PREMIER ASPECT DU JAPON
Il est intéressant de consulter les premières impressions que produit sur l'esprit d'un observateur éclairé l'aspect d'un pays comme le Japon et de ses habitants, et nous emprunterons, comme l'ont fait quelques-uns de nos devanciers, au docteur Sicbold le récit qui sert d'introduction à son arrivée au comptoir hollandais de Nagasaki.
» Après une violente tempête, le 5 août 1823, au point du jour, nous découvrîmes un navire entièrement désemparé chassant sur deux ancres. Ce navire n'avait plus ni mâts ni voiles. Nous jugeâmes d'abord que c'était une jonque chinoise ; mais quand nous l'edmes approché nous reconnûmes à son pavillon de détresse qu'il était japonais. La violence du vent est-nord-est l'éloignait de 'plus eu plus de la côte, sans qu'il lui fût possible de faire un pouce de toile.
Nous mîmes en travers ; et, nonobstant la force du vent et la fureur des vagues, nous envoyâmes une de nos embarcations au secours des malheureux naufragés. Notre capitaine voulut diriger
lui-même le canot, et réussit, après de grands efforts, à atteindre le navire en détresse. Les Japonais reçurent les Hollandais comme leurs sauveurs; et, reconnaissant l'impossibilité de gagner la terre, dans un bâtiment démâté et faisant eau de toutes parts , ils résolurent de l'abandonner pour se réfugiera notre bord. On pourrait croire que dans une telle extrémité il n'y avait pas a hésiter sur le parti à prendre pour échapper à une destruction certaine ; mais, à mesure que nous nous familiariserons davantage avec le caractère de ce peuple, avec ses lois, etque nous comprendrons quelle est la responsabilité qui pèse à chaque instant sur les officier* inférieurs et sur les autorités constituées dans toute l'étendue de l'empire , nous nous convaincrons que s'il faut s'étonner de quelque chose, c'est que l'imminence da plus grand danger put déterminer l'équipage d'un navire japonais à chercher un refuge à bord d'un navire étranger I — Sur ces entrefaites, YOnderneming nous avait ralliés, et le brave capitaine Lelsz s'était hâté d'aller lui-même avec son canot au secours des Japonais. — L'é-
Î|uipage, fort de vingt-quatre hommes , ut distribué entre les deux embarcations. On sauva quelques provisions, telles que du riz, du porc salé, du saki ( espèce de bierre ou de vin , préparée avec du riz, et la seule liqueur fermentée connue au Japon?), quelques armes et objets d'habillement; et le navire fut abandonné , après avoir été défoncé . à l'instante prière du capitaine des naufragés. Ils se seraient rendus coupables d'un crime impardonnable si leur navire eût été trouve échoué sur une partie quelconque de la côte. Il fallait qu'il eût coulé bas pour qu'ils fussent excusables d'avoir cherché leur salut dans la fuite.
Nous étions tous sur le pont, épiant avec anxiété l'issue delà lutte entre nos embarcations et les vagues monstrueuses qui menaçaient de les engloutir. Notre canot atteignit bientôt le bord, et nous accueillîmes avec une vive curiosité ces hôtes étranges à mesure qu'ils paraissaient sur letillac. — Ils nous saluaient avec empressement, mais semblaient frappés d'étonnement. En vrais matelots, ils admiraient avant tout le navire, qui paraissait déûer la tempête qui avait été
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si fatale à leur propre bâtiment. Ces Japonais étaient les» premiers que nous eussions vus, et nous ne pûmes nousempécher de remarquer ce qu'il y avait de calme et de digne dans leur apparence et de réserve dans leur conduite.
Leur costume , leurs armes , leurs ustensiles , en un mot tout ce qu'ils avaient apporté à bord, attirait notre attention, et nous ne tardâmes pas à entrer en conversation très-active avec eux' à l'aide de signes ( à engager avec eux une sorte de conversation pantomimique très-active ). Ils furent bientôt remis de leur émotion, et parurent trèscontents du changement inespéré qui s'était fait dans leur condition; maison pouvait lire sur leurs visages amaigris et fatigués les cruelles épreuves par lesquelles ils venaient de passer. Leurs vêtements en désordre , leurs traits portant encore l'empreinte du désespoir, tout témoignait de la lutte qu'ils avaient eu à soutenir et du danger auquel ils venaient d'échapper miraculeusement. Ils se tirent en peu de temps a leur nouvelle situation, demandèrent au saki et au tabac les consolations accoutumées , et commencèrent à causer entre eux avec beaucoup de vivacité. Ils étendirent leurs nattes sur le pont, chacun s'assit près de son coffre, et nous assistâmes a leur toilette. Nous admirâmes surtout la dextérité avec laquelle ils se rasent les cheveux. Tout Japonais se rase la barbe et le haut de la téte , excepté en cas de malheur, comme captivité, mort d'un parent ou d'un ami , etc.
