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causée par ces secousses terribles, rue contraignit de rester à Orléans. Tantôt j’appelais la mort ù grands cris, et alors Aunibal, veilla.nt sur moi, rue dérobait lue^ armes; tantôt je refusais toute aourriture^ .çu je vûul^ lu’ppfuir. .
» Aunibal employait poiur me calmer toutes les re§r. sources de l’éloqueuce, ot il agissait avec moi comine lea,chefs de parti avec les tuasses populaires. Tantôt il me disait : — Eh bien! allons la tuçr, elle et son amant 1 Je reculais d’horreur, nomme si. j’eusse vu une mare de sang, et je pefusais d’acoumplir le vœu que j’avais exprimé avec fureur. Tantôt il me parlait de sa vive affection pour moi, de la part qu’il prenait à mes chagrins, et sa douce voix apaisait mes souffrances. — Oui, lui dis-je un jour avec un sang-froid qui l’épouvanta, l’amour fait de- l’homme un tyran 1 Eh! quel droit avons-nous d’exiger qu’une pauvre créature qui vit sous l’influence despotique des .sens aime toujours parce que nous l’ai-^u mous? Mais c’est une folie, c’est vouloir qu’il n’y ait au. monde ni hasard, ni plaisirs, ni erreurs... Aunibal crut d’abord que ces paroles m’étaient dictées par l’ironie que mon désespoir affectait souvent. — Partons, dit-il. •— Partons, répondis-je, je -ne crains rien; je puis regarder, maintenant. Jane sans être ému. Je disais vrai; quelquefois ràme a de cos retours et trouve des forces nouvelles en se repliant sur elle-même, semblable à Antée, qui puisait un nouveau courage en touchant la terre. J’arrivai à Paris, et, suivi de Salviati, j’acoourus chez Jnne# Angoisse affreuse 1 je franchissais, à la poursuM.e du malheur, ce même chemioi^cpie jadis je me faisais un jeu. d’abrégOF -en courant m’enivrer de , ses regards. — Tu pâlis 1 me dit Aunibal quaaâd!arriv.ai rue de Turenne. ■?- ' Je no crois pas, iui répondis-^, imaia j’ai froid. J’ai vu la poiie de ia-maèton^ j’ai iimidé-ke^wm^Qhes de L’escalier,
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et j’ai fait retentir cette sonnette, dont jadis les tintC' ments. . . • . . .
» J’ai pris un moment de repos, Eugénie; j’étouffais. N’y a-t-il pas un monde de douleurs dans ce dçroÎGr mot? J’ai repris courage, je yais poursuivre,
» Alors je renlendis, je la reconnus sans la voir, elle^ accourait do ce pas léger si connu de mon oreille. Souvent autrefois elle accourait ainsi; aujourd’hui elle ac • court, joyeuse, auprès d’un autre. Rien n’a manqué à celte catastrophe. C’était elle! A ma vue elle jeta un cri perçant; je la vis frissonner et rougir; je frémis. Cette rougeur était chez elle l’indice de la plus grande douleur. Que la honte la rendait belle ! Elle me jeta un regard, et je me sentis fasciné par une puissance inconnue; toutes mes idées se confondirent, et je restai en contemplation devant elle. — Est-ce toi? s’écria-t-elle; dans quel moment, hélas I
» Je m!avançai sans lui répondre; elle me suivit en silence dans le salon. Là un autre spectacle s’offrit à mes regards : un homme, ou plutôt un squelette, habillé de noir, tenait un livre. dans ses mains décharnées. Notre arrivée n’opéra en lui d’autre changement qu’une. vacillation lente et monotone dans ses yeux, qui roulèrent dans leur orbite de telle façon, qu’en s’arrêtant sur nous ils ne me semblèrent pas avoir changé d’attitude. -- Ce n’est pas elle, dit-il avec une douleur si profonde, que ma douleur se tut devant l’angoisse paternelle. U ne se levji point, ne fit aucun mouvement, et ses yeux revini^ent contempler la chaise qu’elle .avait occupée pour la dei'nière fois. Je souffrais ; j’avais du bonlmur à revoir Jane, môme infidèle ^ j’étais stupéfait à la vue du puritain; en uujuot, j’étais ivre. Voir cet appariement 1 être à cette môme place ou sir Çmilhson ayait uni nos deux mai*^.
dans les siennes! oh! ce sont des angoisses que personne ne comprendra. Un autre homme eût tué Jane ou l’eût accablée de reproches; moi, je sentis ma fureur expirera son aspect, et ma bouche, qui s’ouvrait pour l’accuser^ exprima par un triste sourire les sentiments confus dont j’étais agité. Alors sir George, qui m’examinait d’un air sombre, s’écria gravement : — La joie des hommes est une insulte pour qui n’a plus de fille! (La joie!) J’ai cru voir l’ombre du roi Lear.
