‹ Japon, Indo-ChineChapitre 11 sur 101 · VOYAGE DB LA DÉPOTATION HOL- LANDAISE A YEDO · texte numérisé non relu

VOYAGE DB LA DÉPOTATION HOL- LANDAISE A YEDO

Pendant plus d'un siècle il était d'usage que le chef de la factorerie ho. landaise se rendit annuellement à Yédo avec une suite nombreuse, pour déposer son hommage et les présents de la compagnie au pied du trône ; mais le commerce entre Batavia et le Japon ayant considérablement diminué, ces voyages dispendieux devinrent a charge au gouvernement néerlandais , et n'eurent lieu qu'a des intervalles moins rapprochés, jusqu'à ce qu'enfin, à dater de 1792, il tut réglé que le président de Dézima ne paraîtrait à la cour de l'empereur

rtous les quatre ans. Il n'en tut pas même des présents des Hollandais,

3ue les Japonais considéraient, sans oute, comme une espèce de tribut, et qui .sont encore transmis régulièrement a l'empereur, par l'intermédiaire des interprètes , mais, à la vérité, à moins de frais que par le passé , pendant les trois a nuées où le chet du comptoir n'est plus admis à les offrir. en personne. Le commerce ay.mt un peu repris depuis que la paix générale a raffermi le pouvoir néerlaudais daus l'archipel oriental , Yopperhoofd Blomhoff demauda l'autorisation de visiter la capitale tous les deux ans; mais sa demande fut rejetée par le conseil japonais.

l^es préparatifs pour le voyage d'Yédo entraînent beaucoup de temps et de formalités. A l'approche de l'époque fixée pour ce voyage, le chef du comptoir «'informe officiellement du gouverneur

gné pour remplacer celui-ci pendant la durée de la mission à Yédo, et le président, avant son départ, le présente au gouverneur, à l'audience de congé, comme chef temporaire du comptoir.

Autrefois le chef de Dézima était accompagné à la cour par vingt de ses compatriotes ; mais a mesure que la prospérité de l'établissement a décru, cette suite bridante a diminuéen proportion ; et depuis que cette députation solennelle a ete renvoyée à chaque quatrième année le nombre des Hollandais autorisés a visiter Yédo est descendu à (rois, savoir : le président, son secrétaire et le médei in ou chirurgien de l'établissement (ou plutôt de la mission, car nous ne voyons pas d'officier de santé porté sur l'état du personnel de la factorerie, et on en envoie probablement un de Batov ia, tous les quatre ans , pour accompagner la mission).

Le nombre de Japonais qui accompagnent le président n'est pas ainsi limité. On compte dans son cortège au moins trente-cinq officiers de différents grades et un beaucoup plus grand nombre de serviteurs attachés à la personne soit des Hollandais, soit des officiers japonais.

A la tôte de ceux-ci est placé un gobanyosi que l'on peut considérer, à tous égards, comme le chef de l'expédition.

Il porte, en cette qualité, le titre particulier de Houinin. Ce n'est cependant

Eas lui qui est chargé de la dépense , mais ien le premier interprète, qui reçoit à cet effet une certaine somme d'argent que le gouvernement avance Sur le produit de la vente annuelle , ou plutôt sur un lot de marchandises mis a part dans ce but exprès, mais dont le produit se trouve toujours insuffisant; en sorte que la différence est payée par le trésor impérial : et c'est là probablement une des causes, pour le dire en passant, qui ont fait restreindre le nombre des

visites a Yédo. Les ofliciers d'un rang inférieur sont des ofliciers de police, des sous-interprètes, des commis aux bagages , des écrivains, des chefs de porteurs , etc. Parmi les serviteurs ou domestiques on compte trois cuisiniers, dont deux pour les Hollandais et un pour les Japonais, quelques majordomes, et trente domestiques , dont six attachés spécialement aux Hollandais, et que l'on désigne communément sous le nom d'espions. Chaque Hollandais peut, en outre, entretenir à ses frais un médecin japonais, un interprète particulier et d'autres domestiques. -Ainsi, le docteur Siebold, accompagnant en 1826 le colonel y an Sturler à Yédo , avait à sa suite un jeune médecin japonais, un dessinateur et six domestiques pour l'aider dans ses recherches comme naturaliste. Un élève du docteur, n'ayant pas été autorisé à le suivre en cette qualité, fut porté sur la liste comme domestique de 1 un des ioterprètes. En définitif, le nombre de personnes que les Hollandais peuvent emmener est à peu près illimité; mais l'admission de chacune d'elles est soumise à l'approbation du gouverneur, et c'est un moyen, selon toute apparence , d'augmenter le nombre des espions qui doivent surveiller la mission.

Nos voyageurs doivent se pourvoir eux-mêmes de tout ce qui leur est nécessaire, utile, ou qui peut contribuer à leur bien-être pendant le voyage, comme linge et effets d'habillement , lits , tables , chaises ou fauteuils , service de table, vaisselle , batterie de cuisine, etc., etc. Ils doivent faire aussi leur provision de vins, bière, fromage, beurre et autres articles de ce genre qu'on ne peut se procurer au Japon et qu'on leur envoie de Batavia. Il leur faut aussi des contitures , des gâteaux, des liqueurs en grande abondance , attendu le nombre de visites qu'ils auront à recevoir et qui donnent lieu à une immense consommation de friandises. Si l'on ajoute à tous ces articles indispensables la garde-robe de chaque individu, les présents destinés au siogoun et a d'autres grands personnages , les petites pacotilles destinées à être vendues en contrebande; si l'on prend aussi en considération que l'état des routes ne permet pas toujours que le transport

de toutes ces choses se fasse sur des voitures à roues , et qu'en général tout est porté à dos d'homme, ou de cheval, ou sur des bœufs, on aura une idée du nombre de porteurs, bêtes de somme, conducteurs, surveillants, etc., qui sont employés en cette occasion.

Une partie du bagage est, à la vérité, expédiée par mer, de Nagasaki à un port de la grande île de Nippon (où résident le mikado et son lieutenant le siogoun) ; mais quand la mission débarque, à son tour, sur la grande île, cette partie du bagage rejoint le reste , et du nouveau point de départ à Yédo la colonne de marche ne compte souvent pas moins de aeux cents personnes. Une suite aussi importante semblerait, d'après nos idées européennes , devoir donner une haute idée de l'importance du rôle que joue , en cette occasion , le président du comptoir hollandais; mais aux yeux des Japonais il en est tout autrement : et nous ne devons pas nous en étonner quand nous trouvons consigné dans les relations les plus autheutiques que la suite des princes du premier rang, quand ils se rendent à Yédo, ne s'élève pas à moins de vingt mille hommes, et que les princes des rangs inférieurs ne se font pas accompagner par moins de dix mille!

L'autorisation de faire le voyage d'Yédo étant néanmoins considérée comme l'une des prérogatives d'un rang élevé, le chef de Dézima, malgré la mesquine apparence de sa suite, joue cependant un rôle comparativement honorable et important pendant ce voyage, au moins comme étranger. Il est traité avec de grands égards sur toute la route, et on lui témoigne dans plusieurs circonstances autant de respect qu'on en montre pour les plus grands seigneurs du pays! C'est au moins ce qu^ffirment les voyageurs les mieux informés, la plupart témoins oculaires, et les détails dans lesqueJs nous allons entrer confirment en grande partie cette assertion. Mais il faut bien comprendre qu'il ne s*agit ici que de certaines formes, d'une certaine étiquette de courtoisie, qui ne s'étend guère qu'à des particularités sans importance politique, et qu'en proportion des honneurs accordés la liberté d'action devient de plus

JAPON

en plus restreinte. C'est, à l;i vérité, la règle générale et inévitable au Japon ; mais son application à la mission néerlandaise est plus stricte et plus gênante à coup sur.

Vopperhoo/d voyage en norimono , et même dans un norimono ( littéralement : machine (le transport) de première cbsse ; c'est là une grande prérogative, et qui nécessite une explication pour être convenablement appréciée.

Or donc on connaît au Japon deui classes de véhicules pour les personnes de quelque distinction ou de quelque aisance : les norimonos , les kagos. Ces deux classes se divisent et se subdivisent en genres et espèces ( les norimonos surtout), selon la longueur et la (orme du balancier . la manière de porter, le nombre et le pas des porteurs, etc. (1). La forme générale est in-

(i) Dan* le langage ordinaire (à ce qu'on nous a assuré ) on se sert indifféremment des mots norimono ou kago ( souvent prononcé kango ) pour exprimer une chaise a porteur en général; mais les diverses espèces de chaise» , suivant le rang de la personne, ont chacune leur nom particulier. Daus les kagos de petite dimension on est obligé de s'asseoir a la manière japonaise, sur ses talons; mais dans les grands kagos ou nurimons on est astis fort à l'aise, et on peut même se coucher « en pliant un peu les jambes, » dit Thunberg. Voici la description qu'il donne de son norimon, après avoir fait la remarque que du temps de Kœmpfer le médecin et le secrétaire de la mission étaient moins bien traités, puisqu'ils furent obligés de faire la roule à cheval, exposés au froid et à toutes les injures du temps :

- Les norimons sont des espèces de caisses de carrosses, faites de planches très-minces et de cannes de bambou, avec des fenêtres sur le devant et sur les deux côtés aux portières. On peut s'y asseoir i l'aise , et même t'y coucher en pliant un peu les jambes. I. 'intérieur est revêtu de belles étoffes de soie et de velours découpé. Daus le fond est un matelas de velours avec une couverture de la même étoffe. On a le dos et les coudes appuyés sur des traversins , et l'on est assis sur un coussin rond, percé daus le milieu. Sur le devant sont une ou deux tablettes, où l'on peut mettre une eentoire, des livres et autres objets. On baisse les fenêtres des portières pour se procurer de l'air, ou bien on les ferme avec des rideaux el des stores de

termédiaire entre celle des palanquins de l'Inde et celle des chaises a porteur

bambou. Je ne connais point de voilure plus commode. C'est une espèce d'appartement ambulant. Il faut y rester liès-longtemps pour se sentir un peu fatigué. L'extérieur de la caisse est vernissé et orné de peintures. Un bâton passé en travers par-dessus l'impériale, sert à la porter sur les épaules. Le nombre des porteurs est proportionné au rang du voyageur. Ils sont au moins six, et quelquefois plus de douze. La moitié des porteurs marche à vide pour relever les autres. Ils chantent de temps en temps pour s'amuser et soutenir leurs pas en mesure.

