‹ Japon, Indo-ChineChapitre 53 sur 101 · SIC · texte numérisé non relu

SIC

I/UMVERS.

nommé thu-gu'i ou rua-thu-gui , le mot rua, prononcé yua, s mm liant village ou hameau.

Aucun des fonctionnaires birmans ne reçoit un traitement fixe. Les principaux magistrats sont récompensés par drs allocations de territoire , ou, pour

Iwrler plus correctement , le roi met à eur disposition le travail et l'industrie d'une portion donnée de la population.

Les officiers inférieursse payent en frais de justice, épices. cadeaux forcés et exactions de toute espèce. Tous sont également avides et corrompus. Le nombre de charges , d emplois inférieurs , de petits gouvernements , de surveillants de toute sorte, est prodigieux. Indépendamment de tontes les charges qui tiennent au

gouvernement du royaume ou au service u palais, chaque lils du roi, chaque reine, chaque membre de la famille ro> aie, a sa cour particulière, où se reproduit, en miniature, le tain et coûteux étalage de dignitaires et de serviteurs de toute espèce. Parmi le grand nombre de femmes ou de concubines entretenues par le souverain, quatre sont ordinairement élevées au rang de reine , qui sont les reines de l'orient , de l'occident, du nord ou du sud, suivant l'appartement airelles occupent dans le palais. Elles affectent dans leur intérieur la même représentation et la même étiquette qui se remarquent chez le roi. Chacune d'elles a son majordome, ses chambellans, ses conseillers , etc.; et le roi assigne à chacun de ces inutiles des revenus sur les villes , les bourgs , les étants, etc. Le fonctionnaire ou favori auquel le souverain alloue ainsi pour son entretien l'exploitation d'un district, d'une terre, etc., est nommé le kyo sa, c'est-a-dire, a peu près mot à mot, le mangeur ou consommateur de ce uistrict, de cette terre, etc. Ce que font les gouverneurs et les principaux magistrats dans les grandes villes du royaume, les mangeurs le font également dans leurs apanages ou fiefs temp< raires. Le mangeur prélève une véritable dîme sur les productions de la terre; il perçoit, en outre, la moitié des

i>roOts que le chef de la vill ou du vilage et le juge qu'il y a établis réalisent dans le jugement des procès ; mais il ne se contente pas de ce gain , et toutes les

fois qu'il veut construire une nouvel!* maison ou réparer la vieille , ou élever quelque pagode ou baos (1), il demande ou extorque de ses vassaux tout ce qui

f>eut être à sa convenance Ceux dont es fiefs sont sur le bord du fleuve <>u de ses principaux affluents prélèvent sur toutes les barques qui passent un droit arbitraire, dont la perception donne naturellement lieu a des abus ou des excès de toute espèce. Depuis quelques armé' s, il paraîtrait que des spéculateurs birmans, de concert avec quelques étrangers, ont établi des sociétés d'assurance contre le pillage des mangeurs, après s'être entendus avec ceux-ci ; en sorte que , moyennant une somme o* ar* gent payée d'avance au point de déport, soit pour monter, soit pour descendre le fleuve, on e^t dispensé de tout péage aux tchokies en présentant sa police. Toutes les extorsions et les vexations que nous venons d mdiqu< r sont peu de chose, à ce qu'on assure, si ou les compare a celles que les mandarins font supporter au peuple (Km • quelques villes, et spécialement a Rangouu, qui est la plus exposée à leurs rapacités, à cause de son eloignement de la capitale et

Sarce que c est un port de mer où l'afuence des étrangers répand une aisance générale, qui n'existe pas dans les autres vilies du royaume. Comme le roi n'assigne aucun traitement aux fonctionnaires publics, et que ceux-ci pour obtenir leurs places ont du faire des dépenses qui s'augmentent chaque année , de présents considérables au roi , à la reine et aux principaux dignitaires du palais-; que d ailleurs ils sont obliges a plus de représentation , à un costume plus dispendieux , et qu'ils entretiennent une suite nombreuse, on comprend faeilementque lessommes nécessairesà toutes ces dépenses doivent ôtre payées par le

Guple , de gré ou de force. Au résumé , ► exigences, les oppressions, les extorsions saus nombre du roi et des gouverneurs et de leurs créatures ou subordonnés sont exorbitautes; et il ne

(i) Mol d'origine (dit-on) portugaise, et par lequel on désigne les couvenb ou monastères de moiues birmans. — Ce sont le* h aongs , kjoung ou kjoums de Crawfurd et autres voyageurs.

INDOCHINE

saurait en fore autrement dans un État dont les finances ne sont alimentées que par des droits mal définis et capricieusement perçus , par des contributions en nature et aes présents; où ii n'existe pas, à proprement parler, d'impôt territorial; où le roi, en -vertu de ses prérogatives héréditaires, dispose à son gré du travail manuel et de la fortune de ses sujets ; et où les dépenses de s agents du gouvernement ne sont soumises à aucun contrôle effectif.

Le système fiscal des Birmans est en effet caractérisé, comme le fait observer Crawfurd, par les imperfections grossières et le même désordre qui sont inhérents à leurs autres institutions. — Toute terre défrichée est considérée, plutôt par l'usage que par aucune loi écrite, comme la propriété du premier occupant. Dans le voisinage de la capitale, ou des autres grands centres de population, les terres peuvent être vendues, achetées ou hypothéquées; maisMa plus grande partie des terres est inoccupée, et dans l'état actuel de la société bir.nane le sol cultivable, au moins en généra), n'est pas plus un objet d'échange que l'eau et l'air que l'on respire. — il n'y a donc dans A va que de petits propriétaires cultivateurs; et si le uvernement ne leur dénie pas le droit propriété, c'est uniquement pour pouvoir exercer dans toute son étendue la prérogative en vertu de laquelle il exige le service des corvées et les contributions en nature ou les taxes extraordinaires. — L'impôt territorial , comme branche du revenu public, n'existe pas dans ce pays. — Les familles des cultivateurs sont soumises à une sorte de capitation qui n'a d'autres règles que le caprice de la cour dans les terres que le roi se réserve, celui des grands feudataires dans leurs apanages , ou des « mangeurs » dans leurs fiefs respectifs. — Les habitants des villes, soit commerçants, suit industriels, sont taxes par familles, exactement de la même manière que les cultivateurs? en sorte que partout l'impôt se prélève sur le capital plutôt que sur la terre, et partout aussi de la manière la plus arbitraire et la plus variable. Crawfurd entre à cet égard dans des détails curieux . pour la plupart desquels nous

sommes forcé de renvoyer a son Journal^ vol. Il, chap. V. — Indépendamment des sources de revenus que nous avons indiquées, le roi perçoit, selon lesd>stricts, desdroits sur les arbres à fruit, sur les pêcheries; sur la sauce de poisson (ngâpi ), condiment favori des Birmans, que nous avons déjà mentionné ; sur la fabrication du sel; sur les œufs de tortue, les nids d'oiseaux; sur l'huile de pétrole ; sur les mines d'or, d'argent, de saphir, d'ambre, etc.; sur ('exploitations des forêts de teck. — Les droits dédouanes, au profit du trésor royal, s'élèvent à dix pour cent sur les importations et à cinq pour cent sur les exportations. — Les courtiers sont, en même temps, essayeurs-jurés, et pavant au gouvernement une taxe d'wn tikal d'argent pur pour chaque soufflet qu'ils emploient — Dans quelques localités la main-d'œuvre est grevée d'une retenue de dix pour cent. -*- Les droits perçus pour l'administration de la justice sont considérable* ; mais ils constituent les honoraires perçus légalement par les officiers de justice, et n'entrent conséquemment p is dans le trésor royal, bien qu'ils doivent être considérés" comme une de ses principales ressources indirectes, puisqu'ils dispensent le gouvernement de payer ces fonctionnaires. — Y.nl'm^ les offrandes faites, deux fois l'an, nu roi par les différentes classes de dignitaires et par les chefs tributaires, viennent grossir la caisse de l'État d'une somme que Crawfurd évalue à environ 12,500 liv. sterl. ou plus de 300,000 fr.

