SOS
géance comme une nécessité, l’amour de Jane comme un espoir, et ces deux pensées étaient seules à tourmenter mon cœur. La vigueur de ma jeune imagination et les événements terribles qui la fatiguaient enfantèrent un chaos de souffrances morales et physiques sous lequel ma" raison faillit succomber. Enfin j’arrivai à Orléans; j’y trouvai Annibal. A ma vue il se précipita dans mes bras et m’accueillit par un silence qui me fit connaître toute l’étendue de mon malheur. Je le vis pâlir, rougir tour à tour et n’oser lever sur moi des yeux dans lesquels je crus voir briller une larme, et je le connaissais assez pour savoir que son dévouement n’était égalé que par mon infortune.
» •— Et Jane?... fut ma première parole. Il baissa la tète par un geste plein de mélancolie. — L’as-tu prévenue de mon arrivée? — Enfant! s’écria-t-il. Et son regard exprima la pitié. Il m’était si difficile de croire à sa trahison que je ne cessais point d’agir et de parler comme si elle était toujours à moi. — Hélas! lui dis-je, c’était cette année même que nous avions attendue pour notre union. A ce terme, je devais acquitter les obligations que le bon père Smithson m’avait imposées par sa lettre dernière. A cette idée, je restai stupéfait en pensant que le souvenir de celte union de nos cœurs, célé> brée si religieusement par cet être divin dans une scène qui ne sortira jamais de ma mémoire, ne s’était pas élevé dans le cœur de Jane pour défendre mon amour. Depuis ce moment, n’étions-nous pas époux?
» Annibal, profitant alors de l’abattement dans lequel je tombai, me raconta en peu de mots que Jane était mère, que son séducteur était parti depuis deux mois pour l’Angleterre, dans l’espérance de fléchir son père, qu’ enfin le puritain venait de perdre sa fille. Ce récit me causa des convulsions affreuses; qae fièvre cérébrale»
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