‹ Japon, Indo-ChineChapitre 46 sur 101 · ND · texte numérisé non relu

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désigné par la plupart des auteurs sous les noms de Aandojl-praw ou Mendoji-praw ( Noung-dau-gye : grand frère aîné), trouva un rival dans son plus jeune frère, Shembuam ( ou Sambuen), qui, étant avec l'armée au moment du décès de son père, non seulement essaya d'obtenir l'appui des soldats, mais alla jusqu'à déclarer par une proclamation qu'il avait été désigné comme héritier de la couronne par le monarque décédé. Co nvaincu bientôt, cependant, qu'il était hors d'état de soutenir ces prétentions, il sollicita une amnistie que son frère eut la magnanimité d'accorder. Celui-ci rencontra un compétiteur

«lus dangereux, dans la personne de leinla-Radjah , général qui avait joui d'une grande influence sous le dernier roi, et qui non-seulement s'empara de Tonghoo, la plus forte place du pavs d'Ava , mais réussit même à se mettre ên possession du vieux A va, l'ancienne capitale. La promptitude de ses premiers mouvements fut telle qu'il fut sur le point de se rendre maître de la personne «fAnando-Prâ. — Ce prince avait fixé ton séjour habituel à Montchabou, résidence favorite et capitale élue de son père Alom-Prâ. Il fit de nouvelles levées pour s'opposer aux rebelles; mais il plaçait son principal espoir dans la jonction de ses recrues inexpérimentées avec les vieilles bandes que son père avait conduites devant Siam, et dont il pressait le retour. La saison favorisait ce grand dessein , car la fonte des neiges dans les montagnes du Tibet, en alimentant tout le système fluvial de l'Irawaddy, augmente considérablement la force et la rapidité du courant, et même dans les mois de juin, juillet et août, la navigation de l'Irawaddy serait impraticable si elle ne trouvait dans la mousson du nord-ouest , gui règne à cette époque de Tannée, un si puissant auxiliaire, qu'aidés de cette mousson les bateaux birmans accomplissent leur trajet en amont d'une manière plus sûre et plus prompte

S j'en aucun autre temps. La distance de capitale actuelle de Rirmah a Rangoon, par la rivière, est d'environ cinq cents milles, que la flotte franchit en se tenant soigneusement au milieu du chenal, sous toutes voiles, en sorte que, quoique si loin de la mer, la noble lar-

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geur du lit du fleuve, aidée de l'inondation, plaça les forces royales hors de la portée de toute attaque en passant devant les murs d'Ava, qu elles dépassèrent pour faire leur jonction avec le roi ; cette réunion de forces le mit à même de réduire la ville après une défense obstinée, et d'exterminer 1rs rebelles.

Deux autres révoltes sans importance occupèrent l'attention de Namdojee- Pra" pendant son court règne de trois ans. Un seul événement mérite d'être rapporté. Les Anglais et les Birmans

fjarurent oublier. d'un commun accord es circonstances relatives à l'expulsion des Anglais de leur factorerie de Négrais , et il leur fut concédé autant de terrain qu'il pouvait leur convenir d'en occuper à Persaim (1). — Namdojee-

(r) Lorsque les Pégouans avaient été chassés de Rangoon par Alom-Prà , les Anglais et les Français s'étaient retirés avec eux dans Syriain. — Le* Anglais ne tardèrent pas à évacuer la place et à se soustraire pour un temps à la vengeance d'Alom-Prà , qui tomba cette fois tout entière sur les Français lors, qu'il se fut emparé de Syriam. — Nos malheureux compatriotes, placés depuis longtemps, par la faute de leurs chefs , dans une position qui 1rs rendait, il faut l'avouer, justement suspects aux deux partis, furent convaincus d'avoir, eu dernier lieu, servi la cause des Pégouans, et massacrés par ordre d'Alom-Pri; mais, vers la lin de la guerre, les Anglais, qui avaient négocié avec Alom-Prà et qui étaient rentrés dans ses bonnes grâces , ayant de nouveau donné lieu de suspecter leur l>onue foi, tous les Anglais qui se trouvaient à Négrais furent égorgés à leur tour et leur farturerie détruite! Le capitaine Alves. commandant du navire qui avait apporté le chef du comptoir, échappa seul, par une espèce de mirarle, et porta au Bengale la nouvelle du désastre. — Quand Alom-Prà mourut ( i5 mai 1760 ) le capitaine Alves fut renvoyé à Négrais, d'où il se rendit à Ava avec des lettres et des présents du gouverneur du Bengale et de celui de Madras. — Sa mission avait ostensiblement pour objet <J obtenir satisfaction pour le massacre de Wégrais , la liberté des prisonniers faits à celte époque, et dédommagement pour la perte d'un navire anglais donl les Birmans s'étaient emparés, etc. Cette satisfaction, ces dédommagements demandés, fuivnt refu»es avec hauteur par la cour d'Ava ; mais quelques facilités acroi dues à leur commerce satisfirent les Anglais, et le sanglant

L'UISINERS

Prâ avait le caractère d'un juge sévère et rigoureux , punissant de légères infractions à la moralité avec la sévérité due seulement à de grands crimes. Ainsi, sous son règne, une récidive du vice d'ivrognerie entraînait inévitablement la peine de mort ; et les offenses contre les dogmes de la religion ou sas ministres étaient punies avec la même rigueur. Il laissa un filsencore enfant. Mais Shembuam, sou frère, auquel nous avons vu qu'il avait si généreusement pardonné sa révolte , s'empara immédiatement du trône, et prouva par la vigueur de son administration et ses qualités guerrières u'il était digne de l'occuper. Le règne e ce monarque, qui dura douze ans, fut une suite continuelle de faits et de succès militaires. Poursuivant les plans de son père A lom- Prâ contre les Siamois, Shembuam au commencement de l'année 17G6 s'avance contre la capitale, qui bientôt se rendit, et le roi devint son prisonnier. Shembuam nomma un gouverneur pour ce pays ; mais la haine des Siamois contre les Birmans est si invétérée qu'une prompte extermination eût pu seule retenir ce royaume sous le joug étranger. Cette haine nationale se manifesta bientôt par une explosion terrible. Pe-ya-tai, fils d'un riche Chinois et d'une femme du pays , gouverneur de la province de Muông-tai, excita une révolte qui, après une lutte violente et les plus persévérants efforts, délivra les Siamois du joug des usurpateurs. La prise et le pillage de Yuthia, l'ancienne capitale, en même temps que les désastreux événements qui suivirent avaient forcé beaucoup d'habitants à abandonner la place.

