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L'UNIVERS
Tharawaddy ou Tharet-men s'était fait distinguer parmi les membres de la famille royale par la libéralité de ses vues et par son opposition constante au parti de la reine. Pendant la dernière guerre il commandait un corps de troupes , à la téte duquel il se trouvait lors des premiers engagements dans le voisinage de Prome. Quand les Anglais s'emparèrent de eette place, le prince fut le premier à en porter la nouvelle au roi son frère et a le supplier d'entrer en arrangements avec un ennemi beaucoup trop redoutable pour que l'on pût lui résister longtemps avec les ressources dont on disposait. Cet avis fut très-mal reçu des ministres, qui affectèrent de regarder le prince comme traître à son sou v rr un et à son pays, et réussirent à lui faire interdire l'entrée du palais. De ce moment , s'il faut en croire les mieux informés , date la lutte sérieuse, la lutte implacable entre le parti de la reine et celui de Tharawaddy. Pendant longtemps de ténébreuses* intrigues exercèrent de part et d'autre l'habileté perfide des agents employés; et dans ce genre de combat l'avantage devait rester a Tharawaddy, le plus rusé, le plus corrompu et le plus corrupteur des Birmans. A l'aide ae promesses, deTargesses, en affichant une compassion sans bornes pour les misères du peuple, un culte admiratif pour la mémoire du grand Alaong- Pra, son aïeul , un désir enthousiaste de l'imiter dans son dévouement à la gloire et a l'indépendance de sa patrie, il augmenta rapidement le nombre de ses partisans, se procura secrètement des armes, et enfin, vers le mois de mars 1837, il leva l'étendard de la révolte, à Monzabo ( le lieu de naissance et la résidence
avons cité plusieurs fois, t'exprime ainsi qu'il auil sur le compte du prince Tharawaddy :
« ....C'est le frère du roi, et Ion sait qu'ils « ont une trèvgrande affection Pun pour Tau- « tre. Il est âgé de quarante-deux ou qua- « mnie-trois ans (en i834), intelligent, d'un « caractère franc et ouvert, généreux, et « même au delà de ce que ses ressources lui « permettent. — Il s'est toujours montré « grand partisan des étrangers, et des An- « glnis en parHculier, etc. » On va voir comment ce tendre frère a traité son frère ; cet homme franc et géuéreux, ses compatriotes; cet anglomane , les Anglais !
favorite d'Alom-Prâ), où il s'était réfugié. Sous prétexte que le roi son frère était depuis longtemps dans l'impossibilité de diriger les affaires de l'empire, par suite d'un breuvage empoisonné qui lui avait été donné par le prince Menthaguiy (frère de la reine et régent de fait), et qui l'avait privé de l'usage de sa raison, il déclara sa résolution de s'emparer de vive force de la capitale et de l'autorité souveraine; mais il protestait n'agir que dans l'intérêt même du gouvernement légitime, promettant solennellement de respecter la personne du roi et les droits du prince royal son neveu 11 sut se ménager l'appui du résident anglais, le colonel Burney, oui, regardant la révolution comme inévitable et se fiant aux promesses de Tharawaddy, usa de son influence pour lui faire ouvrir les portes d'Ava et y établir sa domination sans coup férir. Le 30 avril , selon les relations les plus dignes de foi, Tharawaddy fit publier une proclamation par laquelle il annonçait au peuple que son frère avait abdiqué en sa faveur; et le même jour le monarque détrôné fut transporté du Lhwatlaw à une humble résidence, dans un quartier éloigné de la ville. Les habitants se pressaient en foule pour voir passer leur malheureux monarque , accompagné de ses quatre reines principales ; et la crainte de l'usurpateur ne put les empêcher de témoigner leur vive sympathie et leur compassion pour cette grande infortune. Ces sentiments favorables au roi détrôné et à sa famille parurent à cette époque gagner rapidement toutes les classes. La populace, qui avant l'événement avait montré une grande partialité pour Tharawaddy, dont elle admirait les qualités brillantes, commença bientôt à s'apercevoir qu'elle n'avait rien gagné à changer de maître. Le commerce était interrompu ; les exactions et le pillage , conséquences ordinaires des guerres civiles , désolaient l'intérieur du pavs; de nombreuses bandes de voleurs et des brigands de toute espèce se montrèrent sur divers points du royaume, et, au nom de l'un ou I autre parti , commirent toutes sortes d'excès et d'atrocités. L'ancienne popularité de Tharawaddy ne pouvait résister longtemps à de semblables énormités , dont il semblait, pour ainsi dire, avoir donné
L\ DO CHINE
lui-même le signal, et uu sentiment contraire , au moins parmi le peuple , ne tarda pas à succéder a l'affection dont il avait été l'objet. Dans les premiers temps qui suivirent l'usurpation , le fils aîné de l'ex-roi ( le prince héréditaire ) parut avoir été oublié ; et on le laissa en possession des districts qui avaient formé son apanage. Nous verrons bientôt quel triste sort lui était réservé par l'inquiète ambition deson oncle. Dans le bat de s'affermir sur le trône qu'il venait d'usurper, celui-ci commença bientôt à se débarrasser par les supplices de tous ceux qu'il considérait comme ses ennemis ; et comme si ces exécutions sanglantes eussent développé son penchant naturel à la cruauté, il en vint promptement à condamner au dernier supplice des malheureux qui n'étaient coupables que d'offenses légères , sans aucun rapport avec la politique. Ainsi, le 9 mai sept de ces infortunés furent exécutés sous les prétextes les plus frivoles. Mais le misérable médecin qui était accusé d'avoir administré au monarque déposé le filtre qui avait troublé sa raison fut condamné à un genre de mort que le raffinement de la vengeance la plus cruelle pouvait seul suggérer. Il fut scié perpendiculairement entre deux planches! Le 10 la plus grande partie de ceux qui avaient été mis « n liberté furent saisis de nouveau et jetés en prison. Toutes les affaires publiques étaient interrompues ; on n'entendait parler que de confiscations journalières, et les remontrances du résident anglais ne pouvant désormais , dans un pareil état de désordre et de trouble , être d'aucun avantage, soit au gouvernement actuel , soit à l'ex-roi et à ses ministres, le colonel Burney demanda la permission de se retirer a Rangoon , permission que Tharawaddy se hâta de lui accorder. Il était heureux , en effet , de se débarrasser d'un témoin incommode , dont la présence n'avait pas été moins desagréable à la cour de son prédécesseur qu'a lui-même : bien plus , le roi, malgré ses professions réitérées, ne tarda pas à manifester un éloignement
{)lus marqué pour les étrangers que ne 'avait fait son frère. 11 fit intimer aux missionnaires américains l'ordre de s'abstenir à l'avenir de distribuer parmi
19* Livraison. ( Indo Chine. )
le peuple des pamphlets religieux. Nous ferons connaître un peu plus loin l'opinion de l'un de ces intelligents et persévérants propagateurs de l'Évangile sur la révolution de 1837.
Les astrologues, dont nous avons mentionné plus haut (p. 263) la présence à la cour d'Ava et constaté l'influence, furent consultés par le nouveau roi sur le choix d'un jour propice pour inaugurer sa souveraineté de récente date. Après de longues consultations, le 15 mai fut déclare le jour fortuné; et Tharawaddy, accompagné de la reine et de toute sa cour, se reudit au palais pour y prendre possession du trône. Dans ' celte occasion solennelle, un raffinement de politique détermina Tharawaddy à omettre certaines parties du cérémonial qui eussent indiqué une usurpation trop absolue du pouvoir que son malheureux frère était censé lui avoir délégué, imitant ainsi, sans le savoir, la conduite d'Aureng-Zeb à l'égard de son père, shah Djéhan , et cherchant a se concilier par les mêmes moyens les sympathies de ses sujets. Ainsi , il évita de s asseoir sur le trône ; et, au lieu de faire élever audessus de sa téte le parasol blanc, attribut exclusif du pouvoir souverain, ii se contenta de fait* nouer quelques bandes de mousseline à son tchûta doré. Quelques-uns supposaient que, toujours en-, traîné par son idée favorite d'imiter en tout son grand aïeul Alom-Prâ, il voulait préalablement mettre à exécution son projet de transporter à Montshobo le siège de l'empire; et qu'il ne s'entourerait de tout l'appareil de la royauté que lorsqu'il serait établi dans sa nouvelle capitale. Heureusement pour Ava, dont la ruiue eût été inévitable si la cour s'en fût éloignée pour toujours, ou parv int à déterminer Tharawaddy à renoncer au plan qu'il avail lormé.
