CHAPITRE XXII
Je revins à 1 hôtel, car mon esprit avait été vivement agité, et j'avais besoin de repos. Je racontai à Timothée tout ce qui s'était passé.
— Pour le coup , me dit-il , les choses prennent une tournure agréable, car je crois bien que sans ces mille livres sterling, nous n'aurions pas pu aller encore une quinzaine. Notre mémoire ici doit déjà monter très-haut, et rhô te semble très-pressé de voir la couleur de notre argent.
— Combien pensez-vous qu'il nous reste ? Il est grand temps, Timothée, de faire nos
comptes et de régler nos plans pour l'avenir. J'ai payé le bijoutier et le tailleur, et d'après lavis du major qui dit qu'il faut toujours payer comptant les premiers mémoires, et tous les autres ensuite le plus tard possible, et que, pour ceux-ci , le mieux même est de les ajourner indéfiniment. Dans le fait, je ne dois presque rien à présent , à l'exception de la carte de l'hôtel. Je la ferai demander ce soir.
Nous fûmes interrompus par l'arrivée de notre hôte. — Parbleu , monsieur Wallace, lui dis-je, vous arrivez bien à propos; donnezmoi votre mémoire s'il vous plaît.
— Oh ! monsieur, rien n'est moins pressant ; mais si vous le voulez absolument, je vais le préparer. Et M. Wallace se retira.
— Vous aviez tous deux la même idée, j'en réponds, dit Timothée en riant, car il avait son mémoire à la main, et il l'a caché dès que vous l'avez demandé.
Dix minutes après, l'hôte reparut, et présentant le mémoire sur un plateau, il s'inclina et sortit. J'en regardai le total : il montait à io4 livres sterling, ce qui , pour à peu près trois semaines, était assez cher. Timothée haussait les épaules à mesure que je parcourais les articles. — Je ne vois pas qu'il y ait lieu de se plaindre, Timothée, dis-je après avoir iini ; triais je vois
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qu'il n'y a pas moyen de vivre ici avec le major, tenant table ouverte. Examinons un peu combien il nous reste d'argent.
Timolhée apporta la cassette dans laquelle nos espèces étaient déposées , et nous vîmes qu'après avoir payé le pour-boire des garçons et quelques mémoires qui n'étaient pas encore liquidés, il ne nous resterait que cinquante shillings.
— Dieu du ciel , que nous l'avons échappé belle ! s'écria Timolhée. sans ce nouveau subside, qu'aurions-nous fait?
— Fort triste mine, en vérité ; mais l'argent n'a pas été dépensé inutilement, après tout. J'ai maintenant accès dans les premières maisons ; je puis me passer du major Carbonnell. En tout cas, je quitterai cet hôtel; je vais prendre un appartement garni, et nous dînerons au restaurant. Je sais le moven de me débarrasser de lui.
Je déposai l'argent sur le plateau , et je venais de dire à Timothée de sonner l'hôte , lorsqu'au moment même le major entra avec Harcourt.
— Eh! quoi, Newland, qu'allez-vous faire de cet argent ? dit le major.
■ — Payer ma dépense, major.
— Votre dépense? Voyons un peu : i o \ livres
sterling? Oh ! c'est une infâme exaction ! Il ne faut point payer cela. Dans ce moment, le maître de l'hôtel entra. — Monsieur Wallace. dit le major, mon ami M. Newland était sur le point , comme vous pouvez le voir, de vous payer votre note intégralement; mais permettezmoi de vous faire observer que M. Newland est mon ami intime, que c'est moi qui lui ai recommandé particulièrement la Piazza, et que je trouve vos prétentions exorbitantes. Je conseillerai certainement à M. Newland de quitter dès demain votre hôtel , si vous n'êtes pas plus raisonnable.
— Je dois dire, major, que si j'ai demandé mon mémoire, c'est que je pars demain à la campagne pour quelques jours, et que je voulais l'acquitter auparavant.
— Eh bien ! je conseillerai certainement à M Newland de ne pas descendre ici à son retour, M. Wallace, car je me regarde jusqu'à un certain point, après les nombreux dîners que j'ai commandés chez vous, et dont j'ai pris ma part, comme particeps cïiminis, ou, en d'autres termes, complice de cette extorsion. Allons, monsieur Wallace, il faut faire quelque réduction, ou vous nuirez considérablement au crédit de votre hôtel.
M. Wallace déclara qu'il n'avait porté que