Pe-ya tai, réunissant les débris dispersés de cette population desespérée, se trouva bientôt en état de fonder une nouvelle cité. Bankok, également assise sur la grande rivière de Siam, le Mei-nam, alors place de peu d'importance et renommée principalement pour l'excellence de ses fruits; Bankok, dont la situation offrait des avantages supérieurs pour la promp-

n titrage do Négrais fut oublié. — Ce point, alors «i important, Tut oublié toi-même dam urvo occasion où il eût été honorable pour lAngleterre d'rn revendiquer la possession : lor» de la signature du traité d'Yaudabd. — t est ce qu'on verra plus loin.

titude des communications et le commerce , devint à dater de cette époque le centre du gouvernement. Sa population et ses richesses s'accrurent rapidement, et elle a toujours été depuis lors la capitale du royaume.

Dans l'année "1744 Shembuam envoya des forces formidables contre le radjah de Munnipoore, et les Cassayshân, portant ses armes victorieuses jusque dans les gorges lointaines des districts montagneux du Brahmapoolra. Le radjah de Catchar fut contraint de s'engager à envoyer au monarque birman , comme tribut, outre une somme d'argent, une vierge du sang royal et un arbre avec ses racines encore entourées de la terre natale; indiquant ainsi que les personnes et les biens de la terre étaient à la disposition de son souverain plaisir.

Dans le sud de ses États , Shembuam réprima une très-formidable rébellion des Pégouans, et il saisit avec une joie cruelle cette occasion de faire juger et exécuter comme un criminel ordinaire Beinga-Della, le vieux monarque de Pégou, qui avait langui vingt ans en captivité. Ainsi se trouva balancé nnr de sanglantes représailles l'acte de barbarie dont Beinga-Della lui-même s'était rendu coupable envers son vassal le roi captif de Birman.

L'événement le plus singulier et le plus important du règne de Shembuam fut une invasion des Etais birmans par une nombreuse armée de Chinois. A peine la guerre des Siamois fut-elle terminée que l'empereur chinois, pensant que probablement cette lutte longue et sanglante avait affaibli ses voisins, prépara une expédition qui avait pour objet d'annexer à ses possessions immenses les fertiles contrées de l'Irawaddy. Ce fut en 1767 que le monarque birman fut informé qu'une armée chinoise de cinquante mille hommes , soutenue par un corps puissant de cavalerie tartare, s'était déjà avancée vers les frontières ouest de Yun-Nan, et traversait les montagnes qui séparent l'empire Chinois du pays des Birmans. Shembuam avait formé deux corps d'armée, l'un consistant en dix mille nommes d'infanterie et deux mille de cavalerie, sous le commandement d'Amiou-Mee ( ou Amiou-Mi) pour occuper l'attention des Chinois et

INDO-CBINE.

arrêter leurs progrès ; taudis qu'un autre, plus considérable, commande par Tenjia-Boo, général de haut rang , avait ordre de gagner les derrières (le l'ennemi par les montagnes situées plus loin au sud. Les Chinoiscependant approchaient à marches forcées ; laissant la province de Bamoo à l'ouest, ils pénétrèrent par Gouptong. Entre cette place et Quantong il y a un jee ((fji?) ou marché où les Birmans et les Chinois se rencontrent pour échanger les produits de leurs pays respectifs. Le dj\ tut pris par les Chinois et pillé, et près de Pun-djt les forces avancées d'Amiou-Mî eurent à soutenir un combat où leur infériorité numérique les contraignit à reculer. Ce succès insignifiant , en enflant l'orgueil de l'armée chinoise, la conduisit à sa perte : elle crut qu'aucun obstacle ne pouvait l'empêcher d'arriver à la capitale. Abandonnant la grande route, probablement pour mettre plus facilement le pays à contribution, les Chinois s'étaient avancés par Tchengio aussi loin que la ville de Tchiboo, lorsque l'armée de Tenjia- Boo parut tout à coup sur les derrières, tandis oue le gouverneur de Quantong, ayant joint Amiou-Mî, prit une forte position devant leur front. Cernée ainsi de tous côtés, l'armée chinoise dut tenter un effort désespéré pour rompre ces barrières vivantes qui l'environnaient et la pressaient de toutes parts. Supposant que le corps d'Amiou-Mî était le plus faible, les Chinois attaquèrent sa division avec la furie du désespoir ; mais après une longue et sanglante mêlée l'arrivée de nouvelles forces décida de leur sort. Des cinquante mille Chinois aucun ne retourna dans son pays. Les Birmans ont toujours adopté une tactique d'extermination envers leurs ennemis, et ont puni chaque révolte ou toute résistance prolongée à leurs armes avec une telle cruauté qu'ils ont frappé de terreur tous les États voisins. Ils savent cependant , dans l'occasion, concilier cette férocité guerrière avec l'intérêt national. — Environ deux mille cinq cents Chinois épargnés par le sanglant triomphe des Birmans turent conduits enchaînés à la capitale, où un quartier leur fut assigné pour leur résidence. Ces captifs, conformément aux usages de l'empire, furent encouragés à épouser

des femmes de l'Empire Birman et à se considérer comme naturels du pays.