Pour achever 4e faire connaître à nos lecteurs l'impression produite par l'usurpation de Tharawaddy, nous reproduirons la lettre écrite sur ce sujet par M. Kincaid, le missionnaire américain auquel nous avons fait allusion plus haut. Celte lettre est du 17 août 1837.
« Quand la révolution éclata, dit M. Kincaid, et jusqu'au moment où les portes d'Ava s ouvrirent au prince rebelle, l'opinion publique semblait lui cire
entièrement favorable. On le regardait comme un homme persécuté par ses ennemis, noblement engagé dans une lutte dont le but était pour lui le salut de la famille royale et celui du pays. C'était le prince Mentaguiy, que Ton accusait de projets d'usurpation, et auquel on attribuait ouvertement l'intention de massacrer le roi et toute sa famille. Dans la capitale et dans les villes voisines on croyait fermement à l'imminence de ce danger; et le prince Tharawaddy avait solennellement juré qu'il n'avait aucun dessein d'attenter à la personne ou à l'autorité du roi son frère. Eu s'approchantde la capitale il avait, cependant, fait circuler le bruit de la mort du roi et engagé le peuple à se joindre à lui pour chasser le frère de la reine, qui voulait, disait-il, usurper le pouvoir suprême.
Les troupes appelées par le gouvernement se montrèrent peu disposées à le défendre, ou passèrent du côté du prince qu'elles supposaient le plus fort. Le prince de Bamho, qui commandait une division de Tannée royale, fût le seul qui se conduisit honorablement dans ce moment critique. Grâce à la médiation du colonel Burney, les portes d' A va furent ouvertes au prince Tharawaddy, qui, s'emparant immédiatement du pouvoir, et au mépris de ses serments et de ses promesses, détrôna !e roi, mit les princes en arrestation, fit jetertous les membres de l'ancien gouvernement en prison et les chargea de fers. Les confiscations, les tortures, les exécutions sanglantes se succédèrent dès lors sans interru|»tion. C'était un crime d'avoir été employé de manière ou d'autre par l'ancien gouvernement; un crime de posséder quelque chose de la moindre valeur :
c'était le règne delà terreur. Les moyens les plus barbares, les plus révoltants de détruire la vie en faisant souffrir la victime, furent ceux que le nouveau despote encouragea de préférence. Sans la présence et l influence ducolonel Burney dans les premiers jours, la ville d'Ava eût été pillée et réduite en cendres et le nombre des victimes eut été décuplé. A peine Tharawaddy eut-il pris possession d'Ava, qu'il commença à manifester des sentiments peu bien veillants à l'égard du gouvernement anglais. En toute occasion il s'el forçait de le dénigrer. Chaque fois
que je me présentais au palais, il ne manquait pas d'amener la conversation sur ce sujet, tantôt sérieusement, tantdt sur le ton de la plaisanterie. Dans deux de ces circonstances, en présence de toute sa cour, il passa plus d'une heure à m'expliquer ses opinions sur le gouvernement indo-britannique. 11 s'exprimait à l'égard du gouverneur général avec une hauteur insultante, le comparant à l'un de ses gouverneurs de province; déclarant qu'il ne voulait avoir aucuns rapports avec lui, et que si le gouverneur général désirait entretenir des relations avec l'empire birman . il devrait se contenter de correspondre ;ivec le gouverneur de Rangoon. Je me suis trouvé plusieurs lois chez le roi en même temps que le colonel Burney : comme particulier, il était traité avec beaucoup de respect et d'égards; mais comme représentant du gouvernement anglais, on affectait, au contraire, de le traiter avec indignité. Le colonel Burney, quoique ferme, était d'un caractère doux et conciliant. 11 s'efforça de ramener le roi à des sentiments de justice et d'humanité : il prit des peines infinies et se soumit volontairement à une foule de désagréments pour arriver à maintenir la paix et prévenir de déplorables conflits. Je n'aurais pas suppose qu'un officier anglais pût endurer ce qu'il se resigna à endurer, l.e roi avouait hautement son dessein de suivre la même ligne politique qu'Alom-Prâ, d'éloigner tous les étrangers et de cesser, aussitôt que possible, toutes relations avec les Anglais. Quant à nous, comme missionnaires, tous nos travaux sont interrompus; en cela, comme en toute autre chose, le nouveau roi a trompé nos plus chères et nos plus raisonnables espérances. En arrivant au pouvoir il nous envoya prévenir a\ec menace de renoncer à instruire le peuple; et peu de jours après il me dit lui-même qu'il ne pouvait nous permette de distribuer les livres chrétiens et d'enseigner publiquement, ajoutant qu'il était roi maintenant et qu il voulait être obéi. • Tout semblait indiquer, à l'époque où cette lettre était écrite, une rupture prochaine entre les deux gouvernements.
Les causes immédiates de cette rupture, que la conduite ferme et prudente du gouvernement anglais réussit, cepen-
INDO
dnnt, à prévenir, onr été appréciées d'une manière aussi juste que piquante dans un écrit inséré dans le Journal Asiatique publié à Londres en 1841 (I). Nous emprunterons à cet écrit les considérations et les faits suivants.
Ayant constamment combattu les principes qui servaient de base au gouvernement de son frère et professé une grande admiration pour les Européens, on devait supposer que l'usurpation du >rince Tharawaddy serait le signal de 'adoption d'un système de politique plus ibéral , et qu'il se montrerait en particulier plus disposé à favoriser l'établissement des étrangers dans le pays; mais Tharawaddy n'eut pas plus tôt chassé sou frère du trône qu il s abandonna a des excès que sa conduite antérieure n'aurait jamais pu faire soupçonner dans un prince que l'un croyait anime de sentiments justes et élevés. Il commença par fai<e exécuter tous les membres de l'ancienne cour, y compris la reine et le prince royal * il força ensuite le résident anglais à s éloigner de la capitale, et nomma viceroi à Rangoon un vieux chef de brigands qu'il avait employé auparavant comme son factotum. Celui-ci, cependant, eut le bon esprit de sentir qu'il n'était pas fait pour servir d'intermédiaire entre les deux gouvernements : il demanda instamment son rappel, et l'obtint. Un ghauny, ou maire de village, fut nommé a sa place. Alors commença ce que le roi appelait ses réformes ou plutôt ses restaurations; car il prétendait ne rien faire de nouveau, mais réparer seulement tout le mal causé par la mauvaise administration de son frère. Il alla fouiller parmi les vieilles proclamations de ses prédécesseurs pour faire revivre les dispositions pénales relatives a l'usure, aux litigations, à la partialité et à l'oppression des juges, aux extorsions des collecteurs, aux cruautés envers les esclaves, aux sacrilèges, etc., pour se donner aux yeux du peuple le mérite de rentrer dans* les voies de la justice et de l'humanité, étouffer par d« gres le respect des Birmans et leurs sympathies pour le roi déposé, et substituer ainsi sa popularité à celle dont son frère jouissait parmi la
( i ) Bt'RMAu ; Aùaùc Journal; aprîl 1841. Cet article est signé Jos: Smith
;H1NE. 29f