» Je me retournai vers Jane, elle pleurait! A ce spectacle, je fus près de me jeter à ses pieds; mais une femme de la campagne sortit de la chambre à coucher, et Jane courut lui parler à voix basse. Annibal se pencha vers moi pour me dire : — C’est la paysanne qui prend soin de son fils; depuis quinze jours elle va tous les matins à Sèvres... Mon cœur à cette phrase redevint de marbre. Annibal s’éloigna pour nous laisser seuls, en me faisant signe que le puritain ne comptait plus parmi les vivants. En effet, il regardait constamment cette chaise, lui qui voulait tuer sa fille à la première faute qu’elle commettrait.
» Jane revint précipitamment à moi, et, me prenant la main avec cet abandon qui me charmait jadis, elle me dit : — Enfin te voilà!... A cette phrase, sir Smithsbn leva brusquement la tête et nous ^’egarda ; Cldora baissa les yeux. — Ma lettre t’a parlé, dit-elle, de circonstances fâcheuses; mais avant tout laisse-moi te dire que je t'aime!... Sa bouche prononça cette phrase avec l’accent d’autrefois. — Eh bien ! continua-t-elle, pourquoi ton étonnement ? Soudain elle regarda la pendule avec effroi ; — Midi! s’écria- t-elle ; Horace, adieu! adieu! Reste ici 1 dans deux heures je reviens à toi. — Comment! lui dis-je avec une sourde colère, j’arrive, tu ne m’as pas vu depuis deux ans!... depuis deux ans! et
voilà quel est ton accueil, tu me fuis. Que te dire? trouverai-jo des mots pour qualifier tes perfidies ? — Grands dieux! qu’as-tu? me dit-elle en me regardant avec un étonnement parfaitement joué. — Où vas-tu ? lui demandai-je. Elle resta muette, et par un mouvement involontaire elle regarda la pendule. — L’heure te presse? lui dis-je. Elle fit un signe de tète affirmatif en me contemplant avec un effroi qui me calma soudain. — Jane! lui dis-je plus doucement en lui prenant la main et la baisant avec ardeur. A ce geste, le vieux puritain se leva, dirigea sur nous des yeux étincelants de rage, ses lèvres tremblèrent, et il s’écria ; — Voilà comme on les perd l — Votre heure do prier vient do sonner 1 lui cria^ Jane. Le vieillard avait jeté sa Bible par terre, il n’ejitendit rien et se rassit en silence. — Janel où vas-tu, mon ange, et que vas-tu faire? lui demandai-je dans le désir de commencer avec calme cette fatale scène.
» — Ami, dit-elle avec un son de voix enchanteur et en mettant son doigt sur mes lèvres, ceci est un secret qui ne m’appartient pas : en aurais-je pour toi? Je suis bien aise de l’apprendre que ta femme sera discrète!... Elle tremblait, mais elle accompagna cette phrase d’un sourire et d’une expression qui semblaient appartenir à l’innocence. Alors une infernale idée s’empara de moi, je pensai qu’elle espérait encore me tromper et qu’elle avait résolu de m’épouser pour cacher son déshonneur... Elle s’était éloignée de quelques pas, et quand je la vis sortir aussi froidement, je sentis redoubler ma fureur, J’ouvrais même la bouche pour lui dire un éternel adieu, lorsque tout à coup elle revient à moi, m’enlace, me serre dans ses bras, m’embrasse avec amour. — Tu n’as encore rien adressé au cœur do ta pauvre Jane, me dit-elle à voix basse, et tu m’arrives après deux ans d’absence 1 et je te revois dans un état déplorable I et tu me jette# do
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sinistres regards 1 et tu frissonnes... Au nom du eiol! qu’as-tu? — Jane, lui dis-je en la pressant sur mon cœur, après deux ans, quelle affaire assez pressante peut jeter tant de froideur sur l’accueil que tu me fais? — Une affairel... s’écria-t-elle avec étonnement, une affaire!... Connais-tu quelque affaire qui m’empéchât de rester un an tout entier devant toi, ‘•occupée à te regar- • der, sans me rassasier de ta chère vue? Une affaire!... non, c’est un devoir sacré! un jour tu pourras me comprendre, c’est un devoir enfin !... mais je te connais et je pars tranquille. Il y a pour toi dans cette chambre des souvenirs qui me défendront de tes soupçons... Elle m’embrassa en pleurant, me montra du doigt le puritain, disparut en étouffant ses sanglots, et me laissa en proie à je ne sais quelle espérance. Darts ses regards j’avaft reconnu la céleste expression de son amour, rien n’était changé. Ma colère expirait; ma langue se glaça par trois fois, quand trois fois je voulus exprimer un reproche. Elle triomphait de moi!... ou plutôt je croyais toujours à son amour.
