‹ Japon, Indo-ChineChapitre 18 sur 101 · LANGUE JAPONAISE; SES DIVERS SYL · texte numérisé non relu

LANGUE JAPONAISE; SES DIVERS SYL

i.uiAinEs; littérature; poésie.

On a regardé longtemps la langue japonaise, sinon comme uu simple dialecte du chinois, du moins comme ayant

avec cette dernière langue des rapports aussi intimes que ceux que la langue italienne et la langue espagnole ont entre elles ou avec la langue latine, d'où elles tirent leur origine commune. C'est une erreur dont l'étude et la comparaison des deux langues a fait proiuptement justice.

Les Japonais comprennent le chinois écrit parce que les caractères chinois font partie des nombreuses espèces de caractères en usage au Japon ; cela se comprend parfaitement, quand on se rappelle que les caractères chinois représentent, non des lettres ni des sons sans signification, simples éléments constituants des mots , mais les mots eux-mêmes, ou plutôt les idées que ces mots expriment, et que par conséquent ils doivent communiquer les mêmes idées, bien qu'exprimées par des mots différents, à quiconque connaît la signification des caractères; c'est ainsi que les chiffres 1,2, 3, font naître les mêmes idées de nombres, exprimées par des mots différents, chez les habitants de divers pays.

Il ne serait pas non plus exact de dire aue les Chinois comprennent le japonais écrit en caractères chinois. Une phrase écrite de cette manière n'est rien autre chose que du chinois, et on n'a pas plus le droit de l'appeler, quant à la signification, du japonais, que du coréen ou du eochin&inois, ou même de i'auglall ou du français (I). Ainsi doue, la faculte qu'ont les Japonais de comprendre le chinois écrit , après avoir appris Is sens des caractères de cette languef quoiqu'ils ne puissent la parler , n'a rien de plus surprenant que de voir un Anglais comprendre un livre écrit en français, bien qu'il puisse à peine comprendre un mot de ce que lui dit un Parisien, quand il vient pour la première fois de traverser le détroit.

Une connaissance plus profonde et plus exacte des langues orientales, acquise dans ces derniers temps par les philologues allemands, anglais, français, a rectifie bien des idées erronées au sujet de la langue japonaise. Le sa-

(i) Voir le Chincse Repoiitory, volume III, p. i5, pour le développement de ce principn fonda mental.

vant Klaproth déclare explicitement, dans son Asia Polyglotta, que le japonais diffère tellement de toutes les autres langues, - par sa construction, sa grammaire et ses particularités caractéristiques, qu'on peut en conclure que la nation qui le parle forme une race distincte. La discussion d'un pareil sujet serait ici déplacée, mais un coup d'oeil jeté sur les spécimens donnés par Meyian et Fisseher suffit pour montrer qu'il existe une dissimilitude essentielle entre le chinois et le japonais. Chacun sait que le chinois est une langue monosyllabique, tandis que le japonais est polysyllabique; on pourrait même le nommer hyper-polysyllabique, puisque le simple pronom je ne peut être exprimé en japonais par un nombre de syllabes moindre que quatre, watakusi; et que pour changer je en nous l'addition d'un dissyllabe devient nécessaire, comme watakusidomo. Toutefois, il paraîtrait que dans la conversation on supprime souvent quelques-unes de ces syllabes surnuméraires, ou plutôt on a recours à la contraction, comme nous le faisons nous-mêmes dans la rapidité du discours (I).