Dans le cas actuel, les cheveux courts, fraîchement lavés, qui se hérissaient au sommet de ia téte , donnaient à nos Japonais un air assez sauvage; mais quelques-uns d'entre eux qui s'étaient coupé le toupet pour l'offrir en sacrifice à leur divinité tutélaire, eu reconnaissance de la toute-puissante intervention à laquelle ils croyaient devoir leursalut, avaientpiutôt uue physionomie comique. — Une fois la toilette faite, proprement habillés, nos hôtes se mirent à se promener sur le pont et à repaître leurs yeux du spectacle que leur présentait ce monde nouveau, un navire européen! Chaque objet attirait leur attention et fournissait un nouvel aliment à leur 'conversation. »
Le navire avec lequel se seraient en-
gloutis ces pauvres gens, sans l'assistance des Hollandais, appartenait au prince de Satzuma, et était employé à taire le commerce avec les îles de Liou- À'tott, qui dépendent de l'empire du Japon, et plus particulièrement de cette principauté. 11 est bon de remarquer ici que les naufragés, en se plaçant sous la protection des étrangers, n'avaient pas seulement à craindre, en abandonnant leur navire, qu'il vînt s'échouer sur la cote. Si les Hollandais eussent dix faire voile pour un point un taut soit peu plus éloigné que Nagasaki, les malheureux Japonais, en débarquant, auraient été emprisonnés et soumis à un interrogatoire rigoureux, avant d'obtenir leur réhabilitation dans l'humble classe à laquelle ils appartenaient, et une plus longue absence leur eût inévitablement fait perdre tout droit d'être accueillis et traités comme sujets de l'empire !
A l'approche de Nagasaki, la curiosité et l'intérêt des navigateurs européens paraissent être excités au plus haut degré par l'étrangelé et la beauté de la scène qu'il leur est permis de contempler.
« Des collines verdoyantes, cultivées jusqu'à leur extrême sommet, ornent le premier plan, » dit Siebold; «des mon-, tagnes aux contours hardis , aux pics bleuâtres, s'élèvent derrière ces collines et borneut l'horizon. Des roches noires et menaçantes se montrent çà et là à la surface de la mer; et les rayons du soleil levant se réfléchissent en teintes toujours changeantes sur la côte escarpée.
Le flanc montagneux de l'île voisine, cultivée en terrasses, les cèdres élancés, parmi lesquels les blanches maisons, ou la riche toituredes temples, attiraient les regards , les habitations et les cabanes sans nombre qui sont dispersées sur la plage ou bordent les côtes de la baie ; tout contribue à rendre ce premier coup d'oeil attrayant pour l'observateur. Nous eûmes soin de questionner nos hôtes sur les détails qui se présentaient à notre vue, et apprîmes, non sans surprise, que ces jolies maisons blanches que nous prenions pour les demeures des grands, n'étaient que des magasins dont les murs sont recouverts, pour les protéger contre l'incendie, d'un mortier préparé
L'UNIVERS
avec la chaux extraite des coquillages.
Des embarcations à la vnile et des bateaux de pèche fourmillaient à l'entrée de la baie. Hélés par nos hôtes japonais, plusieurs pécheurs 6'approchèrcnt, et nous offrirent leur poisson avec une affabilité de formes et une libéralité trèsremarquables dans des personnes de cette condition (l). Us paraissaient éprouver un véritable plaisir en mettant à notre disposition et celle de leurs compatriotes le fruit de leur travail. Ils refusèrent l'or ou les cadeaux de quelque valeur qu'on leur présenta , et demandèrent seulement qu'on leur donnât quelques bouteilles vides. Les bouteilles vides, en verre ordinaire, sont fort prisées au Japon, ('es pauvres pêcheurs étaient aussi complètement nus que la moins stricte décence pût le permettre. »
Une fois dans h baie de Nagasaki, les vexations dont les lois japonaises et les habitudes soupçonneuses du gouvernemeiu ne menacent pas en vain les étrangers commencèrent. Des potes stationnes le lonç de la côte sont sans cesse en observation, et aussitôt qu'un navire en vue a été signalé à Nagasaki , une embarcation est expédiée le long du bord pour demander le nom du navire, le lieu d'expédition , le rôle d'équipage et tous les autres détails de ce genre; ce qui se fait sans échanger une seule pa« rôle et sans autre communication que celle qui consiste a faire tenir au capitaine un papier contenant la série des questions, et à rendre ce papier à l'embarcation du port avec les réponses voulues. Cette formalité accomplie, le navire doit attendre de nouveaux ordres, sans changer de position, sous peine d'être considéré comme ennemi et traité comme tel. On s'empresse, dans l'intervalle, de serrer dans une caisse qui est ensuite fermée à clé et cachetée , ni bî es, livres de prières, gravures ou imprimés ayant trait à la religion, en un mot tout
(i) La justesse de ces remarques a pu être conûnnéc dan» r es derniers temps par nos propres marins. Voir, section intitulée : tentatives DES ÉTRANGERS I»OUR ENTRE» EN RELA- TIONS AVEC. LE JAPON, UEfDtS l'eXTI RPATIOW
do christianisme, le rêcil de la tentative Lite par l'amiral Cécile pour ouvrir des communications avec le Japou.
ce qui peut rappeler de près ou de loin le christianisme.