grande majorité de ses sujets. "Les anciens-édits exhumés dans ce but ne furent pas du reste plus exécutés cette fois qu'ils ne l avaient été par le passé. Tharawaddy leva ensuite des recrues, et forma un parc d'artillerie qu'il plaça sous la direction de quelques métis portugais. Les recrues ne lardèrent pas à retourner aux travaux des champs, et le* parc d'artillerie mourut de sa belle mort, faute de poudre. Le roi eut ensuite a déjouer une dangereuse conspiration', qui fut sur le point d'amener une révolte générale en laveur de son neveu, que le peuple s'obstinait à croire encore en vie. Il refusa ensuite une audience au résident anglais, qui se vit, en conséquence, force, de quitter le royaume. C'était un triomphe pour Tharawaddy ; mais il eût pavé bien cher cette vaine satisfaction si le gouvernement anglais eût eu un intérêt réel à exiger par la vu e des arm< s réparation immédiate de ces outrages. L'arrogance et la folie de cette conduite n'étaient, au reste, que I express on la plus complète du caractère birman, typi/ié, pour ainsi dire, par Tharawaddy. Tous les birmans sont vains, obstinés, soupçonneux; 1 uniformite de structure qu on remarque dans la race birmane semble être l'indice d'une égalité correspondante dans les tendances morales ; la diversité des talents, la variété des physionomies, la disparité des formes, si remarquables parmi les individus de l'Europe civilisée, se rencontrent très-rarement parmi les Mrumnias. Le prince Tharawaddy et son oncle le prim e de Mekran paraissent avoir ete les seules exceptions à cette médiocrité intellectuelle qu'on remarque dans la race birmane. Les traits distinctes du caractère national que nous avons indiqués sont peut-être moins marqués chez 1rs prêtres, par suite de la v ie studieuse et contemplative a laquel e ilssont voues. Chaque indiv idu se conforme aux habitudes de la masse ; et sous le rapport des fortunes il y a plus d égalité parmi eux que chez aucun autre peuple vivant dans les cites. Il> ont tous la même opinion d'eux-mêmes, de leur pays et des étrangers en général. Symétrique et robuste dans sa conformation physique, le Birman affecte un grand mépris pour les noirs habitants de l'Inde, aux formes comparativement soujJes et grêles, as-
sujettis aux distinctions des castes Le
fia} s que le Birman habite est la région a plus favorisée de Vile du Sud ( le monde ). Ses rocs sout de rubis ; son sable est d'or; son roi reçoit annuellement le tribut de cent un vassaux du pays des shans et des karïns ; il a conquis jadis Arakûn, Assam, Siam, Pegou, Tenasserim, et a mis en fuite une armée chinoise, « dont le poids déplaçait le centre de la terre! » Leur opinion des autres peuples se résume à peu près dans les définitions suivantes : tous ceux qui vivent à I ouest du Gange, à l'exception des Arabes, sont « les étrangers», soumis au régime des castes, noirs, pauvres et timides. Les Chinois vivent près du soleil levant, ont le teint clair, sont ingénieux et industrieux : les Siamois sont les plus be u \ et les plus lâches des hommes : les Arracauais sont les plus noirs, les plus pauvres et les plus serviîes. — Telles étaient les notions extravagantes généralement répandues parmi les Birmans quand ils s aventurèrent à faire la guerre aux Anglais en 1823; et, nonobstant leurs humiliantes défaites, il s'est fait bien peu de changement dans leurs idées. Le courage et la modération relative de leurs ennemis n'ont point excité leur admiration, et la vanité nationale, profondément blessée par le traité d' Yandabô, n'a pu pardonner aux An-
Slais de s être maintenus en possession es provinces conquises. Ce même Tharawacfdy, qui, fuyant devant les troupes anglaises à Prome, suppliait son frère de faire la paix avec ces redoutables étrangers, avait oublie ses propres craintes et abandonné ses convictions. Les riches présents des vice-rois du nord, du sud, de l'est de l'empire, ne viennent plus entier son trésor ; la splendeur de sa race est éclipsée; et l'aveugle conliance des peuples dans la divine excellence de son gouvernement est déjà ébranlée. Ces symptômes de décadence l'effrayent; mais il ne sait pas en connaître la véritable cause, et cherche à remédier au mal par des mesures qui trahissent la fausseté de son jugement. Au lieu d'aitribuer les désastres de l'invasion de 1823 à l'insatiable ambition de ses prédécesseurs, et plus particulièrement aux provocations hostiles de son Jrere; au lieu de comprendre l'inégalité
de la lutte entre un État riche et f ut jusant, fortement organisé et un pays appauvri par l'oppression et mal gouverné, il s'obstine à trouver les causes immédiates de la guerre dans la politique artificieuse de la Compagnie, qui fait servir une question de limite de prétexte à une déclaration de guerre; il attribue les revers des armes birmanes à l'incapacité ou à la trahison des chefs employés par son frère. Au lieu de chercher dans de sages modifications de son gouvernement et dans leur adaptation aux exigences de ces temps de crise, un remède a la maladie qui menaçait son pays d'une dissolution totale , i 1 s'imagine que s'il peut recouvrer les provinces que la conquête a violemment arrachées à son empire, il arrêtera les progrès de cette décadence fatale et rendra au pouvoir expirant sa première vigeur. Pour accomplir ce grand desseiu , il comprend cependant qu'il a besoin de l'ai le et des sympathies des peuples voisins.
La soif immodérée de domination universelle qui caractérise le gouvernement anglais est le texte ordinaire de leurs déclamations, le sujet habituel de leurs préoccupations, la cause de leurs alarmes; ils ont tous souffert plus ou moins du voisinage des Anglais, et la puissance de la Compagnie est pour eux a la fois un sujet de crainte et d'envie. Si les princes indiens combinaient une fois leurs ressources et leurs efforts, ils réussiraient peut-être à chasser l'ennemi commun : c'est ce qui avait été tenté plus d'une fois et ce qui aurait lieu sans doute si l'on parvenait à saisir le moment favorable pour mettre ce grand projet à exécution. — Sous l'influence de semblables idées, Tharawaddy éloigna le résident anglais de sa cour'; affectant de ne voir en lui qu'un espion , et de dédaigner l'alliance de la Compagnie, envoyant des émissaires en Chine et au JNépaul, il accueillait avec une faveur marquée les Français qui visitaient ses États (1), et se préparait ouvertement
(i) Nous aurons occasion plus tard, eu traitant des mœurs, habitudes, coutumes et cérémonies des Iiirmans, de donner quelques délads sur la réception qui a été faite, dans ces dernière! années , à plusieurs de nos compatriotes par le gouvernement birman.
à se placer à la tête d'une coalition , possible peut-être, mais improbable à tous égards. .
L'instabilité des idées de ce prince, l'irritabilité de son caractère, les complications inattendues d'une situation difficile, devaient cependant apporter des obstacles continuels à l'exécution des plans qu'il avait conçus, et il se montrait parfois disposé a se rapprocher des Anglais. Il serait trop long et peu instructif de tracer l'historique des événements, des négociations et des rapports diplomatiques qui ont occupé les dernières années du règne de Tharawaddy. Un pareil travail serait d'ailleurs nécessairement incomplet; les pièces officielles manquent, et aucun résumé analogue à celui que nous devons au docteur Bagûeld, et que nous avons eu souvent occasion de citer, n'a été , que nous sachions, publié depuis la révolution de 1836. Nous devrons donc nous borner à indiquer brièvement les principales phases de la décadence des relations amicales entre le gouvernement de CtlculU et la cour d'Ava, et les faits , plus on moins exactement constatés, qui se rattachent à la nouvelle révolution dont le résultat a été la déposition de Tharawaddy et la restauration de l'ancien roi , il y a quatre ans environ.