« Outre les effets que nous avions envoyés en avant par mer, nous chargeâmes encore

[dusieurs chevaux et porteurs de petites maies qui renfermaient nos habits, de lanternes, d'une quantité de vin et de bière de Hollande suffisante pour notre consommation journalière; d'un déjeûner en porcelaine du Japon, pour prendre le thé, que l'on fait même en marchant, pour en avoir de prêt à toutes les heures de la journée. Les Européens préfèrent un bon verre de vin ou de bière à ce breuvage, qui délabre l'estomac. Nous avions toujours, sous nos pieds, dans le norimon, une bouteille de vin et une autre de bière , avec des tartines de beurre dans une boite oblongue vernie. »

Charlevoix dit aussi :

« Rien n'est plus superbe que les norimons, surtout ceux dont on se sert dans les villes pour les visites ou pour les cérémonies : leur forme diffère peu des kangos ordinaires; quelques-uns même n'en sont distingués que par les bâtons qui servent à les porter. Ceux des kangos sont simples , massifs , tout d'une pièce, et plus petits; ceux des norimons sont plus grands, bien ornés, creux, faits de quatre petits ais d'un bois mince, proprement joints, courbés en arc et fort légers. La grosseur et la longueuren sont réglées par les ordonnances du prince et proportionnées à la qualité d'un chacun. Si quelqu'un passe en cela ce qui lui est permis, il est réprimandé par le magistrat, et quelquefois condamné i l'amende : mais on n'y regarde pas de si près pour les dames.

« Le dedans du norimon est un carré long, assez grand, pour qu'on y puisse être couché, et fermé de bambous proprement entrelacés, vernissé, et quelquefois orné de peintures exquises. Ces voitures n'ont que deux fenêtres collatérales; ainsi l'on n'y voit point devant »oi. Quant il pleut , on les couvre de papier vernissé, et les voyageurs qui sont à cheval

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soit européennes, soit chinoises : trop courte pour qu'on puisse se coucher tout de son lon^ , mais assez longue cependant pour qu'on puisse être assis fort commodément ou même couché à demi. Cela posé, les plus riches de

ont des manteaux de la même étoffe. On cuuiiait etu'ure la qualité de ceux qui .sont dans les nohnious par le nombre des porteurs, et par la manière dont ils preuneiil le* bât uus. Il y a de ces voitures qui n'ont que deux porteurs; il y eu a qui eu ont huit et plus. Quand ou porte un prince du sang ou le seigneur d'une province, il faut tenir le bâton sur la paume de la main; pour ceux d'une qualité inférieure , ou les porte sur les épaules. Les porteurs ont tout la livrée de leur maître ; et dans les voyages il y en a un nombre suffisant pour qu'ils puissent se relever tour à tour. Il y a des Laugos que bien des gens de condition prêtèrent aux, norimons pour les voyages, et dont il faut nécessairement se servir pour pas>er les montagnes. Ils sont petits, et l'on n'y est pas fort a son aise, parce qu'on est obligé de s'y tenir courbé, et les jambes croisées. Ils ressemblent à des paniers ; le couvert en est plat , et la fond coucave. Les plus petits ont trois porteurs da us les pas difficile! , et l'on franchit avec ces voitures des endroits où l'on aurait de la peiue à passer à cheval. »

D'après cette description, nous serions tenté de donner la préférence au norimon ( pour un lung voyage) sur la chaise à porteur chinoise ou européen m- , ou même sur le palanquin. Nous avons fait de bien longs trajets dans d'excelleuts palanquins de voyage; mais nous sommes porté à croire que la disposition intérieure en est moins commode que celle du norimon; et d'ailleurs le palanquin doit être eu général plus lourd que le norimon, et le voyageur exposé, en conséquence, à plus de retards et d'accidents. Au reste, il paraît qu'on peut au Japon, comme dans l'Inde, voyager en poste, à l'aide de relais humains , et que l'on trouve daus toutes les villes les ressources nécessaires à ce mode étrange de locomotion, commode autaut qu'étrauge, il faut l'avouer; mais surtout humiliant pour l'espèce, humiliant pour le porté plus encore que pour le porteur, quand le porté s'avise d'y réfléchir! Maïs ainsi le veulent ces civilisations mensongères de lOrieut, ainsi le veulent les habitudes séculaires de l'Inde, de la Chine, du Japon : et l'Européen s'accommode encore merveilleusement, loin de sa terre natale, à ces infractions au principe diviu de la fraternité l

ces voitures tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, les plus élégantes dans leur forme, les plus commodes dans leur installation sont réservées aux personnes d'uu haut rang, qui seules ont le droit de se faire accompagner d'un chabiuto ou service dethe complet. L'opperhoofd jouit de ce double privilège et de celui,

Slus rare encore, de pouvoir rester assis ans son norimono quand des fonctionnaires d'un rang inférieur à celui de gouverneur d'une cité impériale seraient obligés de mettre pied à terre. Le yobanyosi prend ses ordres chaque matin quant aux haltes pour le repas ou pour passer la nuit ( quoiqu'il soit vrai de dire que ces haltes sont invariablement fixées d'avance, et que rien ne peut y être changé à moins d'un arrangement spécial, préalablement au départ de Nagasaki ). Les trois Uollandais sont logés dans les hôtelleries que fréquentent exclusivement les princes, les gouverneurs et la noblesse du pays ; et quand à l'étape désignée il ne se trouve pas d'hôtellerie de cette classe ils logent dans un temple, tandis que les officiers japonais de l'escorte , même ceux qui sont les plus élevés en dignité , sont obligés de se contenter des auberges ordinaires, excepté toutefois dans les grandes villes, telles que Miyako et Ohosa/ïa, où, la mission étant l'objetd'une plus stricte surveillance, ils sont logés dans la même hôtellerie que les Européens conliés à leur garde (1). Partout le chef hollandais est reçu par son hôte en habit de cérémonie', avec les compliments d'usage, et enliii , sur la route , les passants , hommes, femmes et enfants se prosternent devant le seigneur étranger, ou lui tournent le dos , comme indignes ( selon les idées japonaises ) de le regarder en face ou même de le voir (2). Tous ces non neurs, toutes ces démonstrations humblement respectueuses sont en eflet les mêmes que ceux qui accueillent les princes japonais sur leur passage ; mais ce n'est

(i) Les auberges ou hôtelleries de première classe sont nommées taui , plus communément, lumtsin; celles de deuxième classe sont appelées jadoya (auberges de nuit).

(a) Les Javanais temoigneut de la même manière leur respect pour les voyageurs d'un haut rang!

pas en sa qualité de président du comptoir bol lar dais, ou même comme représentant de sa nation, que Vopperhoofd est traite avec cette distinction ma q née, mais uniquement comme l'hôte futur du gouvernement .suprême a Yédo, comme quelqu'un, tout humble que son rang puisse être, qui sera bientôt admis à l'insigne honneur de paraître eu présence du siogoun.

Le vovage est divisé en trois trajets.

L'un pour traverser l'île de Kiousiou, de Nagasaki a Kokoura, ce qui prend environ sept jours; l'autre par eau de Kokoura a Simonoxeki, et de Simonusefii (la ville la plus occidentale de Nippon ) a Fiogo, et de la à (Jhosaka, au travers d'un archipel de petites îles , les unes fertiles et cultivées avec soin , \es autres désertes et rocheuses ; la durée de ce tr^et par mer est très-incertaine, quatre jours à trois semaines en étant /es limites extrêmes. La troisième partie du voyage, enOn, s'accomplit par terre jusqu'à Yédo , en vingt deux ou vingt-truis jours de marche, plus quelques journées de halte à (Jhosaka et Mitjako. Il faut donc en tout, à I > mission, une cinquantaine de jours pour se rendre de Dézima à i édu. L ordre observe dans la colonne de marche est, suivant Fisscher et Siebold , celui que nous allons décrire. — Les présents sont en tête du convoi, avec leur escorte.

Viennent ensuite les bagages , nuis le personnel de la mission , précédé d'un vaguemestre et d'un chef des porteurs, avec deux ofliciers de police ou sousgoùwiyosU, en mrimonos ou kagos de la plu» humble classe, accompagnes, cependant , de leurs domestiques et de leurs effets. Après ceux-ci, l'écrivain des interprètes, l'interprète ordinaireadjoint et son aide, chacun I nsson£i</o et avec le complément habituel de porteurs tfhassambakkos et de kappa ragos, selon ie rang; e suite le chirurgien ou médecin hollandais, précédé de son coffre à médicaments et porté en norimono d'une clause plus relevée que les précédents; le secrétaire de la mission dans uq norimono de la môme classe, un lurintendant des norimonos , deux surintendants des porteurs ou vaguemestres ' en chef ; le président du comptoir, en noiimoîio de première classe, as ce huit

porteurs , proprement habillés et portant sur leurs habits les initiales de la compagnie orientale des Indes AVerlandoises ; puis les domesti jues , les interprètes et les gohanyoùs avec leur suite, fermant la marche.

On trouve au Japon . a chaque stage ou étape, des relais de porteurs tout prêts , qui remplacent nos chevaux de

fioste; mais pendant le voyage de Yedo es Hollandais ne font pas usa^e de ces relais Un certain nombre de porteurs est . loué pour une partie du chemin, comme, par exemple, pour transporter les voyageurs et leurs bagages du point de départ (Nagasaki) dans l'Ile Kiousiou jusqu'au premier lieu d'embarquement. Ces porteurs ont quelquefois jusqu'à dix-sept heures de marche à fournir sur vingt-quatre, et cependant ils ne paraissent pas souffrir de la fatigue ; ils prennent un bain chaud à leur arrivée à la couchée , et sont prêts le lendemain, a la pointe du jour, à reprendre leurs fardeaux.

