HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT HOL- LANDAIS DB DBZIMA
Les relations qui se sont établies entre cette singulière nation et le petit nombre d'Européens dont elle tolère la présence dans un but exclusif de commerce (et encore de commerce trèslimité) ont dû se ressentir de la fierté dédaigneuse du caractère japonais, du despotisme soupçonneux de leur gouvernement et de l'originalité d'une civilisation tellement exceptionnelle, qu'elle semble mettre en défaut les lois générales qui, d'après nos idées, régissent l'humanité dans sa marche
Êrogressive; aussi l'établissement des [ollandais à Dézima est-il le monument le plus étrange de patience et d'humilité mercantile, de persévérance infructueuse et d'abnégation politique ; le compromis le plus surprenant entre le
{;énie ou plutôt l'instinct commercial et a dignité nationale, qui ait jamais été offert à l'étude et aux méditations des observateurs impartiaux.
Pour faire mieux comprendre ce que nous avons à racontera cet égard, il est nécessaire que nous remarquions dès à présent que le pouvoir législatif et exécutif semble émaner au Japon d'un haut dignitaire ou prince, que tous les historiens ont désigné, jusque dans ces derniers temps, par le titre de koubo ou d'empereur cioil, le distinguant ainsi d'un autre prince qu'ils ont appelé daïri ou empereur ecclésiastique; que le titre le plus ordinaire de ce haut dignitaire est celui de ziogouna (ou siogoun), et
Ïu'il n'est légalement que le lieutenant u véritable empereur ou mikado, dont
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la cour ou résidence est désignée par le mot dairi, et que les lois et les habitudes japonaises reconnaissent celui-ci comme Tunique souverain de l'empire.
Cela posé, voici comment les choses se
Kassèrent aux premiers temps de l'étalissement des Hollandais au Japon.
Les Provinces-Unies avaient à peine jeté les yeux sur ce magnifique archipel (visité pour la première fois par les Hollandais en 1598), et formé un établissement à Firato, que l'année 1609 vit éclater l'affreuse guerre civile qui finit par la proscription des cultes chrétiens. Le siogoun Minamoto Yéyas octroya aux Hollandais, en 1611 (quelques-uns disent 1609), par un gasjunim formel, c'est-à-dire par lettres patentes scellées du sceau impérial, de couleur rouge et signées par tous les conseillers d'Etat, ■ l'autorisation de commercer dans toute « l'étendue de l'empire. » Ces lettres étaient accompagnées d'une recommandation à tous les su jets de « favoriser et « d'assister les Hollandais autant qu'il « serait en leur puissance, le tout exprimé « en termes formels et très-forts, et en « caractères de même qui leur étaient « fort avantageux. Après la mort de « Yéyas, les Hollandais s'adressèrent à « (a cour pour faire renouveler leur « privilège. • Cette démarche imprudente était entièrement contraire à la coutume des Japonnais, qui ont de trèsgrands égards et nui observent inviolablement les lois et les engagements faits par leurs ancêtres. La demande fut accordée;! la vérité et leur privilège renouvelé à peu près dans les mêmes termes, mais en caractères beaucoup moins jeh vorables.
Le chef du comptoir de Firato (Koekebacker) se crut obligé de redoubler d'efforts pour se concilier la bienveillance du gouvernement japonais.
Un grand nombre de Japonais convertis au christianisme s'étant révoltés et emparés delà forteresse d'Arima, où ils étaient aliénés par les troupes impériales : Koekebacker, sur la réquisition des autorités japonaises, se détermina a les aider dans la réduction de cette place, avec l'artillerie du vaisseau hollandais qui se trouvait en ce moment sous ses ordres : partie de cette artillerie fut employée à armer une batterie à terre, et le
reste, sous la direction de Koekebacker lui-même, canonna de la rade les chrétiens rebelles! — Un fondeur et un artificier hollandais furent envoyés à Yédo pour y fondre des mortiers "et des canons. Ces services et plusieurs autres de cette nature rendus au gouvernement japonais semblaient devoir assurer aux Hollandais la protection et la bienveillance impériales; mais l'ensemble de leur conduite, envisagée au point de vue moral, et discutée par les Japonais influents, hommes susceptibles au plus haut degré en fait de délicatesse et d'honneur, et portés à faire peu de cas en général des étrangers que le seul amour du gain attirait au Japon ; l'ensemble, disons-nous, de leur conduite avait laissé des impressions tellement défavorables, que les relations établies devaient tôt ou tard s'en ressentir au détriment des Hollandais. Ceux-ci, d'ailleurs, ne tardèrent pas à donner au gouvernement japonais un prétexte des plus plausibles pour leur imposer d'humi liantes restrictions. Nous ne saurions mieux faire ici que d'emprunter à la naïve relation de Kœmpfer le récit des faits (t).
« Il nous arriva précisément dans ce temps-là de bâtir un nouveau magasin à FirandO) ce qui augmenta beaucoup la jalousie et les soupçons que les Japonais avaient déjà conçus contre nous, et ne contribua pas peu à hâter le dessein
3 ue l'on avait de nous faire transporter e là à Nagasaki. // était contraire à ta coutume du pays de tant exhausser un bastiment tout de pierre de taiiiet de sorte qu'il paraissait moinsun magasin qu'un château. Une circonstance fâcheuse de plus était que ton avait gravé sur le frontispice I année de la naissance de notre Sauveur. Il m'a été dit par un Japonais digne de foi, dans un entretien particulier, que les Hollandais déchargeant un de leurs navires et mettant les marchandises sur le rivage pour les placer dans leurs nouveaux magasins, il arriva que le fond d une graudé boite
(i) If ou» arorn souligné les passages qui nous semblent concluants. — Nous aurons recours au même moyen pour faire ressortir les passages remarquables d«s citation* que nous pourrons emprunter par la suite aux autorités dont nous appuyou* notre récit.
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venant à se détacher, dérouvrit, au lieu de marchandise, un mortier d'airain :
je ne veux pas prendre sur moi de dire quelle foi on peut ajouter a cette histoire. Quoi qu'il en puisse être, il n'est que trop vrai que peu de temps après nous eûmes des ordres imprévus, Sur peine de la vie, de démolir notre nouveau magasin, d'abandonner notre demeure et la liberté dont nous jouissions à Firando , pour nous emprisonner à Dérima, ce qui mit fin à ce période doré de notre commerce au Japon (1). »
Ces ordres rigoureux et tellement imprévus furent notifiés le 9 novembre 1 640 au chef de la factorerie (c'était alors François Caron, homme que son mérite éminent avait élevé de la plus nasse condition aux emplois les plus importants); un envoyé du siogoun, accompagné des deux gouverneurs de Nagasaki et d'un nombreux cortège, se rendit à cet effet à Firando. Après avoir visité dans le plus grand détail tout l'établissement et s'être assuré de ce que contenaient les magasins et les maisons particulières, il déclara solennellement aux Hollandais que les* facteurs des Provinces-Unies et ceux du Portugal étaient reconnus coreligionnaires, et leur enjoignit au nom de l'empereur de démolir les nouveaux magasins et toutes les maisons qui portaient la date de leur construction d'après l'ère chrétienne (2). Caron, qui avait
(i) L'ordre de démolir le nouveau magasin vint d'abord ; celui de quitter Firando pour Nagasaki, peu de temps après.
(a) Le langage tenu par l'envoyé impérial dans cette circonstance nous a paru si remarquable que nous le reproduisons d'après Cbarlevoix :
« Le tres-nd ou table empereur du Japon, mon souverain seigneur, est bien informe que fou» éles chrétiens et de la même religion que les Portugais. Vous gardez le diiuanrlie, vous datez de la naissance de Jcsus-Christ , et vous mettez cette date sur les frontispices de vos maisons et de tous les bâtiments de mer et de terre que vous construisez; ainsi ce nom demeure exposé aux yeux de notre nation. Votre loi souveraine est celle des dix commandement*, votre prière est celle de Jésus Christ, et votre confession de foi celle de ses disciples. Vous lavez avec de l'eau vos enfants des qu'ils sont nés, et vou» offrez dans votre culte religieux du pain et du vin; votre livre est l'Évangile; le* prophètes et les apôtres sont
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fait l'année précédente le voyage ordinaire à la cour de Yédo, et qui avait reçu un accueil favorable des conseillers d'État, avait quitté la capitale fort satisfait (quoiqu'il n'eût pas eu d'audience, du siogoun, sous prétexte d'indisposition), sans prévoir le coup qui devait si tôt l'humilier et frapper la factorerie ellemême d'une atteinte presque mortelle pour ses intérêts les plus chers. Tout lier qu'il était, il se rappela dans ce moment de crise quelle était la réponse qui avait sauvé la vie aux Portugais à l'époque toute récente de leur bannissement et exclusion à perpétuité! Il répondit comme eux : « Tout ce qu'ordonne sa « majesté impériale sera ponctuellement « exécuté. » Les démolitions furent immédiatement commencées, et bientôt de ces habitations et de ces magasins élevés à grands frais, il ne resta qu'un amas de ruines (1).
vos saints. En un mot , car à quoi bon descendre dans un plus grand détail ? votre créance est la même que celle des Portugais, et la différence qu'il pent y avoir sur cela , entre vous et eux , et que vous prétendez être considérable , nous l'estimons fort peu de chose. Nous avons bien su de tout temps que vous étiez chrétiens; mais comme nous vous voyions ennemis des Portugais et des Espagnols, et que vous vous opposiez à ce qu'ils établissent leur religion dans ce pays , nous pensions que votre Christ et le leur n'étaient pas le même. — L'empereur a été instruit du contraire , et Sa Majesté m'a envoyé ici exprès ponr vous déclarer que vous ayez à mettre incessamment par terre toutes vos habitations et les autres bâtiments où la date de Jésus-Christ est marquée, en commençant par le coté septentrional (c'était celui qui avait été achevé le dernier); que désormais vous vous absteniez d'observer ouvertement votre jour de dimanche, afin que la mémoire de ce nom prenne entièrement lin au Japon; que désormais le capitaine, ou chef de votre nation, ue demeure pas plus d'une année dans cet empire, de peur qu'un plus long séjour ne produise la contagion de votre doctrine parmi ses sujets. Faites élat que la moindre résistance à ce qui vient de vous être prescrit donnerait de justes défiances de votre soumission aux ordres de l'empereur. Pour ce qui est de la conduite que vous aurez à l'avenir daus tout le reste, les seigneurs régents de Firuudo vous le feront savoir. »
(i) Les conseillers d'État avaient demandé plusieurs fois à Caron si ses compatriotes
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Eu janvier 1641 il fut ordonné aux Hollandais de vendre toutes leurs marchandises dans Tannée même de leur importation, sans qu'il leur fdt permis d'en rapporter une partie quelconque à Batavia. On ne restreignait pas, à la vérité, le montant total des importations, mais la condition imposée de tout rendre dans Tannée mettait la factorerie à la discrétion des spéculateurs indigènes ( et des autorités japonaises ), et équi-
leur négoce; mais qu'en considéra' tion de la permission qui leur fut octroyée par l'ancien souverain, elle veut bien permettre aux Hollandais de continuer leurs opérations et leur laisser leurs privilèges commerciaux et autres dont ils jouissent , à condition d'évacuer Firando pour s'établir avec leurs vaisseaux dans le port de Nangasacqui (I). »
D'un côté, cette déclaration pouvait
valait à un ordre de diminuer les impor* être considérée comme la prolongation tations à l'avenir. Vers la même époque des anciennes lettres patentes ; de Tauil fut défendu aux Hollandais, sous peine tre, le déplacement de la factorerie était de mort, de tuer aucun bétail, de porter ou du moins paraissait désirable à de des armes, sans compter d'autres disposi- certains égards , Nagasaki, par la grantions aussi vexatoires qu'humiliantes. deur et la sûreté de sou port, et son • Au commencement de cette même importance commerciale déjà considéannée 1641, Lemaire, successeur de F. rable, permettant d'attirer un grand Caron, comme chef de la factorerie, se nombre de marchands des villes impérendit avec des présents à la cour de Y édo riales. Ces avantages étaient si bien pour exposer ses griefs au nom de lacom- appréciés par les Hollandais, que legoupagnie. Le gouvernement colonial avait vernemeut des Indes venait d'exprimer eu soin de le munir des lettres patentes le désir de voir transférer à Nagasaki originales accordées par le siogoun Mi- l'entrepôt de son commerce (2). Peutnamoto Yéyas, expédiées de Batavia être même avait-on intrigué secrèteparun yacht exprès. Ce titre lui valut ment, dans ce but, à lacourdeYédo ou une réponse assez favorable, mais dont avec le gouverneur de Nagasaki". Quoi ' les Hollandais ont négligé, à ce que dit qu'il en soit, l'événement prouva corn- Siebold, de se prévaloir, comme ils f au- bien le changement désiré devait être raient dà dans la suite. L'ambassadeur fatal aux Hollandais. L'ordre du déni J ut pas reçu par le siogoun, mais les part arriva le 11 mai 1641. Il fut exéconseillersd'Ktat lui firent cetteréponse : cutédix jours après, et l'îlot artificiel de • « Sa majesté nous charge de vous dire Dézima s'ouvrit aux derniers Euro- « qu'il est de peu d importance pour péens tolérés dans l'empire. « l'empire japonais que les étrangers Le gouverneur général Van Diémen,
« viennent ou ne viennent pas y Jaire
pourraient suffisamment approvisionner Te pire, dans le cas où les Portugais en seraient bannis. — Des secrétaires cachés derrière un paravent , écrivaient ses réponses. — Le chef de la factorerie reçut aoo mai de la part du siogoun et 3o mai du conseiller d'État Saunickedonno. L'artificier et le fondeur ( mentionnés plus haut ) eurent chacun a5 de ces pièce* qui valent environ 18 francs (a) chaque et que les Hollandais désignent par le diminutif tchuitje, petit esquif ( probablement à cause de leur forme ), ce n'est pas au reste la valeur monétaire qui fait le prix de ces présents , mais la source honorable dont ils émanent.
' («1 Selon Siebold. - Milburn. «Uns son « Ortentsl commerce ». évalue ces pièce» a a*»s ° : peul-clre •'aglt-tl d'une monnaie du meme nom. malt qui dans Ces dernières année» , contenant plus d'alliage , a
de »a valeur primitive.
daus une lettre adressée au conseil d'État de l'empereur, en 1642, expose de la manière suivante les traitements ignominieux dout les Hollandais eurent à souffrir dès leur arrivée dans ce lieu fatal.