Cette particularité remarquable nous rappelle la libéralité des Lacédémoniens ou le génie des institutions romaines. Elle témoigne de la supériorité des vues qui ont guidé les législateurs hindous (dont les Birmans suivent les prescriptions), et qui permettent à chaque secte la pratique de ses rites religieux. Tolérant en même temps le chrétien, le musulman, le juif, la loi accorde une pro- . tection égale aux sectateurs de Confucius ou du prophète arabe , et leurs enfants , s'ils naissent d'une femme birmane, ont les mêmes droits à cette sollicitude protectrice que s'ils descendaient d'une longue succession de parents birmans.

Shembuam pouvait croire désormais son pouvoir fermement établi sur ces deux bases que l'Orient semble encore regarder comme les plus solides colonnes de toute domination : le respect tt la terreur ! — 11 voulut toutefois confirmer et sanctifier, pour ainsi dire , aux yeux^ de ses sujets l'impression produite' par le succès de ses armes. — 11 eut recours, à cet effet, à une solennité qui devait lui assurer les sympathies superstitieuses des populations. Le temple sacré de Dagon près Rangoon , où Gotama ( Gaudama ) Bouddha avait été adoré de temps immémorial, avait, dans l'année 1769, été fort dégradé par un tremblement de terre, et ieiee (tî ou zi) sacré, ou parasol en fer ouvré qui couronnait le sommet avait été jeté par terre et endommagé d'une manière irréparable. En Birmah une pagode n'est estimée sanctifiée que quand elle a reçu le tee, et c'est un acte de grande solennité. Shembuam, ayant ordonné qu'un tee magnifique fût construit à Ava, annonça l'intention de descendre l'irrawaddy et d'assister en personne à son inauguration. Accompagné par une suite nombreuse de nobles birmans et ùne garde de cinquante mille hommes, il quitta sa capitale, et arriva à Rangoon en octobre 1775. A différentes stations de son voyage, il infligea les plus cruels châtiments à plusieurs Pégouans de haut rang qui avaient été impliqués dans une récente rébellion; et ce fut sur ce prétexte qu'après un simulacre d'instruction et de procédure il condamna et fit mettre

LUKIVKRS.

à mort , comme nous l'avons dit plus haut, le vieux monarque qu'il avait traîné a sa suite. Ces cruautés et ces actes de dévotion à Bouddha furent les derniers faits du règne de Shembuam. A son retour dans sa capitale, il fut saisi d'une maladie mortelle, et il expira dans le prmptemps de l'an 1776.

Momien, fils de i\andojee-Prâ\ était alors élevé pour être religieux ; il avait ete reclus dans le monastère de Lo-ga- Iher-poo, à une petite distance du fort d' A va, et il était encore destiné à habiter cette retraite. Chengousa ou Sen-kousa, fils de Shembuam, monta, comme héritier direct, sur le trône que son père avait arraché à l'enfance de Momien Arrivé lui-même à l'âge de maturité, trouvant l'empire dans un état si florissant, les instilulionssolidemeut établies et puissamment soutenues par des adhérents fidèles et d'habiles conseillers que lui avait légués son père, tout lui présageait un règne brillant et prospère; mais la courte et ignominieuse carrière de Chengousa ne fut marquée que par de honteuses débauches et par des actes de barbarie de la plus grande cruauté.

Lxcite par la jalousie, ilordonnaqueChilenza , son plus jeune frère, fût mis à mort. Son oncle Terroug-mee tomba également victime de ses soupçons , et >es autres parents furent aussi retenus en prison ou molestés par une inquiète surveillance. Son premier mariage ayant ete stérile , il prit pour seconde femme la fflle de l'un de ses attawouns ou principaux couseillers de sa cour. Son intempérance lui ayant promptement aliène 1 aifertion de sa nouvelle épouse, sur un .soupçon mal fondé de jalousie, cette victime infortunée fut traînée en plcm jour hors du palais, enfermée dans un sac rouge, et jetée dans I Irrawaddy, a la vue- de mille spectateurs, parmi lesquels étaient sou malheureux père et plusieurs .Je ses parents. Les honteux caprices dtee prince leconduisirent a abandonuer la plupart des plans Ju dernier

F»°# l r:iWel* ses armées, et disgracia Va/ia-see-sou-ra, général de la plus haute réputation. IHon content d'avoir rapporte les édits contre l'ivrognerie, il se mo, arait constamment lui-même dans un état d'ivresse. Par sa conduite méprisante e.ivers la classe sacerdotale, avec

laquelle les souverains de ces régions doivent , dans leur intérêt, se maintenir intimement et étroitement liés, il s'attira la haine de cet ordre puissant ; ce qui permit à ses sujets de se révolter contre sa tyrannie et de s'affranchir de son joug.