Du temps de Kœmpfer. il paraît qu'à l'occasion du départ pour Yedo, le gouverneur de ISagasaki souhaitait, en personne, un bon voyage au président du comptoir. Il se contente aujourd'hui de lui faire faire ses compliments à ce sujet; mais, en récompense, tous les Japonais attaches officiellement au comptoir et tous ceux qui ont lié connaissance avec l'un quelconque des trois voyageurs élus, se font un devoir de les accompagner jusqu'à l'un des temples de ISagasaki ou de les y rejoindre pour Iwire , à leur santé et au succès de leur mission, la tasse de saki qui remplace au Japon le vin de rétrier.

Une fois hors de Nagasaki , les voyageurs sont traités, par toutes les classes de la population , avec des attentions et des égards d'autant plus remarquables que leurs propres domestiques japonais ne se piquent pas d'observer strictement les convenances que leur prescrivent les usages du pays et leur humble condition; et nous remarquerons de plus avec Kœmpfer que c'est précisément dans File de Kiousiou que ce contraste est le plus frappant. Dans la grande lie de Nippon la curiosité du peuple est aussi grande mais moins respectueuse; et indépendamment de ce qu'elle est tou-

L'UNIVERS

jours gênante, elle devient souvent im- le docteur est convaincu qu'en s'y prepert inente. L'accueil des grands sei- nant à temps , et en faisant les sarrigneurs, toujours digne et poli, y est lices d'argent convenables , on est tonmoins obligeant et moins aimable, mais, jours sûr de se procurer les douceurs et au total , il ressort clairement de tous les petites distractions dont on serait les témoignages que les ilollandais ne bien aise de jouir en dehors du prosont jamais aussi bien traités au Japon gramme ordinaire (1). et ne s'amusent autant que lorsqu'ils Les routes sont en général bonnes , sont hors de chez eux, si tant est que bien tenues et assez larges pour donner Dézima puisse passer pour le chez-soi passage à des masses de voyageurs de cette petite troupe d'exilés, quasi- comme celles dont nous parlions il y a prisonniers. quelques instants (2). Les fréquents ac- En traversant Plie de Kiousiou , la cidents de ce pays montagneux , où l'on mission est fêtée successivement par les chemine souvent jusqu'au sommet des différents princes sur les territoires des- montagnes, et ou on descend à l'aide quels elle passe. Un détachement de de marches taillées dans le roc ou fatroupes l'attend à la frontière de chaque çonuées dans le sol, ces accidents abru pprincipauté; le président est corn pli- tes s'opposent à l'emploi habituel de menté au nom du prince et escorté jus- voitures a roues. Les routes sont commuqu'à la frontière opposée. La mission nément bordées d'arbres et balayées s'embarque à Kokoura, où elle laisse avec soin. Il faut attribuer cette dertous ses nprimonos ou kagos pour y niera circonstance en partie aux haattendre son retour. Pendaut le trajet bitudes des cultivateurs, qui ne dédaipar mer les haltes sont fréquentes, et gnent rien de ce qui peut augmenter les seigneurs chez lesquels la mission leur provision de fumier , en partie aux s'arrête rivalisent de courtoisie, de égards qui sont dus aux voyageurs. On prévenances et de soins envers les Hol- rencontre de chaque coté du chemin de landais. Le gobanyosi ou kouinin , sur- petites boutiques où l'on fabrique et où intendant du voyage, et l'interprète en s'achètent d'innombrables quantités de chef se prêtent volontiers à ces démons- chaussures en paille pour chevaux et trations d'une hospitalité aussi franche bétes de somme et de sandales pour les qu'elle est complète, et paraissent très- passants. Ce mode de chaussure pour disposés à faire aux étrangers les bon- les chevaux et les boeufs est le seul qui neurs de leur pays, en leur facilitant soit en usage dans l'empire, et donne les moyens de voir ce que chaque ville lieu à l'emploi d'une multitude de pau-

et de plus remarquable. Le docteur Sie- nous croyons devoir rappeler ici , que

bold est d'opinion que si dans I*? cours sur les routes on trouve partout à acne-

de ce voyage les Hollandais se sont par- ter des livrets contenant toutes les indi-

fois crus autorisés à se plaindre de cations, même les plus minutieuses, qui

leurs conducteurs, il faut l'attribuer peuvent être utiles à un voyageur,

exclusivement à leur ignorance des Les voyageurs européens ont pris usages du pays et à leur avarice : et en effet, les dépenses ordinaires des voya-

Eeurs étant prévues et tixées d'avance à 0) La mission doit cependant être arrivé*

~ F ...... . 1 V.. I.. - ...... <«•>•.«<»;•>*» ôrw,,,,,.. !..

tion de l'itinéraire flxé, ou par une pro- quent<!s rencontres des oonéSes ont fait ai*,

longatiotl de séjour pour la satisfaction rcter que chacun d'eux se détournerait à gau-

personnelle de ces messieurs, doit être rhe, |>our laisser passera droite celui qui

a leur charge; car il serait absurde de vient au devant de lui. Cet ordre est aussi

s'imaginer que l'interprète pût consen- observé sur les grands ponts. (Sicbold, t. I,

tir à v pourvoir à ses propres frais. Et p. ao8. )

note d'un grand nombre de curiosités naturelles , de sources minérales, chaudes ou froides, de bains, de temples, etc., qu'ils ont remarqués sur leur route.

Kœmpfer entre dans beaucoup de détails de cette espèce, et sa manière de décrire, si elle manque d'élégance, ne manque probablement pas de Odélité , et nous paraît avoir en outre un certain cachet d'originalité qui nous fait regretter de ne pouvoir extraire de son récit tout ce qui se rapporte à ce voyage d'Yédo. Nous le citerons cependant quelquefois, et nous avons toujours eu soin de le consulter pour nous aider de son témoignage dans les recherches comparées sur lesquelles a été basé ce résumé.

Rien ne paraît avoir frappé davantage \e docteur Siebold, en traversant IHe de KUnuiou, que son excursion à un temple bouddhiste situé près de Yayami, où la mission s'arrêta, pour dîner, le jour même du départ de Nagasaki. Ce temple, érigé par une secte particulière connue sous le nom de Ikko-Syou, diffère essentiellement des autres temples bouddhistes, en ce qu'on n'y voit, à proprement parler, aucune idole, mais seulement une image du seul Dieu, Amida. Les bonzes de cette secte sont les seuls prêtres bouddhistes qui puissent se marier ou manger de la viande. Siebold les regarde comme des déistes purs.

Dans le voisinage de Sonogui (que Kœmpfer écrit Sbiongi , Thunberg Sinongui et Fisscher Sonogi) se voit un arbrede camphre, mentionné par Kœmpfer comme monstrueux, mais qui n'avait pas encore été mesuré parce que, se trouvant au sommet d'une colline escarpée, il était d'un accès difficile. Cet arbre a été trouvé , par Siebold , encore sain et vigoureux et riche en feuillage, quoiqu'il fut alors plus vieux de cent trentecinq ans que du temps de Kœmpfer.

Ce colosse du règne végétal a été mesuré cette fois (en 1826), au moins quant à la circonférence de son tronc , qui a été trouvée par Siebold de près de dix-sept mètres. L'arbre est creux à sa base, et Siebold observe que quinze personnes peuventse mettre a l'abri dans cette caverne vivante.

A T$uka-Sahi ( ou Tsouka-Sakiï) (1)

(i) Kœmpfer écrit : IskakcM.»

run. $j

le colonel Van Sturler et ses compagnons eurent la permission de se baigner dans 1 le propre bain du prince de Hun, et * furent, à ce qu'il paraît, émerveillés de la propreté recherchée qui y régnait, et pour en donner une idée le docteur fait observer que l'eau , par elle-même pure comme du cristal, était cependant filtrée par des tamis en crin, pour éviter l'introduction du moindre corps étranger. Tsouka-Saki est célèbre pour ses sources d'eau chaude, excellentes, dit-on, pour les personnes perdues de leurs membres. Siebold parle aussi avec admiration d'une maison de plaisance du prince de Tchikuxen, où ils passèrent la nuit , le colonel occupant l'appartement réservé au prince lui-même.

Cet appartement consistait en une antichambre et une chambre à coucher, qui au reste, comme toutes les chambres à coucherau Japon, se convertissait en salon aussitôt qu'on avait enlevé et serré le lit (1). Les murs étaient de bois de cèdre, du plus beau poli et richement nuancé. L'appartement pouvait, selon la coutume, se diviser en plusieurs pièces à l'aide d'écrans ou paravents , glissant dans des rainures pratiquées à cet effet. Ces écrans ou paravents sont de papier doré, encadré dans des cadres de laque richement ornés. L'appartement, doublement remarquable d abord à cause de sa parfaite élégance et de son exquise propreté, et puis à cause de ses modestes dimensions, qui contrastaient avec le rang du propriétaire, donnait sur un joli jardin avec la chapelle ou l'oratoire d'usage. Ce qu'il y avait de plus curieux dans ce logement, c'était une petite niche, ou espèce de cage, mén igée dans un coin de l'antichambre, et où siégeait habituellement le chambellan du prince, condamné à y passer de longues heures dans l'isolement, sans être vu de personne et attendant les ordres de son maître.

(i) Chaque lit se compose d'un mince matelas, avec un traversin en Irais léger dans lequel on pratique un certain nombre de tiroirs, pour serrer quelques bijoux ou bagatelles de prix. Sur le traversin on place un oreiller, el le lit est complet. Au jour, le tout est roulé et ramassé dans un coffre, dans un coin de la chambre.