— Le total des revenus royaux en or et en argent est estimé par le même auteur, année commune, à 25,000 liv. sterl. ou un peu plus de 1500,000 francs, somme de beaucoup inférieure , comme le fait observer Crawfurd, au revenu de plusieurs particuliers sujets de la Grande- Bretagne dans ses possessions de l'Inde !

— Un pareil résultat aurait droit de nous surprendre si nous perdions de vue l'étrange et barbare système de gouvernement qui dispense le souverain birman de tous frais d'administration ou même de toutes dépenses autres que celles qui peuvent satisfaire ses goûts particuliers et sa vanité. — S'il faut entreprendre une expédition lointaine; s'il s'agit de construire un palais ou un

temple ; si le roi envoie une ambassade en pays étranger, ou s'il en reçoit une des Rtats avec lesquels il est en relations amicales, tous les frais encourus sont

Invariablement couverts par des contributions extraordinaires, soit générales, soit locales , dont un édit émané du Latd'hau détermine le montant et le mode de perception : en sorte que les contributions payées directement au trésor s'accumulent aux dépens du peuple, et pour l'avantage personnel du prince régnant.

Le roi di s Birmans n'entretient pas d'armée régulière. Tous les hommes en état de porter les armes sont tenus au service militaire, mais non tous de la méjne manière. — La masse delà population nulle est divisée en une multitude de corps de milice, dont chacun a sou chef; quelques- uns sont employés au service des armes a feu , d'autres sont armés de sabres, de lances, d'epieux ; d autres sont archers; d'autres entin, en petit nombre, forment un corps de cavaliers qui combattent avec la lance et le sabre. — Les chrétiens et les Arabes d'Amarapoura et de Rangoun sont exclusivement employés au service de l'artillerie. Indépendamment des petits corps dont il vient d'être question, il y a dans les grandes villes une sorte de garde nationale, dans laquelle il entre plus d'étrangers que de Birmans : ceux qui la composent sont exempts du service militaire proprement dit ; mais, parcompensation, ils sont surchargés de taxes et d'impositions nécessitées par les dépenses de la guerre. — Lu général , ceux qui ne sont point aptes au service militaire, ou qui possèdent quelque fortune, se rachètent au service personnel eu payant une somme d'argent ; et c'est avec cette taxe sur les riches que le gouvernement pourvoit aux besoins de l'armée. — Le roi ne fournit que les armes, qui doivent être religieusement gardées et dont la perte entraîne les plus sévères châtiments. — Tous les hommes, depuis dix sept ans jusqu'à soixante ans, sont admis dans la milice active; mais on préfère ceux qui sont mariés et pères de famille pour avoir dans leurs femmes et leurs enfants autant d'otages, en cas de désertion , de mutinerie ou de rébellion. — La discipline ne se maintient dans les

armées birmanes que par la terreur

qu'inspire la sévérité impitoyable des chefs , de même que l'ordre ne se maintient dans la société civile que par la crainte des châtiments ou des supplices, invariablement marqués du sceau de l'inhumanité.

Nous n'avons dit que quelques mots de la manière dont se rend la justice dans l'empire birman. — Si les délits sont fréquents, les peines indiquées par la loi ou la coutume sont, en général, excessives. Le code birman parait émane en partie du Dharma-Shastra des Hindous ( que les Birmans appellent Dammasat), en partie de coutumes traditionnelles particulières au pays. — Nous nous dispenserons de dérouler aux yeux de nos leeteurs le tableau des atrocités de ce code sanguinaire ou celui des exactions ou des vexations inouïes qui marquent constamment la conduite des magistrats et des fonctionnaires de tous les ordres. — Les indications que nous avons données dans notre' résumé historique ou dans «le cours de cette section suffisent , et au delà , pour montrer combien la législation des Birmans, les formes et le mode d'action de leur gouvernement, nuisent fatalement au développement de la civilisation , an bonheur et à l'indépendance du peuple, au progrès de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. — Nous passerons donc sans autre préambule à I étude générale du caractère national, des mœurs et des habitudes de ces populations a de.ni barbares. — Les principales sources auxquelles nous avons dû; puiser pour tracer celte exquisse sommaire sont : l'ouvrage de Crawfurd , celui du père San-Germano et les articles publiés dans la Revue de COrient par le commandant Leconte, qui, sur le navire de l'Etat la Fortune, a visité Rangoon en 1843. — Nous citerons plus d'une fois textuellement ce dernier, qui a luimême emprunté au père San-G»rmano les principaux détails qu'il a publies.

— Nous aurons soin , cependant, d'accompagner nos citations et nos extraits des éclaircissements ou des notes que les travaux d'autres observateurs nous ont paru rendre nécessaires.

CARACTÈRE birman; PABT1CULABI- TBS ETHNOGRAPHIQUES.

Les peuples ultragangétiques se divisent eux-mêmes en plus de trente branches , qm, a ce qu'ils affirment , se reconnaissent comme appartenant à la même souche, parce qu'elles ont la même conformation physique. Leur taille moyenne est, selon M. Smith (I), de cinq pieds trois pouees anglais; leur poids moyen d'environ cent vingt livres. — Ils sont actifs , charnus , vigoureux , et de formes symétriques. — Les Chinois , les Siamois et les Karinnes sont les plus blancs; les Arakânais, les Birmans et les Pégouans sont d'une teinte plus foncée : les trois premiers sont d'un jaune luisant, les trois autres d'un brun sombre : les autres tribus offrent toutes les nuances intermédiaires. Chez tous ces peuples on remarque un type de conformation plus uniforme que dans la race caucasique; les déviations de ce type sont rares et n'ont pas une grande importance.

Les Pegouans, qui habitent les provinces de Ténassérim depuis l'occupation anglaise, constituent déjà une communauté intelligente et prospère. Quant aux Birmans d'Ava , il ne saurait exister 'aucun doute, dans l'esprit de l'observateur le plus superficiel, qu'ils sont en décadence. — Tandis que leurs voisins de l'Inde, en dépit des entraves des castes, marchent à grands pas vers un meilleur avenir , les Birmans reculent de l'aube de la civilisation dans la nuit de la barbarie, puisent toute leur instruction dans des livres écrits depuis Quatorze siècles , s'extasient avec une admiration puérile sur le savoir et les exploits de leurs ancêtres , acceptent comme des vérités les merveilleux récits de ces hauts faits mensongers , et gémissent stérilement de l'infériorité humiliante de leur ropre condition. Leur gouvernement, lisant bon marché de la vie et du bonheur de ses sujets, décime par la guerre, l'oppression et la misère , des populations déjà épuisées. — Des villes jadis importantes ne sont plus que des villages; les villages deviennent des ha-

(i)A*iatie Journal^ numéro d'avril t fti i . — Arikfa intitulé : Burmnh, et signé Jos. Simili.

meaux, et finissent par disparaître Les communications deviennent moins fréquentes; le paysan, découragé, mais passionnément attaché au sol qui l'a vu naître, attend avec anxiété l'accomplissement de la prophétie qui promet à la nation Mramma le retour de son bonheur passé et de sa puissance, sous une dynastie juste et sage (1).