De même que les Chinois, les Japonais ont pour exprimer les pronoms personnels une grande variété de termes, dont plusieurs donnent par eux-mêmes l'indication de la position respective des parties, ou indiquent jusqu'à un certain po/nt la déférence envers la personne à laquelle on parle, ou envers celle de qui l'on parle, et le respect de la part delà personne qui parle. Ce trait de la langue japonaise n'est pas limité aux pronoms, mais il s'applique à beaucoup de mots qui indiquent une action, une décision, une parole, une chose, etc., venant d'un

(f) Dans les dialogues japonais donnés par Oerraeer Fisseher ( qui avoue que sa connaissance de la langue se borne aux usages de U vie ordinaire), le watakitsi ( watakoiulf ) et le «,'atakus'iaomo de Mevlan sont cont raclés en walnkfs et watakfsJomo, ce qui nous parait beaucoup moins euphonique et à peu pres aussi long. Il s'agit probablement d'une wrle d'abréviation aspirée que Fisseher aura œaJ exprimée, caries Japonais ne prononcent pwd/' dans ce root, et Rodrigues, dans sa fTOimaire, ne l'écrit pas ainsi.

haut personnage, d'une divinité, d'un empereur, ou même d'un ami qu'on honore , qui forme le sujet de la phrase ; de sorte qu'une phrase qu'on s'est appliqué à polir , et dans laquelle on a fait entrer l'expression de la déférence , devient beaucoup plus longue qu'elle ne le serait dans la conversation ordinaire. Ainsi, en parlant à un ami, on dit : Konnichi omaiyerwi nani no tokoroni yukuka (youkouka?), ce qui signifie : où allezvous aujourd'hui? Mais en parlant à un supérieur, cette phrase devient! rait :

Konnichi no kimirva nani no tokoroni on ide asobasaruka (asobasarouka?).

Dans l'exemple donné ci-dessus , tcasi est le mot au'emploie la première personne en parlant au milieu de ses égaux, ou en s'adressant à un inférieur, tandis que watakusi s'emploie en parlant avec respect à un supérieur ou à un étranger; il en est de même de wasidomo et de watakusidomo pour le pluriel nous. La syllabe qui disparaît n est pas une syllabe surabondante, mais elle se contracte dans la prononciation, eomme cela arrive généralement avec les mots dans la conversation ; car les Japonais, dans la rapidité de Telocution, élident fréquemment la dernière voyelle, lorsque l'euphonie de la phrase le réclame.

Fisseher dit que les .sons de la langue japonaise sont doux et agréables; Mcylan assure qu'à moins d être ne dans le pays on ne peut parvenir à prononcer correctement certaines lettres, chose assez vraisemblable, à en juger d'après la contraction diflicile du pronom personnel. Le président ajoute qu'il n'y a point d'articles dans la langue japonaise, et que les noms se déclinent a l'aide de petits mots qui les suivent, comme le domo, qui suit watakusi et qui .s'y lie pour en former un pluriel. Par le fait, ceque nous nommonspréposition change de nom et de caractère en japonais, attendu qu'on la fait suivre au lieu de précéder. Quant aux verbes, ils ne varient ni pour les personnes ni pour les nombres, mais ils sont modiliés par les temps et par les voix.

Les exemples de poésie japonaise donnés plus loin fourniront quelques éclaircissements sur la prononciation de cette langue ; c'est réellement une langue agréable , et qui admet d'ailleurs des

L'UNIVERS

modifications importantes dans l'intérêt de l'euphonie. Lorsqu'on essaye de l'écrire en caractères européens , de deux lettres l'une est presque toujours une voyelle ; et lorsque des consonnes se lient ensemble et qu'on omet les voyelles, c'est en général dans des mots ou la liaison des consonnes est facile, comme shrano pour shirano. Il y a cependant beaucoup d'exceptions à cette règle simple en ap-

SarenCe, et celui qui étudie a besoin 'exercice avant de pouvoir lire correctement, même lorsqu'il connatt les syllabes. Cette langue est très-riche ; car non-seulement pour exprimer les idées elle peut employer ses propres ressources , mais elle peut encore faire un usage illimité de celles que lui offre la langue chinoise; et les deux laugues se combinent ou se séparent , suivant le caprice de l'écrivain. Le verbe en particulier est très-riehp en modes et en voix.

