en ces termes son jugement sur Spenser et sa conviction que le poète a une mission morale : fc the sage and serions Spenser, whom I dare be known to think a better teacher tbat Scotus or Aquinas. ^

2. VAUegro, v. 46. — 3. làid., v. 66. — 4. Ibid,, v. 90. — 5. /Airf., v. 81, 82. — 6. // Penseroso, v. H, 72. — 7. Ibid., v. 127-130.

qu'emplissent la voix d'Écho, la douce nymphe, et les tristes chants d'amour du rossignol * ; une forêt de sombres pins dont les cimes noires s'agitent et secouent sur le voyageur égaré l'horreur et la menace'; des clairières où, sur le bord du ruisseau à la surface légèrement ridée, les nymphes des, bois ornées de parures de pâquerettes célèbrent leurs veillées joyeuses 3; des sables jaunes où dansent les fées légères et les gracieux lulins *, des sources entourées de fragiles roseaux % des rives que tapissent les primevères à la tête de velours •.

Lyddas commence par une apostrophe à ces planteâ symboliques : le laurier, le myrte, le lierre; il se termine par la mention de bois et de prairies. Et dans le poème luimême que de souvenirs des choses de la nature, depuis l'énumération célèbre des fleurs dont le poète veut joncher la tombe de son ami', jusqu'à ces nombreux traits de description qui tantôt reproduisent la perception précise d'une délicate observation, et tantôt évoquent d'une poétique image, plus éloquente et plus suggestive qu'une longue énumération de détails, quelqu'une des apparences familières de la nature. Est-il rien de plus rustique ou de plus fidèle que ces vers où nous entendons le bourdon du taon sous la chaleur étouffante dé midi'? que ceux où nous voyons s'allonger, au soleil du soir, l'ombre des collines'? que ceux où sont dépeintes ces vallées profondes que hantent les faibles murmures des ombres, des vents capricieux et des ruisseaux jaillissants, et dont le frais repli reçoit rarement le regard de l'étoile néfaste *°? Et d'autre part la poésie moderne a-t-elle jamais retrouvé plus heureusement le don de création de ces mythes à la fois gracieux et merveilleusement pittoresques où se plaisait la poésie des Grecs? Qu'on se rappelle ces « prés élevés qui apparaissent lorsque commencent « à s'ouvrir les paupières de l'Aurore ** », ou « le calme matin t s'éloignant avec ses sandales grises *' d.

1. Cornus, V. 230-235. — 2. ïhid., v. 36-38. — 3. Ihid., 120, 121. — 4. Ibid.y Y. in, us. - 5. ibid., V. 890, 891. — 6. Ihid,, v. 898. — 7. Lycidas, v. 142- 150. — 8. Ibid, V. 28. — 9. Ibid., v. 190. — 10. Ibid., v. 136, 138. — 11. Ibid., V. 28.

12. Lyddas., v. 187. — Macaulay a très justement noté ce caractère des premières œuvres de Milton que nous essayons ici de préciser : « Neither Theocritus nor Ârioslo had a finer op a more heallhful sensé of the pleasanlncss of external objects, orloved bélier to luxuriate amidst suobeams and flowers, the songs of nighlingaies, the juice of aummer fruit?, and the coolness of shady fountaios. • {Essay on Milton.)

Trente années séparent ces premières productions d6 Toeuvre épique à laquelle est attachée surtout la gloire de Milion, trente années de passions ardentes, de haines sans mesure, d'&pres luttes aboutissant à une défaite sans espoir. Que reste-t-il de la vive et lumineuse imagination qui inspira V Allegro et Cômus chez le polémiste qui pendant vingt ans a rédigé, argumenté et bataillé en pesantes périodes latines? A coup sûr le changement est profond du jeune homme pour qui tout spe.ctacle de la nature était une joie et provoquait un chant, au vieillard aigri, souffrant et aveugle qui dictait le c Paradis Perdu. > Mais cette fête des sens, dont il avait joui si pleinement, lui avait laissé un souvenir trop vivant pour que la nature fût exclue du poème qu'enfantait son génie assombri et en même temps grandi. Ce n'est pas seulement le souvenir des lectures, c'est aussi celui des visions d'autrefois qui, selon le mot délicat et poétique de Hallam, c venait éclairer sa route « sombre et solitaire comme la lune sortant des nuages > ^ Sans doute les paysages qu'il donne pour cadre aux scènes de son poème surhumain ne sont point des copies de la Nature, Ni le Ciel dont le sol brille comme une mer de jaspe ", que traversent les flots d'ambre du fleuve de la Félicité, où croissent l'amaranthe et les fleurs élyséennes ' ; ni l'Eden fortuné qu'entourent d'infranchissables murailles S où d'une source de saphir, s'échappent des ruisseaux de nectar qui coulent sur un lit de perles et de sables d'or ', pour arroser l'arbre de vie et d6s roses sans épines '; ni ce monde sans couleur et sans forme où régnent l'Antique Nuit et le Chaos et qu'emplit la lutte sans fln des éléments ^, rien de tout cela n'appelle des peintures du monde réel. Et cependant la vision de ce monde est toujours présente à ces yeux de l'âme que le poète demande à la lumière divine •. En quelque région merveilleuse qu'il place les héros de son poème, lui-même ne renonce pas à parcourir les séjours favoris des muses : claires fontaines, bosquets ombreux ou colline ensoleillée'; il s'y nourrit de pensées et

i. « The remembraDce of carly reading came on bis dark and lonely palh like the moon emcrgiug rrom Ihe cluuds. » {Introduction to the Literature of Europe in the /5»*, i6'^ and 17^"^ centuries,

2. Paradiae Lost, Bk. III, v. 362-364. — 3. Ibid., v. 353, 359. — 4.iAjd.; Bk. IV, V. 175 et suiv. — 5. ïbid.yV, 237-240. — 6. iM., v. 2-.6. — 7. /6«i., Bk. II, V. 890 et suiv. — 8. /6irf., Bk. III, v. 53. — 9. i6id., ▼. 27-29.

