EMPIRE BÎRMAN, OU AYA
Parmi les trois grands Etats dans lesquels se divise aujourd'hui l'Indo-Chine, Birman occupe la partie la plus occidentale dans la grande région fluviale de Tlrawaddi. En supposant que la frontière orientale de l'empire soit le Salouen , les limites actuelles du Birman sont : au nord, l'Assam dépendant des Anglais, les cantons occupés par des tribus de montagnards peu connus et la province chinoise d'Yunnan ; à Yest, cette même province et le Salon en, qui le sépare dçs territoires de Siam et de la partie anglaise du Martaban ; au sud, le golfe de Bengale ; à Y ouest enfin, ce même golfe, le royaume d'Arrakan et autres provinces dépendantes de l'Inde Britannique. La superficie de Birman dans ces limites, dont l'appréciation est assez vague ( comme il en est du reste pour tous les Etats non européens ), est , selon Berghaus, de neuf mille neuf cents milles carrés d'Allemagne, dont huit mille pour le Birman proprement dit et dix-neuf cents pour les pavs tributaires. La population , s'il faut s'en rapporter à Ritter,Berghaus, etc., peut être évaluée tout au plus à quatre millions. — Nous avons cependant peine à croire qu'elle ne dépasse pas ce chiffre. — Quoi qu'il en soit , cette population ne se divise pas en moins de dix-huit nations, différentes par le langage, les mœurs, les usages et la religion , mais présentant en général le type hindou chinois. Cette diversité résulte de ce qu'ils sont placés , ainsi que les Siamois et les Annamites , à peu près entre les Hindous et les Chinois , et dans le voisinage du peuple malais.
Parmi cette population hétérogène de l'empire d'Ava, nommé eu chinois Mian Tian ( ou mien tien f ) , on remarque particulièrement deux peuple* qui se sont disputé pendant longtemps , et avec opiniâtreté , la possession du pays d'Irawaddi ; notamment les Marama's et les Ta-la-ain. Les uns occupent le pays autour du cours moyen du fleuve Irawaddi, contrée montagneuse , tandis que les autres habitent le sol marécageux et plat du delta, qui embrasse un espace d'environ mille soixante-dix milles carrés d'Allemagne; le pays des Marama s a
une étendue de deux mille cinq cents railles carrés d' Allemagne.
Depuis le milieu du dix-huitième siècle , les Talàin sont définitivement soumis aux Marama's, suzerains de tout le pays. Talâin est le nom birman des* habitants du Pégou , qui s'appellent euxmêmes Môn. Depuis leur asservissement ils se sont iondus dans le peuple marama, et leur langage n'est plus qu'un dialecte de la langue birmane, laquelle dans sa pureté originaire est une langue monosyllabique qui, par suite de l'introduction du pali avec le bouddhisme, a admis beaucoup de syllabes* de celte dernière langue.
En outre de l'alphabet pali, les Marama'% (Mramd's / a/ wa's, Barmas, Birman*, Birmans ) possèdent , ainsi
2ue nous l'avons déjà fait observer, une 'triture qui leur est propre; leur littérature est cependant excessivement pauvre, ce peuple se trouvant encore dans un état tellement arriéré que les autres peuples qui professent les principes du bouddhisme paraissent leur être tous intellectuellement supérieurs. L'islamisme et le christianisme ne peuvent trouver accès dans ces pays, d'où les repousse instinctivement la' politique intérieure.
L'admission d'une de ces religions aurait, en effet, pour résultat de désunir ou même de briser entièrement le lien social qui relie les habitants dans les divers échelons de la hiérarchie sociale; ce qui ne saurait être toléré par les principes de leurs gouvernements.
Outre les deux nations principales que nous venons d'indiquer, qui, ayant vécu ensemble à peu près un siècle, se sont fondues en une seule, il y a encore les Schans ou Thai, dans la région la plus septentrionale de l'empire. Quant aux autres races, qui ne présentent toutes ensemble qu'une faible population, les Karian et Khian seuls méritent d'être cites, comme constituant les débris de la population originaire présumée. Parmi les étrangers qui se sont établis dans le royaume de Birmah et qui s'y sont fixés, les' Chinois du centre de la région de l'Irawaddi méritent d'être mentionnés avec éloges, pour le zèle et l'intelligence avec lesquels ils ont réussi à établir, même parmi le peuple marama, leur système de culture.
16e Livraison. (Indo-Chine.)