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Ce qui a été observé de plus intéres- La traversée de SimonosekiàOhasafia sant au point de vue économique, dans offre peu d'incidents remarquables; elle cette riche et curieuse île de Kiousiou, a été cependant pour Kœmpfer l'oeeac'est sans contredit le charbon de terre, sion de plusieurs observations mtér esdont Siebold parle comme étant en santés. A un point, comparativement usage à Kayanosi (1), village où il critique, de cette traversée, les mariparait s'être chauffé à un feu allumé niers et les passagers, dans le but de avec ce combustible, et s'y être chauffé se rendre une certùne divinité propice, d'autant plus volontiers que le voyage ne manquent pas de jeter à la mer, dans d'Ye'lo commence presque toujours en le voisinage du temple consacré à eu février, époque a laquelle le pays porte, Neptune japonais , quelques pièces de comme le dit le docteur, son rostume menue monnaie (attachées à une petite d hiver, et où il a vu souvent de la glace planche , selon Kœmpfer, ce qui parait ou au moins de la gelée blanche. 11 vi- plus rationnel que de les abandonner à sita d'ailleurs une mine de charbon de leur propre poids comme le voudraient terreà If'ukumolo; et bien qu'on ne lui d'autres narrateurs), et même uu petit ait pas permis de descendre fort avant baril desaki. Fisscher, témoin de cette dans la mine, il a pu s'assurer, dit-il, cérémonie, raconte que le baril fut requelle était bien et judicieusement ex- cueilli par des pêcheurs et lidèlement ploitée. Les couches supérieures n'a- remis a son adresse. Il nomme le dieu vaient guère que quelques pouces d'é- que Ton voulait séduire par cette ofpaisseur; mai* on lui affirma que les trande, Kompira; c'est probablement couches inférieures étaient épaisnes de le même que Kœmpfer appelle .ibbuto plusieurs pieds, et les blocs qu'il a vus, quano sama. Quelques temples dans le extraits de cette profondeur, conlir- voisinage de Fimezi se font remarquer, inaient cette assertion. Quant à la qualité l'un par son architecture et par les du combustible, il parait être d'une na- peintures et dorures dont il est orué, ture bitumineuse, et les gens du pays le l'autre par une grosse cloche, un troiconvertissent en coke pour s'en servir, sième enfin par une pierre monstrueuse. On peut soupçonner que cette mine Tout près du premier de ces temples, fournit plutôt de l'anthracite que du Fis>cher a vu des pins énormes, dont un charbon de terre proprement dit. surtout peut être considéré comme l'un

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( i) Kcempfer par e aussi de ce charbon de ,e du 'Fjsscliei% avait tJt,ja vu passer

terre et du qn on eur en montra des .mne» , de djx sjèc|es ( 988 ^ p|) ,822>

^^^i^^Tiïgt Après une halte dans teport de «g

koranaû, qu'il «.ppelle Kujanosse, ma.s ne °» {^ugo , célèbre , au Japon a cause

parle pas de H 'uk\L,o. Siebold, a son tour, de l'énorme digue qui en protège 1 en-

lie dit ,i..ndpA««WaX/,ettWhernonplus; tree (et qui a coûte des sommes im-

mai* celu.-ci éa it Kuymmssa au lieu de Au- menses au gouvernement aussi bien que

/««oi.roudeA'r^flrtuii.ThunbergéeritAorfl- la vie aune multitude de pauvres OU-

nosa; Charlevoix, Kujanessa (a). Ce soni là vriei*), la mission prend delinitivement

de petites difiérene«s, et on doii sVfctinur luu- terreà Ohasaka, l'une des cinq villes

reux quand les oi thographes se contrarient impériales, OÙ OU s'arrête un jour OU

dan, d'aussi étroites limite*. Il y a des on dU-s deux. Cette ville est sinon la plusurande,

qui entendent plus correctement qued aunes, au moillS la plus belle et la plus riehe

des jeux qui voient plus distinctement et de l'empire et celle où abondent les

d une manière plus précise ; et quand un théâtres et les divertissements de toute

voyageur a eu le talent de bien voir et de espèce; — c'esl \zParix du Japon. A dater

bien entendre, il faut euçore quil sache ren- ^ ^ . jfg Ho|]an(lajs SOnt l'objet

dre exactement et complètement compte de ce qu'il a vu et entendu; ce qui est chose difficile, même de noue temps.

d'une surveillance active et continuelle, et il leur est à peine permis de sortir des logements qui leur sont assignés. Ils

(a) Charletolx , qui mentionne également la mine reCoiveilt grand nombre de visites, Sur-

de. charbon de terre dans le «oHlna>te, ajoute que le " V^f «",u . ?

feu avait pris u cette inme p.ir la f.mle d.- ccu* qui U)Ut des lllédt CUIS du pa\8 et ûYB 1113-

^ravaUlakat, et a»ait continue a brûler depuis ce ^ vjeuueut consulter le docteur

JAPON

européen ; mais ces visites sont nal~ bon. Les présentsdestinés au gouverneur ùohasaka ne peuvent lui être offerts qu'au retour d'Yédo, et restent déposés en ville jusqu'à cette époque. Les voyageurs ne tirent d'autre parti de leur séjour à Ohasaka que de commander quelques articles de curiosité ou de marchandises qui leur sont livrés à cette même époque du retour de la capitale.

On se rend en un jour et demi <V Ohasaka à Miyako (1), ia ville impériale par excellence, la résidence du tfafrt ou de la cour du divin autocrate, le mikado. La mission s'y arrête un jour, mais elle y est étroitement surveillée et privée "de toute liberté de mouvements.

Queiques visites oflicielles et une multitude de visites valbon occupent tout le temps des voyageurs. Quelques présents destinés a'un certain nombre de grands seigneurs doivent être déposés, comme dans le cas précédent, jusqu'au nlour d'Yedo. Un haut dignitaire, que ta» Hollandais désignent sous le nom d* grand juge, et dont le titre en japonais est syôsMal, est à Miyako représentant du siogaun auprès" du mikado. C'est lui qui délivre à la mission le passe-port dont elle a besoin pour continuer sa route. Cette dernière partie du voyage est la plus longue et la plus pénible.

Entre Miyako et Yédo on rencontre fréquemment des princes du pays avec leurs nombreuses suites (2). Ces grands

(t) Les Japonais donnent quelquefois à cette capitale le nom de Kioto. Nous en reparlerons plus en détail duos la suite.

(a) La description que donne Knempfer de la manière dont les grands seigneurs voyagent an Japon est si pittoresque et si mtértssante a beaucoup d'égards, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que de la copier iilléra- W ment, non-seulement pour l'aniusemrnt mais pour l'instruction de nos lecteurs, car ce récit nous parait propre a jeter un jour particulier sur les institutions et les mœurs de ce singulier pays.

Voici commeol a exprimeTcprapfer ( t. II , p.li.î):

■ C'est une chose presque incroyable que h quant iié de monde qui voyage tous les jours ^is ce pays ; et je puis assurer le lecteur par •a propre expérience (y ayant passé quatre fen)qae te ToSaido, qui est un des prin-

seigneurs évitent autant que possible de passer par la ville sainte, où les moin-

cipnux,et certainement des plus fréquentés des sept grands chemins du Japon, est, dans de certaius jours , plus rempli d'allauts et de venants qui- les rues publiques des plus grandes villes de l'Europe. Cela vient en partie de ce que le pays est extrêmement peuplé, et en partie des fréquents voyages que les naturels entreprennent, peut-être plus qu'aucune autre nation, soit volontairement, soit par nécessite. Four la satisfaction du lecteur, je donnerai ici en peu de mots une idée préliminaire des personnes , et des compagnies les plus remarquables, que les voyageur» rencontrent sur lu route.

« Les princes et les seigneur* de l'empire, avec leurs nombreuses suites , comme aussi le. gouverneurs des villes impériales et des terres appartenant à la ronronne, méritent que j'en fasse mention avant tous les autres. Ils sont obliges d aller une lois l'année i la cour, pour y rendre leurs hommages au monarque séculier, dans certains temps marqués pour cela. Ainsi ils doivent se trouver sur les grandes roules deux fois par an . c'esi-à-dire quand ils vont à Yédo, et quand ils en reviennent. Ils sont accompagnes dans ee voyage de toute leur eour; et oïdinairemeut ils' le fout avec cette pompe et celte magnificence , qu'ils estiment convenir à leur qualité el à leurs richesses , auasi bien qu'à la majesté du puissant monarque qu'ils vont voir. La suite de quelques-uns des premiers princes de l'empire est si nombreuse , qu elle"tient quelques journées de chemin. Aussi ai -je vu souveut que, quoique nous fissions assez de diligence , nous avons rencontré pendant deux jours consécutifs le bagage et le train qui précédait le prince, composé des valeis et des officiers intérieurs et dispersés en diverses bandes : le prince lui-même ne paraissait que le troisième jour, suivi d'une cour nombreuse; et lout cela marchait dans un ordre admirable. On conte que le cortège d'un des principaux daimios , comme on les appelle , est composé de près de ao.ooo hommes; celui d'un siomjo, d'environ io,ooo, et celui d'un gouverneur des villes impénales el de terres appartenant à la couronne, d'une ou de plusieurs centaines, suivant sa qualité ou ses revenus.

- S'il arrive que deux ou plusieurs de ces princes et seigneurs avec leur nombreuse suite se trouvent sur la même route daus le même temps, ils ne peuvent que se nuire beaucoup 1 un à l'autre , surtout s'ils se rencontrent daus un inèmesiuku, ou village; car le plus souvent de grands villages tout en-

L'IJMVEHS.

dres membres du duiri (personnes delà cour de l'empereur) sont regardés comme

tiers M suffisent pas à loger le cortège d'un seul daimio. Four prévenir de tels inconvénients, les princes et les seigneurs ont accoutumé de faire avertir, quelque temps à l'avance, les divers siukus par où ils doivent passer, et toutes les hôtelleries ; par exemple, ceux delà première qualité, un mois, et les autres, une semaine ou deux avant leur arrivée. Outre cela, on en instruit toutes les villes , tous les villages et hameaux qui sont sur leur route, parle moyen de petites planches qu'on élève sur de longs hâtons de bambou à l'entrée et à la sortie de ces divers endroits, et sur laquelle on marque en peu de mots quel jour du mois c'est que tel ou tel seigneur doit passer dans le lieu , et y dîner, ou y coucher.