« Lorsque de Firando nous débarquâmes à Nangasacqui, on nous assigna pour demeure l'île que les Portugais avaient habitée. T,à , nos facteurs , gardés à vue , ne purent parler à personne; et comme s'ils étaient des criminels dan-
(i) Nous reproduisons ici les noms des deux villes comme nous les trouvons dans le passage de la lettre du gouverneur général Van Dieineu au conseil d'État japonais , cilé par Siebold.
(a) Valent) n, tom. V, pari a*, p. 106,107 et 109.
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gereux pour l'État , ils se virent, à leur déshonneur, traités plus mal que les Portugais. On nous prit, à titre de loyer de cette île, cinq mille cinq cents taïls , charge excessive pour notre commerce (1).
en prison sur leurs navires : pour aller de Pun à l'autre ou pour descendre à terre, il leur faut une permission des visiteurs. Contrairement à la liberté nui nous avait été donnée, on a pousse les vexations jusqu'à nous défendre de son-
« Il nous est défendu d'exercer notre ner de la trompette. Au milieu de toutes
religion dans l'île et sur nos vaisseaux, ces restrictions, en contradiction avec
quoique cette gêne soit contraire à nos nos anciens privilèges dans l'empire
anciens privilèges. Nous sommes forces japonais, les produits du commerce ont
de donner la mer pour tombeau tant été si désavantageux, que depuis deux
aux morts de notre factorerie qu'à ceux ans nous perdons des sommes considé-
dc l'équipage, parce qu'on ne veut pas râbles sur les marchandises que nous
nous concéder quelques pieds de terre japonaise. Lorsque nos vaisseaux mouillent à Nangnsacqui , ils sont minutieusement visités; les canons et munitions de guerre sont enlevés et transportés dans les magasins de l'empereur. On mettes voiles sous scellés a bord, on garde les gouvernails à terre, jusqu'au jour fixé pour le départ. Pendant la visite H le déchargement les visiteurs ont , sans motif, donné des coups de bâton a nos matelots et même aux principaux officiers, comme à des chiens, ce qui fait prévoir de graves difficultés^). — Les marins sonteomme
(i)Tîous empruntons ce document au dernier travail de Siebold sur le commerce du Japon ( Moniteur des Indes orientales et occidentales , 1er vol., i840, in-4°). — Mai» Siebold t'est trompé dans l'évaluation qu'il donne, en toutes lettres, des 5,5oo taïls, qui représenteraient, selon lui, vingt mi Ile francs. Hojçendorp dans son Coup d'oeil sur Ole de
Java, etc., observe, en parlant du comptoir dé UC \T " T £7 '7 'T
Dr.uk*. que les Hollandais « contient à "le soldatesque , a la porte r«*WEt ce a payer annuellement , d'après le contrat pri- nousle répétons, se passa.t au .« amr/i/, un loyer de 6,5oo simiones ou taïls (*a,7&o fl. de notre monnaie, dit-il ). — Quel est le chiffre exact? Celui de Siebold sans doute quant aux taïls; mais il faut lire ?o,ooo
avons apportées pour le service du Japon . // ne nous est pas possible de continuer nos opérations sur ce pied.
... « Soit que nous quittions le Japon ou que nous y demeurions, nous aurions le désir de députer à Nangasacqui, l'année prochaine, un homme de qualité, porteur de quelques curiosités, pour prendre respectueusement congé do S. M. et de leurs altesses, ou pour leur rendre de justes actions de grâces,
nation si fière et si puissante , n'opposer pendant de longues années que de timides et respectueuses représentations aux insultes et humiliations de toute espèce dont la canaille chinoise, titrée ou non titrée, les abreuvait « Canton? — N'est-ce pas le i,r février i835 que le capitaine de vaisseau Flliot ( alors troisième surintendant du commerce anglais en Chine), porteur d'une représentation écrite pour les autorité* chinoises, représentation juste et modérée, s'il en fut jamais, se laissait colleter, jeter violemment à terre, insulter impunément de la voix et du geste par la plus
florins au lieu de ao.ooo francs.
(a) Certes, Kœmpfer avait raison de s'écrier en parlant de l'abjecte soumission dont les Hollandais avaient fait preuve dans leurs relations avec les Japonais : *
.^Oald non mortaKa pce tors cogts,
Mais les Hollandais ne sont pas le seul peuple qui ail préféré en mainte circonstance les intérêts de son commerce à son honneur! — Et sans en aller chercher des exemples dans les siècles passés , ou parmi des peuples déchus, n'avons-nous pas vu les Anglais, celte
Zm* Lwraison. (Japon.)
et ce n'est qu'à la fin de x83o, que le gouvernement anglais a compris la nécessite d'arracher |»ar la force la réparation due pour le passé, les garanties exigées pour l'avenir!
Qu'on lise la correspondance des agents anglais en Chine avec le ministère , publiée par ordre du parlement, et qu'on juge!
Le commerce d'outre-mer est une rhos*utile sans doute, un résultat inévitable du développement de la civilisation et des besoins mutuels des nations; mais il faut avouer que l'histoire de ce commerce semble justifier trop souvent le mépria que professent les classes le« plus élevées de la population ( au moins dans l'extrême Orient, et principalement a la Chine et au Japon ) pour l'esprit mercantile et l'ignoble avidité des spéculateurs européens I
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si elles décidaient que nous conserverons au Japon nos anciens privilèges. Mais comme nous ne savons pas si cette déclaration serait agréable à Cautoritê suprême, et si notre commissaire serait traité suivant son rang, uous prions Vos Altesses de vouloir bien nous répondre a et- 1 égard , attendu que nous av ns Tintentiou de nous conduire eu toutes choses d'après leurs s >ges avis. »
La minute de cette lettre, dont l'original avait été expédié au gouverneur de Nagasaki avec une lettre particulière rédigée en termes plus énergiques encore, avait été soumise a l'approbation des dix-sept (c'est ainsi que l'on nommait le conseil des Indes à Amsterdam ); mais il par ait que le langage ferme et mesuré de Van Diemen, qui ne tendait à rieu moins qu'a faire supprimer le comptoir hollandais au Japon, ne lut pas approuvé par cette compagnie, et qu'ils déterminèrent le gouverneur général à modifier le ton de sa correspondance avec les gouverneurs de Nagasaki. Comme d'ailleurs les deux gouverneurs de Nagasaki sont personnellement responsables de la conduite de leurs hôtes, et comme il y avait à craindre que les réclamations graves et fondées de Van Diémen, si elfes elaieut transmises au conseil d'État, ne prouvassent que les gouverneurs avaient excédé de beaucoup leurs instructions, et ne les exposassent, en conséquence, au plus severe châtiment , il en résulta que d'un commun accord , dans le cours de l'année IG 13 , l'adresse an conseil d'Ktat fut retirée.
A dater do cette époque il y eut quelque amélioration dans les rapports des agents hollandais avec les autorités japonaises, et le commerce, malg'é les restrictions capricieuses dont il eut à souffrir, présenta, en moyenne, un bénéfice assez considérable,' surtout pour les pacotuleurs tolérés par la compagnie. En 1671 ce commerce était on ne peut plus Morissant, eu égard aux proportions dans lesquelles il était permis. Mais déjà le gouvernement japonais s'était alarmé de l'exporiation rapide des métaux précieux et même du cuivre. L'exportation de l'argent avait été défendue dès 1661, celle de l'or fut prdiiuee , et celle du cuivre considérablement restreinte, après de notables lluctuations dans la
législation relative à cette branche de commerce (lluctuations dont l'histoire nous mènerait trop loin) (I). D'un autre côté , l'absence presque totale de bonne foi , de dignité et de prudence de la part des Hollandais, les intrigues et les honteuses spéculations des agents des deux nations unis pour le butin , désunis au partage , l'altération des monnaies, dont la valeur nominale continuait, prâce à la résignation hollandaise, à reuler l'importance du commerce officiel, tandis que la contrebande la plus lucrative se soutenait à ses dépens; une foule de causes secondaires, eu un mot, toutes empreintes de ce caractère d'immoralité < t de desordre qui discrédite les nations connue les individus, aux yeux de tout gouvernement sage, contribuèrent a abréger la période de prospérité dont l'anuee 1671 avait été la plus complète expression. Le commerce s'amoindrit d'année en année jusqu'eu 1743. Il se releva de 1745 a 1755. Mais à e.tte deruiere époque dégrevés imprudences compromirent de nouveau les intérêts hollandais, et le gouvernement japonais, sans retirer entièrenientsa protection dédaigneuse aux captifs volontaires de Dezima, leur Ut notifier qu'ils étaient libres de rester ou de partir! ce que Meylan appelle « l'humiliation la plus grave que les Hollandais eussent encore éprouvée. • « Dès ce moment * * dit Siebold, « le mécontentement et les récriminations réci-
[>roques, le plus souvent produites par a mesquine jalousie du lucre, sont à Tordre du jour; la taxe du cuivre monte et descend au gré du caprice des gouverneurs impériaux, et les fraudes qui se combinent avec la spéculation
firivée resserrent de plus en plus les enravesdu commerce hollandais. • A celte mémeepoque( 1755) le directeur même de la factorerie et les capitaines des navires étaient fouillés à l'entrée et à la sortie du comptoir I Les choses ne sont pas de nos jours dans un état tout
(i) Un mémoire d'un prince japonais , conseiller d'État, établit, vers 1710, que l'expoMahun des métaux précieux s'élail élevée, eu moins d'un siècle, à une Minime évaluée à plu* de deux mil.iard* de nos franc», uu en moyenne a prêt de a3 millions par an!
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à fait aussi déplorable; niais les humiliations subies par les Hollandais pour maintenir leur insignifiant monopole dépassent encore de beaucoup ce que les idées actuellesde dignité nationale pourraient tolérer dans l'espoir du plus bel .tir commercial! C'est ce que nous allons établir par les détails qui suhentj Dézima (de, avancé ; zima ou sima, Ne . a la forme d'un éventail dont on aurait coupé le manche. C'est un carre oblong dont les grands coi es sont des portions de cercle. Krempfer l'a trouvée longue de '236 pas et large de 82. Siebold lui donne 624 pieds (mesure rhénane) au mxI; 516 pieds au nord; 216 pieds de l'est a l'ouest' et environ 6 pieds audessus du niveau de la mer, a la marée haute. Un mur de pierre en basalte la protège contre les flots. Sur cet étroit espace de terrain se trouvent les maison! en bois des employés hollandais, leurs magasins et quelques autres bâtiments de .service. Ces constructions, serrées les unes contre les autres, laissent place a une rue assez large, qui avec 1 emplacement du mât de pa illon , le jardin botanique et celui de la factorerie , constitue la promenade des étranger^ renfermes et gardes à vue dans péiima. Le mât de pavillon est situe par 32* 45 de. latitude septentrional fel J l'7u 31' de longitude, orientale [ du méridien de Londres?). L'île est jointe ala vil le de Nagasaki par un ponten pierre de quelques pa> de longueur seulement, a l'extrémité duquel se trouvent une porte et un corps de garde, où des sentinelles sont sans cesse en faction.
Au côté septentrional de l'Ile se trouve une autre porte, que l'on appelle la porte de l'Eau, et qui n'est ouverte que pour les communications indispensables avec les navires hollandais qui peuvent se trouver sur la rade, et toujours sous la surveillance de la police. Aucun tJollandais ou Japonais ne passe la porte de la ville sans être visité. Un mur de clôture empêche de voir de la ville ce qui se passe dans l'Ile, et réciproquement.
Lfs bateaux qui sillonnent la baie dans toutes les directions, et la rendent si vivante et si pittoresque , peuvent être vus de la factorerie, et cette scène mouvante serait une source précieuse de distraction pour les prisonuiers s'ils pou-
vaient en jonirde près ; mais une barrière de poteaux fichés à quelque distance en mer, et armés d'inscriptions prohibitives, interdit l'approche de l'île aux embarcations. Les Uni landais ne peuvent sortir de 111e sans permision, les Japonais n'y entrent qu autorisés , à cet effet , pour l'exercice de certaines fonctions auprèsdes Hollandais (comme nous allons l'expliquer) et à des heures fixes. La factorerie ne comptait dans ces derniers temps (1 844) que su Européens ; savoir : un chef , président ou directeur ( onperhoofd ), appelé par les Japonais holanda ( ou koranda ) capitan , un garde magasin, teneur de livres et écrivain , trois assistants et un garçon de magasin! ( c'est un peu plus de la moitié du personnel indiqué par Fisscheret Siebold , ce qui prouve que l'importance des affaires suit une progression décroissante). Ces Européens sont servis par des domestiques japonais, mais pendant le jour seulement. Au soleil couché, les serviteurs doivent quitter l'tîe et se présenter au corps de garde du pont pour que la police soit assurée qu'ils sont rentres en ville. Aucun accident, aucun motif pressant, pas même la plus soudaine et la plus grave indisposition d'un rV>llaudais , ne peut autoriser l'infraction de ce règlement. Ainsi réduits à lisolement et à se servir eux-mêmes pendant une moitié des vingt-quatre heures, les Hollandais ont dû rêver aux moyens de remédier à la monotonie et aux ennuis de leur existence, et de se procurer, moyenuantun sacrifice pécuniaire, l'assistance et les soins dont H s éprouvaient le besoin dans leur ti iste intérieur. Ils ont donc bientôt demandé aux autorités japonaises, et il leur a été permis de traiter avec des femmes de la classe des prostituées (car l'entrée de Dézima est formellement interdite, par édit proclamé à la porte du pont , 6 toute femme honnête ), et ils ont choisi parmi elles soit des servantes, soit des compagnes,
3 ni ont pu être exemptées de l'obligation e quitter l'Ile au coucher du soleil. Ce oui devait résulter de cet étrange état de choses, et ce qui en résulte eu effet , c'est un certain nombre d'enfants. Mais il ne faut pas que ces enfants naissent à Dézima, hors du vrai territoire de l'empire ; il faut qu'ils naissent et demeu-
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rent Japonais. Aussi toutes les femmes entretenues comme servantes ou comme concubines par les Hollandais sont-elles obligées de se présenter , une fois dans les vingt-quatre heures, à l'officier de police sous les ordres duquel est place le poste du pont. Il paraît cependant que les mères ont la permission d'allaiter leurs enfants dans la maison paternelle. Dans un âge fort tendre encore, les enfants de san i mélangé sont assujettis, dans leurs relations avec leurs pères, aux mêmes règles que les autres Japonais, et on assure qu'il leur'est permis, seulement de loin en loin, de visiter Dézima; encore ne peuton affirmer que cette permission s'étende aux fllles(l). Les pères pourvoient, diton , aux frais de l'éducation et de l'entretien de leurs enfants leur vie durant, et il arrive fréquemment qu'ils sont autorisés z si ce n'est même sérieusement invités , et conséquemment obligés à acheter quelque emploi pour leurs fils japonais, soit à Nagasaki, soit ailleurs.