Les Japonais ont un syllabaire de quarante-huit lettres , qui peut en quelquesorte être doublé, au moyen de signes joints aux consonnes pour en modifier le son, et le rendre plus dur ou plus doux. Ce syllabaire date du huitième siècle , et peut s'écrire en quatre séries différentes de caractères. Ce sont : le kata-kanaf qui est considéré comme plus propre a 1 usage des hommes ; le kira-kana, plutôt réservé pour l'usage des femmes; le manyo-kana et le yamato-kana , dont la différence, quant à leur nature et à leur usage, sera indiquée plusloin. Outre ces quatre séries de caractères, le chinois s'emploie comme une sorte d'écriture savante, indice et conséquence probables de l'importation des arts et des sciences de la Chine au Japon. Tous les ouvrages de science, ceux qui appartiennent aux hautes branches de la littérature, ainsi que les papiers officiels, les documents publics, s'écrivent ou s'impriment encore en caractères chinois. Cependant les savants eux-mêmes emploient leur propre kata-kana pour écrire des annotations sur des livres dont le texte est en caractères chinois. Les Japonais, comme les Chinois, écrivent en colonnes, de haut en bas du papier, en commençant par la droite. Il est bon de rappeller ici qu'indépendamment des quatre syllabaires usuels, les religieux japonais de plusieurs sectes boud-

dhistes font usage du syllabaire de l'écriture sittan t emprunté à Hndoustan, et

3 ni se compose de cinquante lettres. Les aponais écrivent aujourd'hui le sittan en colonnes verticales , de droite à gauche, comme l'écriture usuelle.

D'après les recherches de Klaproth, il faudrait admettre que jusqu'au règne du seizième mikado, nommé Oûzin tenwo, les Japonais n'eurent aucune écriture; toutes les ordonnances et les proclamations étaient faites de vive voix.

Sous le règne de ce prince, les caractères chinois commencèrent à être employés. En l'an 284 av. J. C, Oûzin tenwo envoya une ambassade dans le royaume de Ilakou-sal, qui existait alors dans la partie sud-est de la Corée, dans le but d'obtenir des gens instruits, capables d'introduire la civilisation et la littérature de la Chine dans ses Etats. A son retour, l'ambassadeur ramena le célèbre fVonin ou lVanq-)in% qui accomplit parfaitement la tâchequ'on lui confia. 11 descendait de l'empereur fCaoufsoo, de la dynastie //an, et, à son arrivée, il fut chargé de l'instruction de deux princes. Dans la suite, ses descendants remplirent de hautes fonctions militaires, et son propre mérite parut si grand aux Japonais que , plus tard , ils lui décernèrent les honneurs divins. Depuis le temps de ff 'onin les caractères chinois ont été constamment en usage chez les Japonais. Sous la forme de pur chinois, ils s'emploient principalement dans les ouvrages d'érudition , mais cela n'empêche pas qu'ils soient répandus dans tout le pays.

Cependant, comme la construction de la langue japonaise diffère essentiellement de celle de la langue chinoise, et que le même caractère chinois a fréquemment plusieurs significations, on s'aperçut bientôt du besoin de remédier à cet inconvénient; et. en conséquence, au commencement du huitième siècle, on forma, au moyen de parties de caractères chinois, un svllabairequi, pour cette raison, fut appelé Katakana, c'està-dire, parties de lettres. Ce syllabaire s'emploie, soit à côté, soit au milieu des caractères chinois; à côté pour en indiquer la prononciation nu la signification, et au milieu pour indiquer les formes grammaticales de l'idiome rendue dif-

JAPON

licites par l'emploi de caractères isoles.