Quand le gouverneur de Nagasaki a reçu les réponses d'usage, il expédie une nouvelle embarcation à l'effet de demander des otages; et lorsque ceux-ci ont été transportés à la résidence temporaire qui leur est destinée , une deputation japonaise, ayant en téte un officier de police d'un haut grade, nommé gôbanyosi(\)yet toujours accompagnée (à la demande expresse du gouverneur) d'un ou deux membres de la factorerie hollandaise, se rend à bord pour constater définitivement nue le navire en rade est bien l'un des deux bâtiments de commerce qui peuvent légalement visiter le Japon tous les ans. S'il arrivait qu'on découvrit, à une phase quelconque des communications du navire avec la terre, qu'il n'est pas l'un de ceux autorisés à faire le voyage de Nagasaki , il lui est enjoint de partir immédiatement. Si le navire a des avaries à réparer, ou s'il est à COUtt de vivres, d'e.m ou de bois, etc., on lui fournit sur le champ ce dont il peut avoir besoin, et cela gratuitement, pour montrer la détermination irrévocable de ne permettre aucun trafic ( en dehors des exceptions partielles faites ett faveur des seules nations chinoise et hollandaise). Le navire intrus ne peut ni mouiller dans la baie ni entretenir d'autres communications avec la terre que celles qui sont indispensables pour l'approvisionner de ce qui lui est nécessaire. S'il a constaté que le navire est , au contraire , un des deux attendus, les députes de la factorerie retournent à terre. Le gôbanyosi prend possession des canons, armes de Unité espèce, munitions, etc. Le tout est enlevé avec la caisse contenant les objets relatifs au culte, et envoyé en dépôt à terre, pour n'être restitué au navire qu'à l'époque de son départ.
Dans le cas actuel, c'est-à-dire à ï'ar-
(i) Fischer l'appelle opper banjoost : c'eat Poflicierque Thunberg désigne par le litre de banjos ( que les traducteurs auraient probablement dû écrire banjos). Kœmpfer écrit bttggijsesi Ghartevoix, bugio , etc. — L'autorilé la plus récente esl celle que nous avons du suivre. Voyez d'ailleurs, pour l'explication de ce Ulre, liage 3«>.
rivée du docteur Siebold , il ne s'éleva aucun doute sur la légitimité de la mission commerciale du navire; mais quelques circonstances de détail occasionnèrent des retards. Ainsi le docteur Siebold fut immédiatement reconnu pour étranger» par les interprètes, à cause de son accent; mais on leur expliqua que c'était un montagnard hollandais(t), et que l'imperfection de sa prononciation ou de ses tournures de phrases ne devait pas paraître plus surprenante que les différences notables que présentait la langue japonaise parlée par les habitants de telle ou telle province, et ils accueillirent cette explication sans difficulté. Vint ensuite l'interrogatoire des naufragés japonais, qui fut très-Ion^ et très-mmutieux. Ils réussirent à se justifier, et le navire, mis hors d'état de nuire, spirituellement et matériellement, par la saisie de ses livres religieux et de ses armes , fut pris à la remorque par les embarcations japonaises et conduit par elles au mouillage désigné dans l'intérieur de la baie.
« Cette baie, » d'après la description que nous en donne Siebold , « offre un spectacle de plus en plus anîmé à mesure
Su 'on s'approche de la ville, et la variété es objets ajoute au charme que présente l'ensemble du paysage. Les rivages couverts de jolies habitations , la fertilité des collines, les temples qui s'élèvent du centre de magnifiques bosquets, les pics volcaniques aux riches tontes, les cèdres toujours verts, les chênes, les lauriers sur le flanc des montagnes, les champs cultivés en amphithéâtre au pied des précipices et jusqu'au bord de la mer, la côte escarpée qui défie le caprice des vagues menaçantes, tout atteste la richesse de la nature et les conquêtes de l'industrie humaine. »
Un officier de police d'un rang élevé, stationné à Dézima (2) ( la factorerie
(i) Yoma Hollanda. C'était une traduction libre du mot Hoogduilscher , qui signifie littéralement Allemand ou Germain des Pays- Hauts , un opposilion avec Nederduitscher ( Hollandais ), Allemand ou Germain des Pays-Bas. Le docteur Siebold eit Allemand.
(a) Nous avons remarqué que Fischer écrit Décima, Thunberg Desima. Kœmpfer écrit également Desima, et il ajoute: « c'est-à-dire,
hollandaise) , surveille le chargement et le déchargement des navires, jusque dans les moindres détails. En sa présence, tous les nouveaux débarqués, le nouveau chef de comptoir seul excepte, sont examinés et fouilles. Cette formalité rigoureuse doit son origine à la découverte des moyens qu'employaient autrefois les capitaines hollandais pour introduire en contrebande des marchandises sur lesquelles ils faisaient d'énormes profits. Voici comment Thunberg rend compte de l'incident :
« Nous ne tardâmes pas à voir partir du rivage une barque qui venait à notre rencontre. Aussitôt le capitaine prit un habit de soie bleu, galonné en argent, très-vaste et muni sur le devant d'un énorme coussin. Cet habit servait depuis longtemps à passer la contrebande , parce que le chef de la factorerie et les capitaines de vaisseau étaient les seuls officiers exempts de visite. Le capitaine faisait régulièrement trois voyages par jour du vaisseau à la factorerie, et était quelquefois si chargé de marchandises, que descendu à terre deux matelots le soutenaient sous les bras. Il avait aussi d'immenses culottes , qui ne lui étaient
fias moins utiles que son habit; ces alées et venues lui valaient plusieurs milliers de rixdales, par la contrebande qu'il passait pour son propre compte et pour celui des officiers; mais cette foisci la toilette de notre capitaine fut superflue, comme on va le voir par les ordres qui nous furent signifiés.