Quoique despotiques, les souverains de Birman sont néanmoins circonscrits dans leur pouvoir , en apparenceiJIimité, par les rhaliaâns ou prêtres. C'est ce qu'on peut voir clairement dans cette circonstance. Protégé par la retraite qu'il avait choisie et la sainteté des fonctions auxquelles ils s'était destiné, Momien avait dû à l'intervention des rhaiiaâns de ne pas avoir été victime des craintes etdes jalousies de Shembuam et de celles, encore plus dangereuses, de son liJs et successeur Chengousa. lisse préparèrent en silence à profiter de leur ascendant sur leur élève, dont le peu de capacité pouvait faire de lui l'instrument docile de leur volonté. Minderajee-Prâ, le jeune frère de Shembuam, homme degraads moyens et très-ambitieux, forma des plans qui favorisèrent leurs desseins. L'instabilité d'esprit qui marquait la conduite de Chengousa le portait à s éloigner fréquemment de la résidence royale et à y rentrer par caprice pour s'en éloigner de nouveau (l). — U était allé à Kiouktaloum, à trente milles environ au-dessous d'Ava , pour y célébrer une grande fête , lorsque Momien, revêtu des insignes de la souveraineté et entouré, par les soins de ses conseillers, d'un cortège royal, se présenta à minuit à la porte d'or, se faisant annoncer comme Chengousa et demandant à être admis. La porte lui fut ouverte; mais, sur quelque soupçon, un eftort fut fait pour la refermer, ce qui eût pu devenir fatal à l'entreprise. Les conspirateurs se précipitèrent dans l'intérieur, et après un vif combat obtinrent possession du palais. Le jour suivant, de bonne heure, Momien fut proclamé souverain de Birman, et Chengousa fut déclaré hors la loi. Des forces

•Itv

(t) L'important dW capitale, résident habituelle du souverain, siège de sa magnificence, fortifiée avec soin , contenant ordinairement le trésor royal , est plus grande encorè, peut-être, daus I Orient qu'en Europe, et la pusses-Mo-i de la capilale est presque un titre à la couronne.

WDO-CHINE.

furent envoyées par eair et par terre à Kiouktaloum pour se saisir sa personne : mais Chengousa, informé de ce danger, s'enferma dans la forteresse de Chaquing (Sagueing?). La il fut investi par les troupes du nouveau roi, et bientôt, s'apercevant qu'il n'est pas d'être plus faible qu'un tyran détrôné et méprisé , il se décida à fuir dans le pays de Cassay, et à y réclamer la protection du radjah de Munnipour. Durant les six années de son règne il avait observé la conduite la plus pacilique envers ses vassaux et ses voisins : il pouvait donc espérer qu'il trouverait un asile à Munipour. Mais il en fut détourné par sa mère, la veuve de Shembuam-Prâ , qui l'exhorta à préférer la mort au milieu de sa cour brillante à une vie de dépendance qu'il devrait aux humiliantes bontés d un vassal. Cbengousa , quoique si longtemps plongé dans le vice et la débauche, céda a ce conseil, et montra par ce dernier acte de sa vie au'il y avait encore dans son âme de l'élévation et du courage.

Ayant en secret préparé un petit bateau, déguisé et accompagné seulement de deux amis, il traversa l'irawaddy, et débarqua sur la plage, au pied des murs du palais, où il fut sur-le-champ accueilli par le Qui vive! des sentinelles. Dédaignant de se cacher plus longtemps , il rria à haute voix qu'il était Cheugousatfandoh-Yeng-Prû : — Chengousa, légitimesouveraindu palais. Surpris par une conduite si inattendue, si hardie et si noble à la fois, les gardes, qui n'ignoraient pas d'ailleurs que les lois défendent expressément de verser le sang royal , permirent à Chengousa d'à vancer, et la foule, qui déjà s'était amassée, s'ouvrit respectueusement sur son passage. Il avait pénétré jusqu'à la porte de la première cour du palais, et telle est l'inconstance des choses humaines qu'il allait peutêtre ressaisir le pouvoir suprême , lorsqu'il se trouva lace à face avec Yattawoun père de la jeune reine si inhumainement jetée dans l'irawaddy.

Chengousa, en l'apercevant, s'écria :

« Traître, je suis venu pour reprendre possession de mes droits et tirer vengeance de mes ennemis. » A peine eut-il achevé ces mots que son ennemi, exaspéré, saisissant le sabre d'une des personnes de sa suite, l'etendit sans vie à

ses pieds. Cependant, comme coupable de régicide, le malheureux attawoun fut bassement livré à l'exécuteur! — Momien, simple instrument de ceux qui s'étaient servi de lui pour hâter la chute du tyran, fut précipité lui-même du trône au bout de six jours , par l'ambition de son oncle Minderajee-Prâ; et le nouveau roi , pour écarter dans l'avenir le danger de ses prétentions , le fit périr dans les eaux de l'irawaddy.

En 1782 Minderajee-Prâ commença son règne; et quoiqu'il dût son avènement a des actions sanguinaires il gouverna avec clémence et avec justice.

Rappelant et replaçant Maha-sî-soura et les officiers et conseillers de son frère et de son père, rassuré contre les ennemis du dehors et dégagé pendant tout le cours de son règne des querelles de famille, il fut cependant à la veille de perdre le trône et la vie par une conspiration, dont les circonstances et les motifs ne sont que très-imparfaitement connus. Le chef de cet audacieux attentat était un homme de basse extraction, nommé Magoung.On le représente comme «'étant fait remarquer seulement par la régularité de sa conduite et quelque chose de sombre dans ses idées. — Il faut cependant qu'il ait joui d'une certaine considération pour réussir à réunir une confédération d'une centaine de fanatiques dévoués et déterminés comme lui. Ces hommes étaient liés entre eux par un serment de secret inviolable et de fidélité les uns envers les autres , pour ôter la vie au roi , soit que Mindarajee-Prâ eût enfreint quelque privilège , ou qu'il ciH encouru In hnine des conjurés par l'attentat dont il s'était rendu coupable sur la personne sacrée de Momien. Quel que fût leur motif, leur attaque fut si brusque, si inattendue et si énergique, que, se jetant au tra vers de la garde ordinaire de sept cents hommes, ils furent sur le point de réussir. Le hasard voulut que le roi se fût ce jour-là retiré inopinément dans l'appartement de ses femmes. Ce fut ce qui le sauva. Ayant manqué leur proie, les conjurés furent entourés, pris par les gardes, et tous mis à mort.