On ne sait pas d'une manière certaine qui est l'auteur de ce syllabaire ; mais la tradition en attribue l'invention à l'illustre Kibi. Un autre ouvrage japonais, appelé M'a si si (Origine des choses au Japon), nous assure uue Kibi composa le syllabaire kata-kana, et qu'il voyagea en Chine, d'où il revint en l'année 733 ap. J. C. Après lui fleurit le fameux Koùbo (1), inventeur d'un autre syllabaire, susceptible d'être employé seul pour la langue japonaise, sans qu'il fût besoinderecounrau chinois. On l'appelle//ira -Aana (2) « ou écriture égale, » et, comme le kata-kana, il dérive des caractères chinois.

Au sujet de l'invention du troisième syllabaire, les Japonais nous apprennent que « en Tannée 1006 ap. J. C. , un « prêtre de BouddKa, nommé Ziakou so - ( ou Shuhchaou, en chinois) partit du « Japon pour porter le tribut en Chine. Il « ne comprenait pas le chinois parlé ; «mais comme il l'écrivait très-bien, il

• lui fut recommandé de dresser une «liste des caractères chinois, avec leur

• signification en japonais. Ce fut alors

• qu'il composa des lettres pour son « pays, au nombre de quarante-sept; ce « nombre fut adopté , parce que le sylla> « baire apporté de l'Inde en corn, tait « autant. • La quarante huitième svllabe fut ajoutée plus tard. Ce syllabaire, qu'on emploie indistinctement avec le Kira-kana , tire son nom de celui de son inventeur.

Ii y a encore un autre ancien syllabaire, avec leauel fut écrite la collection des odes appelées les dix mille feuilles, et qui est désigné, en conséquence, par le nom de manyo-kana. Les caractères de ce syllabaire sont fréquemment mêlés avec ceux des deux autres; l'ordre des caractères y est le même, et il est composé de caractères chinois complets, sous la forme ordinaire et

(/) Voir, pour quelques détails sur Koùbô et Kibi , l'ouvrage de Klaprolli déjà cilé (Notes de la trad. des Annales du Japon ).

(a) Ou Fira-Kana. Le son japonais que nos lettres F ou H ont pour but d'exprimer dif. foe en réalité de celui que fait entendre la prononciation japonaise. Klaproth lui-même «nt tantôt Hira-Kana, lautôt Fira-Kana.

également en écriture cursive. Plusieurs caractères s'emploient souvent pour représenter la même syllabe. Il est à remarquer que les caractères chinois qui composent ce syllabaire, aussi bien que ceux de tous les autres, ne représentent pas toujours le son chinois des mots qu'ils désignent. Ainsi, le caractère chinois kiaug « rivière », représente la syllabe ye, oui en japonais a la même signification; de même neu « femelle », représente la syllabe mi, qui signifie la même chose en japonais.

Enfin, il y a encore un autre syllabaire, composé de caractères chinois considérablement contractés; on l'appelle yamatokana , ou « écriture japonaise. » Il nous fournit un exemple d'une des manières d'employer les caractères chinois en japonais : yamato-kana est formé de trois caractères; le premier est un nom ancien qui signifie « Japon » ; il se lit yamato, quoiqu'il ait le son t; des deux autres, le premier, conformément au son qu'on lui donne, s'appelle ka; le second, suivant sa signification en japonais, est appelé na, c'est-à-dire, « nom », et de ia combinaison des deux, est dérivé kana, « syllabe ou caractère. • Les caractères chinois pour hira-kana, kata-kana et manyokana, s'emploient tous de la même manière.

On peut ajouter qu'à l'exception du kata-kana ces différents syllabaires s'emploient rarement seuls; ordinairement on entremêle les caractères de deux ou de trois d'entre eux, sans aucune règle , ce qui rend le tout beaucoup plus difficile à déchiffrer Et comme si la difficulté n'était pas encore assez grande, les caractères chinois s'entremêlent cà et là, avec ou sans l'indication de leur signification à coté, tout à fait selon le caprice de l'écrivain. De sorte que si d'abord on considère le nombre des signes de chacun des cinq syllabaires et de leurs variations(qu'on peut appeler caractères synonymes ), ce qui tait un total de près de trois cents; si ensuite on songe à l'emploi illimité que les Japonais font des caractères chinois dans l'écriture cursive, et de forme ordinaire, on avouera que les savants du Japon ont réussi à rendre leur langue une des plus difficiles à lire du monde entier,