» — Annibal, m’écriai-je, il e.xiste un mystère que je ne saurais éclaircir!... Annibal vint à moi sans embarras et me parla de la fausseté des femmes. — Songe, lui dis-je en l’interrompant, qu’il me faut des preuves ! qu’il me faut l’évidence, pour balancer un seul de ses sourires!... Ces preuves, si Annibal ne me les eût pas données, je l’aurais tué. Aussi je lui dis : Annibal, si tu t’étais trompé, évite-moi alors que je reconnaîtrai ton erreur... H sourit, et ce sourire me fit trembler. Je marchais sur un fil entre deux précipices. Ne fallait-il 'pas renoncer à Ghlora ou à un ami, voir s’évanouir un des deux rêves de mon cœur?...
» Pendant que j’étais plongé dans cet égarement; que, jeune encore, j’offrais le môme spectacle que ce vieux
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puritain privé de sa fille, Annibal entendit un grand bruit de chevaux, il courut à la fenélre, revint précipitamment, et, me prenant par la main : — Horace, me ’ dit-il, du courage, de la prudchce, no t’emporte pas!... Songe qu’il faut, pour tout découvrir et acquérir la preuve de cette horrible trahison, garder un sang-froid imperturbable. Alors j’entendis un jeune homme se précipiter dans la maison; il .sonna : le vieux puritain, ébranlé dans le fond du cœur, se leva de l’air d’un prophète inspiré, et, levant les bras au ciel, il s’écria, comme un enfant joyeux : — La vôilàl... c’est elle!... Je ne sais plus ce qu’il fit, car dans ma rage je m’élançai dans l’antichambre et je courus ouvrir moi-même.
» Je fus surpris, je l’avoue, en voyant mon rival. Si la beauté des formes, la candeur de l’expression, annoncent une grande âme, ce jeune homme est digne de Jane ; il J me regardait avec des yeux si pétillants de joie, que cette vue me rendit ma fureur. Il me souriait, et peutêtre allait-il me sauter au cou et m’embrasser. — Monsieur, me répondit-il avec cette émotion que cause à un homme joyeux l’obstacle imprévu d’un homme en colère, miss Jane n’est-elle pas ici? — Non, monsieur, lui répUquai-je. — Il faudrait cependant que la visse à l’instant même! je lui apporte de la joie... — Monsieur, lui dis-je en me contenant avec peine, miss Jane est sortie... Mon agitation le frappa, il me regarda d’un air indécis et me dit : Sortie?... ohl ne me trompez pasl si elle était ici, inquiète, souffrante, qu’elle ne fût pas visible, portez-lui mon nom, et sur-le-champ... — Monsieur, m’écriai-je, -je vous ai dit la vérité, miss Jane est sortie.’ — En ce cas, dit-il en réfléchissant, Jane est à Sèvres... - -
» Je restai anéanti : ce mot Jane, cette certitude du lieu même où elle se trouvait... oh! alors un nuage s’é-;
JANB LA PALE
tEndit sur mes yeux. Ânnibal me soutint, je me réveillai dans SOS bras. — A Sèvres! à Sèvres !... m’écriai-je avec fureur en m’assurant que mes pistolets étaient sur naoi. — Il a quatre chevaux à sa voiture, me dit Ânnibal ; nous ne l’atteindrons pas... — En eût-il cent! il n’ira pas si vite que moi 1 Nous partîmes.
J) Encore un peu de courage : mon récit, chère Eugénie, touche à sa fin. Ici, je vous ferai observer qOe, telle rapidité que je mette à vous exprimer les gestes, les re< gards, les paroles qui ont marqué pour moi cette journée, rien ne peut vous peindre l’horrible célérité des scènes qui la remplirent : l’histoire de mes sentiments serait aussi par trop pénible, vous connaissez mon caractère; je vous raconterai seulement les faits... Hélas! jamais catastrophe ne fut plus habilement amenée par le hasard ) L’image de Jane avait combattu des doutes inspirés par ses lettres et conSrmés par celles d’Annibal; un faible espoir me restait encore, l’aspect de Jane m’avait rendu la vie; la rencontre de sir Charles G... venait de me plonger dans le néant. Je courais à Sèvres chercher la mort. Nos chevaux haletaient en entrant dans le village ; mais avec une célérité inouïe nous avions atteint, rencontré, dépassé la voiture de mon rival. Attelée de quatre chevaux, cette infernale voiture allait avec'une effrayante rapidité, et il a fallu que ma rage ait passé dans l’âme de ces deux chevaux que vous connaissez, pour que nous ayons obtenu environ une dizmne de minutes d’avance sur sir Charles G...