Le colonel Burney était de retour à Ava le 27 juillet 183.5. Il y avait été reçu avec empressement par tous ses anciens amis, et en particulier par le prince Tharawaddy. A cette époque le malheureux roi , toujours d'une santé languissante et d'une faiblesse d'esprit qui ne lui permettait pas de s'occuper des affaires publiques, passait presque tout son temps enfermé dans son palais. Le prince Menthaguiy, son beau-frère, gouvernait le royaume. Nous avons vu comment la lutte entre son parti et celui du prince Tharawaddy éclata et comment , avec le concours du colonel Burney, ce dernier se Ht ouvrir les portes d'Ava et s'y établit en maître. Le colonel avait pensé que ce grand changement serait favorable à son influence , et conséquemment aux intérêts anglais. Nous avons montré combien le déception fut complète. Convaincu qu'en prolongeant sou séjour à Ava, au milieu des excès et
des désordres auxquels il ne pouvait remédier, il compromettrait la dignité de son gouvernement et sa propre dignité comme aussi sa sûreté personnelle, le résident quitta la capitale le I7juinl836, et était le 6 juillet de retour à llangoun, d'où il ne tarda pas à s'embarquer pour Calculta avec le consentement du . gouvernement suprême. Le nouveau souverain paraissant avoir établi fermement son autorité dans tout l'empire , le gouverneur général nomma au poste de résident à Ava le lieutenantcolonel Beuson , qui s'embarqua pour Kangoun le 26 juin 1838 , y arriva le 16 juillet , et, malgré les délais et les désagréments que lui suscitèrent les autorites birmanes, à l'instigation de la cour d'Ava , persista à vouloir se rendre à son poste. Il atteignit Prôme le 14 septembre et Amarapoura le 4 octobre suivant. La réception presque insultante
3ui lui fut faite à son arrivée, les dégoilts e toute espèce qu'il éprouva dans le cours des négociations qu'il avait entamées pour obtenir une audience du roi, devaient lui faire prévoir l'issue déplorable de la mission qu'il avait acceptée. On lui avait prépare un logement ( et quel logement!) sur une île ou plutôt sur un banc de sable, au milieu de l'Irawaddy. 11 eut beaucoup à souffrir d'une inondation qui eut lieu pendant les cinq mois qu'il passa devant la capitale, et enGn , au bout de ces cinq mois, n'ayant pu réussir à voir le roi, qui remettait de jour en jour la réception promise, sous un prétexte ou sons un autre , le colonel Beuson se détermina à demander son rappel -, et vers la tin de février ou le commencement de mars 1839 il vint se rembarquer à Ran* goun. Le capitaine ( depuis major) Mac- Leod , secrétaire de la légation ( assistant résident) particulièrement connu de Tharawaddy, fort aimé de lui, et laissé a Ava, par le colonel Beuson, pour y conduire les affaires de la résidence par intérim* fut reçu en audience particulière par le roi, après le départ du colonel, très-bien traité comme homme; mais il lui fut absolument interdit de parler au roi au nom du gouvernement de Calcutta. Force fut doue à Mac-L» od de renoncer à son tour à l'espoir de remettre les relations entre les
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deux Etats sur un pied convenable :
il demanda au roi l'autorisation de retourner à Rangoun ; et le roi se hâta de mettre à la disposition de son ancien ami tous les moyens de transport et de comfort qu'il pouvait désirer. 11 le combla de présents, et le fit conduire à Rangoon par une de ses pirogues de guerre, avec tous les égards et les attentions les plus empressées. Depuis ce temps la Compagnie n'a plus eu d'envoyé résidant a lacourd'Ava. Rangoun est le seul point où elle entretienne, du. consentement du souverain birman, un agent consulaire pour la protection du commerce anglais dans ces parages.
En 1841, vers le mois de septembre, Tharawaddy visita Rangoun avec toute sa cour et line armée pour escorte. On crut un instant au renouvellement des hostilités. Les provinces anglaises du littoral furent mises en état de défense; des forées navales se montrer nt a l'embouchure de ITrawaddy. Des explications furent demandée* au roi , sur sa présence inopinée dans le sud de son royaume avec des forces si considérables. Il fit répondre, à ce qu'on assure, qu'il ne savait ce que Ton voulait dire, qu'il était en tournée dans ses États, et qu'on ne pouvait trouver mauvais qu'il voyageât s* Ion son plaisir.
Le but apparent de son séjour à Rangoun était le pieux dessein qu'il accomplit en faisant réparer et redorer le temple de Shoe-Dagon, ce monument gigantesque , l'un d« s plus remarquables de l'extrême Orient. Il en lit réparer et agrandir l'enceinte, et y fit construire un palais pour lui-même aussi bien qu'une résidence pour le gouverneur, et imposa à l'ensemble de ces édifices et de leurs dépendances le nom de / iile-Nouvelle. Ces constructions s'élèvent sur un assez grand nombre de monticules d'une hauteur moyenne de huit mètres audessus .lu niveau du fleuve.
De retour à Armrapoura, Tharawaddv parait avoir donné, par sa conduite dans l'intérieur de son palais et par plusieurs actes politiques, les premiers indices d'un dérangement des facultés intellectuelles. — Il avait alors environ cinquante-cinq ans. — C'était un homme de taille moyenne pour un Birman ( cinq pieds quatre pouces anglais ), bien
fait, robuste, d'une physionomie assez remarquable , à cause de l'instabilité de son regard , et surtout par suite de la hauteur démesurée de son front. — Cette dernière particularité d'organisation physique semblait lui avoir été transmise par son aïeul Alom-Prâ, ainsi qu'aux autres descendants mâles de ce conquérant. — Il était même désigné souvent par ses compatriotes, à ce qu'il paraît , comme le prince « au front Alom-Prâ ». — Que cette conformation exagérée du crâne ait contribue ou non au désordre de ses idées, a l'incohérence et à la violence de ses déterminations , il n'en est pas moins certain que dans les dernières années Tharawaddy se conduisit de manière à convaincre sa famille et ses adhérents qu'aucun ne pouvait se croire désormais à l'abri de ses cruels caprices et de ses violences imprévues — Dans ces crises de folie furieuse, il devenait lui-même le bourreau de ses victimes. — H paraîtrait que son premier ministre, ami intime de son fils aine le prince de Prôme , ayant tardé à se rendre au palais, et ne s'étnilt présenté devant le roi qu'à la troisième sommation, il lui lit trancher la téte à l'instant. — Dans une autre occasion, et revenant, sans en avoir la conscience, à des instincts sympathiques envers son frère, le roi détrôné, il l'avait l'ait appeler, l'avait traité avec une tendresse marquée, l'avait autorisé à porter le parasol blanc (attribut distinctif, comme nous l'avons déjà dit , du pouvoir souverain ) , avait ordonné qu'on le logeât dans une résidence digne de son rang et qu'on le laissât en pleine liberté. — Un des wounghies ou ministres, présent à l'entrevue des deux frères, ayant cru devoir, après que Tharawaddy eut congédié son frère aîné, lui soumettre quelques humbles remontrances sur I imprudence de sa conduite, Tharawaddy le tua de sa propre main. — Le prince de Prôme avait pris la fuite, et s'était réfugié avec quelques milliers de mécontents dans les États tributaires shans. — Le plus jeune fils du roi était désigné par ( opinion pour prendre la régence ; il devait épouser sa cousine, fille du vieux roi ; et les Birmans commençaient à espérer que ce monarque aimé, dont la raison était à ce qu'on assurait i
entièrement rétablie, pourrait recouvrer entièrement non-seulement la liberté, mais le pouvoir ou au moins 1 influence légitime que devaient lui donner son âge , son expérience , la confiance de son peuple. — Ces vagues pressentiments, ces espérances longtemps contenues se sont enfin réalisées à la fin de 1846. Tharawaddy, reconnu aliéné, a été déposé à son tour. Le vieux roi son frère, rendu à la liberté, a voulu que son plus jeune ûls montât sur le trône et jouit de toutes les prérogatives du pouvoir suprême, se réservant le rôle de conseiller du jeune monarque. — Il paraît que les premières mesures adoptées pour l'inauguration du nouveau règne ont indiqué un retour sincère à une politique conciliante et un désir marqué de hâter le développement du commerce et de l'industrie. — Nous remarquons cependant que le gouvernement anglais continue à s'abstenir de toute mission, même temporaire, à ia cour d'Ava. On assure, en outre, que les Anglais n'ont plus aucun agent officiel à Raugoun.
aspect général du pays; b1virhes, lacs; climat; population.
Nous reviendrons en peu de mots sur la description géographique de l'empire birman, que nous avons esquissée plus haut. — Crawfurd n'a que des conjectures probables à offrir sur les limites et l'étendue réelle des Ktats birmans.
Les limites extrêmes du côté de l'ouest peuvent, dit-il, toucher au ,93A de longitude orientale (méridien de Greenwich);du coté de l'est, à 98° 40' à peu près. La limite extrême sud est placée par lui au 16° 45' latitude nord et celle du nord» probablement entre le 26e et 27e degré , ce qui donne pour les deux grands diamètres 5 degrés et demi en longitude ou même un peu plus, et environ 1 1 degrés en latitude. Crawfurd conjecture que la superficie de tout l'empire peut s'évaluer en nombres ronds à environ cent quatre-vingt-quatre mille milles carrés anglais.