« La barque qui venait du port avait été expédiée de la part du chef de la factorerie, et nous amenait unsubrécar* gue et trois assistants pour nous féliciter de notre heureuse arrivée, s'informer de la cargaison du vaisseau , des nouvelles de Batavia, etc.
111e avancée ou située devant la ville : quelquefois les Japonais l'appellent DesimamaU , c està-dire « la rue de Vile de devant , m à cause qu'elle est comptée au nombre des rues de Nagasaki et sujette aux mêmes règlements. Elle n'est pas loin de la ville, et a été élevée par art dans la mer, qui est aux environs pleine de rochers et de sable et a peu de fond. .
Siebold a adopté l'orthographe que nous suivons, et qui probablement donne l'idée la moins inexacte de la prononciation japonaise de ce mot.
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« Nous hissâmes plusieurs pavillons « Os ordres sévères avaient été suggé-
et flammes pour rendre notre entrée plus rés par les découvertes qu'on avait fai-
briltante. tes sur le liurg, vaisseau hollandais
« Kn approchant des deux gardes im- abandonné en 1772, et poussé sur les pénales placées aux deux extrémités cotes du Japon, comme nous l'avons du port, dont l'une se nomme la garde déjà dit plus haut. En déchargeant ce de {'empereur, et l'autre la garde de vaisseau , on trouva une grande quantité Cimpératrke, nous tirâmes le canon de marchandises de contrebande qui pour les saluer. Tout en louvoyant par appartenaient particulièrement au chef, une entrée longue et tortueuse , nous au capitaine et aux principaux officiers, jouissions d'une vue admirable. Les col- dont les noms étaient écrits sur les caislines et les montagnes d'alentour me ses. Les Japonais furent surtout trèsparurent cultivées jusque sur leur soin- irrités de trouver un coffre appartenant met. Il était environ midi lorsque nous auchef etreinpli de5om,ouginsengfaux, arrivâmes enfin et que nous mouillâmes dont l'importation est rigoureusement à l'endroit où les vaisseaux restent or- défendue. Ce coffre fut donc brûlé, avec dinairement à l'ancre, à une portée de toutes les marchandises qu'il contenait, fusil de la ville de Nagasaki, auprès de devant la porte de la mer. la petite île de Desima, où est située la « Ce ne fut pas sans le plus vif refactorerie hollandaise, gret que, conformément a ces ordres
« Quelques instants après que les rigoureux , notre capitaine quitta son commis envoyés par la factorerie nous vaste habit pour en reprendre un plus eurent quittés, emportant avec eux les dégagé et mieux fait pour sa taille; lettres de la compagnie et celles des dif- quoiqu'il fût d'une corpulence passable, férents particuliers, le chef qui était la population japonaise paraissait tout resté au Japon vint chercher le chef étonnée de sa tournure leste et svelte; nouvellement arrivé, notre capitaine, ils s'étaient imaginé qu'il était de I este subrécargue et les assistants, sence des capitaines hollandais d'avoir \ « Ce fut ce chef oui nous apprit les cette vaste rotondité qu'on leur avait ordres sévères nouvellement envoyés de vue jusqu'alors. » la cour pour empêcher la contrebande. Il paraîtrait, cependant, qu'en dépit
« 1° Le capitaine et le chef devaient de toutes les précautions adoptées par être visités comme toutes les autres per- ce gouvernement à la fois si soupçonsonnés de l'équipage, ce qui ne s'était neux et si vigilant, plusieurs articles de pas encore pratique. contrebande sont , encore aujourd'hui ,
« 2° Le capitaine devait s'habiller introduits au Japon par les Hollandais ;
comme tous les autres Européens, et il car, de l'aveu des employés de la facto-
lui était défendu de porter cet immense rerie, il se fait à terre des échanges
habit, à la faveur duquel il passait la d'articles prohibés, et le Musée royal
contrebande. de la Haye possède plusieurs objets eu*
« 3° On lui enjoignait de rester con- rieux qui n ont pu lui parvenir que par tinuellement sur son bord ; dans le cas suite de semblables infractions aux rèoù il voudrait venir à terre, il ne lui était cléments. D'ailleurs , il est certain que permis pendant tout le temps qu'il y dans la factorerie de Dézima on trouve resterait que d'aller deux fois à bord des bibles et des livres de psaumes qui pour mettre son bâtiment sur deux an- ne peuvent v être soufferts que par la cres. connivence des autorités japonaises, ce • «■ Il n'obtint même cette dernière qui suffit pour prouver que la contrepermission du gouverneur de Naga- bande existe, et ce qui indique, en outre, saki gu'en employant successivement que le gouvernement japonais s'est un les prières et les menaces, en lui siçni- peu relâché de son extrême sévérité, au fiant qu'il le rendrait responsable, ainsi point de vue religieux, depuis que le que l'empereur, de tout le dommage qui christianisme a été, défait, déraciné pourrait arriver au navire et dont la dans tout l'empire, compagnie ne manquerait pas de tirer En tout cas, la nécessité de la visite raison. la plus rigoureuse et l'inexorable rigidité
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du système exclusif qu'ont adopté les autorités japonaises ne sauraient être révoquées en doute. Le récit suivant , emprunté à Doeff, chef ou président de ia factorerie de Dézima, de 1809 à 1817, fera comprendre tout ce que ce système a de logique à la fois et d'absolu. Ce fut pendant l'administration de Doeff nue les Anglais, maîtres de Java, cherchèrent à s'établir à* la factorerie de Déziiii.-.; mais ils ne purent le décider à leur en faire la cession, et le pavillon hollandais continua à flotter sur ce petit point du globe, quand il avait disparu momentanément de toutes les autres possessions qui permettaient à la Hollande de Ggurer parmi les États indépendants.