De même qu'aucun Japonais ne doit naUre a Dezima, de même il lui est interdit d'y mourir, au moins officiellement. En cas de mort subite, il est extrêmement probable que l'on a recours au naibon, coutume singulière, dont les nombreuses applications ont été pour nous le sujet d une attention spéciale, et qui consiste dans la négation convenue
(i) Cependant nous trouvons dans Thunberg (t. Il, p. ?4a ) que pendant son séjour à Dézima il vit une petite fdle âgée d'environ six ans, qui ressemblait beaucoup à son père européen, et qui demeurait avec lui toute Ctumée. — Thunberg assure d'ailleurs qu'il arrive rarement que les concubines japonaises aient des enfants des Européens. Ce qu'il dit lui avoir été rapporté de l'arrêt prononcé d'avance contre le fruit de ce commerce illicite, qu'on ferait périr au sortir du sein de sa mère, surtout si c'est un garçon; ce qu'il ajoute, d'après d'autres récits, que ces entants sont au contraire soigneusement élevés et envoyé* à l'âge de quinze ans à Batavia; l'inceititude que trahit , encore aujourd'hui, sur plusieurs points relatifs aux véritables conséquences légales de ces unions temporaires, le récit des voyageurs les plus digues des foi : tout nous semble démontrer que nous ne devons accepter qu'avec un certain degré de doute ce qui nous est affirmé ( de très-bonne foi ) sur ce sujet.
de certains faits qui , bien que généralement connus, existent pour un temps ( comme certaines personnes voyagent chez nous) incognito. Mais, relativement à ce point comme à beaucoup d'autres, nous n'avons aucun renseignement positif, et nous devons nous contenter de conjecturer avec ceux qui nous ont précédés dans l'examen et la comparaison desfémoignages , sans nous livrer , comme quelques-uns d'entre eux l'ont fait , à des commentaires moraux ou politiques sur les actes supposés du gouvernement japonais.
Nous avons déjà dit que l'îlot de Dézima était une création due au génie soupçonneux de ce gouvernement; maintenant, il ne faut pas croire que ce sol artificiel ait été concédé à perpétuité ou mis à la disposition des Hollandais pour s'y loger comme bon ils l'entendraient.
Les maisons qu'il leur est permis d'habiter sont la propriété de certains bourgeois de Nagasaki, qui les ont construites et qui en perçoivent les loyers par l'entremise du gouvernement. Ces loyers sont exorbitants ( F 'oyez plus haut la lettre du gouverneur général Van Diémen ). On permet seulement aux Hollandais de se meubler selon leur goût , soit en faisant venir des meubles de Java, soit en en faisant confectionner sur modèles européens par des ouvriers javanais, qui paraissent exceller dans ce genre de travail et dans les arts d'imitation en général , mais qui ne travaillent toutefois qu'à leur convenance, et qu'aucune élévation de salaire ne pourrait déterminer à prendre sur les heures consacrées aux repas ou aux plaisirs , pour hâter l'accomplissement de leur tâche. Encore faut-il que les ouvriers ainsi employés par les Hollandais soient désignés par les autorités japonaises! Certains fournisseurs sont également désignés oîficiellement, et le prix de leurs marchandises est fixé par le gouvernement à 50 pour 100 au -dessus des prix du marché, le gouvernement étant censé prélever sur les sommes ainsi réalisées une partie des frais occasionnés pour la garde et la surveillance du comptoir. Pour une foule d'autres articles qui ne sont pas prohibés et dont les Hollandais peuvent désirer faire l'acquisition, ils sont obligés de s'adresser à une espèce de courtier ou
JAPON
$ acheteur patente, désigné encore aujourd'hui sous le nom portugais de cornprador ; mais, chose étrange ! les achats, une fois faits, ne se soldent pas en argent, car (quels que puissent être les motifs de cette étrange mesure) toute transaction en numéraire est interdite aux Hollandais, et il ne leur est même pas permis d'avoir de l'argent monnayé en leur possession. Les cargaisons de leurs navires sont remises aux mains des agents japonais, qui se chargent de la vente des marchandises, en réalisent le montant, achètent avec le produit lescargaisons de retour, et remettent leurs comptes, sans autre contrôle de leurs opérations, au chef de la factorerie. Les pacotilleurs (et ce sont les employés de la factorerie auxquels le gouvernement colonial accorde, comme supplément de traitement, l'autorisation de spéculer sur certains articles), les pacotilleurs eux-mêmes sont obliges de se soumettre à ce mode indirect et arbitraire de réalisation. Les comptes entre chacun des Hollandais et les fournisseurs et compradors sont réglés et soldés à Taideet à l'époque deces ventesannuelles. Les fournisseurs attitrés, le comprador, on médecin japonais (destiné à remplacer, en cas d'absence, de maladie ou de mort, le médecin hollandais attaché à rétablissement), un chirurgien ou plutôt • un acupuncturiste «japonais (s'il nous est permis de forger ce mot ), et les domestiques dûment autorisés, sont porteurs de certaines passes qui leur permettent d'entrer et de sortir aux heures légales ; mais chacun d'eux doit, avant de prendre possession de son emploi, signer, avec son sang (1) le serment par lequel
(i) 11 est à remarquer que l'obligation de prêter serment est imposée , au Japon , à une foule de personnes, el dans toutes les circonstances qui ■ : rainent une responsabilité quelconque. — - Cest une qualification nécessaire , dit Kœmpfer, pour être revêtu d'un office public, ou pour porter témoignage de faits particuliers, ou pour justifier «on innocence , ou pour la confinnatiou des contrats particuliers , et en général pour quelque sujet que ce soit. Le serment , qui consiste en un engagement solennel de faire telle ou telle chose selon U forme prescrite contenue dans les lois et les statuts de l'empire , se termine toujours par une formule d'imprécation , par laquelle la personne qui se lie ap-
il s'oblige à ne contracter aucune inti- . mité ou amitié avec les Hollandais, à ne leur fournir aucuns renseignements relatifs à la langue , aux lois , aux usages , à la religion ou à l'histoire du Japon ; en un mot, à n'avoir d'autres rapports avec eux que ceux qui sont nécessités par la nature de leurs fonctions. Aucun autre individu , les employés et interprètes du gouvernement exceptés, ne peut entrer dans Dézima sans une permission expresse du gouverneur de Nagasaki. On assure que cet ordre peut être éludé en obtenant ( moyennant un cadeau fait à propos ) de passer comme domestique de I un des employés qui sont officiellement autorisés à visiter rétablissement.
La stricte exécution des mesures prescrites est confiée aux officiers municipaux et à la police de Nagasaki. Un certain nombre de ces officiers , avec un détachement proportionné d'interprètes, se trouve toujours sur les lieux, et il leur est assigné des maisonscomrae résidence ; mais il ne leur faut, à vrai dire, qu'une salle de réunion ou une sorte de corps de garde, puisqu'ils sont relevés toutes les vingt-quatre heures.
• Les interprètes constituent, à Nagasaki, une corporation régulière, et reçoivent un traitement payé par le trésor impérial. On compte de soixante à soixante et dix interprètes assermentés pour la langue hollandaise (2) et un plus grand nombre encore pour la langue chinoise. La factorerie chinoise est relegoee dans un coin voisin de la ville de Nagasaki, comme le comptoir hollandais, mais sur le territoire même de la ville. Les interprètes attachés à chacun de ces établissements ne peuvent les visiter qu'en compagnie et sous la surveillance d'un officier municipal ou (comme
pelle sur sa téte et sur la tète des siens le courrou* vengeur des divinités de l'empire, dans le cas où elle n'observerait pas religieusement et ponctuellement les articles ou conditions de l'eugagement. Elle signe le serment et le scelle de son cachet trempé dans l'encre noire où elle verse quelques gouttes de son sang , qu elle tire eu piquant un de ses doigts derrière l'ongle. •
(a) Ou en comptait cent cinquante du temps de Kœmpfer.
L'UNIVERS
le veut Fîsscher) d'un espion. On a fait, à ce sujet la remarque que le système entier de l'administration au Japon repose sur t espionnage , mais qu'il est peu probable que l'espionnage s'exerce ainsi au grand jour. Cela nous semble une dispute de mots. Que les domestiques japonais soient plus spécialement chargés de rendre compte aux autorités de tous les détails qui peuvent les intéresser dans la conduite des Hollandais et dans celle des interprètes et des officiers municipaux eux-mêmes, cela nous paraît d'autant plus probable que ces domestiques comprennent et parlent, presquetous, I» hollandais; mais l'espionnage ou au moins la surveillance la plus rigoureuse et la plus active est à l'ordre du jour dans toute la hiérarchie administrative (comme nous le démontrerons plus loin), et nous sommes porté à croire que Fisscher dans ce sens a raison.
Lors de l'arrivée des navires hollandais et pendant le déchargement, IVhat des cargaisons de retour, le chargement des marchandises et les préparatifs de départ, les rapports du chef dii comptoir avec le gouverneur de Nagasaki et ses subordo inés sont nécessairement plus fréquents, plus directs et plus compliques ; et la manière dont ces négociations sont conduites de la part des Japonais semble devoir donner la mesuré des égards avec lesquels les Hollandais sont traités par les autorités du pays. Il y a sur ce point diversité d'opinions. Siebnld maintient que le chef du comptoir hollandais est encore expose à bien des insultes et forcé de te soumettre à des humiliations de tout genre, tandis que la plupart des Hollandais affirment qu'ils sont traités avec tous les égards et le respect qu'on peut raisonnablement attendre dans la dépendance relative où ils se trouvent. L'un , eu signalant ces concessions humiliantes, les attribue nou pas aux basses inspirations de l'intérêt personnel , mais a un sentiment patriotique, qui tait taire les suggestions de l'amour-propre devant le désir honorable de conserver à la Hollande les avantages d'un commerce lucratif.
Les autres font, au contraire, bon marché de cette considération toute commerciale, et se montrent jaloux avant tout de conserver la dignité nationale
et individuelle, qu'ils ont la prétention de préserver de toute atteinte sérieuse. Nous avouons que cette prétention ne nous semble rien moins que légitime en présence des faits dont nous empruntons le récit aux Hollandais eux-inêmes. Parmi les faits qui permettront à nos lecteurs de porter un jugement impartial sur cette question d'amour-propre, il en est un qui domine tous les autres, et sur lequel, conséquemment, nous devons, avant tout, appeler leur attention; fait qui touehe d ailleurs à des questions d un plus haut intérêt philosophique que celle de la position
fdus ou moins honorable que les finlandais ont acceptée au Japon. Nous voulons parler du souverain mépris que toutes les classes influentes, au Japon, les nobles surtout et les fonctionnaires bublics, même ceiix d'un rang secondaire, témoignent et éprouvent pour toute espèce de trafic. Sous l'influence d'un pareil préjuge, il n'est pas probable que les officiers japonais traitent le chef dit comptoir hollandais comme l'un de leurs égaux, et le juste degré de considération qu'ils lui accordent est mesuré par l'assimilation qu'ils établissent entre ce chef commercial et lès marchands japonais, auxquels if est interdit de porter le sabre. D'dprés leurs Institutions, lè plus riche négociant japonais ne peut échapper à cette interdiction ignominieuse qu'en obtenant de quelque noble indigent ( en considératioh des services peCuniaireS qu'il lui a réi dus) l'autorisation de se faire porter sur la liste de ses domestiques, et en cette qualité seulement il lui est permis de paraître en public armé dun sabre. Maintenant, ce chef du comptoir est le seul Hollandais auquel il soit accordé de porter une épée, et encore ne doit-il la ceindre que dans de certaines ocrasionsd'apparat. Comment admettre d'après cela que celui qui u'est autorisé à porter qu'un sabre ou une épée , et encore dans des occasions déterminées, puisse se considérer comme l'égal de celui qui a le droit de porter constamment deux sabres, ou même de celui qui en porte constamment un?
11 nous parait donc démontré que sur ce point décisif d'étiquette (eteeu est pas le seul ) les llollaudais se sont ré-
signés à abdiquer en grande partie leur dignité individuelle. Mais on a suppose à tort que certaines de leurs concessions avaient eu . et présentaient encore un caractère plus grave et réellement déshonorant, flous voulons parler du reproche qui leur à été adressé d'avoir acheté le maintien de leurs* privilèges commerciaux par une lâche soumission aux ordres du gouvernement japonais^ qui leur aurait prescrit et leur prescrirait encore de fouler publiquement aux pieds les images révérées de h Vierge, sainte et de son divin Fils ! Rien ne démontre qu'à aucune époque de leur établissement au Japon les Hollandais se soient rendus coupables de cette bassesse. Tant u.u< les Japonais ont pu craindre que les doctrines chrétiennes eussent laissé dans l'empire , malgré leur extirpation sanglante , des germes que la moindre tolérance tendrait à développer, ils ont sévèrement interdit a Jerrr* bâtes européens l'exercice de leur refigidrt et les plus légères manifestation* de leurs" crof ahces ; mais Us n'ont pas exigé l'abjuration de ces croyances, et encore moins ont-ils voulu que le sacrilège et l'insulte attestassent périodiq lement la sincérité de l'abjuration. I^es humiliations imposées ont été grandes *ans doute, et on peut s'étonner ou'e les aient été acceptées ; mais , pour I honneur du nom chrétien, on peut aflîrmer qu'elles n'ont pas ,été jusqu'à, ce degré d'avilissement. Il faut avouer en même temps que l espoir d'échapper à la proscription qui menaçait tous les Européens que le commerce avait attirés au Japon a déterminé de bonne heure les Hollandais à représenter leur Christian sme Comme entièrement différent dé celui des Portugais et des Espagnols; èt le commissaire impérial qui visitait Firato en 1640 avait raison de leur dire : « Nous pensions que votre Christ et le leur n'étaient pas le même Dieu! » D'ailleurs, leur soumission empressée à tous les sacrifices qui leur étaient demandés , précisément au point de vue religieux , devait donner aux Japonais une idée peu favorable de leur moralité et îeur attirer le mépris de ce peuple dont les actionà reconnaissent pour principaux mobiles le point d'honoeur et le respect pour les institutions.