Les limites sont : au nord et nord-est la province chinoise d'Yuunan ; au sud, la mer; à l'est, le Lao (ou Laos) indépendant et le Lao siamois ; à l'ouest
Arrakân, Cassay (ou Kathé) et Assam (ou Athan).
L'aspect du pays peut être caractérisé de la manière suivante : de la mer au 17' degré et demi de latitude, bas et pays de plaines ; du 1 7e degré et demi jusqu'à 22 degrés , pavs élevé et montagneux. Ava est séparé d'Arrakân, Cassay et Assam par des chaînes de montagnes dont quelques parties atteignent à une grande élévation. Il est arrose par quatre rivières considérables , le Salnen , le Sétang , l'Irawaddy et le Kyen-Dwen, toutes coulant vers "le sud, ce qui indique le caractère du pays, plaine inclinée vert le sud.
Le Sétang, là où ses dimensions sont considérables, est plutôt un bras de mer qu'une rivière. Au a>là de la limite où les marées se font sentir, la rivière n'offre qu'un cours d'eau fort ordinaire, et jusqu'à la ville de Tango n'est navigable que pour des bateaux.
A son embouehure elle est obstruée par des bancs de sable, et la moquerie {bore) y est terrible, en sorte que la navigation de cette rivière est, au total, impossible pour de grands bâtiments et diflicile pour de petits.
L'Irawaddy n'est, dit-on , navigable au-dessus de B'hamô que pour des canots. B'hamô est, selon les Birmans, à la même distance d'Ava qu'A va l'est de Rangoun, c'est-à-dire environ trois cents milles. Les Birmans ne reconnaissent p is à ce fleuve une source principale , mais le disent alimenté et même formé par un grand nombre de ruisseaux venant des montagnes du Lao et de la province chinoise d'Yunnan. Wilcox et Burlton ont traversé les monts Langtan (venant de Seddiya) et visité l'Irawaddy par 27° 30' latitude nord. On leur dit que la source de ce fleuve n'était éloignée de ce point que de cinquante milles environ dans le nord, et qu'elle se composait de nombreux petits cours d'eau sortant de montagnes couvertes de neiges perpétuelles. Au point en question , l'Irawaddy n'avait que quatre-vingts mètres de large- INous aurons bientôt l occasion de constater les résultats de l'exploration du capitaine Hannay dans la même direction, en 1835-36. Il parait cet tain qu'a partir d'Ava le fleuve n'est pas navigable, au moins aisément, pour
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des bateaux de commerce; autrement le commerce chinois aurait préféré cette voie à celle de terre qu'il a choisie. L'Irawaddy ne reçoit aucun tributaire de quelque importance après le Kyen-Dwen, et ne se partage pas avant d'entrer dans le Pégou, c'est-à-dire en quittant le pays montagneux d'Ava. Là il se divise en un grand nombre de branches, et se décharge enfin daus la mer, par quatorze embouchures.
Le Kyen-Dwen, très-inférieur à 1*1rawaddy par le volume de ses eaux, parait prendre sa source dans les montagnes d'Assam; il tombe dans l'Irawaddy par 20° 35' de latitude après un cours de cinq degrés dans une direction a peu près sud.
Le territoire birman contient un grand nombre de lacs. Ceux des provinces du sud sont nombreux, mais petits : il paraît, d'après le rapportducapitaine Alves, qu'on n'en compte pas moins de cent vingt-sept dans la seule province de Bassin. Les lacs du haut pays sont beaucoup plus considérables; on eu mentionne un, à vingt-cinq milles environ daus le nord-ouest de la capitale, qui a plus de trente milles de long, mais c'est le plus grand de tous.
Les côtes de l'empire birman offrent un développement d'environ deux cent quarante milles du cap ÎNegrais à celui oe Kyai-Kami, près du nouvel établissement d'Amherst. Toute cette côte est basse, marécageuse et coupée par au moins vingt lits de rivière ou bras de mer : les uns et les autres, battus par la mer et obstrues par des bancs de sable, sont pour la plupart impropres à la navigation. On ne compte que trois ports : ceux de Martaban , Rangoun et Basséin ; le plus fréquente est celui de Rangoun , situé près de la branche la plus orientale de l'Irawaddy. Ses communications avec la grande rivière sont faciles pendant toute l'année; circonstance qui l'a rendu de bonne heure le centre du commerce étranger. La riviere de Basséin forme la branche la plus occidentale de l'Irawaddy; mais elle n'est pas navigable depuis novembre jusqu'en mai au-dessus de Basséin, ou, pour les petits navires du pays, au delà de Lamena. Sans cet inconvénient le port de Basséin serait préférable a celui
de Rangoun , étant plus sur et d'un accès plus facile.
Les portions du territoire birman situées à de grandes distances de la capitale sont divisées en provinces ou vice-royautés; mais le nombre de ces divisions est variable et incertain, comme aussi les attributions et pouvoirs des différents gouverneurs. La circonscription la plus régulière et la plus ordinaire parait être celle des mvos ou chefs- lieux avec leurs banlieues. |,es fonctionnaires birmans prétendaient que dans tout l'empire on n'en comptait pas moins de quatre mille six cents depuis de longues années; mais il est probable que cette assertion est fort exagérée. Dans le Pégou trente-deux semblent être le nombre favori ; et chacune des provinces, Henzawati, Martaban et Basséin, contenait, disait-on, ce nombre de chef-lieux. En examinant la question de plus près, il se trouva néanmoins qu'Henzawati et Martaban contenaient à peine la moitié de ce nombre de grandes communes, et que Basséin n'en comptait actuellement que huit.Troisdecesdistricts se composaient de deux cents quarante villages; et en supposant les cinq autres aussi considérables en proportion, le nombre totale des villages de la province se serait élevé à six cent quarante. Or, la surface de la province étant évaluée à neuf mille milles carrés, et celles de l'empire à cent quatre-vingt-quatre mille, le nombre total des districts du royaume calculé d'après les mêmes proportions, s'élèverait en nombres ronds à cent soixante-trois et celui des villages à environ treize cents. Ceci n'est qu'un calcul approximatif, qui ne doit cependant pas s'écarter beaucoup de la vérité.
Crawfurd , d'après les informations les plus exactes qu'il ait pu se procurer, ne compte guère que trente-deux villes proprement dites dans tout l'empire birman. Il estimait la population des sept principales , d'après des conjectures assez probables, à peu près comme il suit, savoir: Ava, Amarapoura etSagaing, qui ne forment presque qu'une même ville , sur les deux bords de l'Irawaddy, à trois cent cinquante-quatre mille trois . cents habitants. Rangoun à cette époque ( la population s'est beaucoup ac-
crue depuis), douze mille : Prome , huit mille; Bnsséin, trois mille : Martaban, quinze cents. Il donne aux autres les noms suivants : Maksobo, B'hamo, Nyaong-ran, Mané , Thing-nyi, Kyaongtaong, Debarain, Badang, Salen ou Thalen, Pugan, Bacliïain, Tango, Kyaok-mo, Ramathain, Mait'hila,Sagù, Legaing, Maindaong, Shwe-Gyen, Patanago, Melun Myadé, Kyaong-myo et Sitaong.
Quelques particularités relatives à certaines de ces villes méritent d'être mentionnées.
Maksobo, dont nous avons déjà parlé, généralement connue des Européens sous le nom de Montchabo, est située à vingt-six taings ( environ 52 milles ) d'Ava, dans le nord-ouest; une assez bonne route y conduit : c'est une ville murée, dont la population et le commerce sont assez considérables. En 1766, Alom-Prâ , qui y était né, en fit sa capitale, et lui donna le nom pali de Ratnathinga ( Ratna - singa) (la perle des lions?). Nous parlerons de B'hamo en rendant compte de l'expédition du capitaine Hannay, auquel nous avons fait allusion. Debarain, à trente-six taings, ou 72 milles, dans l'ouest-nord-ouest d'Ava, est le chef-lieu d'une province populeuse, qui ne contenait pas moins, a ce que rapporte Crawfurd, do neuf cent mille pés de terre cultivée. La ville de Badang, chef-lieu d'un district de même nom ( comme toutes les autres villes birmanes) est située dans l'ouest d'Ava, sur la rive droite de I Irawaddy, à la distance de trente taings, ou trois journées de marche; elle est entourée, comme la précédente, d'un mur en briques. Un village du même district, appelé Naparen, est célèbre, comme le lieu de naissance du général birman Bandoula. La ville de Tango, entourée également d'une muraille, est une place de quelque importance ; elle est située au sud d'Ava, à la distance de cent taings, sur la rivière Sétang. Pendant la saison sèche, des barques qui peuvent porter deux cents sacs de riz peuvent remonter jusqu'à la ville. Pendant la saison des pluies les plus grands bateaux birmans peuvent faire ce trajet. Ce chef-lieu a dans sa dépendance cinquante-cinq districts ou cantons. Dans
la portion du Lao ou pays des Shans, qui est tributaire des Birmans, les villes les plus considérables paraissent être Mom et Thing-nyi; la première , dit-on, l'une des plus grandes du royaume et centre d'un commerce assez actif, en même temps qu'elle est la résidence d'un fonctionnaire birman charge de la surintendance des États tributaires.
