OROGRAPHIE ET HYDROGRAPHIE
Des trois principales divisions que la nature aussi bien que la politique semblent avoir formées dans fa vaste région
nients du continent asiatique qui constifnent riodo-Cbîne ne le min pas en étendue superficielle ( comme l'établissent Berghaus et Kilter ) à tout le pars de montagnes de l'Europe, depuis l'angle nord-ouest de la mer Adriatique et l'angle sud-ouest du golfe Baltique, à l'embouchure de la Trirve , jusqu'à la jiointe sud-ouest du Portugal. Selon les calculs faits sur la carie de Berghaus (*»), la superficie de l'Inde postérieure est de plus de quarante mille lieues géographiques carrées (4o,3aa] ; et en déduisant la fatigue de terre ma .ue, d'environ quatre mille lieues carrées, il resterait encore pour le continent d'Indo- Chine une surface de Irente-sU mille lieues géogiaphiqnes carrées, ou l'étendue de l'Espagne , de la France, de l'Allemagne et de l'Iialie, et si l'on comprend la presqu'ile malaise dans le calcul , on obtiendra en sus l'étendue de la f.rande- Bretagne.
• 'a; It. Hrruhans, Mt'moit'f çttortiph.ft hydrograthimeiur ta carte de finie JlWtfrkaff, p, m
qu'arrosent llrrawaddy, le Mai-Nam et le Mai-Kong, celle que la guerre, le corn merci1 et les explorations isolées ont contribué a faire le mieux connaître, dans ces derniers temps, est l'Empire Birman.
Nous avons indiqué dans l'Introduction les limites de cet Etat, son étendue, les principaux traits de sa topographie, etc. Nous devons, en revenant spécialement sur ce sujet , entrer dans quelques détails que nous suggère la savante carte de Berghat/s , que nous avons en ce moment sous les yeux, et le résumé que Ritter a tracé, avec sa supériorité accoutumée, de toutes les recherches et observations de quelque valeur antérieures a 183-1.
La cartede Berghaus, immense travail où'cet émiuent géographe a cherché à résumer non-seulement les observations les plus exactes, mais encore les indications fournies par les indigènes aussi bien que par les voyageurs les plus intelligents, doit être considérée comme conjecturale dans plusieurs cfe ses parties. Néanmoins, les traits principaux du relief du pays et des systèmes fluviaux qui s'y rattachent y sont tracés avec assez de certitude potir qn'on puisse les étudier avec fruit. Ce qui doit frapper l'observateur le plus superficiel au premier coup d'œil jeté sur 1 ensemble des contrées indo-chinoises, c'est l'étrangeté grandiose du contour qui les termine du côté de l'Océan et le parallélisme sensible des grandes chaînes de montagnes comme aussi celui des cours rfeau gigantesques qui les sillonnent. Il est bien difficile, pour le dire en passant, de se refuser a l'idée que ce phénomène géologique est le résultat d'un immense soulèvement lié au gonflement primordial de la masse centrale du plateau de la haute Asie.
Quatre des golfes de la mer des ïndes , qui s'enfoncent profondément dans fe continent du sud au nord, savoir : le golfe de Tong-Ktng, la baie de Siam , le golfe de Martaban et celui de Bengale, isolent en partie l'Inde postérieure du continent, et la partagent du erîté de la mer en ses trois grandes parties principales; tandis que du côte du continent ils font ressortir les vallées et les systèmes fluviaux grands et petits qui y aboutissent du nord au sud. Le développement de
uigiiiz
INDO-CHINK.
côtes qui résulte de cette irruption de golfes n est pas, selon Berghaus, de moins de quatorze cent soixante-sept milles ou lieues géographiques d'Allemagne de quinze au degré. La ligne de cotes la plus courte ( de 540 milles géog. environ ) forme les limites de la baie de Bengale,
3ui pénètre par le golfe de Martaban ans la côte ouest de la presqu'île ; la plus longue, d'au moins neuf cent milles, entoure le mer de Clunedepuis le cap Romania jusqu'aux frontières de la Chine.
La côte sud de la presqu'île de Ma* lacca, vers le détroit de Malacca, occupe a peine vingt milles géog. — Parmi les trois golfes qui s'enfoncent dans la forme de la presqu'île indo-chinoise, celui de Toug-King occupe dans la vaste courbure de ses côtes une ligne de cent soixante-trois millesgéog. (ducapTuron jusqu'à l'embouchure du Ngan-nan- Kiang) ; le grand golfe ou baie de Siam , moins ouvert, mais beaucoup plus profond, offre un développement de trois cents lieues geog. ( du cap Pantaui sur la langue de terre de Malacca au sudouest jusqu'au promontoire de Kambodje au nord-ouest), tatulisque le golfe occidental de Martaban , le plus petit des trois et se terminant en un angle plus aigu , n'occupe pas tout à fait cent lieues de côtes, du cap IS'egrais par delà les embouchures de Plrrawaddi jusqu'à l'embouchure du fleuve Setang, dans l'angle le plus avancé du golfe, et de là jusqu'à l'embouchure du fleuve Saiuaen.