Nous reviendrons plds tard sur les circonstances qui ont accompagné la suppression du christianisme au Japon et sur l'abjuration exigée encore de nos jours, non des quelques Européens qui sont sou Morts à I extrémité de l'empire, mais d'un grand nombre de sujets japonais. Complétons,, autant qu'il est en nous, le tableau que présentent les relations établies à Dézima entre les autorités japonaises et les Hollandais.
Mrylan, qui a été chef du comptoir, et qui parait moins disposé qu'aucun de ses prédécesseurs à exagérer tes honneurs qui lui ont été rendus, regarde comme une immense prétogatlce que le principal officier de police de Nagasaki et le maire dé cette ville, quand ils 0"t à traiter de quelque affaire avec le chef du comptoir; viennent le trouver chez lui, au lieu de l'appeler à leur tribunal (dans l'tle). Voici comme il rend compte de cette visite officiel le.
■ En pareille occasion , Vopperhoo/d est tenu de se disposer à recevoir ses nobles hôtes en faisant étendre un tapis, préparer des confitures et des liqueurs, qui seront offertes au moment convenable. Il doit attendre à sa porte l'arrivée du dignitaire japonais; et quand celui-ci s'est assis, à la manière du pays, c'est-à-dire sur ses talons , Vopperhoo/d s'accroupit dé la même manière sur le tapis, et salué deux ou trois fois, courbant la tête jusqu'à terre, ce qui s'appelle « faire son compliment. • Jusque-là rien à dire , puisque c'est ainsi que les personnes de distinction au Japon se reçoivent et se saluent: mais où se trouve une différence offensante, c'est qu'entre Japonais ce mode de salut est réciproque, tandis qu'à une entrevue entre un Hollaudais et un seigneur japonais du rang de gobanyo&l (I), le gobanyosi ne rend pas au Hollandais son salut , et celui-ci doit se considérer
(i) Siebold assure, et il y a tout lieu de penser, d'après l'ensemble des témoignage*, qu'un gobanyosi , ou principal officier de police au Japon n'est nullement considéré comme un haut dignitaire. L'officier municipal que nous trouvons désigné sous le litre de maire ou bourgmestre ne doit pas occuper non plus un rang aussi élevé que celui que les Holkudais paraissent lui assigner en général.
L'UNIVERS
comme fort heureux quand il a affaire a un gobanyosi ou à un maire de Nagasaki qui daigne témoigner son approbation par un léger signe de téte. » Cela est d'autant plus remarquable pour un nouveau débarqué a Dezima, qu'il voit les Japonais, entre eux, pleins de démonstrations d'une politesse cérémonieuse, en quoi ils ne cèdent à aucune autre uation ; sans en excepter les Chinois. Une autre remarque importante a faire, c'est qu'aucun dignitaire japonais, à commencer du gobanyosi, n'adresse jamais directement la parole a un Hollandais, mais, invariablement, par l'intermédiaire d'un interprète. On pourrait s'imaginer que ceci est un inconvénient inévitable, les personnes en présence ne pouvant se passer d'interprète pour lier conversation ensemble ; mais telle n'est pas la cause de cette formalité rigoureuse : car plusieurs chefs de comptoir, par une étude assidue du langage, se sont mis en état de se faire cornprendreaisément,etquelques-unsd'eutre eux ont même essayé d'adresser la parole directement au dignitaire japonais en laissant l'interprète de côté, mais en oain : le haut personnage a fait semblant de ne rien comprendre, et a désigné à son interlocuteur l'interprète comme le milieu inévitable par lequel ses paroles devaient passer pour être légalement compréhensibles. Nous en concluons que ceci est un point d'étiquette, et que les Japonais l'ont réglé d'une manière peu flatteuse pour les Hollandais (1). Nous sommes d'autant plus porté à croire qu'il en est ainsi, que le nombre des intermédiaires augmente avec la qualité du personnage qui donne audience au chef ou au président du
(i) Nous concluons des relations des voyageurs les plus éclairés et des renseignement* nue nous avons recueillis de la bouche même d'un Hollandais distingué par ses connaissances et qui a séjourné longtemps au Japon , qu'il s'agit ici non pas seulement d'uue question d étiquette relative aux Hollandais eu particulier, mais d'un principe général en vertu duquel il est interdit à tout officier japonais, autre qu'un interprète assermenté du gouvernement , de comprendre officiellement les langues européennes , et il lui est interdit également de comprendre uu étranger qui lui
il ci î*l ^ t I *,\ | ' i l 1 1 1 1. 1 1 J \.l|M tEl^tl^ *
Etoir. Quand le gouverneur de Nai, par exemple, reçoit le président mptoir, il adressera parole à sou secrétaire , celui-ci à l'interprète, et l'interprète au président, dont les réponses passent à l'interprète , de celui-ci au secrétaire et enGn au gouverneur.
Uopperhoofd a deux audiences , chaque année, du gouverneur de Nagasaki; l'une pour lui présenter le fa s sa h, c'està-dire le présent annuel (1) que le gouvernement colonial transmet aux autorités ; l'autre au départ des navires. Le dialogue ofûciel qui doit avoir lieu dans ces circonstances est régie d'avance, et toujours le même. Voici , d'après Meylan, quelles sout les demandes et les réponses :
En présentant le fassak.
Le président ou chef du comptoir. — « J'éprouve une bien vive satisfaction à trouver sa seigneurie le gouverneur en parfaite santé, et je la prie d'accepter mes félicitations. Je dois aussi remercier sa seigneurie de l'aide qu'elle a Lien voulu continuer à accorder aux Néerlandais dans les affaires de leur commerce , pendant le cours de cette année, et je viens, en conséquence, offrir à sa seigneurie , de la part du gouverneur général de Batavia, les présents qui lui sont destinés selon l'ancien usage , et qui sont détaillés dans la liste déjà remise par moi. -
Le gouverneur. — ■ Il m'est fort agréable de voir le président ( horanda capiton ) en bonne santé : je l'en félicite aiusi que de l'heureuse conclusion des affaires de commerce, et j'accepte avec reconnaissance ( mot à mot , selon MejUn, • je le remercie pour - ) le présent qui m'e t offert , selon l'ancien usage , au nom du gouvernement suprême de Ratavia. Comme le temps fixé pour le départ des navires approche, le président aura soin qu'iU soient bientôt prêts à mettre à la voile, et aussitôt qu'ils seront , en effet , en mesure de partir, il en instruira le gouverneur. -
Le président. — « Sa seigneurie me fait honneur en acceptant les présents qui lui
(i) Ces présents ne sont point considérés par le gouvernement du Japon comme uu don, mais comme un tribut, comme une redevance. — Fassak, en chinois pa-w , signifie le premier jour du huitième mois. C'est la date à laquelle les employés de Nagasaki acquittent leur contribution de salaire (probablement la retenue faite sur leurs appointements au proût du trésor impérial ). Voyea Siebold, t. rr,p.*3*.
JAPOS.
sont offerti. J'aurai soin que les navires soient bientôt prêts à partir, et je ne manquerai pas ,
aussitôt qu'ils le seront, d'en informer le gouverneur. »
Là se termine l'audience. Le chef du comptoir passe alors dans uneautre salle, et demande la permission de présenter ses devoirs , en particulier , aux secrétaires du gouverneur. Les secrétaires viennent , et après les salutations ou le compliment d'usage , le président dit :
■ Je suis heureux de voir messieurs les secrétaires en bonne santé, et je les remercie d'avoir bien voulu prendre la peine de s'occuper de nos affaires de commerce. ■
A quoi le premier secrétaire répond , tant en son nom qu'au nom de son collègue:
« Nous sommes bien aises de voir le président eu bonne santé et espérons qu'il continuera à se bien porter. »
A l'audience qui précède le départ des navires :
Le président. — « Je prie sa seigneurie d'agréer les vœux que je forme pour sa santé, et j'ai l'honneur de l'informer que dans la journée d après-demain , ao du courant, les navires qui, grâce à l'assistance de sa seigueurie , sont prêts à partir, trout mouiller à Papenberg (i). ,
(i) Un edit impérial prescrit aux navires hollandais , qu'ils soient prêts ou non à mettre à la voile, de quitter la rade de Nagasaki le vingtième jour du neuvième mois japonais, lis peuvent cependant, sous prétexte (Taltendreun vent favorable, demeurer quelque temps a l'ancre sous Papenberg (file ainsi nommée, dit-on, en mémoire des papules, c'est-à-dire des moines portugais qui furent précipités du haut de ses rochers dans la mer, pendant la persécuUoo ordonnée contre les chrétiens }. — L'audience de départ a toujours lieu le 18. Le Jour précis du départ est fixé par le gouverneur, et il faut que son ordre s'exécute sans le moindre délai « quelque contraire que puisse être le vent * dit Tbunherg « et quelque tempête qu'il fane! ■ — Nous croyons ceci un peu exagéré ; mais il est certain que même par un mauvais temps, le départ une fois ordonné, les navires doivent appareiller, sauf à être remarques par des centaines de bateaux japonais, dont les longues files s'évertuent a les mettre dehors au chant cadencé des rameurs, ce qui offre, assure-t-on, et nous n'avons pas de peine à le croire, le spectacle le plus étrange et le plus pittoresque à fois. L'ordre et l'ensemble qui régnent dans cette opération ont souvent excite t'étonnement des voyageurs et principalement des marins ( V oyez à cet égard la relation de Krusenstem, tome I, p. 360).
Le gouverneur. — « Je suis satisfait d'ap-
E rendre que les navires sont prêts à mettre à i voile , et le président veillera à ce qu'ils partent ( ou « pour les autoriser à partir - ) dans la journée du ao. Je vais maintenant donner lecture des ordres de l'empereur, pour que le président sache ce qui lui reste à faire : qu'il écoute ! »
Le président. — « Je remercie sa seigneurie de vouloir bien autoriser le départ des navires, et je suis prêt à écouler les ordres de l'empereur. »
Le gouverneur lit alors en japonais et l'interprète répète en hollandais un document dont le sens est que : Si les Hollandais désirent continuer leur commerce avec le Japon , ils ne doivent ni amener aucune personne de cette nation à Nagasaki, ni entretenir aucune relation avec des Portugais, et que dans le cas où ils auraient connaissance de quelque dessein hostile des Portugais à Pé-
{;ard du Japtn ils doivent en prévenir e gouverneur de Nagasaki. Ils doivent aussi respecter les jonques chinoises qui sont autorisées à se rendre au Japon, ainsi que tous navires appartenant aux Iles Liou-Kiou, ces îles étant sous la dépendance du Japon. Cette lecture faite, le dialogue officiel continue comme il suit :
Le gouverneur. — « Tous vous conformerez strictemeut aux ordres de l'empereur, et, de plus , le président exigera des Hollandais qui restent ( à Dézima ) qu'ils tiennent une conduite convenable » ( mot à mol , « qu'ils se comportent bien » ).
Le président. — « Je me conformerai Gdèlement aux ordres de l'empereur qui viennent de m'ètre communiqués , et j'en ferai part au gouvernement suprême à Batavia. J'exigerai des Néerlandais qui resteront à Dézima qu'ils se comportent d'une manière convenable. »
Ce que nous venons de dire suffit, nous le pensons , pour que nos lecteurs achèvent de se faire une idée générale assez exacte de la manière dont la vie se passe à Dézima. Nous avons déjà remarqué qu'aucun Japonuais n'a la permission d'y mourir officiellement. Pour les Hollandais , ils peuvent y mourir sans aucune objection ; mais au lieu d'exiger, comme on le faisaitdu temps de Van Diemen, que la mer leur serve de tombeau, on a assigné pour cimetière à la factorerie une certaine portion de terrain
L'UNIVERS
dépendante d'un temple près de Nagasaki, en sorte qu'à cet égard, au moins, et par un étrange contraste avec les autres mesures de police dont les prisonnier de Dézima sont l'objet , les Hollandais sont traités comme s'ils avaient l'honneur d'être Japonais. Un mort hollandais est donc euterré non pas avec les formes du christianisme, bien entendu , mais avec le même respect et les mêmes cérémonies qu'un sujet de
es mêmes cérémonies qu un sujet de 'empire , et les prêtres du temple auquel appartient le champ du repos prennent le même soin de la sépulture de l'étranger que s'il s'agissait de l'un de leurs compatriotes et, qui plus est, dé l'un de leurs coreligionnaires ! La factorerie reconnaît cette faveur par un don annuel au temple qui protège la dernière demeure de ceux de ses membres qui expirent sur l'îlot fatal de Dézima ! En ce qui regarde ce point important du respect et des égards que les Japonais refusaient jadis aux morts européens aussi bien qu'aux vivants, il y a donc eu une amélioration notable (même depuis que Thunberga visite le Japon : t oye% son récit, tome il, p. 27 ); mais nous craignons que le séjour de Dezima ne justifie encore pleinement ce que ce même Thunberg en disait il y a soixante-douzè ans :
• L'Européen condamné à passer sa vie dans cette solitude serait réellement enterré vif.... Étranger à tout ce qiii se passe sur la scène du monde , on végète dans la nullité morale la plus absolue. L'esprit n'a point d'aliment , la volonté est nulle, et le plus sage parti est de se dépouiller de « toutes ses facultés impératîves, pour s'identifier, pour ainsi dire, avec celles des naturels, qui vous épargnent la peine de commander et ne vous laissent aue le soin d'obéir! •
Tel est, qu on juge à propos de les plaindre ou non, le sort des Hollandais a Dézima ! Cet état de captivité permanente , cette monotonie d'existence végétative, sont cependant interrompus de temps à autre, pour quelques-uns des captifs au moins, par des causes dont nous devons nous occuper. Et d'abord il est permis à tout membre de (a factorerie de solliciter l'autorisation de visiter la ville de Nagasaki et ses environs. Il suffit, à cet effet, qu'il
adresse, vingt -quatre heures d'avance, une pétition au gouverneur par l'intermédiaire d'un interprète. Le gouverneur refuse rarement ou même ne refuse ja- 1 mais l'autorisation demandée, mais c'est à la condition que l'infortuné promeneur soit accompagné par un certain nombre d'officiers de police et par le comprador, qui èstexclusivement chargé de pourvoir aux menues dépenses et achats que l'étranger peut avoir la fantaisie de faire pendant sa promenade.
