LE ROYAUME DE SIAM
Cet Etat est situé au centre de l'Indo- Chine. Il a une étendue de treize mille trois cent trente milles carrés d'Allemagne, et est borné, au nord, par la province chinoise de Yunnan, à Vouest, par l'Empire Birman et les provinces britanniques au delà du Gange, au sud, vers la presqu'île de Malacca , par les Etats Malais indépendants, ainsi que par le golfe de Siam, et à Vest par le royaume A\4nnam. Siam se compose du* pays de Siam proprement dit, d une partie du Kambodje, et des pays tributaires de Laos, ainsi que des principautés malaises, tributaires , de l.igor ( Lakon en langue siamoise, Lokuen en chinois), Patani, Kalantan (Ky liantan, en chinois ) , Tiïnyano et Kedda ou Quedda.
— L'État ne Siam proprement dit a une superficie d'environ six mille trois cent quatre vingts milles carrés allemands, la partie siamoise du Kambodje environ neuf cent trente milles carrés, et les États tributaires malais embrassent onze cent dix milles carrés; le Laos Siamois compte quatre mille neuf cent dix milles cari és : nous empruntons ces évaluations a Berghaus.
Le royaume de Siam paraît être plus peuplé que le Birmah, quoique très-inférieur, sous ce rapport, au royaume annamite. L'estimation la plus élerée de la population donne cimj millions d'habitants, dont un quart de million appartient à la race malaise, un demimillion aux populations chinoises établies ici , et un quart de million aux peuples sauvages habitant les montagnes à l'intérieur. Les quatre millions restant représentent le chiffre de la population
L'UNIVERS
siamoise y compris les Kambodjiens.
Les Siamois forment une branche de la grande race mongole. lisse nomment eux-mêmes Thai, ce qui veut dire affranchis, libres, et leur pays, nommé par eux Muon Thai, signifie royaume libre. Les peuples voisins, tels que les Chinois, les Birmans, les Malais et les Kambodjiens nomment les Thai,Siuan, Schan ou Tschiam ( en Portugais Sido ) , d'où dérive notre dénomination de Siam.
Les Thai ou Siamois forment le peuple dominant dans toute la contrée fluviale du Minant, et s'étendent fort loin jusque dans la province Yunnan, où ils sont soumis,souslenom de Lolo's, à la souveraineté immédiate de l'Empire Chinois.
Leur langue est, il est vrai, une langue distincte; mais elle comprend une grande quantité de mots des langues pâli, sanskri'e et chinoise; quoiqu'elle diffère essentiellement de la langue de leurs voisins à l'ouest, les Pegonans et les Birmans, elle ne lui en a pas moins emprunté plusieurs mots. — On peut la considérer comme une langue monosyllabique. C'est une langue écrite, possédant sa propre littérature, quoique fort pauvre; elle diffère en cela de la langue Annamite. Il existe trois dialectes principaux, celui de Siam proprement dit , dans là région du Ménam inférieur, celui de Laos dans les pays du Ménam central et supérieur et du Maikhong , jusqu'aux frontières de Tongkina, et le dialecte des Pape et Lolo's dans le ) unnan.
La langue et la littérature pâli sont pour Siam et Àoa ce qu'est la langue chinoi>e pour Annam. — C'est la langue prédominante pour toute l'Inde postérieure jusqu'aux frontières de Cochinchinc; c'est aussi la langue du culte de Bouddha et de sa littérature, qui a pris racine dans les pays au delà du Gange, par suite de l'introduction de cette religion. Les Siamois sont plus stricts observateurs des formes extérieures de leur culte que leurs voisins à l'est. Ils ont un nombreux clergé, qui se lait remarquer ça et là par une certaine science dans la sphère de ses attributions; ils possèdent des temples nombreux et bien ornés; niais, tout bien considéré, les Siamois sont aussi tièdes bouddhistes que les Annamites. — Outre les peuples ou tribus
déjà nommés, le royaume de Siam renferme encore les Kariang et Lowa {Laoua, Lao, habitants de Thai en Laos ), peuple sauvage et nomade aux frontières de Birman, dont ils envahissent le territoire; les Ka, peuple également sauvage, sur lequel les Siamois iont la chasse aux esclaves, et habitant les montagnes aux confins nord-est de Siam proprement dit ; les Tchong, formant une peuplade non moins sauvage dans la partie sud-est de Siam. Toutes ces peuplades diffèrent entièrement des Siamois, et même entre elles, tant sous le rapport physique que par le langage, et l'on ne peut encore savoir si elles appartiennent a la race mongole ou à la race caucasienne par alliance avec la race hindoue.
— Enfin, il reste encore a mentionner la race noire ou les Negritos, que I on appelle communément du nom malais Papouah, ce qui veut dire cheveux crépus. Un débris peu considérable de cette race vit, sous les noms de Samangs et Bilas, en peuple sauvage et clnsseur, dans les pays montagneux des districts malais , au sud du royaume de Siam.