Les guerres qui avaient régné depuis le douzième siècle, tantôt entre les Shàns et les Birmans, tantôt entre les Siamois el les Pégouans, et plus tard entre ces derniers et les Birmans, avaient déjà ruiné et dépeuplé ces malheureux pays,

Îmand les propensions belliqueuses d Aom-Prâ et de ses descendants donnèrent le coup de grâce à la prospérité de l'empire birman. — Ces despotes, pour accomplir leurs expéditions ambitieuses, enlevèrent aux communes tous les hommes en état de porter les armes :

ils envahirent successivement Siam , Arakân, Assam, Cassay , exterminant les populations qui essayèrent de défendre leur indépendance, si bien que du 93e au 98e degré de longitude, et du cap Negrais au tropique, le pays fut à peu près dépeuplé. Cette vaste contrée n'est guère aujourd hui qu'un immense désert, renfermant dans sa gigautes*

Îue enceinte, les ruines sans nombre e forts et de temples qui marquent les lieux où naguère se pressait une population nombreuse, dont les descendants, maintenant disséminés en maigres groupes sur les bords des magnifiques rivières qui arrosent et fertilisent celte terre désolée , ont perdu l'esprit entreprenant et la valeur aventureuse qui la rendirent, pendant des siècles , la terreur des pays voisins. — Ils n'ont conservé de l'ancien esprit national que la vanité , l'entêtement et cette inquiète, turbulence qui les a de tout temps caractérises. Ces peuples dégénérés s'engagent rarement dans une entreprise qui demande une grande application mentale; leurs livres sur la religion et les sujets scienti-

(c) Une tradition fort répandue parmi les Birmans annonçait que le leutlêw» roi de la dynastie fondée par Alum-Prà srrait remplacé par un prime d'une sagesse surnaturelle, et dont la domination s'étendrait <ur toute \'iU

tiuSuH

sur le

entier.

L'UNIVERS

fiques sont des traductions du pâli. Ils n'ont aucune notion de la perspective : leurs dessins sont tous de profil. Leur poésie nationale se borne à des odes et a des chausons d'amour et de guerre; les grands poèmes qu'ils possèdent ne sont que des paraphrases des poèmes épiques des Hindous. Leurs connaissances en musique sont très- restreintes.

L'anatomie est chez eux dans lenfance.

Ils n'ont aucune idée de la chimie, et croient à la transmutat'Oii des métaux.

D'un autre côte, cependant, ils ont quelques notions de physiologie végétale, et reconnaissent les sexes des plantes ; ils travaillent l'or avec infiniment de godt ; ils tissent des dessins compliques, qu'il a été difficile d'imiter même en Angleterre: ils peuvent sculpter le bois avec assez d'adresse : mais en somme ils n'atteignent la perfection ou même la médiocrité dans aucun art qui exige l'habileté de la main; et les produits de leurs manufac tures étaient beaucoup plus parfaits à l'époque de nos premières relations a\ ec ce pavs qu'ils ne le sontaujourd'hui.

Un prêtre italien fort instruit, qui a passé de longues années chez les Birmans, et qui a vécu dans leur intimité (le père San-Germano?), prétend « qu'ils ne peuvent être gouvernés que par le fouet ». Nous ne cherchons pas a nous faire illusion sur les défauts ou même les vices d'un peuple que son organisation sociale tend a dégrader et a démoraliser, au lieu de développer ses bons sentiments et son intelligence ; mais nous croyons très-sincèrement que le ministre de l'Evangile qui a jugé les Birmans avec tant de sévérité n'ava«t pas assez tenu compte des habitudes oppressives , corrompues, .de l'injustice, de la cruauté du gouvernement qui régit cette population à demi civilisée et lui donne l'exemple de tous les excès , de toutes les mauvaises passions. L'État a recours à la force dans les moiu ires cas d'opposition, car les lois sont conçues dans un espri t de vengeance, et la punition est considérée comme la juste conséquence de toute résistance. Les Birmans cependant ne sont pas moins sensibles à un traitement humain , ni plus sourds à la voix de la raison, que les habitants des contrées les plus civilisées de l'Europe; comme les autres hommes ils souffrent impatiem-

ment la tyrannie , et se vengent de tout acte de violence personnelle toutes les fois qu'ils peuvent le faire impunément : mais, par suite du peu de protection que les lois accordent aux faibles, et de la sauvage dureté de leurs supérieurs, ils se soumettent fréquemment à leur sort sans se plaindre, endurant les plus cruelles tortures avec la même grandeur d'âme, le même mépris de la douleur qu'un Indien de l'Amérique du Nord dans le camp de ses ennemis. Ici , toutefois, la ressemblance s* irrète : le Birman ne possède ni le noble front ni le calme maintien de l'Indien ; sa physionomie est sans intelligence; sa bouche est grande et sensuelle , ses den'S proéminentes , son nez plat. En résume, le type national est d'une extrême vulgarité , et d'une telle roideur que les passions les plus violentes ont à peine le pouvoir de le détendre. Sous un autre rapport le parallèle peut se soutenir : si le sauvage de l'Amérique est vain de sa personne et des colifichets brillants qui ornent son costume, le Bi rman ne l'est pas moi ns de ses f ormes athlétiques, et de son riche potso de soie. Cette vanité immodérée se retrouve dans toutes les actions de la vie qui lui permettent de la déployer; mais c'est surtout à la cour d'Av,i qu'elle se fait remarquer. Il y règne une affectation de supériorité dédaigneuse à l'égard des autres nations qui aveugle le jugement des seigneurs birmans et les porte à une réserve ridicule , qui semble craindre à tout moment de se compromettre par quelque acte ou quelque expression de politesse ou d'amitié.

Cet orgueil, causé pnr la contemplation incessanlede sagrandeurextraordinaire, conduit la dynastie régnante a adopter en toute occasion, dans ses rapports avec les autres gouvernements, un ton de hauteur et de mépris des plus offensants pour les Européens. Les qualifications outrées réservées à la famille royale sont reproduites à chaque instant. Le roi ne reconnaît point d égal ; il appelle l'empereur de la Chine lui-même son royal ami, sedonnanten même temps letitrede souverain de l'univers. Dans les instructions remises aux ambassadeurs , que le feu roi envoya à la cour de Cochinchine, il leur était enjoint de répondre dans les termes suivants aux questions qui pour-

LN DO-CHINE

raient leur être adressées sur la cour de leur maître : « Semblable au roi des anges, qui règne dans Thou-da thana, sur le sommet du mont Meinmou, et réside dans le palais de Weydza-yanta , je siège dans l'un de mes cent palais dorés, resplendissants de l'éclat des neuf espèces de pierres précieuses, etc. • Cette vanité, qui ne se contente que du titre de souverain de l'univers , et qui compare le palais de bois de la capitale birmane à la demeure céleste d'une divinité , n'a cependant pas , comme on Ta cru généralement, sur l'assertion de Crawfurd, déterminé les historiographes birmans à représenter leurs désastres récents et le tribut qu'ils ont payé aux Anglais, comme des victoires et des présents de la munificence royale destinés à défrayer la dépense de la retraite de leur ennemi. Au contraire, les archives de l'État, qui ont été lues par plus d'un Européen , racontent avec une grande exactitude les principaux événements de la campagne. L'anecdote suivante, qui a quelque rapport avec ces événements , peut servir à mettre dans tout son jour un des traits les plus saillants du caractère birman :