Ces compagnons obligés sont, à leur tour, accompagnes de leurs domestiques, en sorte que cette petite excursion entraîne la présence d'au moins vingt-cinq à trente personnes ! On comprend qu'une promenade entreprise dans de pareilles conditions ne soit pas fort agréable , surtout quand il faut tenir compte de l'importune escorte de tous les gamins japonais, qui poursuivent le groupe ambulant partout ou il se présente, eu criant à tue-tête , tioranda 7 Horanda ! b'ailleurs, chacun des officiers a portais qui ont mission d'accompagner, le prisonnier momentanément libéré, se reconnaît le droit d'inviter à cette partie de plaisir autant de ses amis qu'il le juge convenable, et le pauvre Hollandais est dans la stricte obligation de les régaler tous. Il ne gagnerait rien à s'associer, pour une expédition de ce genre, avec un de ses collègues du pomptoir , car danâ le cas où Yexeat autoriserait cette combinaison le nombre de surveillants serait doublé, et côuséqùeminèut celui des convives.
Le but dé ces1 excursions est toujours à peu près le même. On se promené dans les rues de Nagasaki, on parcourt les campagnes environnantes, on visité un temple, où l'on se fait servir unè collation, ou bien on s'arrête dans les principales maisons à thé. Comme il faut , en tout cas , passer par la ville., commençons par résumer en peu de mots ce qu'elle offre de remarquable.
Nagasaki s'étend sur le pencbantd'une colline : comme toutes les villes japonaises, elle est régulièrement bâtie , et chaque maison avant son jardin, grand ou petit, l'ensemble offre un coup d'oeil attrayant. Les maisons sont basses.
Aucune n'a , à proprement parler , plus d'un étage habitable, au-dessus duquel
Dl
JAPON
se trouve parfois une sorte de grenier contribue beaucoup à donner à la ville
ou mansarde, tandis que dans quelques- un aspect des plus pittoresques. Le plus
unes on remarque au-dessous du pre- humble propriétaire aspire a la posses-
mier étage une espèce de rez-de-chaus- siond'uu petit jardin de ce ^enre; et si
sée, ou plutôt un soubassement ouvert, l'espace lui manque allument, il cul-
qui peut-être sert de hangard, maisdont tive au moins dans des pots quelques
le principal us;ige est d'exhausser l'étage plantes belles ou curieuses,auxquellesles
habité. La hauteur de la façade, le jardiniers japonais savent imposer les nombre des fenêtres sont déterminés par la loi. Tontes les maisons sont en
formes les plus étranges, ou dont ils on!» l'art d'arrêter le développement naturel
bois, et, pour la plupart, crépies avec un sans que cette végétation rabougrie les mélange de terre glaise et de paille ha- condamne a la stérilité (l). 11 ne faut pas chée. Une sorte de ciment ou de stuc trop prendre à la lettre ces rensei^nedont les murailles sont revêtues à l'ex- meiitsgéuéranxsurrarchitecturedomestérieur leur donna l'apparence de la. tique au Japon. Les circonstances lopierre. Les fenêlres portent en guise de cales, les b. soins et (es ressources des vitres des feuilles de papier très .fin et familles modifient la lormedes bâtiments très- fort oui admettent assez de lumière Près des marches, dans les grandes rues pour éclairer l'intérieur de la maison, bornées en grande partie de magasins et , mais ne permettent pas de distinguer les de boutiques, les maisons se touchent objets extérieurs. Celles du côté de la me et n'ont pas de jardins 11 ..rrive assez sont garnies de volets et de jalousies, lés souvent qu'un grand nombre de ces maiautres paraissent n'avoir que des volets, sonnettes sont construites de manière à La maison est, en général , entourée former une espèce de cité, comme nous d'une varande ou galerie qui commu- en compions par dizaines a Paris ; l'esniqueavec tous les appartements (I). pace libre au centre est occupé par des La façade des principales habitations arbres, .les fleurs, de petits jardinets japonaises est occupée par un graud appartenant a une ou plusieurs de ces portique, où sont déposés les palanquins, maisons. Toutes gagnent à celtedisposiles parasols, les sandales des visi- tion au point de vue hygiénique comme teurs , et où se tienneut les domesti- sous le rapport de l'agrément. Dans ce ques, les personnes qui ont affaire au cas, et daus beaucoup d'autres probablemaitre de la maison, etc. Ce portique ment, la partie postérieure des habitacornmunique avec les diverses depen- tions n'est pas assujettie à la forme triandances , offices, etc. La famille habite gulaire.
les derrières de la maison du côté du jar- Ce qu'il y a de plus remarquable dans din. Cette partie du bâtiment aune l'architecture domestique, c'est que chaforme triangulaire qui lui donne plus que habitation a son magasin de sûreté, d air, plus de lumière et un aspect plus sépare du corps de logis, et dont la cousriant. J*e jardin, quelque petit qu'il soit, tructiou a été suggérée par la fréquence est un paysage en miniature, avec ses des incendies au Japon, plas encore que rochers, ses montagnes, ses lacs, ses par la ixainte des voleurs (les vols étant arbres, ses chutes d'eau, et contient tou- au contraire peu fréquents). Ces mugajours une chapelle ou oratoire consacré tins sont, comme les maisons ordinaires, .... AAmtinn* de la famille. Cette imi. construits principalement en bois , mais
J"«is un*- |- - — — »
aux dévotions» de la famille. Cette imi tation en raccourci des beautés de la nature peut nous paraître ridicule, mais il est certain que 1 ensemble de ces jardins accidentes avec leurs touffes de verdure
(i) Les tôurs de force de l'horticulture «ont également eu grand honneur en Chine. Peut -être même sout-ce le» Chinois qui en ont donné le goût aux Japonais ; mais dans ce cas ceux ci ont dépassé leurs maîtres, au (i) Il faut Ure dans Cbarlevoix la descrip- dire des voyageurs les plus dignes de foi. tion détaillé*: qu'il donne d'une jolie m u -.on Au reste, il y a de graudes analogies dans japonaise et de son jardiu, Toi. I, p. 40 et les détail» de la civilisation des deux pays, suivante». — Le» pl»ucb^ du grand ouvrage quoique le caractère uational diflere essende SivboUi en douneut d'ailleurs uue idée fort tiellemeot. C'est ce que nous aurons souvent exacte : voir au**i notre lig. i3. occasion de constater.
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avec plus de solidité, comme nous allons le même but des espèces de souterrains, l'expliquer à l'instant, et leur apparence qui s'appelaient aozoo ou anagoura, est telle que Siebold, quand il vit pour la et auxquels on parait avoir renoncé dans première fois ces constructions, en prit des temps plus modernes, de loin quelques-unes pour des demeu- Revenons aux promenades de nos res seigneuriales. Il parait que selon la exilés. — Quand on est une fois hors de fortune des propriétaires le nombre de la ville, le spectacle que présente la ces magasins augmente, et qu'alors cha- campagne est si riche et si varié, les que magasin a sa destination spéciale, points de vue les plus pittoresques se Celui qui est destiné à mettre en sûreté succèdent avec une telle rapidité, eml'or, l'argent, lesobjets précieux, est d'une brassant à la fois moutagnes, vallées, construction plus substantielle et gardé terre, ciel et mer, que le spectateur, avec plus de soin que ceux où l'on serre absorbé dans la contemplation de ces les grains, les provisions ouïes marchan- panoramas merveilleux, oublie comdises. La charpente des uns et des au- plétement la surveillance dont il est très est en bois, les pièces qui la compo- l'objet! D'ailleurs les Japonais sont euxsent sont plus fortes que celles qu'on mêmes très-sensibles aux charmes de emploie en général à la construction des la belle nature, et se passionnent aisémaisons. Les interstices sont remplis ment pour les ravissantes perspectives avec des pierres et des briques unies par que le pays offre ici de toutes parts, un mortier, et le tout est recouvert d'une Rien ne prouve mieux ce goût inné des couche épaisse décrépi, ce qui donne à Japonais que le choix qu'ils font invala muraille une épaisseur totale d'un à riablement des plus beaux sites pour y deux pieds. Le toit de ces magasins est construire leurs temples. On compte crépi également avec un soin particulier plus de soixante de ces temples dans un et recouvert de fortes tuiles. La porte rayon très-borné autour de Nagasaki, d'entrée est protégée de la même ma- Tous sont de la construction la plus m re. L'édifice a, en général, deux étages, simple et sans ornements Ils sont, On y ménage quelques ouvertures ou fe- comme les maisons ordinaires, entièrenétres, pour y donner du jour et de l'air; mententourésd'unevaraude, et plusieurs mais chacune de ces ouvertures est petits temples ou chapelles se groupent munie d'un volet en cuivre. Entin , un souvent autour de l'édifice principal.
grand vas« rempli de boue liquide ou Les uns sont des temples bouddhistes,
épurée bien délayée est toujours placé les autres appartiennent à la religion
dans le voisinage immédiat du magasin sintoo ou shiyanin. Ceux-ci sont dé-
ou à la porte même d entrée, pour appli- signés par le nom de miua, les tem-
querau besoin cette solution simple mais pies bouddhistes par celui de tera. L'en-
efficace aux parties du bâtiment qui peu- ceinte des temples bouddhistes est
vent être menacées par un incendie. Ces appelée aussi tera ou tera-yasiki;
C récautions paraissent avoir le résultat l'enceinte des temples sintoo, yasiro.
; plus satisfaisant et les magasins de Cette classification , dont nous tenons
sûreté japonais sont en effet à l'épreuve indirectement le détail des Japonais eux-
du feu; car le président Doeff, décrivant mêmes, est probablement plus exacte que
les ravages causés, de son temps, par un celle de Siebold, qui appelle un grand
grand incendie qui détruisit entièrement temple yasiro, et les petits temples ou
onze rues de Nagasaki et en partie plu- chapelles miya. Quoi qu'il en soit, les
sieurs autres, observe qu'il n'y eut pas temples sont situés sur les montagnes,
un seul magasin d'endommagé. Il arrive et chaque temple a son jardin qui l'en-
cependant quelquefois , lorsque les ma- toure et d'où la vue est magnifique,
gasins se trouvent dans le voisinage im- Ces jardins sont le rendez-vous ordi-
médiat des maisons enflammées, que la naire de ceux qui veulent se divertir. De
charpente s'échauffe au point de se car- grandes salles, non consacrées au culte
boniser, et que le contenu est détruit ou des divinités, sont tenues, s'il faut en
au moins tres-avarié. Les magasins or- croire Siebold , à la disposition des
dinaires portent le nom de koura ou voyageurs par les prêtres japonais , qui
kioura. On construisait autrefois dans les louent pour des parties de plaisir.
JAPON
des banquets et même des orgies!
Des renseignements plus récents (I) portent à croire que des réunions profanes du genre de celles auxquelles Siebold fait allusion sont très-rares, et forment exception aux règles générales.
On donne quelquefois asile dans les temples aux voyageurs et en particulier aux religieux voyageurs; mais on ne loue les salles disponibles , comme salles de divertissement, qu'à l'occasion de quelque grande fête. D'ailleurs, on trouve souvent des cha-ya ou maisons a thé ( qui sont au Japon ce que les cafés sont chez nous), non dans l'enceinte des temples, mais dans leur voisinage immédiat. Il est bon de faire observer aussi que les prêtres ou religieux de la secte sintoo sont mariés, et ne demeurent pas dans leurs miyas, et que souvent tes religieux bouddhistes ne résident pas non plus toujours dans le Urayasiki. — Nos réserves ainsi formulées, nous reprenons notre récit et rappelons à nos lecteurs que le Hollandais autorisé à visiter les environs de Nagasaki est dans l'obligation de.
régaler l'escorte officielle et officieuse qui l'accompagne dans sa promenade.
Le lieu du festin est presque toujours l'un des temples dont nous venons de parler. Fort heureusement, il n'est pas toujours nécessaire que le promeneur fasse lui-même les honneurs du banquet, et il arrive Quelquefois que ses surveillants immédiats, les officiers de police, lui permettent de rôder à sa guise , en compagnie d'un seul interprète, d'entrer dans les boutiques et d'y acheter ce qui lui platt sous la protection du naU bon , c est-à-dire incognito , tandis que la bande joyeuse se divertit à ses dépens. Dans de certains cas, le rendezvous désigné est l'une de ces maisons à thé patentées où l'on se réunit pour boire, pour entendre de la musique et dans un but moins innocent, que nous ne saurions entièrement passer sous silence à cause de l'originalité caractéristique des faits et coutumes qui s'y rattachent dans ce singulier pays.
Les propriétaires de ces établissements sont autorises à acheter un certain nom-
(i) Toirle Chinese JRepository, vol. IX, 4 7 » » note (1840).
bre déjeunes filles appartènant â la classe indigente. Ces filles sont élevées par eux dans un but exclusif de prostitution. Pendant leur enfance elles servent comme domestiques; mais on ne perd pas de vue leur éducation , qui est , au contraire, l'objet de soins assidus.