» En arrivant à Sèvres, nous aperçûmes un fiacre dans lequel j’avais cru voir Jane : il était arrêté à quelques lias d’une maison vis-à-vis de laquelle se trouvait un restaurateur. Je vis de mes yeux Jane descendre de cette voiture. Alors nous entrâmes dans la cour de l’aubetge, «près avoir confié nos chevaux au maître, qui était venu
lai-mdine à notre rencontre. Je franchissais déjà la cour -pour m’élancer dans la maison de Jane, quand je me sentis arrêté par Salviati, qui me dit : — Vas-tu commettre des imprudences, te montrer pour iie rien savoir?... Prenons des renseignements! Crois-tu qu’on ignore à qui cette maison appartient? Nous montâmes dans une salle dont les croisées permettaient de voir la maison, et je fis venir l'aubergiste. Le hasard voulut que ce fût un ancien militaire qui avait servi sous mes ordres. — Mon brave, lui dis-je, connais-tu le pays?... — Gomme une consigne, répondit-il. (Car il semble que ma mémoire ne me fasse grâce d’aucun détail ; les moindres circonstances sont toujours présentes à mon esprit ; et les paroles, je les entends ; les gestes, les individus, les nuages même qui couraient alors dans le ciel, je les vois.) — Voilà pour toi, lui dis-je en lui jetant ma bourse; écoute, tu vois cette maison?... par qui est- elle occupée? — Monsieur, répondit- il, cette maison est louée à une jeune Anglaise... Il poursuivit, et les dé- »détails qu’il me donna confirmèrent et mes soupçons et les accusations d’Annibal, qui pendant mon colloque avec l’aubergiste était à la croisée. — Horace! s’écria-til, Voici la femme que tu as vue ce matin chez miss Jane... Je m’approchai de la fenêtre, je reconnus la paysanne. Jane était aussi à la fenêtre, et regardait dans la rue en donnant les marques de la plus vive inquiétude.
» — Voulez-vous que j’attire cette femme ici? me demânda l’aubergiste. J’y consentis par un geste convulsif, demeurant le témoin impassible des efforts que fit l’hôte pour amener la paysanne devant nous. Elle vint, et, pour qu’elle ne me reconnût pas, je m’enveloppai dans mon manteau. — Quel est le nom de la personne à laquelle vous louez votre maison? lui demanda Annibal. Elle refusa de répondre. On lui présenta de l’or, elle refusa et
voulut se retirer. Alors je tirai mon portefeuille, et, lui montrant.des billets de banque, Annibal lui proposa un prix exorbitant pour ses confidences. Elle regarda tour à tour les billets et sa maison; puis succombant à l’appàt du gain, elle dit à voix basse : — C’est miss Jane Smithson I... Je n’en entendis pas davantage, un voile épais tomba subitement devant moi ; je fis signe de la main qu’on éloignât cette femme, et je me précipitai vers la fenêtre dans l’intention de me jeter sur le pavé, pour qu’eWe fût obligée de passer sur mon corps en retournant à Paris, mais la vue de mon rival m’arrêta soudain. Sa voiture était arrêtée à quelques pas, et il allait à pied, demandant de maison en maison la demeure de son enfant. A cet aspect, je devins immobile, et, le contemplant avec une sorte de calme : — Jane l’aime donc! Ils sont heureux!... me dis-je. Je ne sais à quelle cause attribuer ce moment de relâche que me donna la douleur. Le jeune lord était le bonheur même; il parlait à tout le monde, et, rencontrant la paysanne, il l’interrogea, l’embrassa dans son délire, courut avec elle jusqu’à la maison, dont la porte s’ouvrit pour lui. Alors ma rage me revint tout entière; elle revint d’autant plus violente, que je voyais la preuve de tout ce que j’avais pu soupçonner do pire, et l’anéantissement des espérances qui m’étaient restées malgré tout.
» Haletant, déchirant mes habits, armant, désarmant mes pistolets, je ne criais pas, je rugissais soudainement, le torrent où ma pensée était emportée ne me laissant pas le pouvoir de m’arrêter à des mots, à des phrases : je n’avais plus rien d’humain, j’étais comme un tigre affamé, j’avais besoin de sang. Annibal ne cherchait point à me calmer et se contentait de veiller sur mes moindres mouvements. J’allais, par un mouvement précipité, du mur à la fenêtre et de la fenêtre au mur, abso-
lument semblable aux animaux carnassiers enfermés dans leur loge ; ce n’étaient plus des idées qui se pressaient dans mon cerveau, des myriades de pensées aiguës qui passaient en me déchirant de leur essor. Ah I l’on souiïre bien moins pour mourir I... Tout à coup je vis le jeune lord sortir de la maison de Jane en donnant les marques d’une profonde inquiétude. Il laissa la porte ouverte. Sur-le-champ j’ouvre la croisée, je mesure de l’œil la distance, je m’élance, je saute sur le chemin sans me blesser; à peine sentais-je mon corps! Je me dirige rapidement vers cette maison, qui m’attirait comme un gouffre fatal, et, quand j’y parvins, la terre, les corps, les objets, tout avait disparu sous les flots d’une lueur surnaturelle : mes sensations étaient si vives, si multipliées, que mon âme avait subjugué, anéanti mon corps; je m’agitais dans une sphère inconnue, que je ne puis comparer qu’à ce monde étrange dans lequel s’accomplissent nos rêves ; je marchais comme marche l’ombre, Vesjmt; cnûn le langage manque à peindre de tellesscènes.