L'UNIVERS

si toutefois elle ne tient pas le premier rang à cet égard. Les rapports qui existent entre les deux langues sont si intimes et si nombreux, qu'avant de pouvoir faire des progrès satisfaisants dans la litlérature de sa propre langue, le Japonais qui étudie doit acquérir la connaissance de trois ou quatre mille caractères chinois; il doit en outre B'exercer à connaître l'emploi qu'en ont fait les écrivains de son pays, les divers modes de combinaison des deux langues, et les différentes manières d'écrire lé même caractère. Aussi, comme on peut aisément le supposer, le savant a dû consumer une grande partie de son temps à apprendre simplement à lire et a écrire : et pour achever de faire comprendre combien de difficultés matérielles il a à surmonter daus cette étude

ingrate avant d'arriver à lire oti écrire rapidement, nous ferons observer que plusieurs des caractères chinois usuels sont employés sans indication soit de leur signification , soit de leurs sons, et que les caractères qui ont été expliqués une fois reparaissent sans leurs signes explicatifs quand ils sont répétés bientôt après.

AUn de faire embrasser d'un seul coup d'œil les divers syllabaires employés dans l ecriture japonaise, nous les avions combines ensemble sous forme de tableau d'après le Chinese Repository, vol. X, p. 210 et 211 ; mais nous croyons, vu l'aridité du sujet, devoir nous borner à donner ici les sons approximatifs de Yiroha ou svllabaire japonais avec les quarante-huit caractères qui les représentent dans l'écriture kata-kana.

Sons de riroha (1), ou syllabaire japonais actuel avec les caractères kata-kana.

Tclil on DJI.

Yo.

Ra ou La.

Ta.

Yc.

Ro ou l.o.

ni ou LL

Ta, Da.

Mou.

Ma.

Sa, Za.

ll.i ou l'a .

Ba , Pa.

Non.

Re ou le.

Ou.

Ke, fie.

Kl, GL

Mo.

Ni.

Rou ou l.nn.

So , /.o.

1 et Wt.

Pou. Rou, Pou.

You.

Se ou Chc.

Ze M Zhr.

lin ou l u , Ho , Po.

Wo.

T»ou, Diou.

No.

Ko, Go.

Me.

Sou . ïou.

II*- ou Fe, Bc, Pc.

Wa.

Ne.

Yc et lé?

Ml.

tfg ou 'n (•).

« JUiçori.

To, Do.

Ka. Oa.

Na.

Son, Gou.

le, De.

SI ou Shl 7.1 ou Vo\.

o Marou.

(i) Ou /m/a. Klaproth l'écrit ainsi.

(a) Introduit postérieurement aux quarante-sept autres caractères.

JAPOJN.

Il faut lire ce syllabaire verticalement , en commençant par la gauche. Les signes ou accents (s) ( nigori ) placés dans la quarante-neuvième case modifient la prononciation en donnant à l'initiale un son plus dur ou plus rude, tandis que l'addition du signe (o ) (maru ou marou) change l'initiale h ou /de plusieurs svllabes en p. — La quarante-huitième syllabe est un son nasal impartait, destiné sans doute a représenter certaines terminaisons empruntées aux Chinois. En composition elle a toujours le son n (quelquefois m, par euphonie, dans le milieu des mots); mais, seule, elle ressemble a ng a demi proooncé, et se prononce en effet , dit-on, en rapprochant la langue du palais et émettant un son guttural.

