LE ROYAUME D'AN NAM OU COCNIN
Ce pays, composé des États de Longking, Cochinchine , d'une partie de l'ancien royaume de Kambodje, ainsi
Sue des deux petits États montagneux e Tschampa ou Tsiampa, et de Moi , s'étend le long de la côte orientale de la presqu'île de l'Inde postérieure, et a une superficie de neuf mille sept cent milles carrés allemands. Il est borné au nord par la Chine, à V ouest par Siam, et est baigné des deux autres côtés par la mer de Chine.
Les données relatives à Fa population sont tres-vagues. On peut toutefois tenir pour certain que la partie septentrionale, ou vice-royauté de Tongking, est tres-peuplée , tandis qu'au contraire la population est peu considérable dans la partie du centre, ou Cochinchine, et dans la partie du sud , ou vice-royauté de Kambodje. Selon certains observateurs, le Tongking aurait, pour sa superficie de trois nulle trois cents milles carres d'Allemagne, dix-huit millions d'habitants; la Cochinchine , pour deux mille six cent quarante milles carrés, un million et demi ; et Aamboifje, pour deux mille neuf cent milles carres, n'aurait qu'un million Une évaluation approximative de la population de tout (empire la porte à onze millions. Crawfurrf, dont Ilitter partage l'opinion, ne l'évalue pas à plus de cinq millions deux cent mille. — Peut être se rapproche-t-il, en effet, de la vérité, car il est peu probable que sous une administration tvrannique et spoliatrice ta population prenne un développement normal. Les Annamites sont les habitants de Sgan-nan ; nom chinois du Tongking et de la Cochin~ chine ; ce dernier nom est inconnu dans le pa\ s ; il dérive de la dénomination chinoise de Kne tscheng-fsching , ce qui signifie royaume de TschenTsching, c'està-dire Tschampa , et a été change par les Portugais, les premiers explorateurs de l'Inde, en Cochinchine. Toutefois le nom chinois de la Cochinchine est Kuang nan. Les Tongkinois et les Of> chinchinois forment un peuple uni par une même langue et appartenant à la race mongole. Leur langue est monosvlloblque, et n beaucoup de rapports avec
les dialectes chinois : aussi a-t-olle pris rang, au moyen des caractères chinois, au nombre des langues écrites; cependant sa littérature est nulle. Les Annamiles puisent leur instruction dans des livres chinois; ce royaume est placé sous ce rapport dans les mêmes conditions qu'une province chinoise. Les Kambodjiens, nommés par les Chinois au treizième siècle Kan phon tsche, et par les Chinois actuels Tungpu Tschai, par les Annamites Kaomen, et par eux-mêmes Kammer, paraissent former une branche de la famille Annamite, et leur langue ne semble s'écarter de la langue annamite que par une différence de dialecte. Outre ces deux nations principales de Cochinchine , on distingue les Loi, habitant l'Etat jadis indépendant de Tschàmpa. Ils parlent leur langue particulière, mais ils n'ont pas encore été étudiés sous le rapport ethnographique ; il en est de même de r£tat de Moi, le quatrième peuple primitif d'. in nain, dont on ne connaît que le nom. Les étrangers établis a Annam comme colons sont les Chinois , les Malais et les Européens* Les premiers sont les plus nombreux; toutefois les Européens, qui des le seizième siècle se sont introduits a Annam comme missionnaires de l'Église catholique romaine n'ont pas laissé que d'avoir quelque influence sur les rapports politiques du royaume, influence exercée alternativement par les Français, les Espagnols et les Portugais. Leur propagande a eu pour résultat que le nombre des chrétiens annamites pouvait être évalué il y a quelque années à plus d'un demimillion (l); ils vivent entourés du mépris de leurs compatriotes. Quant a la forme, les Annamites sont Bouddhistes i mais, quant au fond, ils n'ont aucune religion; ils n'ont que peu ou pas de prêtres ou de catéchistes; chacun vit au jour le jour, sans se préoccuper du salut de 1 âme ; sans les idoles de Bouddha, qui sont répandues dans le pays, on ne pourrait supposer que le bouddhisme , qui probablement leur est venu de Chine, ait eu accès parmi eux. La
(i) Les rapports de* missionnaires en 1844 portaient le nombre des chrétiens dans 1" Empira Amramite à près d'un million.
petite colonie malaise établie sur la côte de Kambodje professe la religion mahométnne. Les Loi , dont l'idiome diffère essentiellement de celui des Annamites, paraissent être plus striets observateurs du culte de Bouddha.