» Mo voici dans cette maison : un escalier se trouve devant moi ; j’entends les vagissements plaintifs d’un enfant et la douce voix de Jane! Mon emportement s’était évanoui; une sueur froide baigne mon front. Je pose mon pied sur la première marche, avec la précaution d’un voleur nocturne préparant l’assassinat : je n’ai point fait de bruit; la marche est franchie; une seconde, une troisième, nul bruit. J’arrive au seuil sans avoir écrasé un seul grain de poussière, je retiens mon haleine, le moindre souffle retentit dans mon oreille comme jadis une parole do Jane en mon âme; je suis devant la porte de la chambre où est l’enfant ; Jane et la paysanne y sont aussi. Je n’ai aucune honte de regarder par colle porto culr’ouverte, et j’ai la vertu, le courage (que
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dire!...) de contenir mes cris en voyant Jane, cette Jane qui m’adora, bercer l’enfant d’un autre!... lui sourire, et quel sourire!... Elle lui souriait enfin, et chantait pour apaiser ses soulTrance.s! Elle venait sans doute de l’allaiter! Qu’elle était belle! que dis-je, belle?./, divine, sublime!... Était-elle coupable?... mon cœur më criait : — Non...
» — Elle est perdue jiour toit... me dit une voix terrible ; et une force invincible, cette force qui brise notre poitrine pendant un long cauchemar, me clouait à cette porte. — O mon Dieut la trouvera-t-il?... fut la seule parole que prononça Jane avec les signes d’une profonde douleur. Je m’élançai hors de cet infernal repaire et regagnai mon auberge dans un état qui aurait fait pitié à Jane elle-même. Je trouvai Annibal au désespoir : — Dieu soit loué!... s’écria-t-il en me voyant l’embrasser, et, les yeux secs, lui dire : — Perdue!... perdue!... perdue à jamais ! Ce fut alors que commença la folie : je tombai dans une démence sombre, et mes yeux hagards effrayèrent l’aubergiste et Annibal. Mon ami fit de moi ce qu’il voulut; nos chevaux étaient sellés, il me mit sur le mien et m’entraîna. Je sortais lorsque lord C... parut : nous nous arrêtâmes l’un devant l’autre. — Tout votre bonheur est là!... lui dis-je en montrant la maison. — Oui... répondit-il. — Aimez-la bien ! m’écriai-je;' et je m’enfuis, car je sentis qiie j’allais lui faire sauter la cervelle.
» Je revins à Paris, et pendant la route j’écoutai les discours que me tint Annibal, mais je n’y compris rien; sa voix me semblait une musique vague; je savais qu’il me parlait, mais mon âme était morte. Cependant mes dents s’entre-choquaient de froid ; je riais, et mes yeux brûlants me refusaient des pleurs; je n’étais pas en proie à une souffrance aiguë, mais ma main ne savait
JANE LA l^ALB-
plus giiidermon cheval. Arrivé chez moi, je fis venir Nikol et lui commandai de tenir deux chevaux prêts; puis, prenant Aniiibal dans mes bras : — Mon ami, lui dis-je, mon frère !... Les larmes me coupèrent la parole.
— Tais-toi, me dit-il ; les larmes d’un homme sont terribles !... — Ami, je vais te quitter pour toujours 1... Je dis adieu à la nature entière... Annibal, tu n’as plus d’ami... Adieu, je vais vivre où le hasard m’indiquerà une place, mais je vivrai obscur, gardant un silence absolu. Personne ne sait son nom, je ne l’entendrai donc pas i Je l’aimerai toujours, tu pourras le lui dire si tu la rencontres... Qu’elle soit heureuse et qu’elle oublie mon infortune ! je lui pardonne. Ne fais aucune démarche pour me revoir, et si tu apprends que j’ai succombé au chagrin, viens graver sur la tombe de ton ami ; — Il ' aimai... Je suis fier de mon amour. Adieu. Yaineraent • Annibal essaya de me détourner de ce projet, il lui fallut me quitter. Guérard m’a dit que, désespéré de m’avoir perdu, il*s’était réfugié à Tours ; Salviali est le modèle des amis! Quand Nikel vint me dire que les chevaux étaient prêts, je lui ordonnai de m’accompagner, et une fois à cheval je partis au grand galop. Où? L’instinct invincible de la passion me conduisit, hélas ! sur les boulevards, et en un instant j’arrivai à la place Royale. La revoir 1 la revoir, mademoiselle, me sembla le plus grand bonheur ! Oui : la revoir, môme perdue pour moi!