Bien que les Birmans comme sectateurs de Bouddha soient exempts «lu joug des castes hindoues, et ne rendent aucun

culte aux innombrables divinités de la mythologie hindoue, il y a néanmoins un étroit rapport entre les deux formes de superstition. Les brahmanes admettent Bouddha dans leur panthéon comme une incarnation de Vishnou le conservateur, tandis que les Birmans , quoique estimant les brahmanes inférieurs en sainteté à leurs rhahaàns, professent cependant pour eux uu grand respect. Ces personnages sont depuis quatre siècles dans l'usage d'émigrer de Cassay et d'Arakàn à Ava. Les habitudes des brahmanes et leurs communications fréquentes avec la société les rendent fort supérieurs en connaissances générales aux prêtres birmans,

3ui sont un ordre de moines vivant ans des couvents, et qui regardent comme un abus de se livrer à aucune des occupations ordinaires de la vie.

Les brahmanes , se servant adroitement du penchant que montrait Mmderajee- Prâ, pour la science astrologique, et, le flattant par de favorables présages , s'introduisirent à la cour et y exercèrent une grande influence; ils obtinrent un collège et des terres pour leur entretien. Ils s'attribuèrent bientôt la rédaction du calendrier national et la désignation des jours favorables ou funestes pour toutes les entreprises, d'après des pronostics infaillibles; et c'est ainsi qu'ils ont trouvé le moyen de s'établir d'une manière permanente à Birmah. Un certain nombre de ces brahmanes forme une troupe de fanatiques augures, qui, comme les mages d'Irân ou les druides de la vieille Bretagne, ne quittent pas la personne du souverain et sont pour ainsi dire les gardiens du troue (1). — Par l'avis de ces conseillers, Minderadjee Prâ (2) abandonna

(i) Le colonel Symes les appelle « les chapelains particuliers » du roi. — Le jour de l'audience « quatre Rrahmincs en eape et robe blanche chantèrent la prière d'usage au pied du trône : un rhahaàn s avança alors dans l'espace vacant devant le roi, et psalmodia le nom de chaque personne qui devait être introduite, en suppliant Sa Majesté de daigner accepter ses présents. » Symes, vol. III, p. 169.

(a) Ce souverain est appelé par Crawfurd Padunmangou Montavakri (?) ; Badonsachen nu Btiilonsacltaii , par le père San-Gerraauo Minder aghi Prah, par Symes j Menderagèc*

l'ancien siège du gouvernement, Ava- Kaung, ou le vieil Ava , et fonda une nouvelle métropole. Son choix fut judicieux. A environ quatre milles d'Ava, vers le nord-est , est un lac étendu et profond appelé Tounzemaun, formé par une irruption de l'Irawaddy, durant la mousson , à travers un canal étroit qui un peu plus loin s'étend en une belle nappe d'eau de huit milles de longueur et environ un milleet demi (Je large. Sur une péninsule formée d'un côté par ce lac et de l'autre par l'Irawaddy est située Amara-Poura ( Ummera-Poura), ou la cite immortelle, métropole de l'empire. La situation est saine et salubre; et Amara-Poura a été de bonne heure une des mieux bâties el des plus florissantes villes de cette partie de l'Orient

L'événement principal du règne de Minderadjee- Prâ fut la conquête d'Arakàn, pays défendu par la nature, et dont l'invasion fut aussi hardiment exécutée que conçue. Arakân , ou Yée- Kien, s'étend "de ïa rivière Naff (ou Naaf ), qui le sépare du district de Chittagong , aussi loin au sud que le cap Né» grais. La grande chaîne de montagnes de l'ouest, appelée Anou-Pectou-Miou,

Praiv, parCox.ete. — Celte confusion, qui s'étend plus ou moins aux noms des aulres souverains, tient surtout à ce qu'on les désigne quelquefois par le nom qu'ils portaient avant de monter sur le trône , ou par le titre particulier qu'ils ont adoplé, et à ce que les voyageurs ou les historiens européens ont cherché à exprimer les noms birmans tels qu'ils sont prononcés par les Birmans eux-mêmes, ce qui diffère beaucoup, dans certains cas, des noms écrits. — Ainsi le nom du prince fds d'Alom-Prà, que nous appelons Shembuan, parait s'écrire en birman Scltanoliru Schang , et se prononce Sert p'hiou s lien ( Roi des éléphants blancs). San-Gcrmano en a fait Zempiuseien. et les Anglais el nous Sltcmbuan ! En général il ne faut considérer les noms de lieux et de personnes, de l'Orient et de l'Jndo-Chine en particulier, tels que les Européens les reproduisent, que comme des approximations plus ou moins satisfaisantes. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de choisir parmi les diverses autorités en mentionnant celles qui nous paraissent s'appuyer sur une certaine connaissance des langues du pays.

l'entoure à peu près. De Basséin ou du cap Négrais, sa frontière sud ne peut être envahie que par eau. Au nord elle est accessible ae la frontière de Chittagong , seulement par les côtes, qui sont continuellement coupées par des canaux, et les défilés des Ghdls d'Anou-Pectou- Miou soafr si difficiles, qu'une poignée de gens déterminés pourrait les défendre aisément contre des forces supérieures. Quoique la grande rivière sur laquelle la viHe d'Arakân est située présente uue belle étendue d'eau , son entrée est obstruée par des sables et des îles nombreuses. Cependant, une flotte considérable de bateaux descendant ITrawaddy entra dans les eaux d'Arakân par les baies et les canaux de la rivière de Basséin , et une bataille navale qui s'engagea à deux milles environ du fort se termina à l'avantage des Birmans.