L'employé du gouvernement hollandais destiné à remplacer M. Doeff, un chevalier Blumhoff, arriva en 1817 à Dézima, amenant avec lui sa jeune femme et son enfant nouveau-né, avec une nourrice javanaise. Le second du navire avait suivi cet exemple, ayant également amené sa femme, mais avec cette différence qu'il se proposait de la ramener à Batavia lors du retour du navire , tandis que M. Blumhoff ne méditait rien moins que de garder sa petite famille avec lui tout le temps de son séjour à Dézima ; c'est-à-dire pendant plusieurs années!
Aussitôt que la nouvelle d'un fait aussi inoui se fut répandue à Nagasaki , elle y causa une surprise et une consternation générales. Le gouverneur s'opposa immédiatement au débarquement de madame Blumhoff. Doeff, désirant vivement procurer à son successeur ( ou même à ses successeurs et au comptoir tout entier) cet adoucissement aux peines et aux ennuis d'un exil commercial de plusieurs années, ces honnêtes distractions de la vie de famille , ouvrit une négociation dans ce but avec le gouverneur de Nagasaki. 11 invoqua, comme précédent en sa faveur, qu'en 1662, lorsque le fameux pirate Coxinga ruina les établissements Hollandais à Pormose, dont il se rendit maître, les femmes et les enfants des Hollandais qui s'enfuirent au Japon furent reçus à Dézima. Le gouverneur répliqua que les circonstances n'offraient aucune analogie : que dans le cas cité les femmes avaient été contraintes, par la né-
cessité, de chercher un asile au Japon, comme fugitives, tandis que dans le cas actuel elles y venaient de leur propre choix. Dans le premier cas le gouvernement japonais devait protection à l'infortune; dans le second aucun motif de ce genre ne pouvait être allégué. Il voulut bien, cependant, promettre d'eu référer au gouvernement suprême, à Yfdo, et de faire valoir le précédent invoqué par Doeff; il autorisa , de plus, madame Blumhoff à débarquer provisoirement à Dézima avec I enfant et la nourrice. Mais ici se présentait une grande difficulté. Aucune personne , en mettant pied à terre, n'est exempte de la visite , le chef du comptoir ( opperhoofd ) seul excepté. Le gouverneur lui-même n'a pas le pouvoir de dispenser de cette formalité. Tout ce que Doeff
Eut obtenir du chef des banyosis, h ord , et des officiers , à terre , ce fut que la visite se fit avec tous les égards et les ménagements que la décence prescrivait envers des femmes. La réponse de la cour arriva au bout de deux mois; elle était négative ! Il fallut bien se soumettre à cette cruelle décision , car le gouverneur de Nagasaki n'aurait pas osé risquer de nouvelles représentations. D'ailleurs , rien n'indiquait que la sévérité de l'arrêt fût dirigée contre les Hollandais, ou même contre les femmes étrangères. Le but que le gouvernement se proposait était uniquement et trèspositivement l'exclusion de toute personne étrangère au commerce. Le principe qui sert de base à la législation japonaise à cet égard est celui-ci : que personne ne peut être admis au Japon sans cause suffisante; et c'est ainsi qu'un Hollandais même ne peut avoir accès à Dézima qu'autant qu'il appartient au navire autorisé à faire le voyage, ou bien au comptoir. Un officier de l'armée de terre ayant accompagné, en 1804, son ami le capitaine Musquetier, de la Gesina Antoinetta , de Batavia au Japon, et étant porté au rôle d'équipage comme ^passager, on s'opposa à son débarquement. Le capitaine fut obligé de déclarer qu'il appartenait à l'équipage, soit comme écrivain, soit comme lieutenant du bord, et à l'inscrire comme tel sur le rôle remis aux autorités japonaises, avant qu'on lui
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permît de mettre pied à terre, et même cela dut être considéré comme un acte de tolérance de la part des Japonais.
Au mois de décembre le pauvre mari fut obligé de conduire sa temme, son enfant et la nourrice à bord du navire qui devait les ramener à Batavia.