On emp\oïe en outre dans l'écriture ordinaire trois signes, ressemblant assez à nos trois accents (aigu, grave, circonflexe); celui qui ressemble à notre accent circonflexe étant toutefois vertical au lieu d'être horizontal. L'usage du premier consiste à indiquer la répétition de la syllabe qui précède; le second se place entre les caractères chinois pour Indiquer qu'on doit les lire d une manière continue, ou comme un seul mot en japonais. On l'emploie au-si, dans le kata-kana, après une syllabe pour en allonger le son. Le dernier signe indique la répétition d'un dissyllabe, ou d'un mot ; par exemple, dans le mot kotogoto, ce signe est écrit au lieu de goto, et on l'accompanne d'un nigori, pour indiquer le changement de la première syllabe ko en go.

Les sons de quelques-unes de ces syllabes varient dans lesdilférentes parties du Japon, et différentes rnanièresd écrire les mots japonais ont été adoptées par les savants de différentes contrées. Siebold écrit lo, et Klaproth ro, pour la seconde syllabe; il en est de même de ra, re, ri et rou; les indigènes que nous avons entendus prononcer ces syllabes disentra, re ; mais ils ne peuvent distinguer les deux sons de ra et la l'un de f autre. Lorsque l'une ou l'autre de ces cinq syllabes commence un mot, le son r se prononce quelquefois comme &'il était précédé d'un d faible. Siebold ^marque « que ce son est difficile à rendre, niais qu'il consiste en une vibrêUon entre / et r qui ressemble aux

premiers efforts des enfants pour prononcer IV (1); dans le Yédo Vr prédomine, tandis que dans quelques provinces, c'est 17 qui prévaut. » Nous avons toujours entendu prononcer ha, hv, ht, Ao,etc; mais Klaproth écrit fa. fe, fi et fo, et c'était l'ancienne coutume portugaise, encore conservée dans t'atsisio, Firato, Figo, etc. Les naturelsqni se-trouvaient à Macao, et dont le Chinese liepositorij parle souvent, prononçaient aussi sAeet ski, mais Siebold et Klaproth écrivent tous deux se etsi La différence parait être bien légère, ou même nulle, entre les sons des syllables i et wi, e et ye, et nous les avons écrites comme on le volt dans ce tableau, parce qu'il est diflicile de supposer qu'il se trouve deux syllabes précisément du même son; cependant, les indigènes ( de trois provinces différentes) auxquels nous faisons allusion ne faisaient aucune différenceentre ces syllabes, soit pour leson, soit pour l'usage.

En préparant des livres chinois pour le public japonais , ou en écrivant en chinois, les additions grammaticale!

sont plus ou moins nombreuses, suivant le caprice de l'éditeur ou de l'écrivain. Quelquefois, cependant, on se borne à la simple réimpression des ouvrages.

On omet rarement les cas des noms, les terminaisons et les temps des verbes, ainsi que les signes indiquant la transposition des caractères. Dans les livres

3u'on désire rendre très-clairs, on trace es lignes perpendiculaires entre les caractères^ on donne le sens des caractères difficiles et peu usités, ou bien l'indication de leurs sons. Nous sommes forcé de renvoyer le lecteur au Chinese liepository (volume cité) pour de plus amp'es détails et des exemples d'écriture japonaise et chino-japonaise.

Les préfaces des livres sont fréquemment écrites en chinois, tandis que le corps de l'ouvrage est en hira-ïcana; dans ce cas, l'écriture à main courante est souvent employée, ce qui augmente de beaucoup la difficulté de déchiffrer le texte , pour le lecteur qui n'a appris que la forme ordinaire.

Les livres destines soit à l'instruction

(i) Ce son entre / et r se retrouve dans l'alphabet sanscrit, d'où il a patsé dans un assez grand nombre de mots hindoustanis.

L'UNIVERS

des enfants, soit aux classes inférieures, s'impriment in variablement en lettres h i ra-kana ; mais on nous dit que dans ceux qui sont destinés aux personnes ayant reçu une bonne éducation, les quatre sortes de lettres s'emploient souvent indistinctement, et s'entremêlent avec les caractères chinois; un mot, ou même une syllabe s'écrivant avec une certaine espèce de caractères, et le mot suivant ou la syllabe suivante s'écrivant avec une espèce différente ; ce qui n'ajoute pas peu à la difficulté de faire quelque progrès dans la littérature japonaise.