SENTIMENT DE LA NA.TURE DANS Lk POÉSIE ANGLAISE. 233

de souvenirs q\ii font naître en lui les vers harmonieux*. Et c'est grâce à cette communion persistante avec la réalité qu'il trouve, pour le développement de son œuvre mystique, une langue toujours éclatante, pleine et ferme, et toujours poétique, là môme où la pensée semblerait ne pouvoir revêtir qu'une forme abstraite et froide. Chaque page, presque chaque vers évoque devant nous quelque image du monde extérieur. Tantôt c'est une comparaison hardie et frappante, comme celle de Satan déchu mais non pas entièrement dépouillé de tout éclat et de toute beauté, avec le soleil voilé au matin par les brumes de l'horizon"; comme celle aussi, parmi tant d'autres, des anges frappés, mais non pas domptés, avec les chênes et les sapins foudroyés qui s'élèvent flétris sur la lande '. Souvent encore, c'est une personnification, qui, plus sûrement qu'une description directe, éveille en nous l'écho de sensations et de souvenirs. « Voilà que l'Aurore, faisant sur l'horizon rose « de l'Est ses premiers pas, a parsemé la terre de perles étince* t lantes *. » — « La Terre, achevée par la main du Créateur, t sourit charmante, dans son riche costume ' », etc. — Et enfin quand le poète nous peint expressément quelqu'un des grands aspects de la nature qui peuvent trouver place dans son œuvre, un de ceux en particulier où l'effet est dû plus aux jeux de la lumière qu'à l'harmonie des formes, il atteint une puissance descriptive qui n'a jamais été dépassée. Il suffira de rappeler ces vers dans lesquels Adam éveille sa compagne et l'invite à venir goûter avec lui les grâces du matin ^, ou ceux dans tesquels est décrite la tombée progressive de la nuit depuis l'apparition d'Hespérus jusqu'à la venue de la Lune qui jette 3ur la terre son manteau d'argent '.

Si rapide que soit cette étude du sentiment de la nature chezMilton, elle ne saurait négliger un des traits qui caractérisent toute son œuvre : « Milton », disait Coleridge, « fut, « comme poète, plus musicien que peintre, d 11 entendait par là que ses descriptions doivent leur charme et leur puissance à l'harmonie et à la magie des sons plus qu'à la fidélité des lignes et des couleurs ®. Le mot resterait encore exact si nous lui

L Paradise Loat, v. 37, 38. — 2. Ibid.; Bk. I, v. 594-596. — 3. Ibid., v. 612-615. ~*. Ibid., Bk. v, V. 1. — 5. Ibid,, Bk. Vil, v. 501, 502. — 6. laid., Bk. V, v. n et 8uiv. — 1. Ibid,, Bk. IV, v. 598-609.

8. Millon était musicien, et fils d'un musicien — comme Pindare Tavait

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donnions une autre interprétation. Mil ton a noté plus fréquemment, plus complaisamment et plus heureusement qu'aucun poète, sauf Shakespeare, les sons de la nature. Et ce n'est pas là un caractère particulier des œuvres écrites quand « les ailes « de la Nuit eurent étendu sur ses yeux leur ombre épaisse ». Déjà les premiers poèmes témoignaient de cette perception délicate des bruits qui donne à ses paysages tant d'animation et de vérité. V Allegro ne renferme pas moins de vingt-trois notations de sons, et le Penseroso en renferme vingt. L'air que respirent les personnages de Cornus est animé de mille sons divers, chants des oiseaux, murmures des bois et des ruisseaux, voix aériennes, ou bruyantes orgies de la troupe impure de Comus. Déjà V c Ode sur la Naissance du Christ b renfermait en grand nombre des effets de cette nature, et quelques-uns d'une délicatesse extrême : « Les vents ravis et muets c baisèrent doucement les eaux, annonçant à voix basse des c joies nouvelles à l'Océan paisible * :&. Et les poèmes des dernières années abondent à leur tour en notations de sons dont quelques-unes sont restées célèbres, comme cette comparaison des anges déchus qui, se levant tous ensemble dans le Pandémonium, font entendre un bruit semblable au grondement lointain du tonnerre ', ou ce vers de sonorité merveilleuse qui nous fait entendre l'appel de Satan résonnant dans les abîmes de l'enfer ^ Il serait exact de dire que Milton est le poète du son, de la musique des choses, comme Spenser est par excellence le poète de la lumière.

Un dernier caractère nous reste à signaler par lequel Milton dépasse et Chaucer et Spenser, et, avec ce Shakespeare aux mille âmes qui a tout compris, tout senti et tout exprimé, devance notre poésie moderne dans son interprétation de la nature. Le monde n'est pas seulement pour lui un panorama aux spectacles merveilleux, une source de beauté et de joies. Il y voit une force en contraste avec l'humanité; un enseigne-

été, dit-on. — Danle, le poète à qui l'on a le plus souvent comparé Milton» était lui aussi musicien. (Voir De Vulgati Eloquio,)

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