— Eh 1 oui, criais-je tout haut, je la verrais comme un beau tableau, comme une image des perfections célestes I A qui mon admiration nuira-t-elle ? empêchera-t-elle celui dont jadis elle a sauvé la vie, qu’elle a serré dans ses bras, de rester comme une ombre de sa brillante vie, comme une statue qu’elle éclairera des feux de son bonheur ?... ch bien 1 je demanderai cotte faveur à genoux à mon rival... et il y aura encore au monde une joie pour
moi 1 N’ai-je pas assez de force dans l’âme pour aimer sans espoir?... N’étais-je pas heureux quand je m’enivrais do la voir prier à Saint-Paul?... O malheur! elle avait quinze ans alors !... six ans se sont écoulés, et ma félicité a été successivement portée à son comble et renversée sans espoir.
» Je montai rapidement chez Jane, agité par des pensées bien différentes de mes pensées d’autrefois... Ah l si l’on savait lire dans les mouvements humains, que d’angoisses, de terreurs et môme de joies on eût découvert dans mes gestes et dans mes pas, langage souvent plus expressif que la parole! Je sonnai, j’entrai, je parcourus l’antichambre, le salon ; tout était desert : j’entendis parler chez Jane,^ j’ouvre... je reste stupéfait : Eugénie ! le môme enfant que j’avais vu à Sèvres !... il était chez elle, dans le môme berceau ; elle le balançait, elle avait pleuré !... Le vieux puritain aux cheveux blancs souriait à l’enfant et le regardait d’un air hébété, comme regarde la démence... Jane me sourit, mais soudain elle jeta un cri en voyant mon visage. C’était celui d’un maître irrité, d’un bourreau !... plus d’amour, plus d’espoir ! la mort siégeait sur mon front, inflexible, terrible !... Elle s’élança sur moi, je la repoussai. Elle alla tomber sur le vieux puritain^ qui, étonné, la retint dans scs bras... — Malheureuse! m’écriai-je, tu m’as tué !... Nous sommes quittes, je te devais la vie... — Est-ce luiŸ... lui?... dit-elle. A ce mot, je ne sais quel démon s’empara de moi, je vis la chambre tout en feu ; j’avais saisi mes pistolets, l’enfer me souriait, je crois; mon doigt lâcha la détente... A travers la flamme produite par la détonation, je vis Jane se débattre et venir à moi en souriant avec innocence; je n’avais atteint personne... Je me sauvai, poursuivi par mille furies et par ce sourire de Jane, plus cruel que les voix infernales qui aboyaient
à nies oreilles. 'Au milieu 'de ce tumulte, j’entendis Jane parler et courir; je fuyais, je montai à cheval, faisant signe à Nikel de me suivre, et je partis comnîe un éclair. Jane est descendue jusque dans la rue, car en détournant je la vis pâle, échevelée, essayant do me rejoindre... mais rien n’a pu m’arrêter. Je me suis trouvé bientôt à Ghambly : mon cheval s’abattit devant la maison que j’habite, je regardai cet accident comme un ordre d’en haut, j’obéis. Vous savez le reste.
» Jamais, depuis ce jour, le nom de Jane n’a été prononcé devant moi. Par moments, j’entends encore sa voix, je revois ce sourire qui me fait tant de mal; il m’assassine! J’ignore en quelle contrée elle a porté ses pas. Souvent son fantôme arrive à moi plein de grâce, de charme 1 Je la vois folâtrant, je vois ses yeux noirs, ses joues pâles, ses cheveux, sa robe blanche, et, penchée sur sa harpe, elle me chante une ballade irlandaise qui parle d’amour... Souvent aussi elle se lève, terrible, menaçante, me montre deux fosses funèbres, deux croix,- deux noms ! Voilà mes rêves, voilà ce qui absorbe toutes mes pensées I aussi ma jeunesse est-elle flétrie. Maintenant vous connaissez le cœur sur lequel vous voudriez asseoir votre bonheur ! Pardonnez-moi, mademoiselle, d’avoir soulevé le voile qui dérobait à votre candeur le pitoyable spectacle du monde. Ah I si nous unissons nos destinées, nous n’habiterons pas les villes 1
» A présent ma tâche est remplie. Vous allez prononcer sur notre sort : si votre réponse m’est favorable, mademoiselle, elle dissipera sans doute les nuages qui chargent mon front, et, j’ose l’espérer, le jour où nous serons unis Jane cessera de m’apparaître et mes souvenirs de m’accabler. Cette espérance rafraîchit mon âme épuisée par les efforts qu’il m’a fallu faire pour vous retracer ainsi les cruelles agitations de ma \ic. »
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•— Ah 1 m’aimera-t-il autant?... s’écria Eugénie on laissant tomber ces pages funestes; et, s’abîmant dans une profonde rêverie, elle resta longtemps livrée aux réflexions aussi nombreuses que cruelles que cette lecture éveillait en elle. Ce moment était pour la jeune fille ub de ceux où l’âme, planant au-dessus de la vie, juge l’avenir par le passé et se sent capable de lutter avec la destinée.