« Pour satisfaire la curiosité du lecteur, il ne sera pas hors de propos de décrire ici un de ces grands cortèges, eu omettant les avantcoureurs, le bagage, les chevaux de main, les kangos et palanquins, qu'on envoie un jour ou deux à l'avance. Ce que je dirai làdessus ne regarde pourtant pas les plus puissants princes et petits rois, tels que sont les seigneurs de Satzuma, de Baugo , d Owarj , de Kijuokuni et de Mito, mais seulement quelques autres daimios, dont nous avons rencontré plusieurs dans notre voyage â la cour, d'autant plus qu'il n'y a pas beaucoup de différence dans leur irai n , si l'un en excepte les livrées et des piques -particulière*, certain ordre arbitraire dans la marche , et le nombre de chevaux de main, de fassambacs, de norimons, de kangos, et de valets pour en preudre soin ou pour les accompagner.

« i. De nombreuses troupes d'avant-coureurs, de fourriers, de secrétaires , de cuisiniers et d'autres officiers inférieurs commencent la marche, parce qu'ils doiveul pourvoir aux logements, aux vivres et autres choses nécessaires pour la réception de leur maitre et de sa cour.

« a. Ensuile vient le gros bagage du prince, empaqueté ou dans de petits coffres semblables à ceux que j'ai décrits ci-devant, et portés par des chevaux, avec chacun un étendard dessus , où sont les armes et le nom du possesseur, ou bien dans de grandes caisses couvertes de cuir rouge vernis, sur lesquelles il y a aussi les armes du maitre, et que des hommes portent sur leurs épaules , suivis d'un grand nombre d'inspecteurs.

« 3. Un grand nombre de moindres équipages appartenant aux principaux officiers, aux personnes de qualité qui accompagnent

leurs supérieurs. Il est à remarquer que cet immense concours de voyageurs

le prince, avec les piques, les cimeterres, les arcs et les flèche-» , les parasols , les chevaux de main et autres marques de grandeur qui conviennent à leur qualité ou à leur charge.

« A. Le train particulier du prince même, marchant dans un ordre admirable, et divisé en plusieurs troupes, dutit chacune est commandée par un officier qui lui est propre. Les voici dans leur rang : i# Cinq beaux chevaux de main, plus ou moins, menés par deux palefreniers, un de chaque coté, et suivis de deux valets de pied. a° Cinq ou six porteurs, et quelquefois davantage , richement vêtus, marchant un à un , et portant sur leurs épaules les fassambacks ou caisses vernies , et les coffres et corbeilles aussi vernies, où sont les robes, habits, hardeset autres choses nécessaires pour l'usage du prince ; chaque porteur est accompagné de deux valets, qui prennent sa charge tour à tour. 3° Dix hommes ou davantage, marchant aussi un à ua, et portant de riches cimeterres, des piques de distinction, des armes à feu et d'autres, dans des étuis de bois vernis , comme aussi des carquois avec des arcs et des flèches; quelquefois , pour plus de magnificence , il y a un plus grand nombre de porteurs de fassambacks et de chevaux de main qui suivent cette troupe. 4° Deux ou trois hommes qui portent les piques d'État, qui sont les marques du pouvoir el de l'autorité du prince, garnies au haut de touffes de plumes de coq , ou de certains cuirs rudes, ou de quelques autres ornements particuliers à chaque seigneur. Ces porteurs de piques marchent un à un, et sont suivis chacun de deux valets de pied. 5° Lin gentilhomme, qui porte le chapeau dont le prince se sert pour se garantir de l'ardeur du soleil et qui est couvert de velours noir; il est aussi suivi de deux valets de pied. 6° Un autre gentilhomme, portaul le sombreiro ou parasol du prince, pareillement couvert de velours noir, avec deux valets de pied. 70 Un plus graud nombre de fassambacks et de coffres vernis , couverts de cuir coloré , sur lesquels sont les armes du priuce et à chacun desquels il y a deux hommes commis pour eu prendre soin. 8° Environ seize pages et gentilshommes de la chambre du prince, richement vêtus, et marchant deux à deux devant sou imn mon ; ils sont pris d'entre les personnes de la première qualité de sa cour. 90 Le priuce lui-même , assis dans un magnifique norimon ou palanquin , qui est porté par six ou huit hommes , vêtus de ri-

JAPON

ne donne jamais lieu h aucun accident grave, à aucune collision soit sur la route,

rbcs livrées , avec plusieurs autres qui marchent aux deux côtés du norimon, pour relever les premiers. Deux ou trois gentilshommes de la chambre se tiennent à la portière , pour donner au prince ce dont il a besoin ou ce qu'il souhaite, et pour le soutenir en entrant ou sortant de son norimon. 10* Deux ou trois chevaux de parade , dont les selles sont couvertes de velours noir ; il y en a un fini porte un grand fauteuil, qui est quelquefois ■OUÏ couvert de velours noir, et placé sur un norikako de même étoffe. Charnu d'eux est accompagné de plusieurs palefreniers et valets en livrée, el l'on en voit qui sont menés par les pages mêmes du prince. 1 1" Deux porteurs de piques. ia° Dix hommes ou plus , portant des paniers d'une grandeur énorme, attachés aux extrémités d'un bâton qu'ils mettent sur leurs épaules, de façon que l'un de ces paniers pend devant et l'autre derrière : ce n'est pas tant pour l'usage qu'on en fait que par parade qu'on les porte. Quelquefois, pour augmenter la troupe, quelques porteurs de fassambacks se joignent à ceux-ci. Voilà l'ordre dans lequel marche le train particulier du prince ; ensuite viennent :

• 5. Six à douze chevaux de main, avec ceux qui les mènent , les palefreniers et les valets , qui sent tous en livrée.

« G. Une foule de domestiques du prince, et-'kKsatprs officiers de sa cour, av*c leurs propres équipages et serviteurs , qui sont en grand nombre , comme porteurs de piques , porteurs de fassambacks, el valets de livrée. Quelques-uns de ces domestiques et officiers ▼0}' agent dans des kangos, et toute la troupe est couduite par le grand maître de la maison du prince, qui se fait porter dans un norimon.

« Si quelqu'un des ûls du prince l'accompagne à la cour , il marche immédiatement après lui avec tout sou train particulier.

« C'est une chose extrêmement curieuse et digne d'admiration , que de voir toutes les personnes qui composent le nombreux cortège d'un prince ( excepté seulement les porteurs de piques et les valets de norimon et les gens de livrée ) babilles de soie noire , marchant dans un ordre merveilleux , avec une gravité qui leur sied bien, et gardant un si profond silence , qu'on n'entend pas le moindre bro^t , à la réserve de celui que cause nécessairement le frottement des habits et les divers mouvements des hommes et des chevaux quand ils marchent. Mais d'un autre cité, il ne peut que paraître fort étrauge à

5" Livraison. (Japon. )

soit dans les auberges, ce qu'il faut attribuer sans doute eu partie aux me-

un Européen que tous les porteurs de piques et les valets de norimon troussent leur habit jusqu'à la ceinture et exposent ainsi leur nudité à la vue des spectateurs, n'ayant qu'une bande de drap pour couvrir les parties honteuses. Ce qui semble plus bizarre encore et plus comique , c'est une certaine marche ou danse bouffonne que les pages , les porteurs de piques , de parasols , de chapeaux , de fassambacks ou de coffres et tous les valets de livrée affectent quand ils passent au travers de quelque ville ou bourg remarquable ou à côté du cortège de quelque autre prince ou seigneur. A chaque pas qu'ils font ils jettent un pied en arrière, et le relèvent jusqu'à leur dos, étendant le bras aussi loin qu'ils peuvent du côté opposé , et se metteut dans une posture telle que l'on dirait qu'ils veulent nager dans l'air. En même temps ils brandillent et agitent d'une manière fort singulière, qui répond aux mouvements de leurs corps , les piques , chapeaux, parasols, fassambacks, boites, corbeilles , et en général tout ce qu'ils portent. Les valets de norimon retroussent leurs manches jusqu'aux épaules, cl vont les bras nu^: ils portent les bâtons du norimon du suylcurs épaules ou sur la paume de leur maiu^ qu'ils lèvent au-dessus de leur tète. Pendant qu'ils le soutiennent ainsi d'un de leurs b*as, ils étendent l'autre, tenant la maiti dans une situation Jjot izoutale , par laquelle, aussi bien que par leur manière de marcher à petits pas, à i»s comptés, et les genoux roides , ils affectent une crainte et une circons|>ection ridicules. Si le prince sort de son norimon pour entrer dans une des cabanes de verdure qu'on a bâties exprès pour lui , de distance en distance sur la route, ou dans quelque maison particulière, soit pour y prendre une tasse de thé, soit pour y aller à ses nécessités , il laisse toujours a l'hôte un cobang pour la récompense de sa peine : à diner et à souper ce qu'il donne est beaucoup plus considérable, »

Siebold parle aussi de ces voyages continuels des japonais, et fait observer qu'uu grand seigneur japonais en voyage est l'esclave de l'usage et de l'étiquette. Les moindres détails de son costume, de sa suite, de son bagage , de ses insignes , de sa route, de ses journées , de ses repas , de ses nuits , sont réglés par de petites lois invariables. Aussi le métier de grand seigneur est-il trèsassujet tissant, très-ennuyeux , très-fatigant et souvent très-dangereux au Japon, et les prin-

L'UNIVERS

sures d'une police aussi prévoyante que ponctuelle, et par exemple à la disposition réglementaire qui veut que tous ceux qui vont du côté de la capitale prennent la droite du chemin et ceux uni en reviennentla gauche : mais de semblables précautions n ont de valeur et d'eflicacité réelles que lorsqu'elles sont en harmonie complète avec le caractère national; et en admettant que les choses se passent aussi tranquillement, avec autant d'ordre et de décence qu'on nous le dit (et nous n'avons pas de motif raisonnable d'en douter), nous ne pouvons trouver l'explication véritable de ce phénomène que dans une égalité eénérale d'humeur, un penchant naturel a l'ordre et un respect inné pour les institutions, qui font îe plus grand honneur au caractère du peuple japonais.