Bandoula , le général qui commandait les forces opposées à l'armée anglaise, et qui fut tué à Donnabew, commença sa carrière publique en qualité de lubesdau , ou gentilhomme de la chambre, dans le palais du roi a A va. Il •conserva ce poste jusqu'à l'âge de trentesix ans; tantôt pauvre, tantôt riche; aujourd'hui mettant en gages ses boucles d'oreilles d'or pour acheter de quoi manger, et demain fouillant les boutiques des marchands étrangers pour se procurer les plus riches soieries et les plus fines mousselines- Comme les autres courtisans de bas étage , il était continuellement en querelle avec ses camarades; mais, soit que dans le voisinage immédiat des appartements royaux il se montrât plus circonspect, soit que le rot ne daignât pas s'apercevoir de sa turbulence, il est certain qu'il n'avait jamais entendu son nom prononcé par les lèvres (for, même pour lui adresser un reproche. Se sentant fait pour quelque chose de mieux que le rôle monotone d'un simple page, il rêva aux moyens d'attirer l'attention de son maître, et se

II« Livraison. (Indo-Chinh.)

résolut enfin à occasionner un grand tumulte dans le palais, sous les veux même du roi. Tout bien balancé dons son esprit, il lui paraissait préférable de risquer sa vie dans une aventure de ce enre que de continuer à végéter dans intolérable nullité où il languissait de-

{)uis tant d'années. En conséquence , le endemain matin , se trouvant dans l'antichambre, avec un seul compagnon qui partageait avec lui l'honneur d'être de service auprès du roi, il le saisit tout à coup par les cheveux , et se mit à le frapper de toutes ses forces. Les cris de la victime attirèrent sur les lieux un grand nombre de serviteurs effrayés , qui arrachèrent le malheureux courtisan dos mains de son assaillant, et les conduisirent tous deux devant le roi. La cause du tumulte fut promptement expliquée, et l'accusé attendait sa sentence, quand le « royal grand-père (1) » appelant i\ga- Phyew par son nom , lui demanda pourquoi il avait attaqué son compagnon. — « Uniquement, répondit Nga-Phyew, pour entendre mon nom prononce par les lèvres d'or de Votre Majesté! » Le roi , comme on le pense bien , fut frappé par la singularité de l'excuse que faisait valoir le jeune homme, et sa vanité n'étant pas à l'épreuve de la flatterie ridicule de son serviteur, il lui pardonna sur-le-champ, loua son courage, et l'admit dans son intimité. Le vieux roi, qui jugeait, dit-on, d'une manière infaillible le caractère de ceux qui l'approchaient , découvrit bientôt le mérite de Moung- Phyew (2) ; et, voyant que son penchant l'entraînait vers la vie militaire, il lui confia le commandement de la pre nière expédition qui fut envoyée au dehors. Il s'i n acquitta si entièrement a la satisfaction de son maître, qu'il fut employé dans toutes les expéditions suivantes. Lors de l'invasion du pays par les Anglais, le roi alors régnant choisit Bandoula pour conduire son armée contre les étrangers blancs. Il était assis à dé jeûner en dehors de la ville de Deunophyew,

(1) Mendaraguy, le grand-pere des deux derme» rois, nVst connu des Birmans que sous le nom de Phan*ian, ou « lero>al grandpère ».

(2) tferit ainsi, celte fois, par M. Snitb, auquel nom empruntons cette anecdote.

L'UNIVERS

Suand un obus parti du camp de sir Camp* eli vint éclater près de lui, et priva le royaume du seul homme capable de se mesurer a vee les A nglais ( I ). La personne de qui M. Smith tenait ce récit remarquait qu'on aurait pu raconter quelque chose d'analogue sur chacun des officiers du palais : préférant le changement , à

auelque prix que ce fût, à la monotonie e la vie de cour, ils mènent une conduite désordonnée, jusqu'à ce que la patience de leur maître soit épuisée et qu'il se soit débarrassé d'eux par l'avancement, la disgrâce, ou la mort. Dans les classes inférieures , cet esprit inquiet, ce goût inné du changement, se manifestent par l'adoption d'une vie vagabonde. On voit les Birmans aller d'une ville dans une autre, ici porte-faix, là charpentiers, bateliers ailleurs; puis ils retournent chez eux pour recommencer au bout de peu de temps de nouveaux voyages.

La vivacité des Birmans se remarque dans leur conversation ; ils parlent de bagatelles avec le même entrain, le même intérêt que les peuples des autres pays en mettent à discuter les événements les plus importants. 11 faut malheureusement ajouter, pour être juste , qu'ils assaisonnent leurs discours des mensonges les plus renversants, qui ne font qu'exciter le sourire; car le mensonge n'est pas tenu chez eux à déshonneur; au contraire, c'est un axiome de vanité nationale que d'affirmer que les Birmans sont sans égaux dans leur adresse à cacher la vérité ! La sincérité et la franchise leur sont inconnues ; l'expérience leur apprend de bonne heure à fore prudents, et ils pratiquent la dissimulation dans toutes les actions de leur existence. Heureux ou malheureux, leur physionomie ne trahit ni la joie ni le chagrin ; questionnés sur le sujet le plus insignifiant, ils vous font une réponse indirecte. Leurs promesses sont vaines, leurs protestations d'amitié sont sans valeur; ils ont recours à la ruse et à la fraude, comme à des moyens légitimes d'arriver à leurs fins, et ils les regardent comme si nécessaires, que l'homme qui ne saurait employer ni l'imposture ni le stratagème pour attein-

(i) Voir p. note, l'opinion de Crawfurtl ii cet égard.

dre son but passerait à leurs yeux pour un imbécile. A l'exception des villages isoles, à de grandes distances dans l'intérieur, on trouve chez tout le peuple absolument le même degré d'instruction ; cela s'explique par ce fait, que tous les Birmans passent par la même routine d'instruction primaire. Cette éducation nationale, dirigée exclusivement par les prêtres bouddhistes, embrasse la lecture et l'écriture birmanes, et les premiers éléments du pati, eiposés, à l'aide de quelques anciens livres, qui traitent de l'histoire des temps héroïques , et où le texte original est accompagné d'une traduction interlinéaire en birman. Les écoles n ayant pas de revenus directs , les prêtres sont dans la dépendance du peuple, dont les offrandes volontaires défrayent leur nourriture et leur habillement ; mais l'usage a imposé aux parents l'obligation de pourvoir aux dépenses de l'école dans laquelle leurs enfants sont élevés. Un grand nombre d'écoliers forme, par conséquent, le meilleur revenu de la communauté , ce qui explique l'énergie avec laquelle les Pounghies exhortent les parents à envoyer leurs enfants à l'école, dénonçant ceux qui négligent ce devoir comme les ennemis de la religion. Pris en corps , les prêtres birmans ne le cèdent pas au clergé de bien des pays plus civilisés, par l'extrêmesimplicité de leurs habitudes et leur conduite exemplaire. N'existant, comme nous venons de le remarquer, que par les dons volontaires du peuple, il est de leur intérêt de mener une vie irréprochable ; leurs sermons sont en général à la louange de la charité. L'exemple des saints et des rois qui ont renoncé au monde et légué leurs richesses à l'Église est le thème ordinaire de leurs pieuses déclamations, et ils ont soin d'appeler sur ce sujet les méditations de leurs ouailles.