Mais Eugénie aimait, elle ne réfléchit pas longtemps sur ce qu’elle devait craindre ou espérer, et ne sonda point ses pressentiments; mais, s’oubliant bientôt eiPtièrement, elle ramena toute sa pensée sur les malheurs de son bien-aimé. Comme tous ceux dont l’âme a toujours été froissée, mademoiselle d’Arneuso était douée d’une expérience précoce. Le malheur rend observateur, il ne s’avance qu’avec circonspection, tandis que l’homme accoutumé à réussir procède brusquement et sans examiner. Eugénie aperçut tout de suite un défaut de clarté et de liaison dans les détails'de cette catastrophe, qu’elle déplorait par amour pour Horace ; elle accusa surtout le jeune homme d’avoir jugé son amie avec trop de précipitation et de colère: se mettant à la place de Landori, elle s’approcha de Jane. — L’as-tu donc trahi ? lui demandait-elle; as-tu cessé de l’aimer?... Et alors, se rappelant la dernière entrevue des deux amants et comment leurs âmes s’étaient entendues, rappelant enfin toute l’histoire si chaste et si touchante de cet amour, elle y trouvait une réponse suffisante et n’hésitait pas à absoudre Jane de parjure ; mais soudain revenaient à la mémoire d’Eugénie toutes les preuves de la trahison; d’un côté, cette correspondance connue de Landon et d’où l’amour s’était graduellement retiré : de l’autre, les faits accablants racontés par Annibal. Ne fallait-il pas un coupable?... Discutant alors les moindres circonstances,
elle restait horriblement embarrassée pour condamner ou Jane ou Annibal. La répugnance qu’éprouvent les belles âmes à supposer la perfidie lui faisait toujours absoudre Salviati, et la cause de Jane étant celle des femmes et de l’amour, intéressait doublement Eugénie, de sorte qu’elle accusait Landon lui-même et cherchait à le convaincre au- moins d’emportement. — » Une femme, disaitelle, qui le voit peut ne pas l’aimer : mais celle qui l’a connu, qui a vécu dans son âme, nedoit jamais le trahir... Tout à coup Eugénie songea avec terreur que tout son bonheur avait sa source dans la faute qu’elle reprochait à Landon, et ce sentiment d’égoïsme, qui n’abandonne jamais l’amour, vint lui suggérer que si quelque fatale erreur avait amené cette rupture, ce n’était pas à elle de la découvrir; elle essaya donc, mais vainement, de combattre le penchant qui l’entraînait à aimer sa rivale et à la plaindre. Les âmes nobles, échappées de la même source, ne tendent-elles pas à se réunir ici-bas?
Le jour surprit Eugénie plongée dans cette méditation pénible, et quand elle descendit, appelée par la cloche qui annonçait le repas du matin, ses deux mères, frappées du changement de ses traits, de sa préoccupation, de ses distractions, se firent un signe d’intelligence.
■ — Vous n’ôtes plus reconnaissable aujourd’hui, Eugénie, lui dit sa mère en rentrant au salon; vous ne dites rien.
— Il me semble, ma mère, répondit-elle en souriant d’un air abattu, que je n’ai jamais beaucoup parlé.
— Eugénie, je n’aime pas de telles répliques ; une ftière doit toujours avoir raison.
— Ecoute bien ta mère, ma petite, dit madame Guérin il voix basse.
Eugénie, continua madame d’Ameuse, que s’est-il passé entre vous et monsieur le duc? Voici huit jours que
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nous ne le voyons plus; votre gaiel<5 a fui, votre figure est tellement changée, que je suis inquiète de votre santé... M’écoutez-vous?
— Oui, madame.
— Eh bien, qu’est-il donc arrivé?
— Rien, madame.
— Rien? reprit madame d’Arneuso avec ironie, j’en
suis ravie ! Eugénie, songez que si vous manquez ce mariage je vous ferai entrer dans ce couvent que l’on vient d’établir... ... . '
— J’y consens, madame, reprit Eugénie ; et son accent annonçait qu’alors elle accepterait la solitude avec joie. Les deux mères, étonnées, gardèrent le silence, et Eugénie attendit avec anxiété le moment où elle serait seule et où elle pourrait répondre à Landon ; mais n’ayant de liberté que pendant la nuit, ce fut la nuit qu’elle écrivit, sans craindre d’ètre surprise, cette lettre méditée pendant toute la journée :
Lettre de mademoiselle d'Arneuse au duc de Landon.