L'approche d'un puissant détachement, sous le prince de Prome , qui avait pénétré par les défilés des montagnes , acheva la victoire. Maha-Sunda, radjah d'Arakân, épouvanté de la hardiesse et de la valeur de ses ennemis , chercha son salut dans la fuite; mais il fut pris et envoyé avec toute sa famille à A m cira pou ra , où il mourut dans In première année de sa captivité. La ville et le fort d'Arakân tombèrent après une faible résistance. Cette victoire fut suivie de la soumission desîles deChédouba,Ramrie et des îles détachées. Une multitude de % Mughs (prou. Meuahs ou Maghs?) (I) ou naturels d'Arakân, préférant la fuite à la servitude, se réfugièrent dans les montagnes du Dumbock , sur les frontières du district de Chittagong et dans les Djongols ou déserts qui les entourent ; et là, s'étant formés en bandes de voleurs , ils ne cessèrent de faire des incursions sur le territoire Birman. Quelques-uns s'établirent dans les districts de Dacca et de Chittagong , sous la protection du pavillon anglais; tandis que les autres, plutôt que d'abandonner leur pays, se soumirent au conquéant.

La soumission totale d'Arakân ne demanda que quelques mois. On dit que

(i) Corruption de mogo, terme qui désigne mu* personne sainte, cl qui ne devrait s'nppliquiT, i proprement parler, qu'à la classe sacerdotale et au radjah.

le butin fut considérable; mais, parmi les objets précieux qui tombèrent au pouvoir des vainqueurs, ce qui parut hors de prix aux Birmans fut la statue de Guadma ou Godama Bouddha, en bronze admirablement poli (1). Ce bel ouvrage, accompagné de cinq autres statues colossales du même métal, représentant des racshasas ou démons hindous, gardiens du sanctuaire, et un énorme canon de bronze de trente pieds de long furent envoyés par eau à la capitale , en grande pompe, avec des cérémonies superstitieuses. On nous dit à cette occasion que le monarque birman, ayant pris possession de cet important trophée et succédant aux prérogatives du grand Mogo (5), prit le titre de boa et la dénomination encore plus orgueilleuse de seigneur de l'éléphant blanc, la plus haute distinction dans le monde bouddhique (3). Cette importante conquête ne put cependant eneoresatisfairel ambition du vainqueur. . L'Etat rival de Siam retrouvait sa première vigueur après avoir joui d'un long repos par la cessation des hostili-

(i) « La figure a environ dix pictls de haut, dans la posture habituelle, avec les jamh"* croisées, les pieds reposant sur les cuisses et conséqucmrueut les plantes des pieds renversées, la main gauche sur le genou et la droite pendante. Un regarde cette statue comme le portrait du rishi ( pron. richi), ou saint, fait de son vivant, et elle est si vénérée que depuis des siècles, de tous les pays ou l'autorité spirituelle de Gaudama est reconnue, le* pèlerins accourent Taire leurs dévotions aux pieds de son image. ■ (Synus, vol. I , p. a53.)

(a) Titre religieux des radjahs d'Arakin.

(3) En consultant les documents les plus authentiques, recueillis dans ces dernières années par le capitaine A. P. Phayre , commissaire-adjoint du gouvernement a Arakàn (1846), nous trouvons que le titre adopté de préférence par les souverains d'Arakân , avant i65a, était celui de « seigneur de l'éléphant blanc seigneur de l'éléphant rouge, « l'éléphant rouge prenant même quelquefois le pas sur le blanc. — ■ A. peine les Birmans eurent-ils pris possession d'Arakân, en 1784, qu'ils lit -mi! couler ou frapper une monnaie avec cetle inscription : « Pays conquis par le m seigneur d'Amarapoura et d'un grand nom- « bre d'éléphants blancs! • — Il esta remarquer que de i65a à 1784 les souverains d'Arakân n'ont pris sur leur* monnaies que h? titre de « seigneur du palais d'or ■.

L'UNIVERS

tés; mais l'empereur birman résolut de pousser plus loin ses conquêtes du côté de l'ouest, le long des côtes de la péninsule. Après un inutile effort fait par une expédition qu'il avait envoyée de Rangoon pour prendre possession de l'île de Jonkseylon, Minderadjee quitta sa capitale, à la tête de trente mille hommes et un train de vingt pièces de campagne ; il prit In route de Tonghoo, et atteignit Martaban au printemps de 1786. A peine entré sur le territoire siamois, il rencontra le roi de Siam, à la tête d'une puissante armée. Un engagement eut heu, dans lequel les Birmans furent complètement défaits ; leurs inutiles canons furent pris, et l'empereur luimême tout près d'être fait prisonnier. Il oarnît cependant que ce grave échec ne découragea pas les assaillants. Les hostilités continuèrent sans résultat décisif pendant plusieurs années; mais, enfin, en l'année 1793, des ouvertures de paix furent faites par les Siamois, qui consentirent par un traité à céder aux Birmans les villes maritimes de l'ouest jusqu'au sud de Mergui, comprenant I importante province de Tenasserim et le port de Tavoy; avantage considérable, tant au point de vue politique que sous le rapport commercial. La province de Bhammo et le fort de Quantong avaient aussi été enlevés aux Chinois, et les frontières de l'empire reculées jusqu'aux hauteurs boisées qui séparent la province chinoise Yun-nan d'Ava. L'empereur birman se trouva ainsi en possession de la souveraineté incontestée d'un territoire égal en étendue à la France entière.