Quoique les prêtres soient si diffus sur la charité , sur ses mérites et sur les récompenses que le ciel lui réserve , ils ne négligent pas l'enseignement des doctrines générales de Godama. Le clergé se rassemble quatre fois par an dans ses collèges, et explique les dogmes de leur sauveur et de ses saints , insistant avec une prolixité pardonnable sur

leur humilité, leurs souffrances , et leur résignation dans les épreuves auxquelles ils furent exposés. Les persécutions qu'ils ont subies, telles que nous les trouvons détaillées dans les historiens bouddhistes, sont de nature à nous rappeler d'une manière frappante les douleurs et les maux des premiers martyrs de l'Église chrétienne. L'analogie ne s'arrête pas là : si nous jetons Tes

Îeux sur l'époque où fut établi le boud hisme, nous voyons le fondateur de cette religion , né de l'immaculée vierge Maya (au figuré, l'imagination créatrice par laquelle l'Être-Supréme à fait toutes choses), enseignant l'unité de Dieu, l'horreur de la discorde, de l'ingratitude et de l'intempérance , et la félicité qui accompagne une vie de piété et de bienfaisance. La ressemblance entre les formes extérieures de leur culte et celles observées dans le rite catholique n'est pas moins remarquable. Le célibat des prêtres, leur séparation du peuple, le costume qui les distingue, leurs cierges, leurs processions , leurs rosaires , leurs offrandes et leurs images caractérisent l'une et l'autre religion ; mais (es doctrines bouddhistes telles qu'elles sont expliquées de nos jours, sont défigurées par de nombreux commentaires, et uo panthéisme mystique a pris la place du culte primitif/Cependant , si déchue ou si dénaturée que soit la religion de Sakya-mouny^ elle apprend encore que l'existence sur la terre conduit à un état de repos dans lequel l'individualité n'est pas détruite ; que les animaux participent à cette immortalité par la transmigration des âmes , et elle défend le meurtre, le vol, l'adultère, l'ivrognerie, et toutes les mauvaises passions.

Au nombre des habitudes vicieuses auxquelles les Birmans sont particulièrement enclins, il faut malheureusement placer l'usage de la pipe à opium et les jeux de hasard. Le premier de ces vices ne se rencontre guère cependant que dans les hautes classes, tant parce qu'il en coûte beaucoup pour satisfaire ce goût dépravé que parce que le cigare est en grande faveur parmi l'immense majorité des Birmans. Ceux chez qui ces passions sont développées bravent les punitions sévères établies dans le but de Jes supprimer. On trouve, en général,

le goût de l'opium et celui du jeu réunis dans le même individu ; car le joueur cherche dans l'opium l'oubli de ses pertes, et y puise un courage factice qui le rend insensible à son désastre. Le fumeur d'opium de profession se trouve dans toutes les parties du pays , errant de ville en ville , tantôt célibataire, tantôt marié ; l'époux d'un grand nombre de femmes et le père d'une multitude d'enfants. Vous le voyez aujourd'hui avec un potso de soie à trente raies ; il a dans chacune de ses oreilles un rouleau de feuilles d'or d'un pouce de diamètre et porte à ses doigts des bagues de rubis enlevées sans doute à quelque riche veuve qu'il aura entraînée dans un mariage temporaire. Un mois plus tard vous le trouverez dans une partie éloignée du pays , en compagnie d'une troupe de musiciens : ses bagues ont disparu de ses doigts, et ses oreilles ont

Kur tout ornement un bouchon de is; mais sa parole aisée et facile et la grâce avec laquelle il joue de la harpe ont déjà attiré l'attention d'une jeune femme dont les bagues et les bracelets seront bientôt en sa possession (t). 11 y a cependant , selon Smith , une foule de personnages du plus haut rang qui se livrent à l'usage de l'opium avec tant de mystère et de précautions , qu'ils n'éveillent jamais les soupçons du monde (2).

L'arrak paralyse les forces physiques et

(r)Les habitants de Sboev-daw et de Prome sont remarquables pour leur facilité d'élocution et la pureté de leur prononciation : ils out dans tout le pays la réputation d'être grands coureurs d'aventures, fumeurs d'opium et libertins.

(a) Cette opinion sur l'extension qu'aurait

1>rise chez les Birmans l'habitude de fumer 'opium n'est pas partagée par plusieurs observateurs dignes de foi : le docteur Helfer, dans son rapport sur Ténassérim inséré dans le Journal de la Société Asiatique de Calcutta de décembre 1839, fait observer que les Birmans sont généralement d'une tempérance remarquable , qu'ils font très-rarement usage de spiritueux , que quelques-uns seulement sont adonnés à la pipe à opium, et que la réputation de fumeur d'opium est considérée par la grande majorité de la nation comme dégradante. — Il y a d'ailleurs des raisons, que nous avons déjà indiquées , qui doivent faire supposer que le vice dont nous parlons

L'UNIVKRS

engourdit Pintelligeuce; mais l'opium,

Quoiqu'il affaiblisse 1 > corps , n'a pas d'ef- :ts visibles sur l'esprit, quand on en use avec modération ; ils ont donc recours de préférence à l'opium , comme un moyen d'excitation qui ne se trahit pas extérieurement. Un Birman auquel on re-

Srochait l'usage immodéré qu'il faisait e cette drogue se défendait avec beaucoup d'adresse : « Je peux, dit-il, me servir de mes mains comme je l'ai toujours fait, et je puis exprimer mes pensées dans le langage habituel ; mais l'opium éveille en moi d'autres facultés, d'autres sensations, oui sont indépendantes du corps et de 1 esprit qui n'exercent pas d'influence sur eux, et qui ne leur sont pas soumises. » Quoique l'opium soit un article de contrebande, il pénètre dans toutes les parties du royaume, ainsi que toutes les liqueurs d'fcurope,que les personnages de haut rang boivent avec avidité, bien qu'ils ne veuillent pas se briller le gosier avec de Parrak. Un officier qui visitait un des États Shan's , si éloigne et si isolé que , dans un voyage de dix jours, il n'avait rencontré qu'un voyageur sur la route, trouva le prince parfaitement capable de disserter sur le bouquet délicieux du Cherry brandy, la seule importation anglaise qui lui fût connue sous son véritable nom! — Quant à la passion drj jeu, elle est indigène parmi toutes les nations indo-chinoises ; le père la transmet à son fils, plus développée que tout autre penchant héréditaire.

Les courses de chevaux et de bateaux rt les combats de coqs sont les amusements favoris des rienes ; les cartes et le jeu des fèves , ceux des pauvres. Ce dernier jeu est permis par l'État, qui autorise les chefs des villes et des villages à tirer un petit revenu des sommes gagnées sous le hangar qui sert de maison de jeu publique et est situé en général à quelques pas en avant de la cour de justice !

Le jeu se joue sur une petite plate-forme d'argile battue, avec de grandes fèves noires. Les deux partis mettent pour enjeu un nombre égal de fèves qui ont une

ru- peut pas faire de grands progrès chez un peuple aussi pauvre et aussi simple dans ses habitudes cpie l'est celui-ci.

certaine valeur convenue; ces fèves son! placées sur un même rang, à un intervalle de deux pouces et vis-à-vis les joueurs, oui visent à quinze pas avec une fève placée sur la paume de la main gauche et lancée avec l'index de la main droite. Chaque joueur ramasse ce qu'il a touché, et à la Cn de la partie doit racheter ce qui lui manque de son enjeu.