\ moitié chemin des deux capitales, sur le côté ouest d'une baie profonde à goulet (et non d'un lac comme ledit Fisscher), on rencontre la petite ville d'Aray, très-importante par sa situation et ou stationne un détachement considérable de troupes. Le prince dans les États duquel cette ville est située, et dont les troupes fournissent la garde du poste est presque toujours un des membres du conseil d'État. Personne ne peut passer outre, dans la direction d'Yédo, sans un passe-port du grand juge, aucune femme surtout, à moins d'une autorisation expresse. Les papiers, les bauages sont visités avec soin, et les voyageurs euxmêmes sont soumis à la visite, dans la crainte qu'une femme ne cherche à s'introduire en habits d'homme dans les provinces impériales. On sait que les femmes et les filles des princes, gouverneurs et autres grands seigneurs fonctionnaires publics sont retenues en otage a Yédo, où elles répondent de la fidélité de leurs maris ou de leurs pères; mais on ne trouve dans aucune relation l'explication précise de la mesure qui a

ces ou grands dignitaire» se retirent en général le plus tôt qu'ils peuvent de la vie ofticielle. Il est rare de rencontrer un prince régnant ou gouvernant effectivement qui ait vieilli daus l'exercice de ses fonctions. Us recherchent tous de bonne heure Votium aun dtgnïtate, qui chez tous les peuples civilisés est le rêve de tant de gens.

fiour but d'empêcher qu'aucune autre emme , en général , ne puisse se rendre à Yédo sans permission spéciale. Le gouvernement craint sans doute d'augmenter, sans nécessité, le nombre déjà considérable des familles qui sont l'objet d'une surveillance particulière et de tous les instants, puisque aucune femme ou fille des hauts fonctionnaires ne doit s'absenter de la capitale. Aussi toute infraction de ces règles, liéesd'une manière si intime à la sûreté de l'État, entraînerait la perte de la vie pour toutes les personnes compromises.

Quand toutes les formalités ont été remplies, une barque du prince, mais aux couleurs néerlandaises, par égard pour la mission, transporte Vopperhoo/d et sa suite de l'autre côté de la baie. Le jour suivant, ils traversent en bac le Tenriogawa (Kœmpfer appelle cette rivière Ten-Hijn) (1), dont le sable, suivant Fisscher, serait très-riche en poudre d'or; mais les Japonais ne savent pas, dit-il, en opérer l'extraction. Ceci paraît à peine croyable, les Japonais passant pour être assez habiles en métallurgie.

Quoi qu'il en soit, le passage de cette rivière est d'un bien moindre intérêt pour nos voyageurs que celui de YOygawa , qu'ils ont a traverser le jour suivant, et dont le cours impétueux et le fond inégal et semé de quartiers de roche n'admettent ni ponts ni bateaux de passage.

On trouve sur les bords de ce torrent des hommes dont le métier et le devoir est de passer à gué les personnes et les bagages des voyageurs, sans qu'il leur arrive le moindre accident. Ces porteurs répondent de vous sur leur téte, dit Thunberg, confirmant le récit de Kœmpfer et confirme à son tour par Fisscher, qui représente ce passage comme véritablement dangereux, quoique le ht du courant n'ait guère plus de cinquante pieds de large dans les basses eaux. L'Oygawa, pendant la saison des pluies, a souvent un quart de lieue de large et n'est guéabieque par intervalles. Aussi afrive-t-il fréquemment que les voyageurs soient retenus desjours entiers

(i) Thunberg a traversé cette même rivière en bateau. Il lui donue le nom de Tin* dieawa. — Ni lui ni Kœmpfer ne parlent du sable aurifère de ce torrent.

JAPON

sur ses rives. Il traverse un pays montueux et riche d'aspects variés, auxquels il ajoute la poésie de ses flots , qui semblent avoir hâte de se précipiter dans la mer, où ce torrent se jette en effet à peu de distance du point que nous venons de signaler.

Les Japonais, sensibles comme ils le sont aux beautés et aux contrastes de la nature, ne pouvaient manquer de se passionner pourl'Oygawa (1). Cette rivière célèbre fournit en conséquence des tableaux et des comparaisons sans nombre à leurs dessinateurs et à leurs poètes j mais elle partage cette prérogative (si même elle ne lui cède pas sous ce rapport) avec le mont Fousi, qu'on commence à découvrir peu de temps avant de traverser la rivière, et dont le cône gi{iante>que domine toute la contrée , ne laissant aux montagnes voisines que l'apparence d'humbles collines. Le mont Fousl ou Foudsi est le plus élevé du Japon, et son sommet est couvert de neiges pendant la majeure partie de l'année. — Sa hauteur est , selon Siebold, de 3,793 mètres , et d'après la même autorité il est situé dans la province de Sourouga, par 34" W lat. nord et 136° 25- long, est. Les Japonais l'appellent communément fouit -tau. C'est un ancien volcan, jadis fort redouté; mais, sa dernière éruption datant maintenant (Tun siècle et demi , il a cessé d'être un objet de terreur pour la région fertile et peuplée qui l'environne. Cependant, comme toutes les grandes manifestations du pouvoir créateur, cette masse imposante et du plus sublime aspect est l'objet d'une admiration superstitieuse, et ceux qui peuveut atteindre ce sommet, où la violence des vents disperse incessamment la neige en tourbillons comme une blanche fumée, croient avoir accompli un saint pèlerinage au temple naturel du génie des tempêtes (2). « Le peuple y monte par dévo-

(i) Ogingatva, Koeropfer.

Omgawa, Tbuubcrg.

Ojegawa et Ojugawa, Fisscher.

Ojcgan>a , Chiuesc Repository.

L'i parait avoir dans ce uoin et dans beaucoup d'autres un son nasal. C'est de l'euphonie japonaise.

(a) Fisscher assure que les dévols vont en

« tion, » dit Kœmpfer, « pour y rendre « unculteà leur AZote ou aieu des vents. « On est trois jours à y monter; mais on « dit que l'on peut en des'-endre, si l'on « veut, en trois heures, à l'aide des traî- « neaux de roseaux ou de paille, que « les gens s'attachent à la ceinture ; et « ils glissent comme cela , de haut en « bas, sur la neige en hiver et sur le sa- « ble en été, la montagne étant merveil- «• leusement unie et douce. Les iam- « mabos {yamabosis), ou prêtres des « montagnes, sont de cet ordre d'iCoIe, « et leur mot du guet est Fouzii- lamina, « qu'ils répètent souvent en parlant ■ et en mendiant. Les poêles ne sau- « roient trouver des termes à leur gré « et les peintres ne croyent avoir assez « d'adresse ni des couleurs qui puis- « sent représenter dignement cette mon- « tagne. » Kœmpfer avait remarqué plus haut que , selon le récit des personnes qui ont été au sommet le plus élevé, il y a un grand trou profond a ce sommet, qui anciennement vomissait des flammes et de la fumée, jusqu'à ce qu'enfin il s'éleva une petite colline ou butte au plus haut; mais à présentée cratère est rempli d'eau.

Japonais et étrangers ne parlent de cette montagne qu'avec admiration.

Rien ne peut rendre la beauté de l'immense paysage dont elle est le centre et auquel la régularité de sa forme, l'isolement de son pic au milieu des hautes régions de l'atmosphère, les accidents de lumière et surtout la majesté immobile de son aspect donnent un caractère de grandeur ineffable.

Les yamabosis y ou jammabosis, ou iamabos , dont il vient d'être question forment une sorte de confrérie monacale

pèlerinage sur le sommet de telle monlagne pour adresser leur» prière» aux idoles que la main de leurs ancêtres y a placés dans le creux des rochers. Ces pèlerinages, dit-il, n'ont lieu qu'au mois d'aoul.

Nou* remarquerons en passant que Fisscher écril le nom de ce pic célèbre de trois manières différentes :

Fofsi-Jamma, p. 74.

Foex/ïberg, p. 299.

Foegie\wr%, p. 3oi.

Voir, pour de plu-s grandi détails sur le Fousi- Yama, le* p. 9 et i5.

e« lun

ou plutôt desecte religieuse, dont les traditions, les habitudes, lesdoctrines et l'influence méritent une étude particulière.

Nous nous en occuperons plus spécialement quand nous traiterons des dif férentes formes de religion et des croyances les plus accréditées au Japon. Nous remarquerons seulement ici que l'une des obligations imposées . m \ ja m a h n s est de visiter les hauts lieux et de passer par les plus rudes épreuves de la vie ascétique. Leurs enfants ( car ces religieux bohémiens ont la permission de se marier) sont comme eux, pèlerins et mendiants, et leurs filles appartiennent à l'ordre lies nonnes mendiantes dont nous avons déjà fait mention (p. 40).

La route que suit la mission passe au

(>ied du Fousi- ïamma, a un village d'où a montagne est vue dans toutn sa splendeur; nos voyageurs lont une halte dans la chaumière d'un paysan qui leur offre, entre autre* rafraîchissements , une espèce de sorbet fait avec du saki et de la neige du Fousi; attention hospitalière qu'on reconnaît, à ce qu'il paraît, par le don d'un kobang d'or, monnaie japonaise (équivalant a 25 ou 26 francs) (1). A peine commence-t-on à s'éloigner de la grande montagne qu'il s'en présente une autre, qu'il faut de toute nécessité franchir pour arriver a Vedo. C est le mont Fakone ou Fakonic ; il fait partie d'une chaîne riche en paysages de l'aspect le plus varié et où les' sites les plus sauvages se rencontrent auprès des champs les mieux cultivés et des plus riants villages. Ces villages sont habités par les meilleurs tourneurs, ciseleurs et ouvriers en laque du Japon, et on s'y procure leurs chefs-d'œuvre à des prix modérés.