Tel était l'état des choses lorsqu'en 17114 un événement survint, qui Jaillit engager les Birmans dans de nouvelles hostilités avec un ennemi plus puissant que ceux qu'ils avaient jusque-là rencontrés. Le commerce d'Arakân avait longtemps souffert des attaques des pirates; et même des flottes chargées du prorluit des douanes impériales avaient été inquiétées par ces hardis flibustiers, la plupart émigrés d'Arakân , qui ne se faisaient d'ailleurs aucun scrupule d'exercer le même brigandage sur terre que sur mer. Après ces expéditions, comme l'affirmaient les Birmans, ils transportaient leur butin de l'autre coté

de la rivière Naaf , frontière du district de Chittagong et sous la protection du pavillon anglais , vivaient ainsi , en toute sécurité, du produit de leurs brigandages, jusqu'à ce qu'il leur convînt de recommencer. Sa majesté birmane ayant été informée de ces faits, etdedaignantde s'enquérir plus particulièrement ou de se plaindre, envoya un corps decinq mille hommes avec ordre de pénétrer dans ce district , d'y saisir et de lui amener les principaux auteurs de ces attentais. Le gouvernement anglais, surpris de cette agression, envoya aussitôt un fort détachement avec de l'artillerie pour repousser les Birmans. Srie-Nunda-Kioso, leur général, parait s'être conduit dans cette circonstance avec une modération remarquable pour un Birman. Après que son armée eut passe la rivière et qu'elle eut campé à l'est sur ses bords, il aaressa une lettre au magistrat anglais de Chittagong, l'assurant que le seul objet de cette expédition était de se saisir des coupables qu'il désignait, et ne menaçait les Anglais d'aucunes hostilités; mais il déclarait en même temps sa résolution de ne pas quitter le territoire de la compagnie qu'il n'etlt accompli sa mission; et. ayant fortifié sou camp avec une enceinte palissadée, il montra qu'il était déterminé a exécuter sa résolution. Cependant , à l'approche du major général Erskinc, Srie-Nunda-Kioso envoya un parlementaire, et proposa de traiter sur les bases déjà posées; après quoi, montrant la plus noble confiance dans le caractère anglais, il vint lui-même trouver le général Erskine, qui parait avoir agi , de son côté, avec beaucoup de prudence et de fermeté. Lorsqu'on eut fait comprendre au gênerai birman que ses réclamations ne pouvaient être admises qu'après l'évacuation préalable du territoire anglais, les Birmans repassèrent la rivière, sur la parole qui leur fut donnée que les faits qui formaient le sujet de leur plainte seraient examinés sans délai. Les réfugies étaient déjà sous bonne garde, et, après un court délai, les trots principaux coupables furent envoyés au général birman, qui, ayant atteint le but de son expédition , se retira avec ses prisonniers de la frontière anglaise.

Le gouverneur général des Indes an-

LNDO -CHINE.

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glaises (sir John Shore) pensa qu'il serait convenable de se mettre en bonne intelligence avec ce redoutable voisin et de former avec lui, si la chose était possible, une liaison plus étroite que par le passé ; dans cette vue il résolut d'envoyer une ambassade à la cour du monarque birman, et en 1795 le capitaine (depuis colonel ) Svmes tut envoyé avec le titre d'agent plénipotentiaire et une suite de plus de soixante-dix personnes (1).

C'est au précis historique qui précède la relation publiée par Symes, et aux renseignements que contient cette relation sur les mœurs et les usages politiques du pays, que l'on a emprunte pendant de longues années les détails les plus intéressants et qu'on devait regarder comme les plus positifs sur ces pays peu connus. — Depuis 1795, des communications plus fréquentes , de nouvelles missions, entre autres celles du capitaine Cox , en 1796 98, la seconde mission du colonel Svmes en 1802, celles du capitaine Canning en 1803, 1809 et 1811 , enfin celles de Crawfurd en 1836-27, du major ( depuis colonel ) Burney en 1829 et années suivantes , et du colonel Benson,ontconsidérablementaugmenté la masse des données authentiques qu'il est indispensable de consulter pour se former une idée à peu près exacte de l'état présent de l'empire birman. Le commerce entre Kangoun , Calcutta et Madras s'est d'ailleurs continuellement accru depuis la même époque. I/exportation des bois de construction ( Teck ) en forme la branche principale (2).

(t) Le» Anglais attribuaient à rette époque au goffeernemenl français l'intention de profiter des avis de l'amiral Bailli de Suffrcn , qui avait plus d'une fois désigné le Pégou comme le point par lequel on pouvait attaquer les Anglais dans l'Inde avec le plus d'avantage.

(a) Pour prouver l'importauce du coin- Berce de Pégou, le colonel Symes fait observer qu'on ne peut construire uu bâtiment de transport vraiment solide et durable dans la rivière du Bengale qu'à l'aide des bois que l'on tire de Pégou. Madras s'appruvisionne pur Rangoun de tous les bois de construction dont elle a besoin, et Bombay mAme, bien qu'elle tire de la côte de Malabar une grande partie de son approvisionnement , a rrcotirs au Pégou pour nue quantité considérable de planche* de Teck.

Dans le cours de l'année 1799 et en 1800, de nouvelles hostilités eurent lieu entre les Birmans et les Siamois, dans lesquelles ces derniers furent les agresseurs. Ils obtinrent d'abord des avantages considérables, et défirent les lorces que les Birmans leur avaient opposées ; mais les énergiques efforts de Mraderadjee-Prâ et les grandes ressources qu'il déploya dans cette occasion critique obligèrent bientôt les Siamois à battre en retraite. Le résultat de cette guerre paraît avoir été la reconnaissance des anciennes frontières entre les deux États et une trêve de plus longue durée que par le passé. — Le système féodal de conscription en vigueur dans l'empire mettant le souverain en état de lever en tres-peu de temps des forces considérables , la cour d'Amaranoura , peut, sans beaucoup de difficulté, concentrer par le moyen de ses grands feudataires, les vice-rois de Pagham, Prome, Tonghoo et autres chefs, un corps de soixante ou quatre-vingt raille hommes sur un point donné, et à l'aide des belles rivières qui traversent ie pays en tout sens . diriger ces grandes forées avec précision vers le lieu indiqué. Ces mouvements militaires sont si nien dirigés que dans l'invasion d'Arakân en 1783 une attaque combinée de trois divisions de troupes et d'une flottille de bateaux de guerre s'exécuta avec une précision telle que les troupes de terre et la flottille parurent presqu'au même instant devant Arakân ; et depuis ce pays a toujours fourni son contingent de troupes pour les armées de Birtnah.