Thing-nyi est aussi une place de quelque, importance, située sur les frontières du Lao siamois.
Population — La population de l'empire birman avant son démembrement par les Anglais était évaluée par les Européens à dix-sept, dix-neuf ou même trente-trois millions d'habitants. Crawfurd avait fort bien démontré que le plus bas de ces chiffres devait encore être très-exagéré. 11 concluait de la discussion des éléments de calcul qu'il s'était procurés que le nombre réel des habitants de cette vaste contrée ne devait pas dépasser, si même il atteignait , quatre millions. Les recherches subséquentes dues au colonel Burney, basées sur des documents officiels, tirés des archives du royaume, ont prouvé que ce chiffre conjectural s'écartait peu de la vérité. Les documents communiqués comprenaient renumération des maisons de chaque district dans le Birman propre et le Pégou. Le nombre des familles qui devaient le service militaire ou lescorvéesetle nombre îles maisonsdans les trois cités principales, Ava, Amarâpoura et Tsagain ( le Sagaing de Crawiurd ), avec les villages de leurs dépendances. Ceschiffres étaient le résultat des dénombrements de 1783 et de 1826. De cesdiverses données, combinées avec des renseignements obtenus d'autres sources par le résident , il concluait que le nombre total des maisons dans le Birman et dans le Pégou en 1836 s'élevait à trois cent trente-deux mille neuf cents quatre vingt quatorze; et, comptant sept personnes par maison (moyenne déduite des observations) , il arrrive à un total de quatre millions deux cent trente mille trois cent soixante-huit, en v comprenant deux millions pour les Etats tributaires. Eu 1783 Amarâpoura était la capitale et Ava presque entièrement déserte. En 1826 Ava fut rebâtie et Amarâpoura abandonnée; mais
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en 1887 Tharawaddy transporta de nouveau le siège du gouvernement a A marâpoura, et A va, pour la seconde fois, est tombée en ruines.
Le chiffre de quatre et même cinq millions d'habitants est bien peu de chose pour un grand pays possédant un beau climat , un sol fertile, des rivières navigables et de bons ports. Les causes qui ont entravé le développement de la population sont faciles à assigner. Un
gouvernement despotique et capricieux, es lois mal définies et mal appliquées ; une taxation excessive ; des guerres fréquentes, des insurrections; l'anarchie, en un mot, voilà ce uni a sans ces>e étouffé les germes naturels de prospérité dans ce beau pays. Les famines sont rares, et plutôt dues à de-< causes civiles et politiques qu'a la stérilité accidentelle du sol et aux variations du climat. Les maladies épidémiques ne sont ni fréquentes ni dangereuses. La petite vérole et, dans ces dernières années , le choléra ont pu seuls affecter le chiffre de la population. La peste , ce lléau de l'Europe orientale et de l'Asie occidentale , est inconnue Les Birmans se marient de bonne heuro :
les unions sont fécondes, puisque la moyenne des familles est estimée par eux a sept individus. La prostitution n'est pas commune et l'infanticide est inconnu : enfin , les salaires sont élevés partout, de sorte que les classes laborieuses jouissent, au total, d'une aisance remarquable. (1 ne faut donc chercher l 'explication du chiffre trèsrestreint de la population que dans les causes politiques énumérées ci-dessus.
La grande diversité des nations ou tribus qui occupent le territoire d'Ava , et qui diffèrent non-seulement en langage, mais souvent par leur religion, leurs institutions et leurs coutumes , est à la fois la preuve de l'exiguïté de la population et de l'humble degré de civilisation auquel les habitants sont parvenus. Les Birmans, proprement aits, se partagent en sept tribus, qui forment en réalité autant de nations distinctes. Leurs noms sont mentionnés par Crawfurd comme il suit : Mrranmà's, ou Birmans de race pure; les Talaen, ou Pégouans; les Hakaing , ou Arakânais; les Yau, qui habitent à l'ouest de •a rivière Kyen-Dwen , à peu près par le
parallèle d'Ava ; les Taong-su, peuple pasteur établi entre les rivières Sétang et Saluen; les habitants de Tavoy et les Karines ou Karaëns. Viennent ensuite les Shans ou habitants du Lao, qui parlent à peu près le même langage que les Siamois et sont disséminés sur toute la frontière de l'est et du nord-est.
Les tribus, plus sauvages, qui n'ont aucune affinité avec les Birmans ou Siamois sont : les Zabaing , kyeu , Palaon,Pyu, Ltnzen, Lawâ, D'hanu , Vhanao et Zalaung. On ne connaît guère de ces races incivilisées que les noms et la résidence actuelle. Quelques* uns vivent à l'état sauvage dans les montagnes, tandis que d'autres, comme les Karines, les Zabaing, et même les K yen , ne sont pas fort inférieurs en civilisation aux Birmans, leurs maîtres.
Les Karîues et les Kyeu paraissent être les plus nombreux et les plus avances; ils s'occupent principalement d'agriculture; la culture du riz dans les provinces pégouanes est surtout entre les mains des premiers. INonobstant cette disposition a la vie agricole, il y a tant de bonnes teres inoccupées, et les habitudes de ces peuples sont telles, qu'ils se soucient peu d'une résidence fixe, et qu'ils émigrent facilement d'un pays à 1 autre; soit pour cultiver de meilleures terres, soit pour s'établir dans des localités plus saines , soit enfin par pur caprice. Comme, d'ailleurs, aucuue de ces tribus n'a adopté la religion bouddhiste et qu'elles parlent des dialectes, sinon des langues distinctes du birman, elles se trouvent dispersées sur toute l'étendue du royaume, vivant au milieu des Birmans, mais sans se mêler avec eux. Ainsi , elles ont conserve leur rude organisation sous leur propre chef, leurs mœurs, leurs coutumes et la langue qui leur est propre, et payent tribut aux Birmans sans se soumettre à leur domination directe. Ils n'acceptent aucun emploi du gouvernement , et se refusent a tout service militaire ou aux corvées.
Les étrangers naturalisés ou résidant temporairement sur le territoire birman sont : Rassay's, Siamois, Cochinchinois, Chinois, Hindous de l'Inde occidentale t mahométans et quelques chrétiens. Les natifs de Rassav , captifs dans l'origine, mais aujourd'hui aussi libres, en gené-
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rai , que le reste des habitants, forment une partie considérable de la population de la capitale; beaucoup d'entre eux sont tisserands , forgerons ou artisans de quelque autre profession analogue; ce sont eux aussi dont se compose principalemmt la cavalerie birmane. Les Siamois, comme les Kassay's ou Mannipouriens sont aussi captifs ou descendants de captifs. Leur wounn ou chef birman, sous la police duquel ils sont places, informa Crawfurd qu'ils se montaient en tout a seize nulle. Les Coclunchinots comptent environ millepersonnes, et outété probablement amenés dans l'origine de Slam ?
par les armées birmanes qui ont envahi plusieurs fois ce royaume. On ne comptait guère dans la capitale du temps de Crawfurd que trois mille deux cents Chinois, dont trois mille a Amarapoura et deux cents repartis entre Ava et Sagamg. Il s'en trouve aussi quelquesuns «jans toutes les villei de l'empire où il se fait un peu de commerce; d autres, enfin, sont employés dans les travaux des mines; cependaut , leur nombre total dans Ava est bien peu de chose en comparaison de la foule des colons de la même nation que l'on trouve établis dans la capitale de Siam et dans le reste de ce pays. Ceux-ci l'emportent non-seulement par le nombre, mais par leur intelligence , leur industrie et leur caractère entreprenant. Les Chinois établis dans le Birman viennent, pour la plupart, de la province d'Yunnan, et sont tous adonnes au commerce. On trouve dans la capitale quelques Chinois de Canton, venus des établissements européens par la voie de Rangoun. Les artisans de cette classe sont tellement supérieurs aux ouvriers birmans , que là où un charpentier birman gagnera à peine cinq tikals par mois, un charpentier chinois en gagnera quinze. Les Hindous qu'on trouve en Ava sont, en général , des brahmans ou désignes comme tels; ils viennent de la partie est du Bengale et non du sud de l'Inde, comme à Siam : ils sont en nombre considérable, et conservent leur langage national, leur costume, leur religion et leurs habitudes.