Nous avons déjà dit que les yfaramd's ou Birmans avaient à peine quitté leur enveloppe barbare. En effet, ils sont, même sous le rapport des travaux agricoles, bien au-dessous de leurs voisins, sans en excepter les Siamois. Le riz est ici, comme dans l'est et le sud de l'Asie, le produit principal : toutefois il n'exclut pas les légumes. Le thé est cultivé sur une petite étendue de pays. Le Pé. gou possède une grande richesse dans ses forêts de teck (teek,taik, tectona grandis), qui fournissent du hois de construction qu'on ne trouve nulle part de qualité aussi durable et aussi parfaite. Un navire construit en teck a quatre fois plus de durée qu'un navire construit en chêne. Les Birmans n'ont encore pour concurrents dans cette production si précieuse que les provinces anglaises au delà du Gange, la côte de Malabar et Java. L'élève des animaux domestiques tels que bœufs, buffles, chevaux est trésnéghgée. L'éléphant ne sert que comme objet de luxe pour la maison impériale, et non comme bête de somme, excepté toutefois dans les provinces de Schan ou Thai. Le mouton et la chèvre ne figurent qu'en petit nombre dans le règne animal. Le pays est très-riche en volatiles ; la chasse est abondante. Il n'y a pas d'oiseaux de basse-cour. La pêche est très-productive , le sol de Birmah renferme de l'or, de l'argent, et du platine. La vallée de Koubbo, que baigne le cours supérieur des eaux du Khiendouen, qui se jette dans l'Irawaddi, est le deuxième lieu de l'ancien monde et le troisième de toute la terre où l'on rencontre ce métal ( les deux autres sont l'Oural et la Nouvelle-Grenade). Il y a des mines de fer.
Si l'on considère que l'agriculture est chez les Birmans dans un état aussi arrière , l'on doit encore moins attendre de l'industrie pour la fabrication des étoffes. Entourés de tous côtés par des pays dont les habitants se font remarquer par leur application au travail; à 1 ouest par les Hindous, à Test par les Chinois , il est surprenant que les Maramà's soient aussi arriérés. Il n'existe guère de métier dans lequel les Birmans se soient élevés au-dessus de la plus humble médiocrité. La filature du coton est chez eux très-imparfaite : la
242 LTJN
filature de la soie y est à peu près dans l'enfance t à l'exception cependant des produits du Khiân ; on en peut dire autant de la teinture et de presque toutes les autres branches des arts industriels, la dorure exceptée. — Le commerce intérieur et extérieur est cependant considérable. Le commerce avec la Chine introduit à Birmah diverses marchandises chinoises, dont la soie écrue forme l'article le plus important, tandis que le principal article u exportation en Chine est le coton écru.
On a estimé la valeur des marchandises qui forment ce mouvement d'échange a un demi-million de piastres environ, ce qui pourrait bien être exact si l'on considère que Hamou ( ou Ithuumô ) , ville située aux frontières de la Chine sur les bords de l'Irawaddi, est visitée dans la saison pluvieuse p.ir cinq à six mille bateaux chinois venant de Yuunan, et que pendant la saison de sécheresse, de grandes caravanes se croisent dans les montagnes. Bamou est le centre du commerce chinois; c'est une ville de quatorze mille habitants, qui peuvent être considérés comme les plus civilises de tous les Marama's, ce qu'ils doivent à l'influence de leurs rapports avec les Chinois. Ils s'habilleut mieux que les autres Marama's, habitent des maisons spacieuses et commodes, ont un caractère très-doux, et paraissent doués de beaucoup d'intelligence. De Bhamô, ce commerce avec la Chine s'étend plus loin par deuxtoies ; l'une se dirige par l'Irawaddi vers Ava , et généralement à l'intérieur de l'empire; lautre passe par le nordouest, vers Munipour, Djintya, et autres petits Etats tributaires de 1 empire Indo- Britannique, et s'arrête au gouvernement du Bengale. Une grande voie navigable traverse le royaume d'Ava dans toute sa longueur du nord au sud ; c'est l'Irawaddi, qui forme l'artère du pays ; à son embouchure orientale se trouvent la ville et le port de Rangoun, ayant douze mille habitants. Rangoun jouit à peu près à elle seule du monopole du commerce maritime. Lp bois de teck est le plus considérable des articles d'exportation par mer. Itirinah reçoit en échange des articles d'origine européenne, mais particulièrement les marchandises provenant des manufactures et fabriques
anglaises et des Indes, l e commerce par terre, qui se fait à travers les montagnes, avec les provinces voisines britanniques n'est que de peu d'importance ; par contre, le commerce avec le riche voisinage de Siam, qui se fait par I^aos, est très-considérable. Dans cette direction se trouvent les villes de Seinni et Monay. Cette dernière , résidence d'un prince tributaire des Schans ou Thai, est située dans la partie de Laos appartenant à l'empire birman. Comparativement aux autres contrées de l'Inde postérieure, ce pavs est très-peuplé.