On leur apprend tout ce qui peut contribuer à rehausser leurs avantages naturels, développer leur intelligence et donner à leur conversation un attrait propre à augmenter le pouvoir de leurs charmes. Semblables en ce point aux courtisanes de l'ancienne Grèce, elles réunissent à la grâce ou la beauté des formes ou l'élégance des manières ; et de même que les maris d'Athènes conduisaient leurs femmes chez Aspasie pour se former sur ce modèle de conversation attique, d'instruction et de bon goût, de même les Japonais n'hésitent pas à inviter leurs femmes à les accompagner dans ces lieux consacrés au plaisir pour y jouir des danses, de la musique et de la conversation de ces personnes dégradées par leur profession, mais distinguées par la supériorité de leur éducation.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans tout ceci , c'est la position respective que l'opinion des Japonais, peuple aussi jaloux qu'aucun peuple de la terre de la réputation et de l'honneur des femmes, assigne dans l'échelle morale à ces victimes de la prostitution et à leurs mattres. Tandis que ces infâmes spéculateurs, ces exploiteurs de la dépravation, sont l'objet du mépris le plus profond et le plus universel, les prostituées elles-mêmes sont traitées avec une indulgence marquée et dont les effets se manifestent , comme nous le verrons bientôt , par une sorte de réhabilitation morale dans des circonstances données. Ces malheureuses sont considérées, pendant l'exercice de leur triste profession, comme des agents involontaires du vice patenté; et comme d'ailleurs elles ne sont point esclaves , mais seulement louées pour un certain nombre d'années aux maîtres des maisous à thé y quand le temps de cet odieux engagement expire, elles peuvent retourner au sein de leur famille et trouver des occupations qui les réconcilient avec la société. Plusieurs d'entre
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elles vont grossir les rangs d'un ordre particulier que l'on peut désigner comme l'ordre des nones mendiantes. Un grand nombre, à ce qu'on assume, réussissent à trouver des maris, et ne le cèdent en rien aux plus respectables des épouses et des mères dans l'accomplissement Je tous les devoirs domestiques. F.n tout cas, la fille publique une fois légalement débarrassée du métier avilissant que la cupidité lui avait imposé n'est désormais jugée que par Ips actes de sa vie nouvelle, et personne ne sonne à lui rappeler ou ne se permet de lui rappeler les désordres de sa vie passée. On trouve dans les diverses relations des détails tres-curieux sur les différentes classes de prostituées, sur I ur origine, sur leurs privilèges, etc.;rnahj il résulte pour nous de la comparaison et de la discussion des renseignements qu'on a recueillis jusqu'à ce jour sur cette institution spéciale (s'il nous est permis d'employer cette designatiou ), que nos voyageurs, et ù plus forte raison nos missionnaires européens, n'étaient pas dans des conditions d'instruction et d'iudépendance morale qui leur permissent d'apprécier convenablement un état de choses aussi contraire à nos idées, à nos préjugés, à nos habitudes. Les courtisanes de ra Grèce, les bayadères de l'Inde , et en général la classe de femmes qui, dans l'Orient, joue, à de certains égards, un rôle analogue à celui de nos filles publiques, diffère radicalement, sous d'autres points de vue , de cette classe dégradée qui chez nous se livre exclusivement a la prostitution. Au Jupou comme en Grèce, comme dans l'Inde antique et moderne, les femmes galantes par profession paraissent avoir une mission poétique et religieuse qui se lie aux anciennes bases de l'organisation sociale, et qui leur permet de conserver quelques droits aux prérogatives de leur sexe et aux égards delà société. Le fameux drame hindou Mrichchakati , si habilement traduit pir Wilson, n>us offre dans le caractère touchant de f'asantasena un exemple frappant de cette existence exceptionnelle et cependant nécessaire en apparence à une organisation sociale qui s'est formée et maintenue dans des conditions qui diffèrent essentiellement
de celles qui sont imposées à nos sociétés européennes (1).
Le nombre de ces maisons à thé , maisons de plaisir et de débauche, au Japon, dépasse toutes nos suppositions européennes. Les voyageurs hollandais s'accordent à dire qu'à Nagasaki seulement (ville de soixante-dix mille âmes au plus?) (2), ou n'en compte pas moins de sept cent cinquante. Sur toute la longueur de la route impériale qui conduit à Yédo les auberges sont en même temps et avant tout des lieux de prostitution, ou en ont dnns leur dépendance et leur . oisinage immédiats. La factorerie de Dezima est obligée de * demander à ces magasins impurs son approvisionnement de servantes et de concubines!
Quel que soit le but de l'excursion permise, le promeneur doit être de retour au soleil couché. Rien ne peut l'affranchir de cette obligation rigoureuse ; et on conçoit qu'il n'en puisse être autrement, les portes de Dezima restant invariablement fermées depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever.
Dans le cas où un Hollandais désirerait rendre visite à une de ses connaissances en ville ou accepter une invitation de l'un des habitants de Nagasaki, il faut qu'il obtienne, à cet effet, une permission spéciale, sans laquelle on ne comprendrait pas qu'il osâi mettre le pied dans une maison particulière. On doit remplir la même formalité quand on se propose d'assister à une cérémonie ou à un spectacle quelconque. Les autorisations sollicitées s'accordent presque toujours ; mais il ne paraît pas improbable que dans de certaines occasions on ait recours à Vincognilo japonais ( le nalbon) pour soi isfaire une curiosité innocente sans compromettre aucune responsabilité.
(0 Voye% plus loin 1a note, p. 48.
(Y) Eu iSaO S.ebold ue lui donnait que 35,ooo âmes environ. Cepcndaul , comme il admet qu'on comptait à celte époque i|.45t maisons , 6a leniples et cloîtres bouddhiques et 5 petites chapelles du culte des Kami'*, U nous jurait probable que ce chiffre de 35,ooo est fort au-dessous de la réalité. — Nous empruntons celui de 70,00V au China e Repotitory.
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Parmi les distractions peu nombreuses qui sont permises aux reclus de Décima il faut placer eu première limite les fêtes religieuses, dont la principale , connue sous le nom uV Matsouri , paraît être celle du dieu Suwçi , le Kami ou divin protecteur et patron de Nagasaki. Cette fête locale est d'autant plus brillante qu'elle coïncide avec l'une des fêtes annuelles célébrées dans tout l'empire, fclle dure plusieurs jours, et commence, comme, on devait s') attendre, dans le temple même dédié a Suwa et que l'on décore dans cette occasion d'un grand nombre de drapeaux ou pavillons.
Us. Japonais de toutes les clauses s'y rendent dans leurs habits de cérémonie pour y faire leurs dévotions et présenter les offrandes accoutumées, plus ou moins considérables, selon le rang et la fortune d; s fidèles , mais au nombre desquelles doit toujours figurer une coupe ou tasse de iaki. La solenuité religieuse consiste a placer dans une sorte de chapelle portative, magnifiquement dorée et vernissée, l'image du dieu avec les plus riches ornements du temple , parmi lesquels figurent des armes de prix, et à promener cette chapelle , portée en procession parles serviteurs du temple, dans toutes les rues de la ville. Les principaux desservants du temple, les uns en palanquin, les autres a cheval , et un corps de cavalerie envoyé par le gouverneur, forment le cortège. La ehap' Ile avec tous ses trésors est déposée ensuite sous une sorte de reposoir eu bambous , recouvert en p.iilie, élevé sur l'une des places principales et entoure de paravents de trois côtés , mais qui reste ouvert du coté où la procession
si arrêtée; en sorte que la chapelle reste exposée a la vénération » t a 1 admiration de la foule (I). \ cette céremouie purement religieuse succède
(i) « Tout le bâtiment mérite à peine d'être comparé à une de no» granges , tant il est simple et rhétif : il doit ùie ainsi pour re présenter la misérable architecture de leurs pauvre* ancêtres. » ( ku-mpler, toui. II,
Beaucoup d'autres détails prouvent que ces féte* ont cté instituées en mémoire des grandes ti ad il ions héroïques et des principaux faib historiques de l'antiquité japonaise.
une variété de jeux et de spectacles , dont la dépense est défrayée , d'année en année, parles divers quai tiers de la yille successivement. Les divertissements sont l'occasion d'une rivalité i réactive entre les quartiers ou districts qui y contribuent à tour de rôle. C'est a
3ui dépluieradans les préparatifs et l'oronnance des fêles le plus de goût et de splendeur : qui produira les enfants les plus intelligents et les mieux instruits à remplir les mies qui leur sont assignes dans les processions et les jeux sceniuues. Chaque quartier, à ce qu'il parait, envoie son contingent a ces prucessions, et chaque rue lonruit trois ou quatre de ces jeunes acteurs (de sept a quatorze ans) dont nous venons de parler et qui ne manquent pas de talent.
On peut se faire une idée assez exacte de ce qui s'y passe, d'après la description suivante que nous empruntons a Fissclier, témoin oculaire. Nous ferons observer cependant que les emblèmes, les décorations et les scènes mythologiques ou historiques doivent , d'jprcs I usage , changer tous les ans.
Vient d'abord un énorme dais formé d'une douzaine d'aunes d'étoffe qui se drapent sur un cerceau; ce dais, porté sur un banjbou par un homme dont on ne peut voir que les pieds, est brodé et ( ouvert à sa partie supérieure défigures emblématiques, dont plusieurs sont destinées à rappeler la simplicité et les vertus des anciens Japonais; d'autres sont relatives à des personnages illustres des deux sexes, ou représentent des oiseaux ou des animaux qui rappellent certaines localités. D'autres eu lin indiquent les professions en honneur dans le pays, ou font allusion à la prospérité du quartier, ou même de la rue qui a fait les frais de la procession (1),
(i) Nous lisons dans la description donnée par KoMiipfer d'une proces*iun semblable, il y a plus d'un siècle et demi, que a l un porte prenne renient un dais fort nebe ou parasol de soie, oui tst le Palladium de la rue, et qu'au milieu est placé un bouclier sur lequel est écrit en grands caractères le nom de la rue, « — Les musiciens qui viennent ensuite sont masques, selon Kœmpfer, et la musique est de Voix et d' instruments , tous ensemble. Tliuuberg.qui a assisté à un matsouri en 1776, eu donue également une description, umu
48 LUNIVERS.
Le dais est suivi d'une foule de musi- à trois cordes, qui se font entendre avec riens avant en tête Yottona ou princi- d'autres instruments pendant toute la pal officier municipal. Ces musicien» pièce. La représentation achevée , la s'évertuent sur des flûtes du pays, des procession, dont la marche est fermée cymbales , des tambours. On voit parât- par un grand nombre de musiciens et tre ensuite une troupe d'enfants (1) qui par les parents et les amis des enfants représentent quelque expédition de l'un qui y ont flguré, fait place à une aude leurs mikados ou demi-dieux. Cette tre. Il n'y a pas moins de dix ou douze partie de la fête est vraiment admirable : de ces processions qui se succèdentdans la richesse et la fidélité des costumes, le cours de la journée, et cela avec tant l'ordre parfait qui règne dans cette mar- d'ordre et de régularité que, malgré l'imebe triomphale, où tous les principaux mense foule qui occupe les rues et les personnages de la cour, mâles et femel- places où doivent passer les cortèges , les, figurent vêtus ou armés avec la on ne remarque aucune confusion, et les dernière magnificence, à la suite du sou- accidents sont très -rares. Quel que verain , surpassent de beaucoup l'idée soit le point de départ de chaque proqu'on pourrait essayer de s'en former, cession, elle doit se rendre d'abord de- Un certain nombre de petits palanquins vant le reposoir dont nous avons parlé , et de domestiques accompagnent cette sur la grande place, dont les côtés ont brillante procession, pour venir en aide, été disposés en loges pleines de sièges au besoin , a ceux des enfants qui pour- pour la commodité des spectateurs et où raient se trouver fatigués. A ce spec- les autorités constituées ont leur tribune tacle succède une exhibition théâtrale, assignée. Les Hollandais y ont aussi En un instant, sur quelques bancs de des sièges à part. Les troupes de mulongueur et de largeur égales, on élève siciens, d'acteurs, etc., visitent ensuite un petit théâtre à l'aide de paravents et les autres quartiers de ta ville, et la féte de décorations, et la troupe comique qui a se prolonge ainsi fort avant dans la succédé à la procession historique joue soirée. Cela recommence les jours suila petite pièce qui a été choisie pour vants ; mais le premier et le troisième cette occasion, et qui ne dure pas plus jour ( le 9 et le 11 du mois) sont les d'un quart d'heure. Les acteurs mon- grands jours pendant lesquels il n'est trent dans ce#représentations impro- permis «le vaquer à aucune affaire, visées une vivacité de gestes et de lan- Ces jours-là le plus pauvre artisan pa-
Êage et un sentiment trèsremarqua- raît l'égal des seigneurs , revêtu qu'il est
les. Ils sont accompagnés et excités de ses habits de cérémonie. Les mai-
par la musique des samishen ou guitares sons se parent aussi de leurs plus beaux
atours , ornées à l'intérieur de tapis et
très-succincte; cependant il parle aussi d'un de paravents, à l'extérieur de draperies
« grand parasol sur lequel étaient inscrits les et de tentes SOUS lesquelles de joyeux
noms et les signes distinctifs des rues..., le- convives Se réunissent pour manger,
qur I était accompagné de musiciens masques boire et se divertir au son des instru-
qui chantaient en s'accompagnant de tam- ments , du matin au soir. C'est le
bonrs, flûtes et petites sonnettes. » tour de chaque rue, tous les cinq ou
(i) K.œmpfer dit positivement que les six ans , de pourvoir aux dépenses de la
rôles destinés i ces jeunes acteurs dans le fgte ^ dépenses très-COlisidérables , car,
matsuri (a) sont remplis en partie par de* , rexwption de quelques articles insi-
jeunes filles tirées de ces établissement* dont „nifiants tout ce qui figure dans les
nous avons parle et qui sont s. communs au * cessions en fait de costurnes , décora-
Japon. On trouve quelque chose de sem- gons etc doit être neuf et de première babe dans lude galactique et presque °', 7 V , .
dans tout l'Onent : les bavures di I Hin- JP»»»^ E» r&ume , dans cette grande
doustan, les ronguiues de Java, figurent fête annuelle (que tes Japonais désignent,
depuis des siècles dans les cérémonies et les ainsi que nous I avons dit, par le mot
fêtes populaires , surtout celles qui oui un ca- matsuri, ce qui répond a fête municipale,
ractere religieux. selon Fisscher, mais qui probablement
se rapproche davantage de nos fêtes pa-
*$X™&r°lf7?£ïïH "'in,ûe muir:,u,ment • trônâtes), on ne sait ce qu'on doit le
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plus admirer de la richesse et de la variété des spectacles , ou du bon ordre , du parfait accord , de l'allégresse universelle qui marquent le cours de ces pompeux et singuliers divertissements. Il paraît qu'il en est de même dans toutes les réjouissances publiques au Japon ; et il est digne de remarque que d'après les convictions traditionnelles des Japonais le meilleur moyen de se rendre les divinités favorables, c'est de ne pas les importuner de prières incessantes ou de lamentations inutiles, mais au contraire de se divertir en leur présence comme se confiant à leur bonté infinie et persuadés qu'elles se plaisent surtout elles-mêmes avoir les hommes se livrer à d'innocents plaisirs (1).