Constatons maintenant quelle a été l'impression faite sur le docteur Siebold par les premiers Japonais qu'il a vus , tant ceux qu'il avait rencontrés hors du Japon queceux qui se pressaient autour du chef du comptoir, revêtus de leurs plus beaux habits, au moment où les nouveaux arrivés mettaient pied à terre. Tous, quant à leurs personnes , présentent |es caractères de la race mongole, et se font remarquer par la position oblique de l'œil (1) : mais leur physionomie est
(i) L'obliquité de l'œil dans la race mon* gotique, el surtout dans la branche siuique , obliquité qui coïncide souvent avec le peu d'écartement des paupièrci, provient de la construction spéciale de l'os frontal et des o» de la face. — D'un côté , la forme large et plate de l'os frontal , l'absence de dépressious et de saillies autour de l'orbite ( contra irera eut à ce qu'on observe dans la rare caucasique ) et la dépression très-marquée de la racine du nez, occasionnent un relâchement ou, en quoique sorte , une superfluité de peau entre les deux yeux , tandis que , d'un autre côté, la saillie plus grande de l'os zygomalique dé* termine une forte tension de la peau dans cette direction. — Il y a donc relâchement à l'origine du nez, tension à la pommette. — • Il en résulte que la peau de la paupière supérieure forme un pli considérable, qui, partant de l'angle externe de l'oeil, retombe sur la paupière inférieure. Plus la face est jeune et grasse, plus le pli est marqué et plus, conséquemment, l'ouverture de l'œil diminue. Dans les cas ordinaires, chez les jeunes individus, l'angle interne de l'œil est tellement recouvert par le pli de la peau que l'on voit à peine la caroncule lacrymale ; et le sac lacrymal se trouvant ainsi entouré comme d'une digue, il arrive souvent qu'en pleurant les larmes s'écoulent par le liez. Cette conformation des paupière* se rencontre chez divers peuples, mais à des degrés différents et suivant le plus ou moins graud aplatissement de la face et la saillie plus ou moins prononcée des pommettes. — Klle parait plut marquée chez les Japonais, les Coréens, les Chinois et les Cochinchinos, chez les premiers surtout. — Le pli de la paupière supé-
moins disgracieuse que ne l'est celle des Mongols en général. Il semble qu'il y ait plusd'énergiemusculaireet intellectuelle dans la famille japonaise. Les Japonais sont, pour la plupart, d'une constitution vigoureuse, vifs, d'un teint animé.
Les jeunes gens des deux sexes ont la peau du visage douce , unie , et d'une fraîcheur que fait ressortir leur belle chevelure noire. Les voyageurs hollandais s'extasient, en particulier, sur la beauté des femmes, et Siebold en donne comme preuve le portrait d'une jeune femme qui accompagne sa narration.
Ils avouent cependant que la démarche des personnes de l'un et de l'autre sexe est gauche et gênée, celles des femmes surtout, par suite de l'habitude quelles ont de se serrer les hanches de manière à ce que leurs pieds se portent involontairement en dedans.
Le costume ordinaire des deux sexes et de toutes les classes est le même quant a la forme, et ne diffère que quant à la finesse et à la couleur des étoffes. L'habillement se compose d'un certain nombre de robes larges et traînantes, portées l'une sur l'autre : celles des classes inférieures, faites d'uueespècede toile ou calicot, celles des hautes classes plus ténéralement en soie, avec les armes de a famille brodées sur la poitrine et sur edos (1 ). Ces robessont retenues autour de la taille par une ceinture (2).
Les manches sont d'énorme dimeu-
rieure est fort apparent encore chez le Dayak de Boruéo . chez le Javanais : moins chez le Malais de race pure. — On peut d'ailleurs en ohserver la trace jusque sur les enfants de no * contrées. Siebold entre dans.des détails assez étendus à ce sujet. On peut consulter avec fruit sa Description des habitants du Japon et les planches qui l'accompagnent.
(t) « On les applique tantôt sur les bras et tantôt entre les deux épaules. » ( Thunberg, tome II, p. U4- )
(a) Toutes ces robe» s'attachent avec nne ceinture large comme la main , pour les hommes, et d'une demi-aune pour le* femmes; en outre assez longue (tour faire deux fois le tour de leur corps et se nouer eu rosette avec deux bouts Boitants. Les femmes font ce nœud très-grand; sa position indique si celle qui le porte est mariée ou non : les filles ont ce nœud derrière le dos, les femmes mariées au devauL (Thuuberg, tome II, p. t38. )
japois.
sion, et la partie qui prend au-dessous du bras est fermée , en partie, à son extrémité, de manière à former une poche supplémentaire qui puisse venir en aide au devantde la robe et à la ceinture, où se serrent de préférence les objets de quelque valeur. Ainsi , les feuilles de papier blanc et fin qui remplacent pour les Japonais nos mouchoirs de poche, se portent d'abord sur la poitrine ou dans la ceinture, et lorsqu'elles sont salies on les fait passer dans la manche, où elles restent jusqu'à ce que l'occasion se présente de s en débarrasser sans salir la maison. Les vêtements des dames se distinguent seulement de ceux des messieurs en ce qu'ils sont, en général , de couleurs pi us vives et bordés d'or ou d'élégantes broderies. Les hommes de condition portent une écharpe sur l'épaule; la longueur de cette écharpe est réglée d'après le rang de la personne, et sert elle-même à régler l'importante question du salut, l'étiquette voulant qu'on s'incline devant son supérieur jusqu'à ce que lé bout de l'écliarpe touche la terre. Dans les grandes occasions on ajoute à i'habi dénient ordinaire ce qu'on appelle l'habit de cérémonie ou de compliment : c'est une espèce de manteau ou surtout d'une forme particulière, plissé sur les deux épaules et fort ample, avec lequel les personnages d'un haut rang portent des pantalons d'une espèce singulière, appelés kakkama, et qui paraissent être formés d'une immense
{upe froncée ou plissée, cousue entre es jambes et ouverte par devant. La différence de rang qu'indiquent ces pantalons ne serait sensible que dans les occasions d'apparat s'il n'existait pas un signe constant auquel on reconnaît immédiatement les personnages de quelque distinction : c'est le privilège dont ils jouissent de porter deux sabres, l'un audessus de l'autre , et dn même côte. Les officiers d'un rang inférieur en portent an seul; mais ni les uns ni les autres ne se séparent jamais de leurs armes.