Pour jouir plus complètement de la vue de ces beaux sites , les princes et les nobles s'arrêtent à quelques milles du village de Fakone ( en descendant la montagne } , dans un endroit où une collation de thé, gâteaux et autres friandises leur est servie par de jolies filles. Le village de Fakone est situe à un quart de mille à peu près du sommet de la montagne. 11 est bâti près d'un petit lac d'eau douce très-poissonneux , où Thun-

(i) "Voir plus loin Pindiralion des principaux poids, mesures et monnaies, d'après les autorités les plus récentes.

berg fut fort étonné qu'on péchât d'ex, cellent saumon.

« Nous quittâmes à regret ce charmant endroit, dit-il, et tout en descendant la montagne je ne manquai pas de recueillir des plantes, des fleurs et des graines de différents végétaux qui se trouvaient le long de la route ou aux environs. Nous vîmes beaucoup de cascades et de canaux pratiqués par les habitants pour arroser leurs plantations et pour leur consommation journalière.

Au pied dr la montagne nous fûmes visités dans un corps de garde impérial, devant les préposés de l'empereur, qui restèrent assis pendant la visite de nos personnes et de nos effets. »

C'est qu'en effet il y a encore ici un poste considérable établi pour surveiller les allants et venants. Ce poste est même plus import. mt que celui d'.Jray, Fakone étant considéré comme une des clefs d'Yédo. La direction des chemins est telle qu'ils aboutissent nécessairement tous au défilé de Fakone, et ce défile est fermé par des portes et soigneusement garde. Les ofliciers préposes à la garde delà pas e ont ordre de visiter tous les voyageurs , d'empêcher les femmes de sortir et les armes d'entrer. Les hommes doivent exhiber leurs passe-ports, et ceux qui n'eu ont pas sont arrêtés. Titsingh raconte une anecdote qui (en supposant que ce ne soit pas un cMHe fait à plaisir) prouve qu'il est possible de tromper la vigilance des gardes , mais qui montre en même temps combien il est difficile d'échapper aux dangers qui menacent les délinquants, même après avoir passé la fatale barrière.

« Un Japonais d'Y edo, resté veuf avec deux enfants, un garçon et une fille, est appelé par des affaires pressantes dans une province éloignée. Ne sachant comment pourvoir aux besoins de ses enfants pendant son absence, il se détermine à les emmener, et arrivé à Fakone, réussit à faire passer sa fille sous les vêtements d'un garçon. Il est rejoint à peu de distance dû poste par un homme de sa connaissance, et qui, n'ignorant pas que de ses deux enfants l'un était une fille, le félicite sur le succèsde sa ruse et lui demande de quoi boire à sa santé. Le père , alarmé, se hâte d'offrir une bagatelle, que l'autre vovageur refuse en demandant

pour prix de son silence une somme fort au-dessus des moyens du p »uvre diable. Une altercation très- vive s'élève entre eux à ce sujet, et l'homme en question , se voyant trompé dans son infâme calcul, retourne en courant à la garde, et dénonce le coupable. Tout le poste est frappé de terreur: si le dénonciateur a dit la vérité il y va de leurs têtes; et comment éviter l'éclat , maintenant qu'ils sont forcés , parle fait même de la dénonciation, de courir après les fugitifs et de se saisir de leurs personnes. Le commandant du poste voit cependant un remède au mal ; et , inspiré par le désir d'échapper avec ses soldats au danger qui les menace, il sehàted'expédierun messageret un petit garçon, qui rejoignent le père et ses deux entants quelques minutes avant V armée des so\dats envoyés à leur poursuite et qui étaient intéressés à ne pas trop se presser. Le messager rapporte en quelques mots au malheureux père ce qui vient de se passer, lui recommande de présenter comme son enfant le petit gnrçon qui l'accompagne et qui remplacera ainsi momentanément sa fille, lui montrant qu'il sera dès lors en droit de traiter son dénonciateur d'imposteur et de le tuer dans un transport de légitime colère! L'avis était trop important pour ne pas être suivi à la lettre. La garde arrive, Jes enfants sont examinés et déclarés garçons tous deux. Le père, irrité, toit voler d'un coup de sabre la téte du dénonciateur, et la garde jure que celuici n'a eu que ce qu'il méritait. Les soldats retournent à leur poste , et l'heureux pere continue sa route. » — Revenons à nos voyageurs.

Après avoir passé ce point critique , deux journées ne marche suffisent à la mission pour atteindre le terme du voyage. On traverse encore deux ou trois rivières, dont une très-rapide et que Thunberg appelle Je Banningawa. Au delà commence un pays de plaines a perte de vue. Tout annonce d'ailleurs qu'on approche d'une grande capitale.

\a pays est fertile , soigneusement cultivé. Les villes et villages se touchent. La route est couverte de bandes de voyageurs qui semblent se presser de toutes parts. A mesure que l'on avance la scène devient de plus en plus animée, et de nombreux indices proclament le voi-

sinage d'un des plus grands centres de population du monde entier.

« Lo 27 mars, à la pointe du jour, » dit Fisscher, « nous étions tous de bout pour nous préparer à faire notre entrée dans la capitale. Vêtus de nos plus beaux habits, nous quittâmes Kawasaki à neuf heures du matin, passâmes le Hokafugo-Gawa, et à onze heures et demie entrames dans Sinagaiva, le faubourg occidental d'Yédo, au milieu d'un concours de peuple incroyable. Nous fûmes obligés de nous y arrêter quelque temps , pour y recevoir les visites de plusieurs personnes de notre connaissance ou de celle de nos principaux officiers japonais, venues pour nous complimenter sur notre heureuse arrivée. Vers deux heures nous nous mimes de nouveau en marche, et passâmes devant le palais du prince de Satzuma, qui en 1818 était venu en personne visiter notre opperhoofd. Notre train était précédé et accompagné de soldats envoyés surtout pour maintenir l'ordre. Les rues étaient bordées d'une foule si compacte qu'à peine pouvions- nous distinguer les maisons; et malgré les efforts de notre escorte nos porteurs étaient souvent

1)ressés de manière à être gênés dans eur marche. Les rues par lesquelles nous défilions étaient larges , pavées sur les côtés et formées par des maisonsd'une architecture régulière. Nous vîmes plusieurs très- grands bâtiments et magasins : ces derniers protégés par des tentes. Sur le devant de ces magasins et de toutes les boutiques où étaient exposées des marchandises se tenaient nombre de garçons, faisant valoir, à l'envi les uns des autres, leur marchandise, et invitant à grands cris les acheteurs. Ici, comme en Europe, on remarque des enseignes et des inscriptions sur toutes les boutiques ; et bien qu'il n'y ait pas de voitures à Yédo pour augmenter le tumulte et le bruit, je ne saurais mieux comparer le mouvement et l'agitation affairée de cette immense capitale qu'a ce qu'on observe dans les quartiers commerçants de Londres.

« Longtemps avant d'entrer à Si nugawa nous marchions au milieu d'uuo.

foule innombrable et le Ion-; de larges rues que l'on pouvait regarder comme faisant partie de la ville ; et du faubourg

L'UNIVERS

à la résidence assignée à la mission nous ne ml mes pas moins de deux heures, quoique nos porteurs eusseut plutôt pressé que ralenti leur pas. Nagasakkia (ainsi se nomme l'hôtel (h h mission) se trouve dans le voisinage immédiat du palais impérial, situé lui-même au centre de la ville, et qui occupe une surface d'un demi-mille en diamètre, d'où Ton peut conclure que le diamètre de la ville entière n'est pas de moins de cinq à six heures de marche , à un pas ordinaire. »

Description d'Yédo. — Séjour de la mission néerlandaise. — Audience du siogoun , etc.

Nous avons déjà fait remarquer qu'une fois dans la grande lie de Nippon , la mission hollandaise était loin de jouir du même degré de liberté dans sa marche ; que les voyageurs étaient surveilles de plus près , et qu'il leur était à peine permis de sortir, au moins dans un but de récréation , des logements qui leur étaient assignés. Cela est vrai surtout à Yédo, et ce n'est pour ainsi dire que par accident que les voyageurs peuvent voir quelque chose au delà des rues qu'ils parcourent pour arriver à Nayasakkia. Eu revanche . les visites ne leur manquent pas, et c'est dans la conversation de leurs amis japonais qu'ils ont puisé la plupart des notions qu'ils nous ont transmises sur la capitale de l'empire, sur la cour du siogoun, sur la forme et le mode d'action de son gouvernement. Nous résumerons d'abord en quelques lignes ce que l'on sait de la situation, de 1 étendue et de la population d'Yédo.

La ville est située au fond d'une baie

3ui , indépendamment de la rivière d' Yéo, l'une des plus considérables de Nippon, reçoit les eaux d'un assez grand nombre de petites rivières, surtout du côté de l'occident, où elles alimentent un chenal assez profond jusqu'à un lieu nommé Uragawa , environ vingt milles au sud d' Yédo. Ici, les deux côtés de la baie se rapprochent et forment un estuaire de plusieurs milles de longueur jusqu'à l'Océan. Nous voyons sur les anciennes cartes une petite île {Itsouzima) placée au débouquement de cet estuaire et que nous ne retrouvons pas dans les cartes modernes, à inoins que ce ne soit

111e désignée sous le nom dlle du Volcan? Le docteur Parker et le capitaine Ingersoll placent Oozima à l'entrée de la baie. Les bâtiments de commerce du pays qui fréquentent la baie d'Yédo mouillent pour la plupart a Sinagawa.

On v voit quelquefois jusqu'à mille de ces bâtuneuts , venus de toutes les parties du Japon, en y comprenant les navires qui apportent les tributs en nature et les barques de pèche. Le fond de la baie, du côté d'Yédo, n'a pas assez d'eau pour que les gros bâtiments puissent y mouiller. La ville est traversée par une grande rivière (1 ) qui se jette dans le port et sur laquelle on a établi un grand nombre de ponts, dont les principaux sont le fameux Nippon-Bass ou Pont du Japon {le pont par excellence), duquel on compte les distances à tous les points de l'empire , et le Yédo-Bass ( Yédo Baschi de Koempfer) ou pont d'Yédo.

