GI
que chose de plus que des livres d'images arec des explications , le tout arrangé, comme les autres dictionnaires japonais, tantôt dans Tordre alphabétique, et tantôt suivant une classification capricieuse et peu scientifique des sujets.
Aucun des écrivains que nous avons cités ne parle de l'art de la poésie japonaise, de la mesure, de la rime, ou de ce qui les remplace Tune ou l'autre ; mais Meylan et Titsingh en fournissent quelques exemples, en tant qu'il soit permis de dire qu'une traduction en prose puisse donner une idée de la poésie. — Nous nous hasardons à reproduire ici quelques-unes des strophes qui ont été recueillies par ces auteurs, mais nous devons avertir nos lecteurs, d'avance, que, dans notre conviction, cette imitation des sons japonais à l'aide de caractères romains est très-imparfaite, et que probablement la réunion ou la séparation des syllabes, telles que nous les trouvons dans les exemples par nous reproduits d'après diverses autorités, sont en partie arbitraires. — Cependant il bous a semblé qu'il resterait assez de l'original japonais dans chacune de ces stanoes pour donner une idée approximative de la forme , du nombre , de la rime, etc. — On reconnaîtra d'ailleurs que la langue japonaise est susceptible d'une grande condensation en poésie, ou que la version hollandaise qui a servi, dans certains cas , de base à la nôtre est bien diffuse I
Aïla kampei ( ou kanbé ) , Knrvo mita kampei, Marnant hana siwo , Itasi ta kampei, Outi (l) siri tara, Sakamasi (2) kampei,
Oui ! ardent est mou désir De contempler ton visage, Avec toi d'échanger quelques mots; Mais je dois y renoncer :
Car s'il venait, dans ma demeure, Par hasard à êUe une fois divulgué Qu'avec toi j'ai conversé , Alors ce serait une peine crnelle Qui tomberait aasurément sur moi, Car sans nul doute ma bonne Serait perdue à jamais.
(i ) Ou Ouchy.
(>)Ou Yakamasî.
11e Livraison. (Japon.)
Voici un exemple de strophe morale .
Kokoro du ni makotono, Michi ni kanaï naba(l), Inoraiu totemo kamiya (2), Mamoran (3).
Aie le coeur droit et pur ;
Ainsi la bénédiction de Dieu
Sera sur toi pendant l'éternité.
De bruyantes prières ne serviront à rien,
Mais bien une conscience pure
Qui adore et craint en silence !
Un des spécimens de Titsingh, court poème sur le meurtre de Yamasiro , conseiller d'État, est un peu plus poétique; il offre aussi des exemples d'allusions à de vieilles histoires ou légendes, et de jeux de mots qu'on dit caractériser la poésie japonaise. Titsingh, ou plutôt son traducteur français (4), a ajouté à la version française une traduction latine, à dessein littérale, et qui n'est pas plus longue que l'original. Nous allons reproduire deux strophes de l'original et des traductions :
to
h t ra re ta wa Ba ka to si yo ri Ki kou ta fa y a Ya ma moosiromo Sa wa gottsin ban.
Prœci disse
Consiliarium minorent IS'uper audtvi, In mou fis castello
Turbas excitantem, no vu in eus (ode m .
« J'apprends à l'instant qu'un des uou- « veaux gardes a excité du tumulte au châ- « teau , en assassinant un jeune conseiller, « dans sa folie. »
Ya ma si ro no Si ro no o ko sa de.
Tche mi so mi te.
Akadosi yo ri to.
Yamassiro Candidam togam Cruore tinctam Rubentemaue consiliarium Omnes viaerunt.
« La robe blanche de Yamassiro est teinte « de sang , et chacun le nomme le conseiller « rouge! » (ou : « chacun voit en lui le conseiller rougissant » ).
[i) Ou ^ mitr't ni kana fi naba.
Ou // no m tsou to te ma kami.
Ou lama ma ramou.
(O Rémusa».