— Le jeu du ballon est aussi l'un de leurs passe-temps favoris ; mais la manière de jouer diftère de la nôtre, en ce que les loueurs doivent chercher à tenir le ballon constamment en l'air et ne pas lui permettre de toucher la terre. Six ou sept hommes se placent en cercle ; le ballon , fait en osier, est jeté à l'un des joueurs, qui le frappe soit de la plante du pied , soit du talon , soit du genou ; le ballon rebondit vers un autre joueur, qui le lance à son tour : sou élasticité et I adresse des joueurs sont telles, qu'il est surprenant de voir avec quelle rapidité il passe de l'un à l'autre. Le plus grand mérite du jeu consiste à varier indéfiniment la manière de frapper le ballon ; tantôt à la recevoir avec la plantedu pied, tantôt avec le talon , avec le genou , la hanche , le dos , Porteil. — Les joueurs conservent au milieu de leurs jeux la plus parfaite bonne humeur et une apparente indifférence à la perte ou au gain, leur orgueil ne leur permettant pas de trahir leurs émotions en public. Ils ne s'éveillent de ce monde imaginaire où les a plongés l'excitation du jeu et la fumée de l'opium que lorsque, rentrés chez eux, les reproches de leurs femmes, retentissant à leurs oreilles pendant des heures entières , les rappellent aux réalités de la vie. Us reprennent alors leurs occupations ; et comme on trouve partout du travail et les vivres à bon compte , leurs familles jouissent bientôt de l'abondance et du bien-être ; mais le besoin irrésistible d'émotions les entraîne derechef vers la boutique d'opium et la maison de jeu , jusqu'à ce que de nouveaux désastres les forcent à reprendre leur rude labeur.

Les Arabes de Mascate et de Bassora et les Persans du golfe Persique furent les premiers marchands qui trafiquèrent avec les Birmans; les Arméniens et 1rs gens de Surate suivirent leur exemple : mais les. Arabes et les Persans du golfe

IN

n'en continuèrent pas moins à monopoliser, pour ainsi dire, le commerce de ce pays jusqu'à l'arrivée des Portugais , qui paraissent y avoir fait un trafic trèsconsidérable vers le milieu du seizième siècle. Pégou, Siriam et Martaban, étaient à cette époque des cités populeuses , entrepôts des plus riches produits des deux continents; elles excitaient l'admiration des étrangers par Tordre et la sécurité qui y régnaient. Les Portugais établirent des comptoirs sur beaucoup de points de la cote, et absorbèrent bientôt presque tout le commerce; mais leur conduite turbulente et tracassicre ne tarda pas à créer une impression qui leur fut défavorable : ils se montrèrent insolents comme des vainqueurs, intriguèrent avec les indigènes et encouragèrent même la révolte. Cette conduite donna lieu à la proclamation de divers règlements hostiles aux étrangers européens et nuisibles à l'extension du commerce ; le gouvernement , toujours disposé à se méfier des étrangers et à juger leur conduite avec sévérité , vit dans les allures impérieuses et factieuses des Portugais l'indication de dangers qui menaçaient sérieusement l'intégrité de l'État. Les Arabes , d'un autre côté, entrèrent en relations intimes avec le peuple, et flattèrent la vanité nationale en apprenant la langue du pays et en se choisissant des femmes parmi les indigènes : en conséquence, quand la puissance des Portugais commença à décliner dans l'Inde , la nouvelle de leurs désastres fut accueillie avec joie, et le gouvernement, saisissant l'occasion qui s'offrait à lui de se venger avec impunité, imposa à leurs spéculateurs des restrictions etdes charges de t ou te espèce, dont la conséquence fut la ruine de leur commerce , qui tomba de nouveau entre les mains des mahométans. Peu de temps après , les Anglais et les Français, dont les navires n'avaient visité ces côtes qu'à de rares intervalles, commencèrent à fréquenter les ports de ce royaume, et finirent bientôt par y affluer : se méfiant toutefois , non-seulement des indigènes, mais les uns des autres, ils construisirent des comptoirs uniquement destinés en apparence à l'emmagasineroent de leurs marchandises, mais ils eurent soin de les entourer de fortifica-

tions pour se mettre en état de repousser les aggressions que leur conduite provoquait sans cesse. C'est ainsi , comme nous l'avons déjà fait remarquer, qu'à l'époque ou les Birmans et les Pégouaus se livraient la guerre la plus acharnée, ces spéculateurs rivaux, excités par l'espoir du gain, et toujours prêts à favoriser la mésintelligence parmi les nations avec lesquelles ils trafiquaient , se mêlèrent à la lutte , les Anglais prenant en général le parti des Birmans , les Français venant en aide aux Pégouans. Mais leur assistance incomplète et leurs intrigues continuelles contribuèrent seulement à prolonger la guerre et à faire couler plus de sang humain, sans conduire à aucun résultat décisif. Nous avons vu comment cette conduite des Européens amena la ruine momentanée de leur commerce, et laissa dans l'esprit des populations l'impression la plus défavorable. L'invasion anglaise, provoquée par les Birmans eux-mêmes , et dirigée avec la sagesse et la supériorité intelligente qui caractérisent aujourd'hui les expéditions européennes, a contribué puissamment par ses résultats à modifier l'opinion des indigènes à l'égard des peuples .occidentaux. Les races indo-chi noises acquièrent maintenant de jour en jour des notions plus exactes sur le caractère européen, et commencent à comprendre que leur indépendance et leur Bien-être augmenteront en proportion de l'influence que notre civilisation, nos sciences, notre industrie, nos théories gouvernementales, exerceront sur leurs destinées.

L'avenir de l'Indo-Chine est lié désormais à cette influence, dont le progrès inévitable sera l'ouvrage du temps.

COSMOGRAPHIE BIRMANE; TEMPS AN- TE • HISTORIQUES ; niSTOIRE AN- CIENNE ; RELIGION.

Les Birmans , comme toutes les nations de l'extrême Orient, font remonter leur histoire à une antiquité fabuleuse : leurs annales commencent par l'exposition d'un système cosmographique , em-

Srunté en grande partie aux Hindous, et ont nous devons donner une idée.

La durée d'un monde, disent-ils, se partage en quatre périodes de longueur égale. Pendant la première période le

LIWiVERS.

monde est habité, pendant la seconde il est détruit par le teu , pendant la troisième il est a Tétat de chaos , pendant la quatrième, enfin , une nouvelle création commence et se complète par le moyen de l'eau. — La durée de la période caractérisée par la présence des êtres vivants est déterminée par soixante-quatre augmentations et diminutions successives de l'âge qu'atteignent les diverses générations : dans une de ces phases la vie de l'homme est de dix ans seulement ; dans la seconde , de vinçt ; dans la troisième de quarante, et ainsi de suite en progression géométrique jusqu'à ce que la vie humaine atteigne à un a-thenkyè ( ou a-sen-kyé ), nombre qui exprime plusieurs milliards d'années; elle décroit ensuite dans la même proportion, pour revenir à dix ans. Cette période de vie croissante et décroissante, appelée a-yan-kat, répétée soixante-quatre fois, forme une période intermédiaire, anta-ra-kat, à l'expiration de laquelle le monde est détruit de nouveau par le feu , passe de nouveau à l'état de chaos, est vivifié de nouveau par l'action de l'eau et habité comme par le passé.