Le golfe de Martaban, bien que le plus petit des trois, nous paraît le plus i m portant au point de vue hydrographique, car deux grands fleuves ( dont l'un , i lrrawaddi, est certainement l'un «les cours d'eau les plus gigantesque du iilobc , si , comme on le suppose , sa branche principale a sa source au Tibet), et un troisième, considérable par le volume de son cours inférieur {Setang ou Zittung)% lui apportent le tribut de leurs eaux. Le bassin dans lequel se développe ce système fluvial avec une exubérance si remarquable est formé par deux grandes chaînes de montagnes que nous avons dej a indiquées, mais dont nous devons dire eucore quelques mots.
»• L'une, la chaîne de montagnes côtières d'Arrakan, est la première des grandes ebalnt* meridlennea qui caractérisent
rindo-Chine. Si nous la suivons a partir du cap ftegrais , nous la vovons se diriger vers le nord en plusieurs lignes parallèles, qui descendent jusqu'à la mer du côte de l'ourst, et, tombant ensuite dans la vallée du fleuve d'Arrakan, elle va se joindre aux haines terres de Manipour et flora (1). Elle est plus exactement connue depuis qu'elle a été plusieurs fois traversée pendant fa dernière expédition des Anglais contre les Birmans. Le fleuve d'Arrakan , Koladyng, le premier des fleuves parallèles de Pwdo-Chine, est un des moins longs; cependant il n'est pas sans importance : il a sa source dans la partie sud du haut pays de Manipour, et sépare plus loin, au nord-ouest , le pays coupé de Tchittagong, qui occupe le bas du pays montagneux au fond du golfe de Bengale, à Test des bouches du Gauge, et va s'appuyer aux montagnes les plus orientales de Garrou,du pays élevéau sud d'Assam, où régnent (au nord-ouest del'Kmpire Birman; beaucoup de petits princes et chefs qui, depuis la dernière »uerre, se sont rangés sous fa protection des Anglais.
Le groupe nord-ouest «lu haut pays se lie avec plusieurs provinces montagneuses pour former un large plateau que le fleuve Brahmapoutra entame d'abord à l'ouest, et, depui* Goalpara, au sud-ouest, pour atteindre enlin la direction normale du fleuve voisin, qu'il conserve (sur une courte longueur, il est vrai) jusqu'à son embouchure danà le golfe de Bengale.
La chaîne de montagnes qui trace la démarcation entre le Saiuaen et I7rrawaddi, ou chaîne de montagnes d'A va,
(t) Il est digne de remarque que If* deux systèmes méridiens et opposés qui bordent le golfe de Bengale sonl acc< un pannes symétrique* ment, vers leur extrémité et a leur pente sousmarine occidentale, de traînées d'innombrable» îles on ilôts dirigés nord et sud. Ainsi, a l'ouest de la chaîne des Ghàtes, les îles Laqurdives, Maldives et Chagos; dans le prolongement de la chaîne des monts d'Arrakan, les Preparis, les Andaman et les Nikobars, sont les manifestations de rides parallèles, de longues crevasses sur lesquelles ont surgi, au fond de l'Océan, des roches ignées et volcaniques, dont les sommets, dans la suite des siècles, se sont couverts de coraux (/»).
(a) Voir sur rorojrraphtf de l'Asie, d'Archtac, MU toir$ duproorudt tawlooU: P«rH, IMV, In-»--
qui sépare aussi les peuples moins connus du Schanwa à l'est, des Mranmà's , {Drainas, Barmas) ou Birmans, n l'ouest, et du Pégou vers le sud-ouest , est la seconde des grandes chaînes qui sillonnent lindo-Chine du nord au sud. C'est elle qui s'élève, au nord-ouest d'Ava, capitale du pays, de 1,300 à 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui fut vue dans la dernière mission an-
Îjlaise, sous J. Crawfurd , en 1826, par e célèbre botaniste Wallich ( 1 ) , dans une expédition très-instructive mais trop courte , entreprise dans un but d'exploration scientifique. Nous n'avons que des conjectures sur le reste du pays , vers le nord , jusqu'à la jonction avec la chaîne de montagnes neigeuses au nord de Teng-yuc-tschu. Si l'embranchement nord se continue sur la rive occidentaledu grand fleuve Irrawaddi (selon Berghaus et Klaproth), alors la courbure occidentale de I Irrawaddy devrait , audessus de Bhanmo ( ou Bhamô ), couper d'abord cette chaîne méridienne par une violente rupture transversale , pour entrer bien avant dans la province d'Ava. Nous ne savons pas que jusqu'ici on ait rien appris de positif sur l'existence d'une pareille vallée transversale. Nous ne pouvons également que former des conjectures sur la continuation de cette chaîne de montagnes-limites au sud de la capitale du pays , A va, jusqu'à l'angle le plus enfoncé du golfe de Martaban.