— En dehors de ces peuples indigènes , parmi lesquels les Malais professent la religion mahométane et prennent une part importante dans les affaires publiques, il existe encore des Hindous appartenant au culte de Brahma et quelques milliers de descendants d'anciens colons portugais, qui ont conservé la langue de leurs pères, et professent le christianisme, qui à Siam a fait fort peu de progrès. L'Église catholique romaine entretient depuis cent quatrevingts ans des missions à Siam. — Les fidèles de cette Église sont au nombre de deux mille deux cent quarante pour tout le pays , parmi lesquels sont compris huit cents Annamites qui se sont établis ici depuis peu d'années. Il existe des communes eh retiennes {chrétien' netés, selon le langage des missionnaires) à Ayouthia, à Tschantabon (une dans chaque endroit ) et trois à Bangkok. Beaucoup de ces chrétiens sont, comme il a été dit plus haut, des descendants de Portugais qui vivaient avec des femmes indigènes, et quelques bouddhistes convertis. — ' Sous le rapport de la v ie sociale ils sont encore audessous des Siamois, et, dans toute la
ÎISDO-CIJLNE.
population de Bangkok, il n'y a pas de gens plus mal élevés. Les enfants ne reçoivent aucune instruction ; leur éducation morale ne fait aucun progrès, et leur instruction chrétienne est très-limitée; les habitudes industrieuses de la population chinoise leur sont inconnues; mais d'un autre côté ils sont trèsforts pour les niaiseries qui accompagnent ici les cérémonies religieuses , et sous ce rapport ils dépassent de beaucoup les bouddhistes; les processions avec étalage d'un grand luxe sont des choses indispensables lors des fêtes de l'Église romaine. Des missionnaires protestants , principalement des États-Unis de l'Amérique du Nord , se sont établis h Bangkok ; ils paraissent avoir été bien accueillis par le peuple et principalement par les Chinois.
Les Chinois établis à Siam ont relevé l'économie politique de cet État. Ce sont eux, en effet, qui ont fait revivre l'agriculture, dont les produits sont les mêmes qu'à Annam, l'exploitation des métaux précieux et du zinc (dans la presqu'île malaise) et l'industrie en général : tous les travaux sont sous l'influence de leur activité. Le Siamois, ainsi que Y Annamite, soumis aux corvées , est condamné par un gouvernement despotique (qui accorde cependant de grands privilèges aux Chinois et se sert même de leur appui comme fonctionnaires ), à un état d'abrutissement et d'ineptie. La situation du peuple de Laos paraît être meilleure, parce que, par suite de son éloignement, le despotisme siamois n'a pas exercé uue influence aussi grande sur son organisation , ce pays devant être considéré plutôt comme tributaire; une de ses parties, le Zemmai , peut même être regardée depuis quelque temps commeindépeudante de l'F)mpire Siamois. — Malgré toutes les entraves auxquelles il est sujet, le commerce intérieur et extérieur est trèsimportant; mais ici encore les Chinois jouent le principal rôle ; le commerce par terre et par mer est entre leurs mains. Les Siamois, par suite de leurs institutions politiques, ne prennent presque aucune part au commerce maritime, si ce n est cependant le cabotage, qui se fait principalement par un grand nombre de mariniers siamois.
Bangkok est le seul port du pays pour le commerce extérieur; il est aussi le. plus important des ports, dans J"s eaux de l'Inde postérieure, qui sont en rapports directs avec les ports de la Chine méridionale, particulièrement avec ceux à l'est de Canton , avec la Cochinchine, avec les pays malais de la presqu'île et de l'archipel, avec Manille et Singapore, et même avec Batavia. Des navires chinois, c'est-à-dire des navires navigant sous pavillon chinois, prennent part à ce commerce. Il n'est pas rare de voir à Bangkok des navires européens navigant sous pavillon anglais, hollandais, espagnol et portugais et venant des possessions de ces puissances dans l'Inde, quoique les affaires soient difficiles, à cause du système de monopole adopté par le roi de Siam, comme par tant d'autres petits souverains de l'extrême Orient qui se sont faits négociants. Le commerce intérieur est facilité par le fleuve M ena m et ses branches. Cependant , là où les marchandises ne peuvent se transporter par eau , on emploie comme bêtes de somme, dans les provinces méridionales, l'éléphant, et dans le nord, à Laos, le cheval et la mule. Ces deux derniers animaux servent au commerce qui se fait avec la province de Yunnan, avec Birmah et les provinces britanniques au delà du Gange, et avec Maulmein, a l'embouchure du Saluen. Ce commerce, fort considérable, a, dans ces derniers temps, ouvert la route aux produits des manufactures anglaises vers les provinces sud-ouest de la Chine.
La forme de gouvernement est la même à Siam qu'a Annam ; mais le système despotique y domine encore plus , s'il est possible; à Siam tout le monde est esclave, sans distinction de classe; chacun est avec son bien et sa personne la propriété de l'autocrate , qui prend le titre deKong-Louang, ce qui veut dire potentat, tout-puissant, infaillible, et
2 ni en effet est considéré comme un tre supérieur. Le Siam proprement dit est, ainsi que le Kambodje, sous la dépendance immédiate du roi, qui y exerce son pouvoir par l'entremise de ses ministres ou phrias , et dans les provinces par des tschao mouang'x, ou vice-rois. Il change ces fonctionnaires à volonté. A Laos, divisé en quatre pro-