Nous devons nous borner à cette description fort incomplète et renvoyer nos lecteurs, pour de plus amples détails, à Kœmpfer, dont les récits nous semblent dignes d'être étudiés , à cause de leur naivelé, qui éloigne toute idée d'exagération, d'inexactitude volontaire, et puisa cause d'un certain talent naturel d'observation qui leur donne, au moins à nos yeux , une valeur particulière. Ce sujet, au reste ( celui des fêtes nationales du Japon ) , est d'un intérêt extrême, et le peu que nous en connaissons doit faire regretter qu'aucun voyageur*moderne ne l'ait abordé dans son ensemble et ne se soit attaché à obtenir ou ( s'il les a obtenus) à nous donner des renseignements un peu étendus sur l'origine de ces institutions, sur leur caractère primitif etsur les modifications qu'elles nous paraissent avoir subies. Cette lacune est probablecomblee par Siebold; mais la par-
ti) « Il y en M même parmi eux (les Japonais ) qui croient que toutes les prières sont inutiles , parce que Iflt dieux immortels connaissent le fond de leurs cœurs.
i D'autres , quoique dévots scrupuleux , qu'il y a de l'indécence à se présenter les dieux immortel*, lorsqu'on a l'esuellemeut affligé par des infortunes...
Car, comme ces êtres immortels jouissent d'un état non interrompu de bonheur et de félicité, et qu'ils pénètrent jusque dans 1rs replis les plus cachés du coeur humain, les prières passionnées de ceux qui sont dans le comble de la douleur et de l'affliction doivput leur être désagréables. * ( Kœropferet Charlevoix.etc,
4' Livraison. ( Japon. )
tie de son ouvrage qui traite des fêtes japonaises n'a pas encore été traduite.
A coté de ces fêtes d'un caractère religieux viennent se placer annuellement de bizarres cérémonies, auxquelles les Hollandais assistent aussi par manière de distraction , et dont une entre autres semble n'avoir d'autre but que de satisfaire à ce besoin d'émotions à la fois superstitieuses et bouffonnes qui se manifeste chez tous les peuples à une certaine phase de leur vie civilisée. 11 s'agit d'une fête en l'honneur du diable, ou plutôt dont le diable est le prétexte; et voici comment on rend compte de son institution. Il paraîtrait qu'a une époque très-reculée il s'était élevé dans la Sorbonne japonaise, entre autres questions théologiques fort épineuses ( comme elles le sont toutes ), celle de savoir de quelle couleur est le diable ! Les avis se partagèrent, les uns prétendant qu'il était nécessairement noir, d'autres affirmant qu'il était blanc , un troisième parti voulant qu'il fût rouge , un quatrième enfin se tenant pour assuré que l'ennemi du genre humain était de la teinte verte la plus prononcée.
Cette diversité d'opinions menaçait d'amener une guerre civile, quand on s'avisa de soumettre ce cas de controverse à la décision d# chef suprême de la religion, du divin mikado. Le fils du cieQ après avoir pesé dans sa sagesse le pour et le contre, prévint toute conséquence fâchruse en déclarant que les quatre opinions en présence devaient être également admises, attendu que dans la race des démons il se trouvait en effet des diables des quatre couleurs. C'est en mémoire de ce judicieux arrêt ou de cette révélation si opportune que tous les ans, au huitième mois de l'année japonaise, une troupe de personnages grotesques, masqués et cornus, peints des pieds à la tête, les uns en blanc , les autres en noir, en vert , en rouge , parcourent les rues en dansant , au bruit assourdissant d'un tambour.
Les limites qui nous sont imposées ne nous permettent pas de donner a nos lecteurs le détail de beaucoup d'autres fêtes religieuses qu'on célèbre au Japon. Nous résumerons en peu de mots ce
Sue nous apprennent à ce sujet les relaions les plus dignes de foi. Chaque
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mois a ses fêtes , deux au moins qui reviennent à jour fixe, et qui semblent avoir quelque analogie avec notre dimanche. La plus grande féte annuelle est le jour de l'an. Il est de rigueur pour y prendre part d'avoir acquitté ses dettes In veille (1). La plus remarquable, ou qui du moins présente le plus joli coup d'œil, est celle qui se célèbre en l'honneur des âmes de parenls ou amis décédés, et qui se termine en livrant nu caprice des eaux une multitude de petites nacelles munies de lampes ou de lanternes, dont la submersion plus ou moins prompte serait, selon quelques narrateurs , emblématique du sort réservé dans l'autre monde aux âmes des trépasses. Les voyageurs varient considérablement dans' les détails qu'ils donnent sur cette fête , qui se célèbre au commencement du mois d'août et pendant la durée de laquelle les âmes sont censées venir visiter leurs anciennes demeures à la lueur des flambeaux et des lanternes : c'est ce qui lui fait donner pnrThunberg et par d'autres le nom de Fête des lanternes. ( Cette fête nous paraît originaire de Chine. ) A une autre époque , les plus graves personnages de l'empire et les plus élevés en dignité doivent , selon un antique usaue, lancer des cerfs-volants dont les cordes rivales, armées de fragments de verre, vont se chercher dans les airs où , pour triompher de son adversaire, on doit réussir à couper sa corde (2). Enfin , on assure qu'une fois l'an partout l'empire, l'esprit malin, diable ou démon, est l'objet d'un exorcisme aussi absurde que solennel, à l'aide duquel ou le chasse de chaque maison en faisant pleuvoir sur lui une grêle de pois grillés ou , selon Fisscher, de cailloux.
Nous avons déjà dit qu'indépendamment de ces fêtes auxquelles on permet-
(i) Il en e«t de même en Chine.
(a) Celle joute des cerfs-volant* est en grand honneur dans tout l'Orient. Nous avons vu dans l'Inde et à Java les plus grands seigueurs se livrer avec passion à ce divertissement. A-t-il réellement au Japon un caraclère plus sérieux et n'est-il permis qu'à une certaine époque de l'année? C'est ce que l'on est en droit de conjecturer, mais qu'il nous semble qu'on ne peut affirmer.
tut aux Hollandais d'assister, ils obtenaient quelquefois la faveur dese rendre, Incognito, en ville, pour v être témoin de spectacles ou cérémonies d'une autre espèce. Le seul cas de cette nature qui ait été signalé d'une manière précise est celui que rapporte assez au lonu Fisscher, et que nous devons faire connaît i e à nos lecteurs, à cause de sa singularité et de l'intérêt réel qu'il présente, en les prévenant toutefois que Fisscher luimême ne semble pas avoir bien compris le Véritable caractère et le but de la cérémonie dont il a été témoin, et qui lui a été désignée couime une procession ou cortège (te chasse solennelle, mais qu'il incline à considérer comme une sorte de revue ou inspection militaire. Des recherehes une nous avons faites dans les diverses relations que nous avons consultées, nous sommes porté a conclure que la cérémonie à laquelle Fisscher a assisté a été instituée en effet en commémoration d'une partie de chasse héroïque , dont la pompe extraordinaire aurait illustré le règne de l'un des m Usados , et que le célèbre empereur Tavco- Sama voulut imiter quand il assoc a'son neveu à l'empire, il y a deux siècles et demi. On serait même tenté de croire
3ue sous PinUuence des traditions , inuence si puissante au Japon, toute grande entreprise du monarque doit être précédée d'une de ces chasses solennelles. Ce sont la nos conjectures , et nous ne nous décidons à les hasarder que parce que le point en question est curieux à eclaircir, et qu'il nous semble convenable de le signaler aux observateurs hollandais ou autres qui jouissent du privilège, si rare encore aujourd'hui, de visiter le singulier empire qui prospère ( en dépit de son isolement volontaire) sous la protection des kamCt.
Environ sept cents personnes iiguraient, comme on va le voir, dans la procession ou plutôt le cortège qui a défilé devant Fisscher. Dans les cérémonies analogues auxquelles nous venons de faire allusion, c'était tout une armée qui précédait ou suivait le monarque, et la magnificence du spectacle n'était pas moins extraordinaire que la multitude des acteurs ! ( t oyez à ce sujet Charlevoix, tome III, pages 391 et 392). Quoi qu'il en soit, voici en quoi consiste l'é-
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trange spectacle auquel Fisscher a assisté.
Il faut se ligurer avant tout les rues par où doit passer le cortège nettoyées et balayées avec soin , les maisons ornées de drapeaux , de tapisseries; la ville tout eutière, malgré cette apparence de fête, dans le silence et l'attente respectueuse d'une imposante cérémonie, peu ou point de passants, les curieux regardant s uis empressement indiscret, mais non sans une sorte d'émotion simpathique, de derrière les jalousies , les drapeaux et les tentures; tout conspirant en un mot pour que rien ne pût entraver Tordre et la marche de cette pompeuse solennité. A l'approche du cortège , le peuple est prévenu des'ahstenir de toute démonstration bruyante, d'éclat* de rire ou de tout ce qui paraîtrait indiquer un manque de respect.
Quatre hommes précédaient le cortège, muni* de balais pour écarter du passage les moindres cailloux ou autres embarras de cette nature, et criant par intervalles : Slaye! Staye! ce qui veut dire, « assis ou prosternés! »
On voyait ensuite une avant-garde composée de huit chasseurs, le fusil à nièrhe sur Pépaiile et la mèche allumée , portant le chapeau plat, laqué, le surtout de calicot vert avec uu écusson ( brodé? ) sur la poitrine, la ceinture de ruban brunâtre , les pantiilons bouffants, les sandales attachées aux pieds et un sabre court au coté.
Puis un gokens ou gobanyosi (attaché aux bureaux du gouverneur ) portant le même costume que les précédents , mais habillé de soie et armé de deux sabres, suivi de trois serviteurs marchant à la tète, portant, le premier une pique, le second deux caisses remplies de linge ou vêtements ( hassamfmkkos ), le troisième deux paniers coutenant des manteaux à l'épreuve de la pluie ( kappa cagos).
Trois serviteurs portant chacun deux sabres.
Cinq ofGciers de police armés chacun de detn sabirs.
Neuf ottonas ou officiers municipaux, chefs de district, marchant trois par trois, habillés de soie, awc le chapeau plat laqué et portant deux sabres chacun.
Oit-huit personnes de leur suite, en habits de toile de couleur, avec des chapeaux de paille plats.
Soixante douze chasseurs, armés de mousquets avec la mèche allumée, marchant deux à deux, mais à la distance de six pieds les uns des autres.
Le ùailli?ou bourgmestre ou maire d'un
petit village voisin, Auwourtt (vers le territoire duquel la marche de la procession était dirigée ), eu habit de cérémonie, avec le haut-de chausses militaire et le» sandales aux pieds, suivi de cinq domestiques.
Dix chasseurs ou piqueurs , armés comme les premiers, habillés de surtouts verts, avec le chapeau plat laqué, et conduisant quatre chiens courants, en lesse.
Deux directeurs des greniers à riz du gouvernement, eu robes de soie brune et cha-
Eeaux laqués noirs, portant cbacuu deux saies, suivis de six domestiques armés de sabres simplement.
Le chef de l'artillerie . commandant de la garde de la ville , magnifiquement vêtu et monté sur un cheval que deux domestiques conduisaient par la bride selon l'usage. Six chasseurs armés d'espingoles en métal. Le fils du commandant.
Un homme portant une espèce de massue japonaise, pesant environ cinquante livres . et que le commandant doit pouvoir lancer d'une main sure. ( Fisscher a vu celte arme redoutable de près, et s'est assuré qu'en effet le commandant pouvait la manier avec facilité : cet officier avait dû le jKisle qu'il occupait à sa force de corps extraordinaire. )
Dix chasseurs portant . deux à deux, d'énormes espingoles parfaitement tenues.
Quinze hommes a\ec des espingoles de dimension ordinaire.
Vingt -quatre autres avec des armes semblables, mais d'un plus fort calibre, suivis de douze domestiques.
A un certain intervalle parut ensuite un porte- étendard , précédant l'un des maires de la ville ou bourgmestres, Taka sima sirvhi sama , l'un des commissaires du trésor impérial, à cheval, magnifiquement vêtu d'une robe de cérémonie en tissu d'or, avec chapeau brun laqué, orne de l'écusson de ses armes en or ; son cheval conduit par deux soldats a pied et suivi de dix domestiques.
Un homme portant une longue pique, dont le fer est garni d'un magnifique étui en laque. Un étendard brodé.
Six chasseurs armés d'espingoles.
Un autre maire ou bourgmestre, Yak.ùri Kuirayemon sama, à cheval, suivi de deux domestiques.
Le (ils de ce bourgmestre.
Quatre chasseurs, armés de très-beaux arcs et de flèches.
Six domestiques, armés seulement de sabres. Le fils du bourgmestre Seyémon sama.
Deux chasseurs avec arcs et flèches.
Vingt-sept chasseurs, armés de mousquets aTec la mèche allumée.
Huit domestiques le sabre au côté.
L'UNIVERS
I n gobaiiyosi , conseiller privé du gouverneur (i).
Quatre serviteurs.
Un hallebardier.
Un domestique avec deux hassambakkos ou caisses de linge.
Un autre avec deux kappa cagos ou paniers à manteaux pour le mauvais temps.
Trente chasseurs, tous sous-gobanyosis ou officiers de police, avec fusils à mèche.
Six serviteurs ou Joinestiques de confiance du gouverneur, armés chacun de deux sabres.
Un étendard, brodé en lettres d'or sur un fond blanc.
Dix serviteurs, portant chacun une longue pique, avec le fer garni de son étui laqué et de deux glands en suie.
Quarante-huit employés ou serviteurs, vêtus de soie ou d'étoffes de toile, armés chacun de deux sabres.
Huit domestiques avec des caisses ou coffres de Un^e ( hassambakkos ).
Quatre autres avec des paniers en osier, d'uujoli travail, contenant également du linge ou des habillements.
Deux belles caisses ou cabinets de forme carrée, contenant une armure complète, avec de magnifiques couvertures brodées d'or, portés chacun par deux hommes.
Deux étuis a sabre, en laque, magnifiquement dorés et portés chacun par un homme.