Le port en est, au contraire, interdit eux basses classes (1).
(i) « Tous les fonctionnaires public*, les officiers supérieurs et inférieur* (a) portant «eui sabre* du même coté , dont les lames
(il Tbanberg «e trompe probablement Ici , et U fem»er e pbraac «la patMfe cite semble le prouver.
Quant à la chaussure des Japonais, il est difficile de rien imaginer de plus modeste ou de moins élégant : tous les voyageurs paraissent d'accord sur ce point. Gomme les robes dont ils se vêtissent, en général, tombent sur les talons, elles tiennent chaud aux cuisses et aux jambes; mais les gens du peuple et les soldats, dont les robes sont courtes, enveloppent leurs jambes avec des espèces de guêtres en toile de coton. Golownin parle de bas ou de chaussettes portés en voyage, et qui ressembleraient assez aux nôtres, excepté que la partie du pied destinée à chausser le gros orteil serait séparée du reste pour s'adapter aux sandales. 1 itsingh explique que les classes aisées porteut une e>|)ècc de chaussons blancs nommés Ta pi. — Ces chaussons viennent jusqu'à la cheville, et sont attachés par derrière avec deux rubans. — Les femmes mettent des Ta-pi toute l'année. — Le 10 du neuvième mois, il est permis aux hommes de venir au palais chaussés de Ta-pi% etc.
Quelques-uns portent des chaussons de chanvre à semelles de coton. Ils les attachent à la cheville. Les souliers, ou, pour parler plus exactement, les sandales, sont la plus chetive pièce de leur habillement. Celles des riches ne diffèrent point, pour la forme, de celles des pauvres. C'est tout simplement une semelle tissée en paille de riz ou en brins de joncs fendus, sans empeigne ni quartier. Sur le devant de cette semelle est posé eu travers un ruban q> paille , doublé de toile pour ne pas éeqjrcher la peau. Un autre cordon tout rond, de la grosseur du doigt, est attaché d'un bout à l'extrémité de la sandale et de l'autre à un cordon transversal : il s'engage entre le pouce et le premier orteil pour maintenir la chaussure qui, faute de quartier, vacille et fait un bruit semblable à celui de nos pantou-
se croisent. L'un est leur arme particulière, l'autre leur sabre à' office ; c'e*t le plus long de* deux. En entrant daus un appartemeut, il» quittent le salira d'office pour s asseoir, et le placent à côté d'eux ou devant eux. Nos interprètes n'en portaient qu'un, mais les banjos deux, en qualité d'ofGciers inspecteurs. » (Thuuberg, tume II, p. a85. )
L'UNIVERS
fies. Quand le temps est trop mauvais et qu'il y a trop de boue, ils portent de hautes semelles de bois évidées par le milieu; cette sorte de chaussure est retenue par une courroie ou cordon qui passe entre les doigts du pied, ou plus simplement encore par une espèce de cheville qui fait corps avec le socque et que saisissent le pouce et le premier orteil (1). Au reste, toussedéchaussent avantd'entrer dans les maisons, et laissent leurs chaussures sur un marche-pied près de la porte, ou en chargent leur domestique. Ils marchent pieds nus dans les appartements, pour ne pas salir leurs nattes, qui sont très-propres (2).
Le costume des deux sexes diffère surtout par la coiffure. Les hommes se rasent le front et tout le crâne, à l'exception d'une sorte de demi-couronne allant d'une tempe à l'autre par le derrière de la tête, et dont les cheveux sont relevés et pommadés avec soin et liés avec un cordon de papier, de manière à former une touffe au sommet de la tête. Il est difficile de donner une idée exacte de la coiffure de cérémonie, pour les hommes , les grands seigneurs en particulier. Dans les grandes occasions ils se couvrent la tête d'un bonnet ou chapeau, différent selon la qualité de chacun. Quelques-uns ont une large bande de soie ou crépon cousue au bonnet. Aux uns elle. pend sur l'épaule; aux autres non, etc. Nos planches feront mieux comprendre ce système de coiffure que ne le ferait une description dont plusieurs éléments nous manquent encore.— Les prêtres bouddhistes et les médecins se rasent entièrement. Les chirurgiens , au contraire , gardent tous leurs cheveux, mais les nouent en une seule touffe. Les garçons ne commencent à se raser qu'à l'époque où la barbe leur vient. Les femmes donnent assez généralement à leur riche chevelure la forme
(i) Ce genre de chaussure est employé par les Hindoustanis et par d'autres Orientaux, surtout pendant la saison des pluies.