Quoique l'agriculture n'ait pas atteint en Cochiuchine le degré de perfection où elle est portée en Chine , on ne peut contester que les Annamites n'aient fait de grands progrès dans les travaux agricoles et industriels, et ne surpassent de beaucoup à cet égard tous les peuples de l'Inde postérieure et les peuples indépendants de l'Archipel.
Le riz, principal produit alimentaire, est cultivé avec beaucoup de soins depuis les plaines de Tongking et Kamoodje jusqu'au sommet des montagnes de Cochinchine. On s'occupe aussi avec zèle de la culture des cocotiers, desa/e- A fers, des bananiers. La canne à sucre est très-répandue , et la fabrication du sucre occupe un grand nombre de bras ; mais elle ne produit pas de résultats bien importants , parce que les procédés d'extraction et de cuisson v sont encore trèsimparfaits. Le cannellier est cultivé en Cochinchine et dans le Kambodje ainsi que le thé et le poivrier. On cultive le coton dans tout le royaume. — Kambodje est renommé pouf ses magnifiques forêts, qui produisent le plus beau bois de charpente et une quantité d'autres bois utiles ou précieux. On distingue particulièrement le bois é'aiule, espèce d'aloès (aquitlaria agultocha, Roxb. ),qui, a cause de son parfum, constitue un des principaux objets de commerce; on l'exporte jusqu'à la Mecque et dans des parties encore plus reculées de l'Asie orientale. L'élève des vers à soie constitue l'une des industries les plus répandues, et forme, avec le tissage de la soie, l'art b* plus perfectionné, quoique la matière brute pu fabriquée ne puisse encore atteindre la perfection des produits chinois. Le buffle est le plus précieux des animaux domestiques, principalement a Kambodje et dans les provinces méridionales de Cochinchine :
dans le nord il s'abâtardit; c'est la véritable bête de labour avec le bœuf; le cheval a Annam est petit et sans vigueur; l'éléphant est en général la bête de somme. La volaille et les oiseaux de
L'UNIVERS
basse-cour sont très-répandus et trèsbeaux; nulle part on ne trouve d'aussi belles poules ( la poule ordinaire et le faisan ) qu'en Cochinchine : ou les recherche surtout pour les combats de coqs, qui forment un des principaux amusements des Annamites et des Chinois. La chasse est abondante et la pèche a une grande importance. — Outre le tissage de la soie, les manufactures de coton, toutefois sans application de couleurs, forment la principale industrie. Les marchandises vernies ( laquées? ) de Tongking sont de qualité supérieure. — A l'exception de la fonte des canons , introduite par des Français , la fabrication d'objets en métal n'à pas été poussée fort loin. — On exploite quelques mines d'or et d'argent dans les provinces septentrionales. — Il y a aussi des mines de fer et quelque peu d'étain. — Dans l'empire d'Annam , comme dans les autres États de l'Indo- Chine , ces exploitations sont entre les mains des Chinois. — Tout bien considéré, l'industrie est moins avancée que l'agriculture. Les lois défendent aux Annamites de sortir du royaume.
C'est pourquoi leur commerce se borne à l'intérieur; et ce n'est que dans des cas particuliers, et avec une autorisation spéciale du gouvernement, qu'ils se livrent au commerce extérieur, oui est aujourd'hui entièrement entre les mains des Chinois, et qui se fait tant avec la Chine, qu'avec Siam, les possessions britanniques , les détroit de Malacca , Singapore, et les Indes néerlandaises.
Le cabotage intérieur est très-important, et se fait par les Annamites, qui se montrent bons et habiles matelots. Les principales places de commerce sont Aeschoen Tongking; Hué, Faifo, Quinhone, Fu-jen, fa-Thrang , en Cochinchine ; Sai-Goun et Kangkao en A'ambodje. Les nations chrétiennes ne prennent part que de temps à autre au commerce direct avec Annam; ce sont les vaisseaux hollandais, français, anglais et anglo-américains qui apparaissent de temps en temps dans les ports de Cochinchine.