Yédo , du côté de la mer, s'étend sous la forme d'un croissant. On lui donne de quinze à vingt lieues de tour, et le chifire actuel de sa population paraît être d'au moins deux millions (2). Cette immense capitale ressemble au reste aux autres grandes villes du Japon ; mais elle est moins régulièrement bâtie que plusieurs d'entre elles. Ses dimensions extraordinaires sont dues en partie à ce qu'elle contient , comme une autre ville intérieure, la résidence impériale, qui couvre un terrain élevé, entouré de toutes parts de canaux alimentés par la rivière qui traverse la ville; le palais du siogoun occupe le centre de ce plateau , dont on ne peut faire le tour en moins de trois heures. Autour de la demeure du souverain sont groupés d'autres palais, tels que celui du prince impérial , celui de In midai, ou épouse légitimedu souverain ( l'impératrice), les résidences séparées des concubines, ou plutôt femmes du second ordre , les pa-

(i) C'est probablement le Soumida-Gawa de la grande carie de Siebold.

(a) Nous adoptons provisoirement cechifîre, qui nous a été donné jwr M. le docteur Burgher, homme d'une rare instruction et d'une haute intelligence, que nous avons eu occasion d'eulretenir plusieurs fois, pendant notre séjour à Javn, en i845, et qui a fait deux fois le voyage d'Yédo.

JAF

lais de plusieurs grands ofticiers de la couronne , des bois et des jardins sans nombre, etc. C'est à la fois un palais et une maison de campagne sur la plus vasteéchelle, le/ ersailles du Japon, et en même temps la plus belle et la plus vaste des prisons, peut-être, où les lois de l'étiquette et les précautions de la politique puissent enfermer, presque toute Tannée , un prince souverain.

La mission hollandaise est reléguée dans un appartement de quatre pièces situées sur le derrière d'un hôtel dont les Japonais attachés à la mission occupent le front : les Hollandais y sont plus resserrés et plus étroitement surveillés, comme nous Pavons deja indiqué, que dans aucun autre lieu, au moins jusqu'au jour où le chef du comptoir est admis à l'audience de l'empereur. Les Japonais qui les ont accompagnés , sans en excepter les porteurs , sont eux-mêmes soumis à cette consigne sévère , et le gobaniosi, sur»

intendant de l'expédition, non-seulement n'a pas la permission d'aller voir sa famille , mais ne peut même recevoir, au moins officiellement, la visite d'aucun de ses parents. Une garde placée à la porte veille à la stricte exécution des mesures prescrites. Les présents sont envoyés au palais, où on les dépose sans y toucher ensuite jusqu'au jour de l'audience. Ils sont places sous la garde du gouverneur de Nagasaki dont c'est Je tour de résider à Yédo.

Ces mesures rigoureuses sont cependant, à de certains euards , facilement éludées à l'aide du naibon. Le gobaniosi et ses collègues n'ont pas moins d'impatience de voir, en secret, leurs parents et leurs amis, que les Hollandais n'en éprouvent d'échapper , au moins en partie, aux ennuis de la solitude.

Quelques cadeaux facilitent ces infractions à la règle , et d'ailleurs le gouverneur de Nagasaki visite ofCciellement la mission en personne, et les secrétaires des ministres viennent également complimenter Vopperhoofd sur son arrivée et s'assurer de l'état des choses. Les Hollandais peuvent donc attendre ossez tranquillement le jour où ils sont admis à la résidence impériale. Ils ont eu soin de donner à leur salon de réception un air européen, en le meublant de

on. ri

fauteuils, tables, tapis , guéridons, etc. A l'exception des fonctionnaires publics, ils reçoivent les personnes qui viennent les voir, sans cérémonie, comme s'ils étaient chez eux. Leurs premiers et leurs plus constants visiteurs paraissent être les médecins de la cour et l'astronome impérial. Cette circonstance nous semble très-remarquable, en ce qu'elle est un indice certain des tendances intellectuelles de cette singulière nation et une preuve de discernement d'autant plus honorable qu'ici le bon sens et le noble désir de s'instruire l'ont emporté sur la vanité de la race et sur des préjugés séculaires. Ces graves personnages ( et bien d'autres Japonais des classes éclairées) n'ont en effet d'autre but, en recherchant avec un empressement marqué la conversation des Européens, que de se mettre, autant que possible, au fait des progrès des sciences dans l'Occident et d'étendre la sphère de leurs propres connaissances. Le docteur Sieoolu , dont le témoi • gnage à cet égard doit être accepté sans hésitation ( étant lui-même un savant distingué), déclare qu'il a été souvent surpris du degré d'instruction que révélaient chez ses interlocuteurs les nombreuses questions qui lui étaient adressées. Le docteur Burgher, ami et collaborateur de Siebold, nous a donné également l'assurance que le besoin aapprendre , le désir de s'instruire, la curiosité sérieuse et intelligente étaient 1 un des caractères distinctifs des Japonais, et il est convaincu que la main seule de la science peut prétendre à ouvrir un jour les barrières que la politique de l'isolement a élevées entre le Japon et l'Kurope, barrières que le commerce ou la guerre tenterait vainement de renverser (I)!

Les médecins et les astronomes japonais parlent beaucoup mieux le hollandais que ne le font les interprètes. On ne peut pas leur faire de cadeau plus

Ïirécieux que celui d'un livre scientiique écrit ou traduit en hollandais. Ils ont traduit en japonais plusieurs des ouvrages qui leur ont été ainsi donnés en présent, et en particulier Y Expo*

(i) y oyez les considérations qui terminent la section suivante.

L'UNIVERS

sition du système du monde de la Place, ainsi que nous Ta assuré l'honorable M. Burgher. Ce sont là, nous le répétons, des faits remarquables et des indications précieuses pour l'avenir.

Ces savants japonais sont membres du Collège impérial a? ïédo, institution que les Hollandais comparent à nos académies et qu'on retrouve dans les villes principales de l'empire. Le collège de Miyako paraîtrait ressembler surtout à nos académies des sciences.

Nous en reparlerons quand nous ramènerons la mission hollandaise à Nagasaki.

D'autres visites, soit dans un but de simple curiosité, soit amicales, soit intéressées, réclament le temps et occupent l'attention des nouveaux arrivés.

On leur offre tous les chefs-d'œuvre de l'industrie japonaise et à des prix infiniment plus modérés qu'à Nagasaki.

Les marchands ont soin de ne pas apporter eux-mêmes des articles prohibés, mais ils envoient chercher ce qu'on désire se procurer. Les grands personna-

f;es ne viennent jamais visiter leurs amis es Hollandais que tard dans la soirée, et se font , presque toujours , précéder de quelques présents {miser asie ; curiosités vues ou offertes en cadeau), tels que jolies bagatelles de mercerie, ouvrages en laque, papier fin, éventails, portefeuilles, boites à tabac, pipes ou objets de curiosité qu'on sait être recherchés par les étrangers. Quand ces présents sont de quelque valeur , l'opperhoo/d donne toujours quelque chose en retour, surtout lorsqu'il s'agit de quelque personnage influent; mais il ne peut fe faire qu'avec une extrême circonspection et par l'intermédiaire d'une tierce personne. Les dames japonaises ne se font pas faute de visiter les Européens , incognito. A. Yédo surtout ces visites du beau sexe sont continuelles. Il est arrivé qu'un gentilhomme japonais a amené jusques à six de ces dames à la fois, et, dans la soirée surtout, cette affluence de belles curieuses occasionne une consommation extraordinaire de friandises et de liqueurs! D'ailleurs elles se permettent souvent d'ouvrir les malles ou caisses qui contiennent le linge et les vêtements des voyageurs, et elles expriment

leur surprise et leur satisfaction en examinant le contenu pièce par pièce, et s'infonnant de la manière de les porter, avec un empressement tel qu'on ne peut guère se dispenser de leur offrir ce qu'elles paraissent convoiter le plus, soit immédiatement, soit en le remettant à un domestique de confiance qu'elles ont soin d'envover dans ce but. En tout cas, il leur faut un souvenir quelconque, ne serait-ce qu'une couple de mots hollandais écrits sur leur éventail! Les domestiques venus de Dézima, et qui comprennent tous le hollandais , servent d'interprètes confidentiels dans ces occasions, et les princes ou autres grands personnages qui viennent naibon% ont recours à eux de préférence aux interprètes du gouvernement. Souvent ces grands seigneurs ne se font connaître que le lendemain de leur première visite, en envoyant un de leurs secrétaires avec un présent et leurs remerctments pour l'accueil qui leur a été fait. Aussi viennent-ils et sont-ils reçus sans cérémonie, vêtus comme des personnes de condition moyenne, ainsi que les officiers de leur suite; et si la conversation les met de bonne humeur, ils en agissent bientôt familièrement , et font souvent prendre note des réponses qui les ont le plus intéressés. Les princes japonais sont toujours aimables dans leurs manières, causeurs empressés et questionneurs infatigables en tout ce qui touche aux arts , aux sciences , aux mœurs et aux coutumes européennes ou des colonies hollandaises; mais ils ne se permettent jamais la moindre allusion à la politique japonaise. La mission du temps de Fissener reçut ainsi les visites des princes de Matsmaï et de Zamba, du prince de Mito , frère de l'empereur ( siogoun) , du secrétaire de l'empereur, des secrétaires et principaux officiers des princes de Satzuma , Nagats, Firakatta, Owarl, Kaga, etc. Le secrétaire du prince de Satzumaleur apporta en présent : douze oiseaux des plus beaux , cinquante plantes rares, une paire de poules naines, une paire de lapins nains, une de canards à queue en éventail et quelques pièces de soieries; le tout dans des cages ou des boîtes d'une telle élégance, que le contenant devait avoir coûte plus cher encore

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