Soixante-quatre périodes intermédiaires forment une période quaternaire, ainsi désignée parce que quatre de ces périodes forment une grande période, ma-ha-kat, ou révolution complète de la nature. Dans la grande période, a laquelle nous appartenons, onze des soixante-quatre révolutions de la vie humaine sont terminées et nous sommes au commencement de la douzième. Chaque période est marquée par l'apparition d'un être royal, surnaturel, quoique né de parents mortels : onze de ces êtres surnaturels ont , conséquemment , déjà paru. Au dernier de ces onze a succédé une dynastie de vingt-huit rois, qui ont vécu , comme lui , des milliards d'années et ont régné dans les pays nommés Kak-t'ha-wadi ( Kak-sa-wati), Hazagaya ( Hadja-gaya) , et Miteta (Mifhita). A ceux-ci ont succédé cent rois, qui ont régné en Kak-tha-wadi seulement. Après eux 1rs Birmans ne comptent pas moins de vingt-deux dynasties, qui ont régné sur différents pays, parmi lesquels on peut facilement reconnaître plusieurs noms hindous, tels que Hastipoura , Madura, etc. Le nom-

bre total des rois qui ont régné ainsi jusqu'aux temps de l'apparition de Gaw ta-ma (Godama), ne serait pas moindre de trois cent trente-quatre mille cinq cent-soixante-neuf! Sans nous arrêter davantage sur cette chronologie fantastique, nous remarquerons que la date probable, la plus ancienne, des temps historiques que les Birmans font entrer dans leur propre histoire est le commencement de l'ère établie par Jndjana, grand-père de Godama, et dont la première année correspond à l'année 69J avant J.-C. La naissance de Godama est fixée par les Birmans et autres bouddhistes à l'année 68 de cette ère , et sa mort ou son passage à l'état de nibban (1) (nirpon en siamois , correctement en sanscrit nirvana) eut lieu, selon eux, quatre-vingts ans après; cette date corres-

S>nd à l'année h44 avant J.-C. Le pays de odama est ordinairement appelé par les Birmans Kapilawat ( Kapita- tVarta) , mais aussi Makata, ce qui est certainement le Magad'ha des Hindous ou le Bérar moderne. La dynastie de Kapilawat s'éteignit par suite àe l'abdication de Godama. Six rois régnèrent après lui dans un pays appelé, par les Birmans, Kadjagaya, et chacun d'eux tua son propre père ! Cette famille de parricides fut détruite soixante-douze ans après la mort de Godama , par le premier ministre du sixième souverain. Ce dernier personnage était né à IVithati, aujourd'hui le petit État de Diaintya, sur les frontières du Bengale, ou il établit le siège de son

(t) Le terme nirvana ne signifie pas, comme on l'a souvent affirmé, annihilation, mais bien calme profond. Dans son acception ordinaire, comme adjectif, il signifie éteint, comme un feu qui cesse de brûler : couché, comme un astre qui disparaît sous l'horizon, etc. — Son élymologie >ient de la préposition w'r, employée dans le sens négatif, et de va, « souffler comme le veut ;■> il exprime l'absence de toute agitation. — La notion qui se rattache le plus naturellement à ce mot est celle d'une apathie complète, d'une sorte d'extase imperturbable. C'est l'état le plus heureux auquel, selon les Indiens, l'homme puisse aspirer. — On ne saurait même comparer l'état de nirvana qu'à un profond sommeil extatique ou magnétique, qui repose l'âme sans l'anéantir, comme le sommeil naturel repose le corps.

INDOCHINE

gouvernement. On le regarde comme escendu de Godama dans la ligne féminine. Son Bis Kala-sau-ka, dans la dixième année de son règne , et cent ans après la mort de Godama, assembla tous les savants du pays, et se Ut exposer par eux tout ce que l'on avait pu recueillir des doctrines de Bouddha ; car H n'existait encore aucunes écritures. Cette assemblée est connue des Birmans sous le nom de deuxième concile; le premier ayant eu lieu trois mois après la mort de Godama. De cette époque jusqu'à l'année 289 av. J.C., c'est-à-dire en quatre-vingt-trois ans , on nomme douze princes qui ont régné en Withali; le dernier de tous, Sri-d'hama-sauka, est cité comme un personnage de grande piété, ce qui ne l'empêcha pas d exterminer la famille de son père. 11 étendit sa domination au loin , éclaircit tous les points importants de la doctrine religieuse; ne construisit pas moins de quatre-vingt-quatre mille temples et quatre-vingt-quatre mille monastères, et soutint par ses libéralités soixante mille

!>rétres! Ce fut le fils de ce pieux réormateur qui établit le siège du gouvernement à Prôme, comme nous allons l'expliquer.

La première ville dont il soit parlé comme capitule des Birmans est Pri, ou Prôme, anciennement appelé Sarè fretta -va et Rasé-myo, et qui aurait été fondée 443 ans avant J.-C; c'est-à-dire, selon les Birmans, cent quarante-six ans après le commencement de la mission de Godama et cent ans après sa mort. Pendant cent quarante-deux ans, ou jusque vers 30! avant J.-C, le souverain paraît avoir résidé tantôt à Prôme, tantôt à Withali ou Djintya, également appelé Madjima. Eu cette année 301 Prôme devint définitivement le siège du gouvernement, et depuis il n'est fait aucune mention de Madjima. Cela eut lieu sous le règne du fils de D'hamasauka, roi de Withali , que nous avons mentionné, il y a un instant. C'est à cette même année que Crawfurd rapporte le commencement de l'histoire authentique des Birmans et aussi l'introduction du bouddhisme parmieux (l).

(i) Le colonel Rurney, d'après le Iroisième volume des chroniques birmanes, a donné dans

Prôme demeura pendant quatre siècles (moins cinq ans) capitale du royaume, et durant cet espace de temps on compte vingt-quatre rois qui auraient ainsi régné, en moyenne, de seize à dix-sept ans. Depuis que Prôme a cessé d'être la résidence royale jusqu'à nos jours - il s'est écoulé mille sept cent cinquante-cinq ans, et dans le cours de cette période il parait que les souverains birmans ont changé neuf ou dix fois le siège de leur empire , dont huit fois, au moins, pendant les cinq cent cinquante dernières années.

Treize ans après la mort du dernier roi de Prôme, une nouvelle dynastie, fondée par le neveu de ce souverain, bâtit la ville de Pagan, où elle régna pendant près de douze siècles. Cin-

3uante-cinq princes composent cette ynastie, et la durée moyenne, assez élevée, de leurs règnes (de vingt et un à vingt-deux ans), aussi bien que l'étendue des ruines de Pagan et leur importance, doivent nous faire présumer que le pays birman a joui pendant cette longue période de la tranquillité relative et des ressources que supposent ces monuments, d'une civilisation assez avancée pour la phase sociale à laquelle ils appartiennent. C'est à cette même période que se rapportent les importants événements que nous allons indiquer.