La forme de gouvernement du royaume d'Annam est celle d'une monarchie «ibsolue , despotique et même tyrannique, où tout dépend du bon plaisir du hoangti, c'est-à-dire autocrate, dont les
volontés ne fléchissent que devant les anciens usages et la crainte d'une révolte possible. Il y a deux castes, la caste des mandarins, qui , comme en Chine, compose la noblesse fonctionnaire et se divise en dix classes, et la caste du peuple. Le maintien des charges de mandarins dans les familles dépend de l'accroissement de revenu que l'on procure à l'État ou plutôt au prince qui représente l'État. Tout individu âgé de seize à soixante ans doit un service personnel à l'État; cette obligation ne se borne pas seulement au service militaire, mais s étend à tous les travaux publics, les routes, les ponts, les canaux et le service maritime, ainsi que le service des mandarins, etc., et forme par conséquent une corvée de la pire espèce. Le souverain se sert pour faire exécuter ses volontés d'un ministère composé de six membres. Dans chacune des provinces qui forment les subdivisions de l'empire ( Tongking, quinze ; Cochinchine, sept ; Kambodje , six ) il v a un mandarin militaire, placé à la téte de l'administration, qui partage ses pouvoirs avec deux mandarins civils. Chaque province est divisée à son tour en trois hou-jen, ou cercles, et chacun de ces hou-jen en quatre fou, ou districts. Les administrateurs des villages sont choisis par les hal.itants. Les lois sont les mêmes qu'en Chine; mais elles sont appliquées f>lus mal et avec plus de partialité, et le bambou y joue le principal rôle pour le jeune homme comme pour le vieillard , pour le plus humble sujet comme pour le premier ministre: personne n'est à l'abri de la bastonnade. Un peuple d'esclaves châtié de cette manière ne doit être classé que parmi les peuples à moitié civilisés. Cependant les Annamites sont assez bons soldats, et se distinguent en cela d'une manière très-avantageuse des lâches Chinois. L'armée, organisée dans l'origine à l'européenne par des Français , s'élève , dit-ou , a cinquante mille' Hommes; la marine est assez importante; elle consiste en quelques corvettes , de petites chaloupes canonnières au nombre d'environ deux cents , et plusieurs centaines de bateaux à rames. On a pourvu à la défense du pays par des forts construits à l'européenne. Outre les services personnels
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dont VJnnamite est passible envers encore très-imparfaitement connues, et
l'Ktat, il est encore soumis à une contri- toute la zone montagneuse oui sert de
bution en argent, aux impôts sur les per- transition du massif central de l'Asie
sonnes et les terres, aux droitsdedouane, aux chaînes méridiennes et au domaine
aux impôts extraordinaires ; cependant moyen des grands fleuves parallèles de
ces impôts sont modérés. Le droit mi- cette partie de l'extrême orient , est à
nime qui est imposé aux navires chinois peu près inexplorée (!). s'étend aussi aux bâtiments chrétiens.
La capitale de l'empire est Hué en (i) En suivant la direction donnée par la
Cochinchine, avec une population de haute chaîne de montagne* qui forme le bord
trente mille habitants. Les autres villes »ud du massif de l'Himalaya, et si noua consi-
nrincipales de cette partie du pays sont ie~nsJce,i"ha,"e °?mT U UTe na,,'re,,e
Nathrang, Fal-fo, I/an-san ou Tiiron. l'Indo-Cbine d., cote du nord, nous trou-
l L„ JLl u /.aniial* Hn Tnnnkhm fit vons sous le même parallèle, aux extrémités
Aescho es la capitale ^onakmg, et k ^ ^
Pingeh celle de hambodje ; la Prm£l" viaux du Braï.mapouUra dar« l'Iude anglaise
pale place de commerce dans ce dernier et du . en chine si dans
gouvernement est Saigoun, ayant une but d» préciser ,a iongueur de la base que
population de cent quatre-vingt mille nous venon$ d'indiquer, on adopte comme
habitants, située tout près de Pingeh. — points extrêmes l'embouchure commuue du
Panompeng , ci-devant capitale de l'an- Brabmapoutlra et du Gange ( la Megna ), et
