‹ Japhet, à la recherche d'un pèreChapitre 17 sur 42 · JAMET · texte numérisé non relu

JAMET

signataire si connu de tous les billets de banque, et je n'ai reçu que celui de la pompe d'une maison de charité. Vous vous êtes présenté à l'hospice, bien vêtu et avec un billet de cinquante livres; je n'avais sur moi que des vieux haillons quand on m'a trouvé sur les degrés d'une porte. Si vous découvrez vos parens , vous vous élèverez très-probablement dans le monde; si je déniche les miens, il est vraisemblable que je n'aurai pas lieu d'en être fier. Vous devez donc me laisser choisir le rôle que je veux jouer, et je vais vous prouver que j'en ai le droit. Vous oubliez qu'en partant votre but était de chercher votre père, et que je vous ai dit que le mien serait de découvrir ma mère- C'est dans le grand monde que vous comptez trouver ce que vous cherchez ; moi , je ne puis m'attendre à le rencontrer que dans une sphère beaucoup plus basse. Vous voyez donc qu'il faut nous arranger de manière à pouvoir nous occuper de notre recherche, sans être obligés de nous séparer. Vous visiterez les salons , tandis que je furèterai dans les cuisines. Vous pourrez vous jeter sur \in sofa et vous écrier : Qui est mon père ? E moi, je m'assiérai sur les genoux de la cuisinière, et je lui demanderai si par hasard elle ne serait pas ma mère ?

Celte saillie de Timothée fit rire jusqu'à, la petite Fléta; et après avoir fait encore quelques objections, je consentis à sa proposition.

Cet arrangement venait de se terminer quand nous arrivâmes dans la ville où nous voulions aller, et nous entrâmes dans une auberge, la maîtresse de la maison était une femme de moyen âge, ayant l'air aussi honnête qu'obligeant ; je confiai Fléta à ses soins, et je sortis avec Timothée pour voir si je trouverais dans cette ville une pension convenable pour y placer ma sœur d'adoption , car c'était, le premier objet que j'avais en vue. J'aurais eu grande envie de l'emmener à Londres ; mais je savais que les pensions étaient beaucoup plus chères dans la capitale et dans ses environs immédiats, et il était indispensable de ménager nos fonds. J'avais recommandé à Fléta de m'appeler son frère, et de ne répondre à aucune question qu'on pourrait lui faire. Mais cette précaution était presque inutile, car Fléta avait appris à être plus circonspecte et plus réservée que ne le sont ordinairement les enfans de son âge. En traversant la grande rue, lions passâmes devant la boutique d'un tailleur, sur la porte duquel était une grande plaque de cuivre sur laquelle étaient gravés ces mots : Féodor Scheider, tailleur de S. A. K. le prince de Darmstadt.

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— Voilà qui vient fort à propos, dis-je à Timothée ; mais comment diable se fait-il que le prince de Darmstadt fasse faire ses habits par un tailleur d'une petite ville d'Angleterre ?

— Peut-être les lui faisait-il quand il était en Allemagne ?

— Cela est possible. Dans tous les cas, il aura l'honneur de m'en faire un.

Nous entrâmes dans la boutique, et je cornmandai un habit complet des plus à la mode, qu'on me promit pour le lendemain à midi. On prit ma mesure, et j'allais me retirer quand le tailleur, jeJant un coup d'œil sur mes vètemens, qui n'étaient certainement ni neufs ni élégans , me dit qu'il était tl'usage qu'on lui payât d'avance une partie du prix. Je fus piqué de ce compliment , mais tirant de ma poche une poignée de guinées, j'en mis deux sur la table, et je partis. Je résolus d'attendre que j'eusse mon habillement pour faire faire une livrée à Timothée, et de la commander chez un autre tailleur. Je fis quelques autres emplettes, comme un porte-manteau, un chapeau, des gants, etc., et nous retournâmes à l'auberge.

Dans la soirée , je dis à Fléta que j'allais la mettre en pension, et je lui en fis sentir la nécessité. L'idée de se séparer de moi lui lit verser bien des larmes; mais je la consolai en lui pro-

mettant de venir la voir, et elle se soumit à la raison. Le lendemain matin , on m'apporta mon habit. Je le mis sur-le-champ; je pris mon chapeau et mes gants , et je sortis avec Timothée pour lui commander une livrée. A peine étais-je dans la rue, que je m'aperçus que j'avais oublié mes gants. Je rentrai pour les prendre, et l'hôtesse, voyant arriver chez elle «m homme si bien mis, s'avança vers moi avec empressement, et me fit une grande révérence. Elle ne me reconnut qu'en me voyant sourire. Ce tribut involontaire, payé à ma bonne mine, me fit plus de plaisir que tous les complimens qu'on aurait pu me faire. J'allai ensuite chez un autre tailleur, et je lui commandai une livrée pour Timothée. Enfin j'entrai chez une couturière que je fis venir à l'auberge, pour voir ma sœur, petite fille que je voulais mettre en pension , et à qui il fallait un trousseau.

Le quatrième jour après mon arrivée , tout était prêt. Pendant ce temps, j'avais trouvé une pension tenue par une veuve respectable, et dont le prix était très-modéré... Vingt livres par an. Les renseignemens que je pris m'assurèrent que je ne pouvais laisser Fléta en meilleures mains. Je payai six mois d'avance, et je laissai chez un banquier de la ville une somme de cinquante livres pour payer les semestres

suivans,à mesure qu'ils seraient dus. Au moyeu de cette précaution, le paiement de la pension de Fléta était assuré pour trois ans, quand même je tomberais dans la pauvreté, et elle avait assez de linge et de vêtemens pour tout ce temps. La pauvre enfant versa des larmes amères en me faisant ses adieux , et il me sembla que je perdais ce que j'avais de plus cher au monde.

Je ne voulus pas que Timothée mît sa livrée avant notre arrivée à Londres, car il aurait paru fort étrange qu'un homme qui avait mangé à ma table portât ma livrée. Dans une petite ville, cela aurait mis toutes les langues en mouvement, ce que je désirais éviter, surtout à cause de Fléta. Ayant fait nos adieux à l'hôtesse sans qu'elle eût pu satisfaire la curiosité qu'elle avait de savoir qui nous étions, nous montâmes sur l'impériale de la diligence, et nous arrivâmes à Londres dans la soirée.

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