Mais durant la guerre avec les Siamois en 1799 et 1800 une grande quantité d'Arakânais, pour se soustraire aux noti veaux règlements sur la consen ptiou, émigrèrent en masse dans la province anglaise de Cltittagong, et, après bien des disputes et des altercations avec les Birmans, on leur permit enfin de s'établir paisiblement dans les districts qui leur furent designés sur le territoire anglais. La trêve avec Siam dura jusqu en 1810. A celte époque une guerre terrible commença et se termiua comme à l'ordinaire, à 1 avantage des Birmans, qui étendirent et consolidèrent leurs conquêtes sur les côtes ouest, depuis Mergui jusqu'à l'île de Junkseylou.

L'UNIVERS

Les relations commerciales entre amener de nouveaux débats avec le gou* l'Inde britannique et Birmah ne furent vernement de l'Inde britannique. Kn pas interrompues pendant la durée de 1822, pour échapper aux persécutions ce règne; mais l'empereur birman ne dont ils étaient victimes, un grand nomcachait pas la profonde jalousie que lui bre d'Assamais émigrèrent sur le terriinspirait le voisinage de la puissance toire britannique, ou ils furent suivis de anglaise, et ce sentiment de haine ins- près par un corps considérable de Birtinctive le porta à s'unir secrètement mans envoyé pour les réclamer. — L'asaux Mahrattes dans le but de renverser surance donnée parles autorités anglaises la domination anglaise dans llnde. Lord que les plus strictes mesures seraient Hastings, alors gouverneur général, eut prises pour que les émigrés ne se persoin d'éviter la lutte en affectant de re- missent aucun acte d'hostilité contre jeter sur l'imposture les torts d'une pro- Ava sembla cependant satisfaire le gévocation indirecte mais menaçante. — néral birman, Maha-Baudoulâ, et il reprit Il renvoya au souverain birman les pièces avec la majeure partie de ses troupes le qui avaient été saisies et qui prouvaient chemin de la capitale, laissant son col lèses intentions hostiles, en l'assurant gue Maha-Thêlawa avec deux millehomqu'il ne lui ferait pas l'injure de regarder mes dans Assam , dont il était nommé ces documents comme émanés de son gouverneur. — Il est heureux qu'à cette autorité. L'empereur profita sagement époque l'attention du souverain Birman de cet avis, et les relations établies con- ait été entièrement absorbée par le plan tinuèrent sur le même pied entre les qu'il avait formé pour l'entière soumisdeux pays. Ceci se passait en 1818; sion de Siam , objet favori de l'ambition en juin 1819 Minderadjee-Pru termina de ses prédécesseurs : car il résuite de sa carrière, longue et prospère, après l'aveu des Anglais eux-mêmes que si un règne de trente-sept ans. La procla- les Birmans, déjà commandés dans ces mation officielle de ce grand événement circonstances par le célèbre Maha-Banannonca, selon la formule usitée chez doula, eussent franchi la frontière , rien les Chinois, nue l'immortel souverain ne se serak opposé à ce qu'ils péné- <« était allé se divertir dans les régions ce- trassent dans l'intérieur, le gouvernelestes. » Il eut pour successeur, sans au- ment delà compagnie n'étant pas en cune opposition, son petit-fils Yengy te- mesure de rassembler à temps sur les kiny ou eing-shi-men (ou ian-yi-men), points menacés des forces suffisantes c'est-à-dire prince royal (1). Le nouvel pour repousser l'agression. — Il ne paempereur fut proclamé en juin 1819, et ratt pas, au reste, que l'expédition dile 2 novembre suivant, jour anniversaire rigée contre Siam, et pour le succès de de sa naissance, il fut couronné solen- laquelle le roi d'Ava comptait sur la nellement à Ava. Il parait qu'aussitôt coopération du roi de Cochinchine , ait après son avènement il se mit en cam- eu aucun des résultats qu'il en attenpagne pour soumettre la province de Cas- dait, puisque les frontières des deux États sav(Mannipour);carenjuinl8«0ilcé- restaient les mêmes en 1824, quand lébra sa victoire en présence des mission- éclata la rupture entre Birmah et l'Inde naires baptistes américains. Par cette anglaise.

victoire les frontières de Birmah furent La jalousie et le mécontentement des

reculées au nord et à l'ouest jusqu'à la Birmans s'étaient déjà manifestés par

frontière est du Bengale, à Dinapour et plusieurs actes de mauvais vouloir et

ses districts, aux Garrows, aux monta- de provocation indirecte, lorsmfen

gnesde SylhetetàlachaînedeKatchar. septembre 1823 un corps de leurs

Ce voisinage immédiat ne tarda pas à troupes, fort de mille hommes environ, s'empara de force de l'île de

(r) Fi,,s.ihi.men paraît être non-seulement Shâpourie, située à l'embouchure du

le litre honorifique par lequel on désigne le Naaf a I extrémité sud de la province

prince royal d'Ava , mais encore l'indication anglaise de TschattlgOng. - Quelques

d'une charge ou emploi considérable qui cipahis furent tues ou blesses dans cet te

donne au prince qui en est revêtu un pou- occasion , et les Birmans, qui se dëcla-

voir pr«squ,c égal à celui du roi. raient et se croyaient peut-être souve-

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