Cl'en royaume de Kambodje , est située celle du fleuve limite, beaucoup plus petit, le
assez loin de ces deux villes, dans le Ngan nan Kiang, qui sépare leTongkingde
nord-ouest , sur le Maikông, et compte la Chine, la distance directe de ces deux em-
treute mille habitants. bouchures, de l'est à l'ouest, cest-à-dire un
■ arc de dix-huit degrés de longitude environ
NOUS nous sommes attaché, dans cette ( ou de a3o milles ou lieues géographiques
introduction, à résumer les principaux d'Allemagne, 170 mynameires ) ^marquera
faits géographiques et ethnographi- £ plus gran de largeur de »Inf^hin^ "7
ques propïes à donner une idée exacte plus ,0,n' 7ers \*f\ ^£^JZn
1 v v , , .. „ . „ x nue: sous le para de du golfe de Martauau
Je ce que les relations les p us récentes » f d é de fa(Uude t )
nous ont appris sur leta actuel de ^ ^ ,u £ ,.ouçs| 4 ^ * do
llndo-Chine. — Les difficultés que tout ^ trenl* t myriamètres environ; au
criliqueconsciencieux rencontre daus un parane|e du go|fe deSiam { 14° latitude sept 4
travail de ce genre s'augmentent ici de e|Je p|us que de cent dix-neuf royri
la multiplicité et de la diversité des té- mètres. De là elle se resserre tout à coup,
moignages. — Les documents qu'il ci arrive à des dimensions trè>-minimes dans
faut consulter et comparer , lors même la presqu'île Malaise ( qui , daus une direction
qu'ils se rapportent au même état , em- oblique au méridien, occupe une étendue
brassent des localités très- imparfaite- en longueur de plus de a 00 milles géogra-
ment connues et des peuplades que la phiques ) ; car celte presqu'île ne conserve
Conquête a placées dans la dépendance qu'une largeur moyenne d'environ vingt-cinq
plus OU moins ancienne , plus OU moins nulles géographiques , bien qu elle se resserre
complète, du peuple principal qui donne encore (sous le neuvième degré de lat.tude
ÏCfirty P'pçt nui fait ^pt., à Ligor et au delroit de Krah) jus-
son nom a Etat - C est ce qui lait p » mi?limuin de dix milles géographique, selon I expression de Ritter, les J maximura dc « larçeur croissante, pays de I Inde postérieure vous appa- ;ers Vexlrèmilé sud, dans la direction de raissent comme une mosaïque, a cou- Malacca ^ estj sous ,e 4- degré 5o- de lati- Jeurs variées , due aux travaux de plu- tude ^p^ni., de quarante-trois milles géosieurs Siècles et dont plusieurs parties graphiques. La longueur totale de la grande Ont été laissées dans l'ombre. — Ce- presqu'île Indo-Chinoise, depuis le pied de pendatlt les travaux des vingt OU vingt- £ chaîne des montagnes Neigeuses, eutrc les cinq dernières années ont beaucoup monts Langtam et Talifou , jusqu'à la pointe éclairci certains points de la géogra- méridionale de Singapore, est de plus de phie et de l'histoire de l'Indo-Chine, sur- quatre ceuts milles géographiques ( ao6 mytOUt en ce qui touche aux contrées mari- riamèlres ). On peut concevoir, d'après ces times. — Les provinces intérieures sont données, que l'ensemble de ces demembre-
L'UNIVERS
Il résulte de cotte pénurie de renseignements précis et de données scientifiques, que nous ne pouvions prétendre à donner une description générale de l'Inde postérieure qui fit connaître l'ensemble organique de cette région et permît de lui assigner nettement sa place d'après son importance géologique, comme aussi d'indiquer clairement le rôle qu'elle a jour dans le passé et celui qui lui est destiné dans l'avenir de l'humanité. Nous ne pouvons, par les mêmes motifs, promettre à nos lecteurs une description complète de l'une quelconque des grandes divisions que nous avons signalées. — Nous nous •f forcerons toutefois, en mettant a contribution les relations des voyageurs anciens et modernes, en nous appuyant de tous les documents que la guerre ou la diplomatie ont fait entrer dans le domaine de la publicité, de donner une idée exacte de la constitution physique et de l'état intellectuel de chanuepays, de ses ressources naturelles et de son industrie, de son gouvernement ; enfin du caractère des habitants , de leurs mœurs et de leurs coutumes.
BIKMAH.