Les anciennes cartes faisaient passer un
Srétendu fleuve Pégou à travers le milieu e cette chaîne ; il paraît cependant que sous le vingtième degré de latitude septentrionale elle présenterait un encaissement d'où , comme point de partage, sortiraient : au nord, un cours d'eau qui se dirige vers Ava et que Crawfurd appelle Pan-laung; au sud-est, la Yungzalaen ( Mohia de Crawfurd , Mobraeh de Berghaus), qui court se joindre au Saluaen; au sud-ouest, enfin, la source
Sri nci pale du fleuve parallèle voisin, le étang , qui reçoit aussi dans son cours supérieur le nom de Pan-laung, et se jette dans l'angle le plus enfoncé du
ji) Excursion du docteur Wallich , JoureTune ambassade à la cour d'Ava , de J. Crawfurd; Londres, i3ag, pages 367 1
golfe de Martaban. Selon la carte de Crawfurd , ce serait à ce point de partage que se trouverait le lac des montagnes, Gnaunrue, que la carte de l'Inde postérieure de Berghaus ne donne quhypothétiquement et qui figure parmi un grand nombre de figures anastomoses, hypothétiques, du pays des Birmans, qui ne nous sont connues que par les récits des indigènes. Il est certain toutefois que cette chaîne de montagnes-limites s étend au sud, jusqu'aux côtes de la mer, sur la rive orientale de l'embouchure du fleuve Setang, puisque, selon Fr. Hamilton , du temple Schue modo, dans la capitale de Pégou, on en découvre dans la direction de l'est , les sommets1 élevés que l'on appelle dans le pays la chaîne de montagnes de Zingi ou Zingai. Le grand fleuve d'Ava, l'Irrawaddi, ce puissant fleuve des Birmans, le second des remarquables fleuves parallèles,mais (dans ses formes colossales) le premier des quatre grands fleuves de Plndo-Chine , occupe à peu près dans son cours inférieur le centre de ce rirhe bassin dont nous venons de préciser les limites. Le système fluvial de l'Irrawaddi est, sans contredit, le plus remarquable de la presqu'île Indo- Chinoise, au point de vue historique comme sous le rapport géologique. Il est le plus exactement explore, ayant été étudié dans son cours inférieur et moyen par l'expédition anglaise dans la mémorable campagne contre les Birmans. Une partie de son cours supérieur est, dit-on, assez clairement tracée jusqu'à une source*, mais une branche orientale, s'il faut en croire les géographes chinois , s'enfonce dans le nord, et se tournant ensuite vers l'ouest pénètre dans le Tibet, qu'elle traverse en entier.
Sur le domaine moyen de ce roi des fleuves de l'Indo-Chiiie se trouvent les plaines cultivées et assez bien connues des capitales Ava et Amarapoura; à son cours inférieur, compliqué d'innombrables embranchements et anastomoses, sont les bas-fonds du delta. Mais à ceuxci se joint, du côté de Test, un pays à gradins montagneux, qui remplit le" territoire entre Ava et Pégou de ses surfaces nombreuses et accidentées , s'ap-
fujyantà l'est à la chaîne de montagnes imites d'Ava , autour de la source du
Serons, et tombant à l'ouest, aux euvtrons de l'ancienne capitale du Pégou, dans les bas-fonds de I Irrawaddy ; c'est la contrée que Ritter désigne sous le nom de bas-plateau du Pénou et que Berghaus appelle bas-plateau d' Ava. C'est par là et par la côte d'Arrakan que les Européens ont pénétré chez ces peuples semi-barbares, et leurs premiers établissements ont servi de point d'appui moins encore, comme nous le verrons bientôt, aux entreprises commerciales, qu'aux intrigues politiques et aux luttes sanglantes qui ont désolé ces contrées.