Après cet aperçu général du pays et des races diverses qui l'habitent, nous
donnerons,d'après quelques explorations récentes, des détails sur plusieurs provinces visitées par des Européens intelligents, postérieurement au traité d'Yandabô. La première expédition, à laquelle nous avons déjà fait allusion , a été accomplie par un détachement de l'armée anglaise, dans les circonstances dont nous allons rendre compte.
Les hostilités entre les deux gouvernements ayant cessé, et l'armée anglaise étant sur le point de retourner a Proine, le major général, sir A. Campbell , donna l'ordre au capitaine 11 ss de se rendre avec, le dix-liuitieme régiment d infanterie de Madras, cinquante pionniers et les éléphants de l'armée, a Pa~ kung yeh, de traverser l'Irawaddy à Sembeg-IJewn et de marcher de la sur Aeng en Arakân , en traversant les montagnes. Les autorités birmanes députèrent en même temps le thunduchtooun ( nommé Maunzu ) , chef d'un rang assez élevé, qui avait commandé précédemment dans la province de Thunduck, pour accompagner la colonne jusqu'à Aeng et lui donner t. ute l'assistance possible en lui procurant les bateaux , les vivres , etc., dont elle pournit avoir besoin. — Le 6 mars (dit le lieutenant Trant , auquel nous devons le récit de cette expédition) la colonne quitta Yandabd, et arriva le 13 à Pakeng-ych, où ou commença le même jour à passer les troupes et les bagages sur de trèspetits bateaux , les seuls qu'on pût se procurer. Le détachement entier ne put être passé que le jour suivant. La rivière avait environ quinze cents mètres de large a cet endroit; mais le courant n'étant pas très-rapide, on put faire passer les bêtes de somme en en attachant cinq ou six à la lois aux cotés d'un bateau. Les éléphants plongèrent hardiment dans le fleuve, et sous la conduite de leur mahawat atteignirent sans accident la rive opposée, après avoir nagé au inoius l'espace d'un nulle. Le uetachement mit pied à terre sur une bande de terrain plus basse que le niveau raoven de la rive naturelle, et consequeimiient inondée pendant la saison des pluies. On trouva ce terrain entière' ment cultivé, surtout en tabac, qui vient admirablement bien et en grande abondance dans cette partie du pays.
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SembegHewn, à quatre milles du fleuve dans l'intérieur, était autrefois une ville florissante, contenant trois mille habitants. Elle avait été complètement brûlée par l'armée birmane dans sa retraite. Les habitants n'avaient pas encore commencé à rebâtir leurs cabanes. Les gens du voisinage ont la réputation d'être grands voleurs. Le pays d'alentour est une plaine très-fertile et très-bien cultivée, principalement en pady (c'est ainsi qu'on désigne le riz sur pied). Dans les environs de la ville on voit beaucoup de petits jardins plantés en bananiers, manguiers, etc. La rivière Tcholain traverse ia ville; elle est considérable pendant la saison des pluies. Le 16 mars le détachement, qui avait campé le 15 en avant de Sembeg- Hewn, marcha sur Tcholain-miou par une excellente route, construite par ordre de Menderagie-Praw ( écrit plus loin : Mindraghie-Prah). On trouva des ponts sur tous les ravins et cours d'eau : le pays était bien cultivé et couvert de villages. On voyait des champs de pady, aussi loin que la vue peut s'étendre , arroses par des saignées faites à la rivière Tcholain ou plutôt au moyen d'endiguements qui font déborder la rivière. Des puits en grande abondance, des bosquets sacrés entourant de superbes kyoums ( monastères bouddhistes) et des pagodes, se faisaient remarquer tout le long de la route. S'il faut en croire le Thanduck-Woun , la ville de Tcholain-miou a été fondée il y a plus de quinze siècles, quand Paghammian était le sié^e du gouvernement et que le souverain birman honorait souvent Tcholain-miou de sa présence.
Menthaguiy, frère de la reine, avait occupé ce poste pendant sept mois , et l'avait abandonné quand l'armée anglaise s'approchait de Pakeng-ych. La population de Tcholain-miou serait, i>elon le lieutenant Trant, de dix mille habitants ; mais ce chiffre nous semble fort exagéré. Le district de Tcholain , gouverné par un musghi, a une étendue d'environ cinq à six cent milles carrés et une population de deux cent mille âmes. Le lieutenant Trant, comparant les pays situés sur les rives opposées du fleuve, remarque qu'il existe entre les deux côtés une différence surprenante.
Du côté est tout est stérile, aride, brillé, surtout dans le voisinage des puits de pétrole; on n'y trouve pas la moindre végétation; à peine un brin d'herbe de loin en loin : du côte ouest, au contraire, terrain fertile , bien arrosé, abondant eu bon bétail, excellents pâturages et tout ce qui peut servir à la nourriture de l'homme et des animaux.
Le sucre extrait du palmier s'y recueille en quantités considérables; on y manufacture également du salpêtre.
Le détachement, après avoir quitté le district de Tcholain-miou , rencontra la ville de Sehdine, à laquelle Trant donne encore dix mille habitants, puis la rivière Maén , qui parait être considérable. On trouva au village de Shœgoun (Changaonn) des Shans de la tribu des Kicaams. L'étape suivante fut À'évinoah, sur les bords du Maén. A deux milles environ de cette dernière étape, après avoir traversé plusieurs fois la rivière, le détachement atteignit le rang de collines le moins élevé de celles qui se lient avec la chaîne Koma-Pakaung, et commença à monter, disant adieu aux
{)laines d'Ava et voyant, déjà dans le ointain, les hauts sommets des montagnes d'Arakân. On retrouva la grande route d'Aeng en parfait état d'entretien, avec des bâtiments de distance pour la réception des pèlerins qui vont faire leurs dévotions à la pagode Shoccotaà ( plus correctement , selon le lieutenant Trant , Shwézetto ). En sortant du djongle , du sommet d'un ghdt escarpe on découvre le Shoccotaà, bâti sur une montagne à pic, très-élevée. La pagode et ses kyaums avaient, selon notre voyageur, uue apparence magnifique, encadrés comme ils l'étaient par un paysage de la plus grande richesse. Le Shoccotah ou Shwézetto est en grande vénération parmi les bouddhistes, comme contenant l'empreinte des pieds de Gaudama, l'une à la base de la montagne, l'autre au sommet. Ces empreintes sacrées sont entourées de balustrades et recouvertes de temples richement sculptés et dorés. Ces temples sont desservis par des paunghis, qui habitent les kyaums au pied et sur le flanc de la montagne.
Les pèlerins qui se présentent devant l'enceinte où se trouve 1 impression du
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pied sacré ne sont admis qu'en payant un droit d'entrée, qui varie de vingt à cinquante 'roupies, selon leur rang. On monte au temple par un escalier de neuf cent soixante-dix marches.
