‹ Japhet, à la recherche d'un pèreChapitre 27 sur 42 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Nous nous couchâmes dès que nous eûmes soupe. Quand je fus au lit, je pensai que j'ai-

Jais avoir vingt ans, et que je n'avais pas encore découvert qui était mon père. Ma monomanie revint avec plus de force que jamais, et je résolus de me mettre sérieusement en recherche dès le lendemain. Je fis part de ma résolution à Timolhée, et je lui dis de passer tout le temps dont il pourrait disposer à chercher l'individu que nous avions vu à Cheltenham. Moi-même j'étais tous les jours en course; Carbonnell ne me voyait plus qu'aux heures des repas. Comme le beau monde n'était pas encore de retour à Londres, nous recevions très-peu d'invitations, et il ne pouvait concevoir à quoi je passais tout mon temps. Je parcourais toutes les rues et toutes les promenades; j'étais à l'entrée et à la sortie des spectacles les plus fréquentés; j'examinais tous ceux qui se trouvaient dans quelque voiture avec un soin si marqué, qu'ils devaient croire que j'étais un fou ou un insoient.

Enfin, après avoir ainsi passé environ cinq semaines, je reconnus mon nez dans une voiture dont les panneaux étaient peints en brun foncé. Des armoiries étaient peintes sur la portière, mais j'en étais trop loin pour les distinguer.

— C'est lui ! c'est lui ! c'est bien mon nez? m'écriai -je en courant après la voiture de

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toutes nies forces, et renversant, de droite et de gauche, tous ceux que je rencontrais. La rapidité de ma course fit tomber mon chapeau , mais je ne m'arrêtai pas pour le ramasser. Tout à coup j'entendis crier derrière moi : Arrêtezle î arrêtez- le!... Et je criai de mon côté : Oui, arrêtez-le ! arrêtez-le !

Je voulais parler du carrosse; mais au même instant un homme du peuple, espèce de colosse, me prit au collet, en s écriant : Je connais ces tours-là; mais j'ai bonne poigne, et tu n'iras pas plus loin.

— Lâchez-moi, m'écriai -je en faisant pour lui échapper des efforts furieux, au milieu desquels mon habit et ma chemise se déchirèrent. Mais tout fut inutile, et il me tint ferme jusqu'au moment où des officiers de police arrivèrent et s'emparèrent de moi. Le fait était qu'un filou avait exercé sa profession pendant que je courais à toutes jambes après la voiture, et qu'en me voyant courir avec tant de précipitation, sans songer même à ramasser mon chapeau , chacun avait été convaincu que j'étais le coupable. Je fis en vain mille protestations d'innocence, on me conduisit devant le tribunal de police de Marlborough-Street; et la vue d'un homme sans chapeau, et dont les vêtemens étaient couverts de boue et déchirés,

n'avait certainement rien qui plaidât en ma faveur.

— Qui m'amenez-vous? demanda le magistrat.

— Un filou, répondit un officier de police.

— \ a-t-il des preuves? reprit le magistrat. ^ — Oui, monsieur, dit un jeune homme en

s'avançant. Jetais à me promener dans Bond- Street; je sentis une main prendre mon mouchoir dans ma poche; je me retournai, et je vis cejeune homme s'enfuir... Mon mouchoir avait disparu.

— Pouvez-vous prêter serment de son identité?

Une foule de personnes étaient prêtes à jurer qu'elles m'avaient vu fuir.

— Avez-vous quelque chose à dire pour voire défense? me demanda le magistrat.

*— Oui, monsieur. Il est très-vrai que je courais fort vite dans Bond-Streel; et il est possible que le mouchoir de monsieur ait été volé; mais je ne suis pas coupable de ce larcin.

-—Peut-être me direz- vous pourquoi vous couriez avec tant de précipitation?

-~ Je courais après une voiture, afin de par- 1er à quelqu'un qui s'y trouvait.

— Quel était son nom?

— Je n'en sais rien j monsieur.

— Pourquoi couriez -vous après une personne que vous ne connaissiez-pas?

— C'était à cause de son nez, monsieur.

— A cause de son nez! répéta le magistrat d'un tonsévère; croyez-vous pouvoir vous jouer de moi, monsieur?... Greffier, préparez un mandat de détention.

— Comme il vous plaira, monsieur; mais si vous me permettez décrire un billet à tua de mes amis , vous verrez qu'aucun soupçon ne peut s'élever contre moi.

— Écrivez, monsieur, vous resterez à la barre, sous la garde d'un officier de police, jusqu'à ce que la réponse arrive. En attendant, je m'occuperai d'autres affaires.

Au bout d'une heure, le major Carbonnell arriva, suivi de Timothée. Il connaissait le magistrat, alla s'asseoir à côté de lui, tandis que Timothée demandait aux officiers de police comment ils avaient osé arrêter son maître, ce qui leur fit ouvrir de grands yeux. Le magistrat rendit compte de l'affaire au major, et j'ajoutai que l'individu que j'avais poursuivi était celui que j'avais vu quelques instans avant notre départ de Cheltenham. A la grande surprise du magistrat , le major lui dit alors que j'étais son ami le plus intime, M. Newland, jeune homme jouissant d'un revenu de dix mille livres, et

vivant dans la meilleure société de la capitale. Le magistrat lui demanda alors à demi-voix et en souriant si je n'avais pas un grain de folie; mais le major qui voyait alors quelle avait été la cause de mon étrange conduite, lui dit que j'avais reconnu à Cheltenham un homme qui m'avait insulté, et avec qui je voulais avoir une explication, et qu'il était probablement dans la voiture que j'avais poursuivie.

— Je l'ai reconnu à son nez! m'écriai-je.

— En ce cas, major Carbonnell, dit le magistrat, mon devoir exige que je demande h M. Nevvland le cautionnement d'usage qu'il vivra en paix pendant un an avec tous les sujets de Sa Majesté.

Le major me servit de caution , et comme il en fallait deux, le magistrat permit que Timothée m'en servît pour la forme. Dès que l'acte fut signé, je fus congédié. Le major envoya chercher un fiacre, et dès que nous y fûmes montés , il me fit de sérieuses remontrances sur la folie de ma conduite. Je lui promis d'être plus prudent à l'avenir, et je lui tins parole, mas sans renoncer à ma recherche.

Environ un mois après, comme je me promenais avec ic major, qui me regardait alors comme atteint de folie sur ce point, et qui me laissait raremenî sortir sans lui, j'aperçus la

TROIS. ÉDIT. I. jfi

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même voilure, cl. j'y reconnus l'individu que j'avais déjà vu.

— Le voilà, m'écriai je; c'est lui î

— Qui, lui?

— L'homme qui ressemble tant à mon père.

— Dans cette voilure? C'est 1 evèque de*** ; je le connais. Quelles étranges idées vous avez dans la tète, mon cher Newland ! Réellement cela touche à la folie... Allons, pourquoi nous arrêter ainsi? continuons notre chemin.

Je me remis en marche, mais en tournant sans cesse la tête vers la voiture, jusqu'à ce que js l'eusse perdue de vue. Mais j'avais appris le nom de celui qui s'y trouvai! , et cela me suffisait pour le moment. Quand nous fûmes '.entrés, je consultai l'almanach des adresses, j'y vis que l'évèque de*** demeurait dans Portland- Place, et dès le lendemain matin, trouvant le moyen d'échapper à la surveillance du major, je me mis en chemin pour m'y rendre.

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