En l'année 386 de J.-C. un prêlre birman , nommé par ses compatriotes Bouddha Gautha ou Causa , rapporta de Cejlan une copie des livres bouddhi-

3ues. Ces saintes écritures n'étaient onc pas connues des Birmans à cette époque, ou ne l'étaient qu'imparfaitement. Cela ne prouve en aucune façon que les doctrines bouddhistes n'eussent

f>as été introduites antérieurement dans e pays; mais les formes du culte éprouvèrent probablement dans ce temps quelque importante modification ; et en

le Journal de la Société Asiatique d» Bengale, volume Y, p. a57et suivantes (i836 ), une noie sur les émigrations de l'Inde centrale qui ont amené la fondation des villes et dynasties de Tagoung et de Prôme. Dans cette note , la fondation du royaume de Prôme est placée à la soixantième année après la mort de Godama correspondant à l'an 484 avant J.-C.

L'UNIVERS

Van 997 de nouveaux changements furent introduits, qui donnèrent à ce culte .sa forme définitive, ou au moins celle qu'il a conservée jusqu'à nos jours. La présente ère vulgaire des Birmans fut établie sous cette dvnastie, l'an G39 de J.-C.

En 1300 le siège du gouvernement tut établi à Panya, et cinquante-six ans après Pagan fut détruit. Trente-quatre ans avant la mort du troisième et dernier prince de Panya , un nouveau gouvernement fut établi, dit-on, à Sagaing (ou Tchit-kaing ), vers l'an 1322. Sagaing conserva les honneurs de la résidence royale pendant quarante-deux ans, qui comprennent les règnes de six rois. En 1364 Sato-mang-bya fonda la nouvelle capitale .ingwa (Ava) : Tchitkaing et Panya furent détruites. Vingtneuf princes ont régné à Ava pendant trois cent soixante-neuf ans, ce qui ne donne pour la durée de chaque règne qu'une moyenne d'un peu moins de treize ans. C'est durant cette période que se sont ouvertes les premières relations des Birmans avec les Européens.

Il faut chercher principalement dans les mémoires du colonel Burney ( insérés dans le Journal de la Société Asiatique du Bengale) l'analyse des documents historiques qui se rapportent aux époques éloignées que nous venons d'indiquer, comme aussi aux guerres ou aux relations politiques entre Te Birman et la Chine. Mous ne nous proposons de revenir sur ce que nous avons dit de l'histoire moderne, qu'en ce qui touche à l'invasion du territoire birman, sous le règne de Shembuam ( ou Sembuen ), troisième prince de la dynastie d'Alom- Prâ. On a longtemps cru, d'après le récit du colonel Symes, que dans cette occasion une grande armée chinoise avait été défaite par les habiles manœuvres des Birmans et ses débris emmenés en captivité à Ava. Il paraît certain, au contraire^ d'après les annales birmanes, <jue, loin que le général birman eût capturé l'armée chinoise, la convention en vertu de laquelle les Chinois consentirent a évacuer le pays d'Ava fut considérée par le gouvernement birman comme des plus humiliantes.

Crawlurd pense que le bouddhisme s'est introduit d'abord chez les Bir-

mans par le Bengale et Arakàn, et que les réformes ou innovations qu'il y a subies subséquemment sont venues de la péninsule méridionale de l'Inde et de Ceylan, après que le bouddhisme eut cessé d'être la religion dominante de l'Inde septentrionale. Les Birmans pensent que la grande période actuelle a été honorée par l'apparition de quatre Bouddhas, qu'ils nomment Kan-Krithan, Gau-na-gong, Kart fia -pa et Gauta-ma. Le cinquième Bouddha ou J-rimi-te-ya repose en ce moment, suivant l'opinion généralement reçue , dans une des régions célestes inférieures, et se manifestera en son temps.

Les communications des Bouddhas qui ont précédé Goda ma sont maintenant perdues, et les livres de la foi bouddhiste, règle unique des croyances, de la morale et des pratiques religieuses, parmi les peuples de l'Indo-Chine, se composent aujourd'hui des communications de Goda ma à ses disciples immédiats, conservées par tradition pendant cinq siècles; solennellement .vérifiées dans cinq grands conciles, rédigées enfin par écrit sur feuille de palmier dans l'île de Ceylan, quatre-vingt-quatorze ans avant J. C, quatre cent cin-

3uante ans après la disparition de Goama. Ces saintes écritures forment trois grandes divisions (Pé-ta-kak) , subdivisées elles-mêmes en quinze sections, qui comprennent six cents chapitres.

Suivant ces écritures, l'univers se compose d'un nombre inlini de mondes ou systèmes sakya. Un de ces systèmes sakya consiste en un mont central Myen-mo (le mont Mérou des Hindous), les mers et dwipas (lies et presqu'îles ) environnantes, les régious célestes, comprenant les astres, et les régions infernales. La terre que nous habitons est la plus méridionale des quatre grandes îles (ou dwipas) qui entourent le mont Céleste, et chacune de ces îles est entourée de quatre cents autres plus petites.

Les régions célestes comprennent six cieux inférieurs et vingt supérieurs. Des six inférieurs le premier occupe le milieu et le second le sommet du Myen~ mo : les quatre autres s'élèvent graduellement l'un au-dessus de l'autre.

INDO

Les cieux supérieurs affectent une disposition semblable, mais sont distingués en seize visibles et quatre invisibles. Les régions infernales se composent de huit montagnes, l'une au-dessus de l'autre , chacune environnée de seize plus petites.

L'univers est peuplé d'une infinité d'âmes, qui parcourent le cercle des transmigrations de toute éternité : montant ou descendant l'échelle des existences, suivant les lois mystérieuses , mais immuables du destin, et selon les mérites ou démérites des individus.

Aucun être n'est exempt de maladies, de la vieillesse et de la mort. L'instabilité, la peine, le changement sont les conditions inévitables de toute existence.

« Quelque élevé que Ton puisse être - dans les régions célestes (disent les « Birmans), et quels que soient les « siècles de félicité déjà écoulés, le «■ symptôme fatal des sueurs froides • sous les aisselles doit enfin se mani- « fester; » et quand ce moment fatal arrive l'être mortel doit être préparé à échanger les joies du ciel contre les tourments de l'enfer. Le but auquel l'homme doit aspirer est, selon eux, de terminer le cours fatigant des transmigrations pour arriver à l'état de nibban. Godama y est parvenu dans la quatre-vingtième année de son existence, et ses disciples immédiats ont participé à cet heureux destin. Pour que les races humaines actuelles puissent atteindre le même but et mériter d'entrer en communicat ion avec le prochain Bouddha, le seign eur Àrimiteya ( le Messie des Bouddhistes), il est nécessaire que les hommes suivent les commandements du Bouddha Godama; qu'ils honorent et révèrent Godama, sa loi et ses ministres; qu'ils s'abstiennent d'attenter à la vie des êtres animés , du vol , de l'adultère, du mensonge, de l'usage des liqueurs fortes; qu'ils aient le même respect pour les images et les temples de Bouddha que pour lui-même; qu'ils observent soigneusement les rites religieux et assistent aux instructions des prêtres à tous les changements de luue ; qu'ils soient exacts dans leurs offrandes aux ministres du culte , qu'ils accompagnent les processions «les funérailles ; et enfin qu'ils accomplissent tous les devoirs

que prescrivent la religion et la charité.

Le bouddhisme , dans sa forme actuelle , à Ava , date du règne de Jnanra-t'ha-men-sau, qui monta sur le trône de Pagan (ou Pougan) en l'an 1541 de Godama, 359 de l'ère vulgaire des Birmans, correspondant à l'année de N. S. 997.

Nous allons, maintenant, jeter un coup d'oeil sur les institutions , l'organisation actuelle et les habitudes de la classe nombreuse des ministres de Bouddha, connus, parmi nous, sous le nom de talapoins.

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