« J’ai senti bien cruellement toute mon infériorité devant la magnifique image que vous avez présentée à mes regards !... Certes, comme Jane, en votre absence, je pourrais briser les cordes d’une harpe, porter des vêtements de deuil. J’affronterais tout danger et je sourirais à la mort que m’enverrait votre main. Je ferais toutesces choses comme Jane. Oh 1 j’essayerais même de vous donner de plus puissants témoignages d’amour I Nulle âme ne peut être plus dévouée que la mienne : mais je sens que la pauvre Eugénie, ensevelie depuis sa naissance dans un obscur village, n’aura jamais l’éclat, la beauté, les talents de miss Jane. Non, non je ne saurais pas.
avec U no gr Ace aussi enchanteresse, vous exprimer mon amour; tout ce que je sais, c’est que je vous aime. Oui, je vous aime plus que vous ne pouvez le croire, et vous allez connaître mon cœur. Écoutez : il est impossible que Jane ait cessé de vous aimer, et... je vous sacrifie ma vie en vous répondant de sa fidélité. Jane vous aime toujours. Allez, courez sur ses traces, et pour croire qu’elle se soit parjurée, attendez que sa trahison vous soit aussi bien prouvée que son amour. 0n a calomnié en elle la vcTtu la plus pure, j’ignore comment on a pu arriver à la noircir, je puis vous transmettre la voix do ma conscience, mais il est au-dessus de mon courage d’étudier cette cruelle vérité ; je n’aurais pas la force d’en écouter les preuves.
» Allez donc auprès de Jane, et... si vous obéissez à la lumière que je viens de faire briller devant vous, ne songez pas à moi : dès mon enfance (je l’avoue aujourd’hui), j’ai été façonnée à la douleur, le ciel m’a sans doute réservé une vie tout amère. Vous pourriez trouver dans cette résignation de la grandeur, du courage; il n’y a, monsieur, que de l’amour, et je suis sans mérite... N’y a-t-il pas quelque douceur à s’immoler au bonheur de celui qu’on aime ?
» Comment oser écrire ce que je voudrais vous dire encore ? Si voVs retrouvez votre amie, vous devinez que je n’aurai plus rien à chercher dans ce monde, et alors je voudrais... Comment achever? Puisque j’aime Jane, elle aussi m’aimera, et, sœurs en amour, elle me laissera vivre et mourir à l’ombre de son bonheur et sous votre protection, plus heureuse" mille fois que si j’avais vécu longtemps sans vous connaître.
» Horace, aujourd’hui je suis maîtresse de moi, je puis rester votre amie et mourir : mais si deriîain j’avais le droit do reposer mon bras sur le vôtre, je veux votre cœur
tout entier, jo le veux en despote; je serais jalouse du nom seul de Jane prononcé dans voire sommeil... Hélas! y a-t-il au monde des créalurcs semblables à Jane ? ne serait-ce pas une création à laquelle vous auriez prélé vos propres perfeclions ? L’avez-vous bien vue ? ne vous avait-elle pas fasciné? et ne vous a-t-elle trahi que parce qu’elle n’était pas aussi parfaite ? Hélas? elle a été élevée par un être sublime 1 un ange vous avait offert un ange. Eh bien, daignez être pour Eugénie ce que sir Smilhson a été pour sa fille; vous me formerez à l’image de cette belle créature, j’étudierai avec ardeur ce qui vous plaira, et... vous m’aimerez au moins comme votre ouvrage !
» Enfin une espérance me reste au milieu de mes larmes ; c’est que, si je n’ai pas été trouvée digne do votre premier amour, vous serez, vous, le premier, le dernier amour d’Eugénie; et pourrez-vous ne pas ôlre touché dè ma tendresse etno pas finir par m’aimer?... Ne désirais-je pas votre bonheur aux dépens du mien? Hélas! être votre Eugénie !... être à vous, que je vois si grand ! Vos écrits me font trouver mon âme petite': vous m’avez inspiré un respect que je suis heureux da vous porter. Regardez-moi comme votre création, ce titre me sera doux. Puis-je espérer?... Ohl mon cœur se brise!... Amie ou épouse, je serai glorieuse de mes sentiments, ne voyant que petitesse à vous déguiser ;^combien vous m’êtes cher. Laissez-moi donc vous prendre la main, vous regarder en face et vous dire : — Ami, êtes-vous content de ma réponse ? Eugénie mérite-t-elle votre amitié?... Je n’ai plus qu’une crainte, c’est do. trouver la vie trop courte pour vous prouver mon amour!... Adieu, j’ose encore espérer. Eugénie. »
Au malin, la fidèle Rosalie porta secrètement celle lettre à Horace. Eugénie resta d’abord plongée dans les au-