‹ Japhet, à la recherche d'un pèreChapitre 39 sur 42 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Je remplis toutes les formalités nécessaires pour me mettre en possession de la succession du major Carbonnell, et je n'éprouvai aucune difficulté. La maison était en bon état et bien meublée. De son vivant le major avait au premier étage un salon qui nous était commun, sa chambre à coucher, et une autre pièce dont il faisait son cabinet de toilette. J'occupais le second, dont la distribution était la même, mais une des trois pièces nous servait de salle à manger, quand nous dînions à la maison, ce qui était assez rare. Nous occupions aussi les mansardes et les cuisines souterraines. Le rezde-chaussée formait une boutique, et était loué cent livres par an; mais nous avions une porte séparée. N'ayant pas besoin d'un si grand local,

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je résolus de louer le second étage, donlje n'eus pas de peine à trouver soixante livres.

Après avoir vendu tout ce qui ne m'était pas nécessaire, je me trouvai plus de trois mille livres en argent comptant, et je ne savais trop qu'en faire. Je consultai sur ce point M Masterton. — Vous avez, me dit-il, deux bons locataires qui vous paient cent soixante livres par an. Je puis placer solidement votre argent comptant à raison de cinq pour cent. Par ce moyen, vous aurez un revenu de trois cents et quelques livres; et comme vous n'avez ni loyer à payer, ni de domestique qui vous vole, je crois qu'avec un peu d'économie, vous avez de quoi vivre convenablement. Au surplus, réfléchissez- y , et surtout songez bien qu'une fois votre argent placé, vous ne pourrez le retirer qu'à l'époque qui aura été convenue.

Je me consultai avec Timothée, et je suivis le conseil de M. Masterton. Je me réservai seulement deux cents et quelques livres pour pouvoir attendre le paiement du premier terme des loyers et de l'intérêt de mon argent. Le vendredi suivant, en dînant avec M. Masterton, je lui contai mon aventure avec lady Maélstrom, et il en rit beaucoup.

— Sur ma foi, monsieur Newland, me dit-ii, vous avez un genre étrange de folie. Dans vo-

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tre envie de trouver vos païens, vous attaquez d'abord lord Windermear, puis un vénérable évêque, et enfin une princesse douairière! Votre histoire est fort singulière, et votre bonne fortune ne Test pas moins Vous n'êtes pas encore majeur, et vous vous êtes déjà fait plus d'amis que bien des gens n'en obtiennent dans toute leur vie; vous entrez dans le inonde ne possédant rien, et vous voilà possesseur d'une fortune qui vous rend indépendant; vous avez remboursé un prêt de mille livres, qui ne vous était pas redemandé, et vous êtes admis dans la meilleure société... La seule chose qui me contrarie, c'est que vous vous montrez dans le monde sous de fausses couleurs, faisant croire que vous possédez une grande fortune.

— Je ne l'ai jamais dit positivement, monsieur.

— J'en conviens , mais vous l'avez ^laissé croire, et je ne vois pas la différence.... Avezvous dessein de laisser propager cette erreur ?

— Que puis-je faire, monsieur? je ne puis la démentir sans être injuste envers la mémoire du major Carbonnell. On supposerait qu'il m'a ruiné, tandis que je lui dois mes moyens d'existence.

— Gela peut être vrai, monsieur Newland , mais si vous désirez que je m'occupe de vos

affaires, et que lord Windermear s'intéresse à vous, il faut que vous deveniez tout à- fait honnête. Je ne serai complice d'aucune imposture. Etes-vous décidé à vous dépouiller de vos plumes empruntées et à paraître aux yeux du inonde ce que vous êtes réellement?

— Je n'ai qu'un motif pour désirer que le monde continue à se tromper. Je souhaite d'être admis dans la bonne société , dans l'espoir d'y trouver mon père.

— Et croyez-vous que vous ne réussirez pas plus probablement , si chacun sait que vous êtes un enfant trouvé, cherchant à découvrir ses parens? Quand votre situation sera généralement connue, les yeux de vos parens, s'ils vivent encore et qu'ils désirent vous retrouver, se porteront naturellement sur vous; et j'ajouterai qu'il y a peu de parens qui ne seraient fiers de vous avoir pour fils. Vous aurez la protection de lord Windermear, ce qui vous servira toujours de passeport dans le monde. J'admets que quelques maisons, comme celle de lady Maélstrom, vous seront fermées; mais vous aurez la satisfaction de connaître vos amis véritables, et de jouir du témoignage d'une bonne conscience.

— Vous m'avez convaincu, monsieur, et je suivrai vos avis en toute chose.

— Donnez-moi la main, mon brave garçon. A présent, comptez sur moi.

— Ah, monsieur, que n'ètes-vous mon père!

— Je voudrais letre, mon cher ami... Mais qu'allez- vous faire à présent?

— J'ai promis à M. Harcourt, mon ami, d'aller avec lui chez son père.

— Eh bien ?

— Je le détromperai avant de l'accompap-ner.

— Vous ferez bien, et vous verrez s'il est votre ami, ou celui de votre fortune supposée... J'ai réfléchi à votre affaire, et je suis convaincu que nous n'avons rien à faire jusqu'à ce que votre position véritable soit généralement connue. Ne vous inquiétez pas si quelques personnes vous tournent le dos. Cela démasquera vos faux amis, et vous verrez avec le temps, que, même sous un point de vue mondain , l'honnêteté est la meilleure politique. Nous autres hommes de loi nous sommes dépositaires de bien des secrets; je parlerai de vous à mes confrères, et il est possible que je trouve un fil qui pourra nous être utile... Venez me voir le plus souvent possible; ma porte vous sera toujours ouverte, et vous trouverez en moi un ami.

Tel fut le résultat de mon dîner avec M. Masterton. Suivant la promesse que je lui avais

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