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— A propos, major, dit-elle, cela me rappelle.... Ecoutez-moi un instant.... Vous nous excuserez, monsieur Newland.
Ils s'avancèrent vers une fenêtre , échangèrent quelques phrases et revinrent près de moi , tandis que lady Maelstrom disait : — Vous me promettez de ne pas l'oublier.
— Les désirs de Votre Seigneurie sont des ordres pour moi, répondit le major.
Après un quart d'heure de conversation assez animée, nous nous levâmes pour nous retirer; lady Maelstrom me tendit la main et me dit: — Monsieur Newland, l'amitié de lord Windermear et celle du major Carbonnell sont des titres plus que suflisants pour être admis chez moi. J'espère que je vous verrai souvent et que nous serons amis.
Je lui fis un salut de remercîment et nous partîmes.
— Vous avez vu qu'elle m'a pris à part, c'était pour me sonder. Elle n'a pas denfans, mais
elle a, je crois, une cinquantaine de nièces
Je lui ai dit que vous êtes garçon, et que je pouvais lui garantir sur mon honneur que vous avez tout au moins dix mille livres de rente — Je suppose que je n'ai pas exagéré?
— Major, répondis-je en souriant, je ne saurais réellement dire quel est mon revenu;
mais jespère que le temps vous prouvera que vous ne vous êtes pas trompé... N'en disons pas davantage quant à présent.
— Je comprends vous êtes mineur et
vous n'êtes pas encore en possession de votre fortune.
— C'est cela même Je n'ai guère plus de
dix-neuf ans.
— - Vous paraissez davantage; mais ces misérables exécuteurs testamentaires n'en veulent croire que les extraits do baptême. Newland, il faut d'ici à deux ans vous contenter déjouer le rôle de Moïse et de jeter un coup d'œil sur la terre promise.
Nous fimes deux ou trois autres visites, et nous retournâmes dans Saint-Jame's Street.
— Où irons-nous maintenant? dit le major; mais à propos n'avez -vous pas besoin de l'aire une visite à votre banquier?
— J'y passerai volontiers, répondis-je avec un air d'insouciance , pour savoir s'il a reçu des fonds pour moi.
Nous entrâmes cliez M. Drummond, et je demandai si l'on avait reçu quelque argent pour M. Newland.
— Oui, monsieur, répondit le caissier, on a fait hier un versement de mille livres pour son compte.
— Cela suffit.
— Quelle somme comptez- vous tirer? me demanda le major.
— Aucune. J'ai chez moi, en ce moment, plus d'argent qu il ne m'en faut.
— Eli bien, en ce cas , allons àlaPiazza, pour commander le dîner. Mai6 vous désirez peut-être vous promener encore un peu? Ne vous gênez pas, je me chargerai d'aller le commander. Ah! voici Harcourt; rien ne pouvait être plus heureux. Harcourt, voici M. Newland, mon très-intime ami. — Il faut que je vous quitte, prenez-lui le bras, faites connaissance avec lui, et venez dîner avec nous à la Piazza.
M. Harcourt était un jeune homme d'environ vingt-cinq ans, bien fait, élégant et fort aimable. Il avait reçu une excellente éducation, était plein d'esprit et un peu caustique. Egalement charu es 1 un de l'autre, nous fûmes en moins d'un quart d'heure amis intimes. Il me demanda ce que je pensais du major. Cette question me fit sourire.
— Je vois que vous ne serez pas sa dupe, me dit-il, sans quoi je vous aurais averti. C'est un homme dangereux, sous un certain rapport; mais si vous êtes assez riche pour l'entretenir, vous ne sauriez mieux faire, car il connaît tout le monde, et il est reçu partout. Il a eu une
fort belle fortune; mais il ne lui a pas fallu long-temps pour la dissiper, il a été obligé de vendre sa commission de major dans les gardes. Maintenant il vitaux dépens du monde, qui est son huître, comme dit Shakespeare, et il a assez d'adresse et d'esprit pour l'ouvrir. D'ailleurs il a la chance d'hériter d'une pairie : cette perspective, ses qualités amusantes, et le fait qu'il est l'homme le plus à la mode de Londres, l'empêchent de couler à fond. Je crois que lord Windermear, qui est son cousin, l'a aidé plus d'une fois.
— C'est Sa Seigneurie qui m'a fait faire sa connaissance.
— Alors il ne se hasardera pas à vous jouer d'autres tours que de manger votre dîner, de vous emprunter de l'argent, et d'oublier de vous le rendre.
— Vous conviendrez, du moins, qu'il vous avertit toujours d'avance qu'il ne vous paiera point.
— Oui , et c'est une parole qu'il tient avec la plus grande exactitude. Mais dois-je réellement dîner avec vous aujourd'hui?
— J'espère que vous me ferez cet honneur.
— Ce sera un grand plaisir pour moi, et je saisirai toutes les occasions de cultiver votre connaissance.
Nous primes alors le chemin de la Piazza, et nous ne tardâmes pas à y arriver.