Dans la journée du 21 le détachement suivit le cours de la rivière Maén pendant plusieurs milles, montant pres-
3 ue insensiblement, et, après avoir Irantii une chaîne de collines, entra dans une vallée délicieuse , large d'un mille à peu pies , arrosée par la Maén , avec de nombreuses habitations sur ses rives, occupées en partie par la tribu Kicaam, déjà mentionnée. Un peu plus loin est situé Napeh-mioUi la dernière ville ou plutôt le dernier village birman dans cette direction. Ce village, quoique peu considérable , se fait remarquer par sa situation pittoresque et par sa propreté. Construit sur une élévation , il domine toute la plaine et constitue une bonne position militaire. Il est palissadé et défendu en outre par quelques ouvrages avancés qui ont été évacués depuis la guerre. Le district contient vingt-quatre villages et quatre mille habitants. Ici le lieutenant Trant a recueilli quelques détails intéressants sur les Kicaams. Ils peuvent se résumer comme il suit.
Les Kicaams appartiennent à une race inférieure aux Birmans. Ils sont connus en Arakân sous le nom de Kayengs. Les Kayengs de la plaine différent de ceux des montagnes. Ceux-ci sont indépendants ; ils forment dans les montagnes, sur les frontières de Siam , de Chine et d'Arakân, de petites républiques où la seule trace qui reste du pouvoir souverain se trouve dans la personne dupasse ou clief de leur religion. Ce personnage réside près de la source de la rivière Maô , sur une montagne appelée le Pyou. Ses fonctions de prophète ou de diseur de bonne aventure sont transmises à ses descendants mâles ou femelles. Comme l'écriture est inconnue à ces peuplades, les décisions de ces oracles sont verbales. On les consulte invariablement en cas de mariage ou de maladie, et toute altercation, tout différend, toute dispute leur sont soumis.
Quant à ce que nous avons appelé leur religion, c'est un assemblage de croyances vagues et grossières et de pratiques superstitieuses. Ils adorent sur-
tout un arbre qu'ils appellent sabri, et lui sacrifient (ou sans doute au génie qui fait sa demeure ordinaire de cet arbre sacré) des boeufs et des porcs.
Ils croient néanmoins à la transmigration. Ils n'ont aucune idée de Dieu comme unité, aucune notion de la création. Ils adorent les pierres météoriques ou aérolithes, et les recherchent avec empressement. Leurs idées sur la différence entre le bien et le mal sont des plus étranges. Pour mériter d'être heureux dans une autre vie et que leur âme passe dans le corps d'un bœuf ou d'un cochon, il faut, selon eux, honorer et respecter ses parents-, prendre grand soin de ses enfants et de son bétail; manger beaucoup de viande et se distinguer par l'abus des liqueurs fortes. Ceux, au contraire, qui ne savent pas apprécier toutes les jouissances sensuelles et s'y livrer avec ardeur ne sont pas daines de récompenses futures , et ne méritent que le mépris. Le passive doit donner l'autorisation de sacrifier un animal avant qu'on ait le droit de l'égorger. Quand un Kicaam meurt, cet événement est considéré comme heureux : il y a de grandes réjouissances ; on boit et mange à profusion pour célébrer le passage du défunt à une existence nouvelle. Les femmes ont généralement la figure tatouée , et l'oriine assignée à cette coutume mérite être rapportée. Quand les Tartares conquirent les plaines et chassèrent les Kicaams vers les montagnes, ils leur imposèrent un tribut : à défaut de payement, ils avaient coutume de s'emparer des plus julies filles du pays, qu'on présentait au chef, qui choisissait parmi elles un certain nombre de concubines.
Les Kicaams, voyant leur population femelle ainsi décimée par le libertinage d'un despote étranger et leur tribu menacée d'une extinction complète, déterminèrent leurs femmes à se défigurer par la pratique du tatouage, et elles échappèrent au déshonneur par le sacrifice de leur beauté. A en juger par les échantillons du beau sexe, que notre narrateur vit chez le* Kicaams , la précaution à laquelle ils eurent recours dans les circonstance^ que nous venons d'indiquer, serait aujourd'hui superflue. Quoi qu'il en soit, cette horrible opération n'est
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plus à la mode parmi eux ; les femmes ne se tatouent qu'entre trente et quarante ans, et encore est-ce pour elles seulement une affaire de convenance personnelle, et celles-là, de nos jours, ont recours à cette pratique qui tiennent à se distinguer ainsi de leurs campagnes.
Le détnchement , après avoir quitté le village Kicaatn de Doh, suivit le cours de la Maén, et s'engagea dans les passes des hautes montagnes où cette rivière prend sa sonne. Arrivé au poste de A aong , qui avait été occupé par un piquet birman pendant la guerre, et où il ne restait plus que deux ou trois maisons , on remarqua que la rivière se partageait en deux branches. A dater de ce point, la montée devint des plus rudes , le détachement s'arrêta, au sommet de la chaîne , à une petite stockade, appelée Nariengain , construite snr la ligne de démarcation ent re les deux États. On y jouit d'une vue magnifique. De ces montagnes, en effet, coule la Maén à l'est, Y Aeng à l'ouest; et quand le temps est parfaitement clair on distingue de ce point culminant, Tchedouha, fiamri, plusieurs autres îles et la grande vallée d'Ava, avec une partie considérable du cours de l'Irawaddy.
La grande chaîne s'appelle Komafi Pokong Teoung, et court sur 20° ouest.
Le mont sur lequel Narlengain est situé se nomme Morang Mateng Teoung.
Ici est la passe principale et la grande route commerciale. Le commerce entre Ava et ArakAn occupait autrefois quarante mille personnes tous les ans. Arakiln envoyait des marchandises européennes et indiennes, telles que velours, draps, cotonnades, soies, mousselines, sel, noix d'aruque et autres articles produits dans le pays, et recevait en retour de l'i\oire,de l'argent, du cuivre, du sucre de palmier, du tabac, de l'huile, et des Imites I quees. Ce commerce avait considérablement augmente depuis la
(iaix ; mais l'avènement de Tharawaddy ui porta un coup presque moi tel. Cependant, il paraîtrait que dans ces derniers temps il a repris de nouveau quelque activité. Il faut l'attribuer, en grande partie, a ce que la superbe route construite par les ordres de Mtnderadjee- Prâh (route commencée en 1816, et qui employait seulement cinq cents ouvriers
à sept roupies par mois, pendant les deux premières années , puis sept cents pour l'achever) a été réparée avec soin. On a pourvu à son entretien par une précaution aussi curieuse que judicieuse ; chaque voyageur est tenu de réparer immédiatement, à son passage, le moindre dégât inaperçu par les voyageurs qui l'ont précédé ou qu'il a pu occasionner lui-même. On a aussi construit une nouvelle route, de plus de vingt milles, qui conduit le long de la rivière d'Aeng jusque près de la nier.
Le détachement était encore a M ariengain le 24 à dix heures du matin. Le 25 il atteignait Sarawah, sur les bords de la rivière Aeng , et le 26 il arrivait à sieng, terme de sa marche par terre.
Aeng se trouve donc séparé d'Ava par la distance de vingt-cinq à trente marches , selon la saison. Les avantages de cette communication paraissent considérables, et le lieutenant Trant fait ob>erver, dans son rapport , daté de la rade d'Amherst, le 12 avril 1820, que désormais, en prenant la précaution d'envoyer un mois a l'avance un bataillon de pionniers pour écarter ou aplanir tout obstacle accidentel , la marche d'un corps d'armée par la route que son détachement a suivie ne saurait éprouver aucun retard sérieux.
Depuis l'époque de la petite expédition dont nous venons de rendre compte, l'esprit d'investigation et de recherches ne s'est pas endormi un seul instant parmi les Anglais auxquels leur position a permis d'explorer diverses parties du royaume d'Ava ou de ses anciennes dépendances. Ils ont étudié la géographie, la topographie, les mœurs, les coutumes . les langages ; ont recueilli et comparé une foule de documents historiques; enfin, à l'appui des mémoires qu'ils ont publiés sur ces sujets, d'un intérêt si nouveau , ils ont fut graver ou lithouraphier des cartes, des phns, des dessins d'antiquités, d'objets d'histoire naturelle, des fac-similés d'inscriptions , etc. Parmi ces intelligents observateurs il faut citer les capitaines Bedford, VVilcox, Weufville, le lieutenant Burton , le docteur Mac-Cosh , le colonel Burncv, le capitaine Hannay, et plus tard le docteur Richardson , le docteur Tîellcr, le lieutenant Mac-