Dans un pourtour de douze milles carrés d'Allemagne ou compte, non compris ces deux grandes villes, les villes de Ingoung , Mungpei , et Mungnam , ava t chacune une population de vingtcinq mille habitants, Labong avec une population de quatorze mille habitants et plusieurs autres villes de moindre importance.
Le système despotique qui régit Annam et Siam est aussi celui qui a prévalu dans le Birmah ou Ava (comme on désigne souvent ce royaume d'après le nom de sa capitale). Chaque habitant est la propriété du souverain . qui en dispose librement sansque toutefois les corvées soient organisées d'une manière aussi régulière que dans les deux États précités de l'Inde ultérieure. Aussi la population birmane se divise-t-elle en sept classes. Les membres de la famille royale, les fonctionnaires, les prêtres, les négociants, les propriétaires fonciers et les paysans, les esclaves et les prolétaires. La classe des esclaves est trèsnombreuse, et se divise en esclaves temporaires et héréditaires. L'autorité est exercée au nom du roi par deux corps d'État supérieurs, un conseil intime et un conseil d'État, composés chacun de quatre membres. Ils nomment les conseillers intimes, atwen woun, et les conseillers d'État , woun-ghy ou wôngui; les gouverneurs de province, myo woun. Les princes héréditaires de la province de Schan de Laos portent le titre honorifique de saub wa ou schab ira. Ces gouverneurs dirigent toutes les branches de l'administration : l'administration de la justice, la levée des impôts, l'autorité militaire et civile. Leur système financier repose sur la violence
INDOCHINE
et la concussion, et chaque fonctionnaire s'efforce d'augmenter ses revenus aux dépens du souverain et des populations.
Il n'est pas question d'année régulière ; rn cas de nécessité, la population d'hommes en état de porter les armes se rassemble en masse , est armée d'épées, de lances et de quelques armes à feu et envoyée ainsi à l'ennemi afin de le culbuter, s'il se peut, comme le vent disperse les sables du rivage.
Parmi les Etats qui professent les mêmes principes religieux que le Birman, ce pays occupe le dernier échelon de l'organisation politique. Il est complètement isolé, sans alliés , sans appui d'aucune puissance influente, et environné d'ennemis. A l'ouest s'étend le vaste Empire Indo-Britannique, qui, de 1824 à 1826, punit sévèrement les Marama's des violences et vexations continuelles qu'ils exerçaient envers ses alliés, et réussit peut-être a les humilier dans leur fol orgueil. A l'est est l'Empire Chinois, gui, à plusieurs reprises, a fait des tentatives pour enlacer le Birman dans le cercle de ses États tributaires, et en dernier lieu de 1776 à 1780. Birmah est avec Siam dans un état d'hostilité permanent. Depuis la guerre de 1824 à 1826, les rapports entre le royaume Birman et le gouvernement Indo-Britannique se sont améliorés. Les Marama's ont appris à connaître la force matérielle et morale d'un peuple civilisé, et ils ont compris leur infériorité. Depuis cette époque le gouverneur général des Indes Anglaises entretient des relations diplomatiques peu actives avec la cour d'Ava, mais surveille attentivement les dispositions si changeantes de cette cour à demi barbare.
Ava et Jmarapoura sont deux villes rapprochées l'une de l'autre, situées sur la rive gauche de l'Irawaddi, et alternativement la résidence des rois de Birmah. Ces deux cités et la ville de Sagaing , située de l'antre côté du fleuve, ont, dit-on , avec les faubourgs, la population considérable de 354,000 habitants.
L'Empire Birman ne compte au total que trente-deux villes, qui toutes ressemblent plutôt à de grands villages qu'à des villes , à l'exception toutefois de celles habitées par les Schans en Laos. Outre celles que nous avons citées plus haut, les
suivantes méritent d'être mentionnées, savoir : Prome , avec 8,000 habitants; Montschabo, Bassein, 3,000 habitants; Martaban, 1 ,500. Cette dernière ville, située à l'embouchure du Saluen, vis- à-vis de la province anglaise voisine, se trouve presque entièrement dépeuplée par suite des nombreuses émigrations pour cette province qui ont eu lieu dans ces derniers temps : c est un fait significatif, dont la mention termine convenablement cette introduction sommaire à l'histoire de l'Empire Birman.