L'UNIVERS
Nous avons dû copier textuellement.
- Nous remarquons que les syllabes sont séparées. — Pourquoi ? nous l'ignorons.
15 km arques. — Baka tosi yo ri. — Un conseiller extraordinaire est nommé.
IVa ka to si yo ri, ou jeune conseiller ; le changement de la première lettre de son nom donne un nouveau sens , qui prouve combien Yamassiro était méprisé.
Ya ma si ro no. — Y a ma , montagne ; tiro> château ; no, particule explétive qui sert à donner de lex pression et de l'élégance au langage (en prose ou en vers). — Dans ces deux mots se trouvent le nom et la qualité du blessé, ainsi que l'indication du lieu où l'événement a eu lieu, le palais du siogoun étant dans la dernière enceinte de la résidence impériale, sur une hauteur.
Sawayou sin ban. — Nouvelle mode qui fait beaucoup de bruit. — Ces mots sont ici métaphoriquement pour un nouveau garde.
Si ro no o ko so de. — Chemise blanche ou robe de dessous que personne n'a le droit de porter, à l'exception de ceux qui ont le titre de katni, des femmes et des prêtres. — Nous ferons observer en passant que kami est ici un titre de noblesse équivalent, peut-être, à notre chevalier, et s'écrit ou se prononce différemment A? kami, génie, esprit divin.
Un autre couplet sur le même sujet nous a semblé tellement caractéristique, que nous croyons qu'il vaut la peine d'être transcrit également.
Si yo dai mi o.
Mou sio ni ni kou mo on
Nanats ou bo si
1 ma si kou si re ba
Si mo 00 si ya wa si.
« Tous les grands de l'empire avaient en «horreur Vourse; qu'elle ne brille plus : n c'est un heureux événement , même pour « les moindres serviteurs ( de l'empire ). »
Ici encore nous copions littéralement, et nous nous contenterons de remarquer que le poète, en pariant de Yourte que les grands ont en horreur, fait allusion aux armes de Yamassiro, sept étoiles.
Ces Sortes de jeux dé mois sont assez communs dans ia poésie des Chinois. — Les Japonais emploient les prononciations qui sont attachées chez eux aux caractères chinois aussi bien que les mots de leur langue naturelle : ils s'attachent ordinairement à exprimer des pensées ingénieuses avec le moins de mots possible et à se servir de mots à double sens pour faire des allusions.
Il paraît qu'il y a deux sortes de poèmes : Youta ou waka est composé de cinq lignes, de cinq, sept, cinq, sept et sept caractères Lé hag aouta, ou long poëme, en a autant qu'on veut :
les lignes sont de cinq et sept mots, et les deux dernières lignes doivent être chacune de sept. — O s deux sortes de poèmes sont composés en Jlra-kana (ouhlra-kana).
Les poëtesjaponais , ainsi que nous l'avons déjà fait observer , se plaisent aussi dans des descriptions ou des comparaisons que leur fournit le paysage ou la riche variété des productions naturelles qui les entourent. —» Nous trouvons dans Siebold une courte citation de ce genre, qui ne manque pas de charme. — Il s'agit dans le distique que nous allons reproduire du kisi, belle espèce de faisan. On entend souvent, le soir, le champ du mâle, qui cherche au loin, dans les champs, sa nourriture et celle de sa compagne qui s*est retirée dans les bocages les plus touffus. Le poète japonais dit, à ce sujet :
Harouno no asouro kiti, sono
Toinï ,
* Le kisi , cherchant sa nourriture dans les « champs en fleurs , découvre , par amour « pour sa compagne , le lieu de sa retraite
En voilà assez pour donner une idée de la poésie japonaise , qui ne s'élève guère, comme on le voit, au-dessus de la ballade, des romances tt des chansons. — Nous avons dit ce que nous savions de l'art dramatique en parlant des représentations théâtrales d'OAotaka.
Constatons maintenant en quelques pages quel est l'état des sciences et de* arts au Japon.
JAPON