Depuis longtemps les Japonais sont en possession de l'art de l'imprimerie, d'une manière suffisante pour répandre leur littérature, mais ne pouvant rivaliser avec la magnificence de la typographie européenne. Les imprimeurs japonais ne connaissent pas les caractères mobiles, et ils multiplient les copies des manuscrits au moyen d'une sorte de stéréotypie en bois, fort imparfaite, ou par la gravure sur bois , plutôt que par une véritable imprimerie comme nous l'entendons. Cependant ils approvisionnent le public de livres , et on nous assure que la lecture est la récréation favorite des deux sexes au Japon, et surtout dans la capitale du mikado.

La littérature japonaise comprend des livres de science, d'histoire, de biographie, de géographie , de voyages, de philosophie, d'histoire naturelle, de poésie; des ouvrages dramatiques et des encyclopédies. Les écrivains hollandais ont une très-haute opinion du mérite des productions du génie japonais dans la plupart de ces diverses branches; mais si l'on considère qu'en général les membres de la factorerie de Dézima n'ont pas reçu une éducation philologique, ni peut-être une instruction très-solide, on nous permettra de n'accepter leur jugement qu'avec quelque défiance. Au surplus, ce manque de confiance dans le discernement critique de ces panégyristes de la littérature japonaise n'est en rien diminué par les données, incomplètes il est vrai, d'après lesquelles nous pouvons nous-mêmes former notre opinion.

Kiaproth a donné une version d'un traité de géographie, et Titsingh a traduit ou fait traduire les annales du daïri et les annales des sioyouns de la dynas-

tie des Gonghen s. De ces deux ouvrages, le premier est de beaucoup le meilleur ; il est écrit d'une manière détaillée et donne une connaissance assez exacte de la géographie physique *et politique des trois dépendances plus ou moins contestées de l'empire japonais, lesquelles sont : la Corée, les îles Loukiou et le Yézo, renfermant l'archipel des Kouriles Les défauts de cet ouvrage sont la sécheresse et le manque de coloris, défauts inévitables, peut-être, dans une description géographique, et en outre, une grande insuffisance de données statistiques. Siebold, dans son intéressant travail sur la Corée, a fait faire un grand pas à l'histoire européenne de ce pays. Les Annales du daïri ont été corrigées et publiées par Kiaproth ; il serait difficile de concevoir quelque chose de plus aride que ce récit des naissances , des mariages , des avènements, des abdications et des décès, avec quelques narrations de maladies, de pèlerinages et de rébellions; la manière dont sont traités, même ces derniers sujets, les rend à peu près dépourvus d'intérêt pour nos lecteurs européens ; cet ouvrage est cependant une source

(irécieuse de recherches pour la philoogie et l'histoire comparée des diverses civilisations, et il jette un grand jour sur l'organisation politique et sociale du Japon. — Les annales des siogouns présentent le même caractère , quoique entremêlées de curieuses anecdotes ; mais ces dernières sont racontées d'un style bien lourd, quoique quelques-unes d'entre elles soient, évidemment, tirées par Titsingh ou par ses traducteurs japonais d'autres sources que des annales originales. En résumé, ces ouvrages, estimables à cause des renseignements qu'ils fournissent, mériteraient un examen plus détaillé que celui qu'il nous est permis d'esquisser ici.

Quant à la philosophie, tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'elle consiste en commentaires sur les préceptes moraux du philosophe chinois Kung Foo-Tsze, ou Confucius, commentaires sur la mythologie si ni oo , où elle s'élève à des inductions sur les diverses époques de la création, etc. Les encyclopédies ( dont Rémusat nous a donné un excellent spécimen) paraissent être à peine quel-

JAPON

Page 1