(») Les chemins et surtout le bord des ruisseaux, où les piétons s'arrêtent pour se laver les pieds, sont jonchés de vieilles chaussures. Les gens de la campagne les ramassent, et les font brûler avec les excréments, dit Kœmpfer, pour s'en servir comme d'engrais pour leurs terres.
d'un turban. Quelques-unes (comme les filles non mariées et les servantes ) les disposent sur les deux côtés de la tête comme des ailes , ou les nouent avec un gout particulier. Toutes les entremêlent de fleurs et de rubans. Les plus élégantes se couvrent la tête d'un grand nombre d'épingles en écaille richement travaillées et d'un poli remarquable, longues de quinze à seize pouces. Un peigne de la même matière remplace parfois les épingles, ou bien encore , les cheveux sont retenus à l'aide d'une ou plusieurs épingles en or ou en argent : mais l'usage des boucles d'oreille semble être à peu près inconnu aux belles Japonaises. Le père Charlevoix parle d'un poinçon au-dessus de l'oreille gauche, au bout duquel pend une perle ou quelaue pierre de prix, et d'un petit rond de perles à chaque oreille qui leur donne beaucoup de grâce! Elles se fardent le visage de rouge et de blanc , ce qui détruit de bonne heure leur teint naturel et la beauté de leur peau. Les lèvres des femmes mariées sont également teintes d'un rouge qui devient violet foncé si la couche est un peu forte. Thunberg prétend que les jeunes filles emploient ce même rouge, mais pour les lèvres seulement. Quoi qu'il en soit , le complément indispensable de la beauté d'une femme mariée et le signe distinctif auquel on la reconnaît infailliblement, c'est la noirceur et le luisant de ses dents. La drogue dont on fait usage pour leur donner cet étrange embellissement est, dit Thunberg, un mélange d'urine, de limaille de fer et de saki ! L'extirpation des sourcils achève de distinguer les femmes oui ne sont plus vierges de celles qui le sont encore.
Les hommes et les femmes vont, en général, tête nue. En voyage, et surtout par un temps pluvieux, ils portent une espèce de chapeau qui ne sied pas mal aux femmes; mais l'éventail, ce meuble indispensable , ce vade-mecum par excellence, au Japon , est le protecteur ordinaire contre les ardeurs du soleil. L'éventail est le compagnon inséparable du voyageur (I), du citadin,
(i) Dans les voyages, on se sert d une es-
JAPON
du paysan, du riche, du pauvre, du mendiant : hommes, femmes , enfants , jeunes gens, vieillards, soldats, prêtres, magistrats, pédagogues, tous ont l'éventail à la main ou passé dans la ceinture. Cest sur l'éventail qu'on reçoit les petits cadeaux qu'il est d'usage de présenter en entrant dans une maison; c'est sur l'éventail qu'une main charitable dépose l'aumône accordée à la prière du nécessiteux ; c'est l'éventail qui , comme en Europe, sert de scep- \re à la coquette. Mais il est aussi la férule du maître d'école, ou remplace la badine du dandy. Enfin, présenté sur uoe espèce particulière de plateau au criminel de haute naissance , il lui annonce son arrêt, et au moment où la tête coupable s'incline vers ce messager de mort , elle est tranchée par le sabre du bourreau !
Le costume du voyageur ou costume de campagne, nôfùk, se compose, en général, d'un haut-de-chausses, momofiki; d'une courte tunique, fanden; d'un manteau tendu sur le dos, busuki; de guêtres, kyâfou; d'un chapeau, le plus souvent en paille, mais quelquefois verni, kasa; et enfin, de souliers de paille , sori. Le bourgeois porte en outre un sabre, le noble et le militaire deux, de longueur inégale. Cet habillement est, en même temps, l'uniforme des soldats et des agens de police; les banyôsi et les troupes oui servent de gardes d'honneur à la mission hollandaise, dons quelques provinces, en sont également revêtus. Siebold fait observer que les préparatifs de voyage et I équipe ment diffèrent, cependant, suivant la destination du voyageur et le genre de vie qu'il adopte pendant la route; mais tous , sans exception , se règlent sur les usages avec la plus minutieuse exactitude.
pèce d'éventail sur lequel les routes sont imprimées et qui marquent les distances, les hôtelleries où on peut s'arrêter, les prix des divers objets de consommation. On trouve aussi sur les routes à acheter de petits livres <pù contiennent ces divers renseignements, et que des enfants vous offrent pour quelques son*. 11 n'était pas permis aux Hollandais (Tacheter, au motus publiquement, de ces sortes d'éventails ou de livrets.
Nous n'avons voulu donner ici qu'une idée générale des caractères extérieurs
Îui distinguent , au premier abord , les a pou a is des autres peuples. Nous aurons occasion de revenir sur quelques-uns de ces caractères distinctifs, et nous n'aurons pas de peine à prouver , quand nous esquisserons le tableau des mœurs, des habitudes , de l'organisation sociale du peuple japonais, qu'elles ne présentent pas un contraste moins frappant avec l'organisation de notre société et les détails de notre caractère européen, que leur (igure et leur habillement avec les nôtres.