Un cliabtnto (ou mieux, Tcliabeiito) ou service de thé , contenu dans deux caisses portées aux extrémité'» d'un levier en bois; dans l'une se trouve du feu et le vase où l'on fait bouillir l'eau; dans l'autre, le thé et tous les ustensiles nécessaires.
Deux hommes portant un seau en laque, une écuelle et un licou pour le cheval du gouverneur.
Un cheval de selle richement caparaçonné, conduit par deux soldats à pied (ou deux valets de pied?) (a).
(I) Fisscher appelle ces officiers opperbattjoosten , et les désigne ici comme députes ou commis... ou secrétaires du cabinet du gouverneur. Il a donné un peu plus haut le titre de tjnkcn à l'un d'eux. Ce sont probablement des officiers supérieurs de police, puisque dans la suite de son récit Fisscher appelle de simples employés de police onderbanjooslen. Au reste , ainsi que nous l'avons déjà rcraar-
Ïué, tous les employés du gouvernement aa apon sont plus ou moins ojjlciers de police, et nous prouverons bientôt que la nation tout entière est surveillée sans cesse parses principaux membres, tellement la police est l'âme et le principe vital de cet étrange gouvernement.
Quatre domestiques armés de deux sabres chacun.
Huit autres, portant des paniers à manteaux imperméables ( kappa cagos ).
Six autres avec des coffres à habits {liassambakkos ).
Trois encore, armés de deux sabres chacun.
Le gokaro ou secrétaire du gouverneur à cheval.
Quatre porteurs, chacuu portant deux " akkos.
(2) Est-ce un cheval de rechange pour le gou- Et] Tueur, ou tlgure-t-il la monture du héros vé- nais
Quatre autres portant des kappa cagos.
Six domestiques armés de deux sabres.
Quatre domestiques armés de longues piques.
Un ornement (i) , avec des plumes ( quelles plumes? ), semblable à celui qu'on porte devant le gouverneur, et qui sera mentionné présentement , mais moins riche.
Le maire ou bourgmestre Flzamats ki/ay sama, à cheval.
Deux chasseurs armés de mousquets et la mèche allumée.
Un hallebardier.
Deux porteurs de kappa cagos.
Le norimon (a), ou palanquin du gouverneur, porté par deux hommes , avec six autres porteurs courant à côte du norimon , tous hommes de forte taille et vigoureux, habillés de bleu , le sabre au côté et un éventail de couleur passé dans la ceiulure, derrière le dos.
Vingt-sept chasseurs armés d'arcs et de flèches.
Un gobanyosi.
Cinq domestiques armés chacun de deux sabres.
Un hallebardier.
Un porteur de hassambakkos et un de kappa cagos.
Dix chasseurs armés.
Trois autres chasseurs portant des espingoles.
Trois autres avec des cors de chasse.
Un autre, eufin , portant un grand tam-
ritable de la chasse , ou de l'expédition, quelle qu'elle soit ?
(1) • Versiersal » dit Fisscher. Cette marque dislinctive indique probablement le rang du fonctionnaire qui en est précédé. Nous remarquons que celui qu'on porte devant le gouverneur se compose, indépendamment des plumes , d'un drapeau blanc sur lequel sont brodés, non des lettre» , mais des chiffres en or. Nous aurons occasion plus tard de revenir sur ce x»lnl en donnant a nos lecteurs, d'après Krcmp- 'er, la description détaillée du cortège ou de la suite ordinaire d'un prince Japonais en voyage.
î) Fisscher écrit norimond. Le mot japoest norinwtto.
JAPON
bour, richement laqué et doré et orné de glands eu soie.
Un employé civil portant deux jabres.
Un gooanyosi.
Cinq domestiques armés de sabres.
Un hallebardier.
Un porteur à'hassambakkos et deux de kappa eagot.
Un ornement de la forme d'un balai japo-
nais, avec de superbes plumes et un drapeau blanc , brodé en chiffres d or. — Sorte de trophée ou marque de distinction ?
Deux longues piques , dont les fers sont recouverts de très-riches fourreaux en drap rouge, brodés et ornés de glands en soie.
Un arc de cérémonie, dans son étui de soie jaune.
Deux autres longues piques, magnifiquement ornées, comme les précédentes.
Uu étendard ou bannière avec lettres d'or sur un fond rouge.
Un gobanyoù du cabinet du gouverneur.
Quelques pas d'intervalle ; et enfin :
Le gouverneur de Nagasaki , Marna y a isikousen no cami sama , montant un cheval splendidement caparaçonné, avec deux soldats de chaque coté.
Il était magnifiquement vétu d'une étoffe or et argent ; un casque en laque , richement bordé d'argent, et portant l'ecusson de ses armes en or, brillait sur sa tète ; il portait deux sabres , et son bâton de commandement était passé dans sa ceiulure, par derrière. Son attitude était grave et hère, comme celle de toutes les personnes de sa suite ; et sur son passage régnait un silence si profond, qu'on aurait pu se croire en ce moment dans une rue déserte , au lieu de faire partie d'un rassemblement de tant de milliers de personnes.
Suivait la bannière du gouverneur avec lettres en or sur uu fond bleu.
Cinq hallebardicrs.
Onze serviteurs, portant chacun deux sa-
Le trésorier, Takaki sakymon , à cheval et richement habillé, avec deux serviteurs à ses cotés.
Son fils, à cheval.
Douze domestiques armés de deux sabres chacun.
Enfin une suite considérable de domestiques et de porteurs, avec l'attirail nécessaire ; tous marchant eu bon ordre, et terminant ge qui traversa Nagasaki (i).
(M Cette description laisse beaucoup à désirer, malgré 1rs détail» circonstanciés dont elle *N»iiiIe. Quel est le point de départ du cor-
« Et voilà, dit Fisscher, le train d'un gouverneur de Nagasaki, qui, bien qu'exerçant l'autorité souveraine dans cette province, serait , à la cour de l'empereur, à peine admis à l'honneur de porter les pantoufles de sa majesté impériale. »
Fisscher observe que des expéditions de ce genre ont lieu de temps à autre ù Yédo, et probablement dans les autres villes de l'empire; ce qui tendrait à conGrmcr la vraisemblance de nos conjectures sur l'origine et le caractère actuel de cette cérémonie ( foyez la note ).
Voilà donc quelles sont les principales distractions des habitants de Dézima
tége? Quel est ce village vers lequel il se dirige? Pourquoi cette Immense quantité de coffres remplis de linge, d'habillements, de manteaux imperméables dont on se munit au Japon pour un long voyage? Pourquoi pas de provisions d'une autre espèce ( au moins s'il faut s'en rapporter à rénumération de Fisscher ;, malgré la présence de deux directeurs des greniers à riz du gouvernement? Pourquoi pas de troupes proprement dites ; et que signifient ces chasseurs armés de ces espingolea monstrueuses, dont chacune est lachargededeux hommes? (*) Pourquoi ces chiens de chasse en Iesse, et quatre seulement? Pourquoi trois cors de chasse seulement, et quelle idée devonsnous nous faire d'un cor de chasse japonais? Qu'est-ce que ce bailli du village voisin ? et ces maires ou bourgmestres et leurs fils? Etc., etc , etc. En vérité tout cela est étrange, et 11 est bien difficile de faire sortir la lumière de ce chaos. Cependant il résulte évidemment pour nous de ce récit, fait par un témoin oculaire :
I* Que la cérémonie a un caractère grave et imposant; que la population y assiste avec un vif intérêt, mais avec respect et en silence, et pour ainsi dire en cachette;
2' Qu'elle ne présente aucun caractère religieux ni militaire proprement dit , et qu'elle ne saurait figurer une expédition guerrière;
3° Qu'elle n'est pas non plus une partie do chasse, ou plutôt un départ pour la chasse; mais qu'elle est emblématique d'un semblable départ, dont elle ojfrc les principaux éléments sur une échelle restreinte, mais cependant avec assez de splendeur pour rappeler l'expédition héroïque qui lui sert de type.
(•) Nous trouvons dans Kœmpfer (llv. V , p. tia-iu) le passage suivant . qui se rapporte évidemment au sujet qui nous occupe, - llv avait au temple de « Sanno, dont nous venons de parler, un kama ou «Instrument de chasse, d une grosseur extraordi- « natre. dont on se servait anciennement dans les • A'ouil no Makagiri, comme 11* 1rs appellent . ou » anciennes chasues autour de la montagne fousi no « Yama. Une nuit des voleurs entrèrent dans le « temple , et dérobèrent le kama : comme Ils Tem- « portaient 11 devlol Si pesant qu'Us furent forces » de le laisser tomber dans la rivière. La chute d un ■ Instrument si monstrueusement gros et pesant .fit un Bra.id /uts ( fouts ) ou trou au Ht de la .. rivière, qui de la s appelle Kamaça futz. Le Kama „ lui-même devint un esprit qui a l'Inspection cl le - gouvernement de la rivière. .
17UNIVLUS.
quand on leur permet de s'absenter.
La monotonie de leur existence est aussi rompue, de loin en loin, par l'arrivée et le départ d'un ou deux navires expédies annuellement «le Batavia , p ar l'apparition lointaine (ear aucune ■ ommunication n'est possible qu'exceptionnellement, comme dans le cas de l'expédition de Krusenstcru) de quelque bâtiment de guerre ou de commerce européen , que le mauvais temps ou le manque de provisions ou la curiosité de nos gouvernements amènent sur la rade de Nagasaki, où il jette l'ancre pour un jour ou deux au plus. Enfin , à de plus miigs intervalles encore , un tremblement de lerre ou une éruption volcanique appelle leur attention, et leur cause parfois de vives alarmes, comme en 1825, par exempte, où la factorerie soutînt beaucoup dans Tune de ces grandes convulsions de la nature, assez fré-
Suentesau Japon, comme on a pu le \oir ans la première section de ee résumé.
Mais parmi les résidents habituels de Dezima il en est trois mi quatre ( il y « n avait une vingtaine autrefois) qui jouissent du privilège de visiter la cour d'Yédo a des époques et dans des conditions déterminées, que nous allons faire connaître avec d autant plus de soin , que l'Europe est redevable, en grande parl e, a ces deputations périodiques , de ce qu'elle a appris sur les lois , les mœurs, les usages, les ressources de l'empire japonais. Toutefois, avant de résumer ce qui a été publié sur ce point capital et pour achever de faire connaître a nos lecteurs les relations limitées que les Japonais ont consenti à maintenir avec les étrangers , nous croyons a propos de dire quelques mots du comptoir chinois établi à Nagasaki.
Les Chinois jouisseot de beaucoup plus de liberté, dans leur commeree, nue les Hollandais. Ils se promènent dans les rûvs de'la ville à leur convenance, et quelques-uns mi'me paraissent avoir la permission d'y taire un petit trafic comme colporteurs. Ils sont sous la police de quatre chefs ou ( comme on les appelle ) capitaines de leur nation, qui répondent de leur bonne conduite, et sont chargés de la surveillance des jonques qui > iënnent annuellement faire le commerce au Japon. Un droit est
perçu par le trésor impérial sur le commerce chinois comme sur le commerce hollandais. Le nombre des Chinois résidant habituellement dans l'enceinte qui leur est ass'gnée n'excéderait pas une centaine, s'il faut s'en rapporter aux documents que nous avons sous les yeux ; mais cela ne se con i lie puère avec le nombre de maisons, assigné parTitsingh au quartier chinois, dont il nous a donné un plan fourni par les Japonais.
Ce quartier, entouré de murs, est divisé par «les rues étroites en douze pâtés de maisons. On compte environ cent cinquante de ces maisons, dont la moitié servent de magasins : resteraient donc environ soixante-quinze maisons constamment habitées, ce qui, en ne comptant que cinq personnes par maison, donnerait trois cent soixante-quinze habitants (1). Quoi qu'il eu soit, les (Chinois , bien que traites avec plus de libéralité que les Hollandais, sont entourés comme ceux-ci d'un essaim d'officiers de police, d'interprètes, de gardes, de portiers , etc. On rencontre quelquefois dans les rues de Nagasaki des mendiants chinois. On permet aux Chinois de payer eux-mêmes, en argent du Japon, leurs menues dépenses et leurs achats; en sorte qu'ils font leurs provisions sans l'intermédiaire d'un comprador. On les a autorises également a faire construire un temple où iis vout faire leurs dévotions. Voilà , en gros , quels sont leurs privilèges. Ils n'envoient pas d'ambassade ou de députation a la cour U'Yédo, ce qui leur épargne des frais considérables; mais, d'un autre coté, la redevance eu argent (Ucur d'argent, comme on dit au Japon ) (ju'ils payent au trésor impérial est proportionnellement plus forte que ce que pave le comptoir hollandais. Il paraîtrait, d'après ce que dit Thunberc, que de son temps il n'y avait pas moins de soixante et dix jonques em-
(i) Ce nombre comprendrait à In vérité femmes, enfants et serviteurs; mais il doit s'augmenter considérablement, au moins deux fois dans l'année, lors de l'arrivé* des jonques, dont les équipages sont transportes à terre aussitôt après leur arrivée {Voytt, pour de pim grands détails, Thuuberg, vol. II, p. i5 et>uiv. Voyez surtout Kœinpfcr, tom. II, p. 97 et suiv.).
de Nagasaki, dans la forme prescrite, s'il peut se flatter d'être favorablement reçu a Yédo. Le gouverneur répond que Vopperhoofd sera admis à présenter son hommage, et l'engagea prendre des mesures pour le maintien du bon ordre à Dé/.ima pendant son absence. Le garde-magasin , exerçant les fonctions
ployées dans le commerce avec le Japon, et qui arrivaient en trois flottes, à trois époques fixes de l'année. On assure que maintenant ce nombre est réduit a sept navires, < ui font deux vovages par an Les Chinois mporteutdes draps, d'autres tissus , de a soie ( mais en bien moindre quantité qu'autrefois, les Japonais ayant réussi à améliorer la qualité de les plus importantes après celles de préla leur ), des drogues médicinales et une sident du comptoir, est toujours desivarieté de petits articles. Ils exportent du cuivre ( la sortie de l'or et de l'argent étant défendue ) , du vernis , des meubles en laque , du poisson salé , des holothuries, etc. L importance de ce commerce est d'environ 6,000,000 de
nos francs.