‹ Japon, Indo-ChineChapitre 54 sur 101 · DES TALAPOINS · texte numérisé non relu

DES TALAPOINS

Les talapuins ou talapoins (1) sont appelés rahân par les Birmans ; ce mot, en pali , signifie « homme saint » , faisant allusion à la sainteté qu'ils doivent manifester dans toutes leurs actions.' Ce sont les prêtres et les docteurs du pays, moins parce qu'ils offrent des sacrifices et des oblations, ou parce qu'ils font des prières publiques pour le peuple, que parce qu'ils accompagnent les morts à la sépulture et y récitent le tara, espèce de sermon qu'ils font au peuple assemblé. Us pourraient peut-être avec plus de raison s'appeler religieux cloîtrés, puisqu'ils vivent en communauté et dans le célibat, et qu'ils ont diverses règles et constitutions sévères à observer. Il n'y a pas de village, quelque petit qu'il soit, qui n'ait une très-grande maison en bois, véritable couvent, où vivent les talapoins , et que les Portugais des Indes ont appelé baos (2) : l'architecture de ces édifices est variée; les talapoins du royaume d'Ava lui donnent une forme , et ceux du Pégou une autre. Chaque baos ou kyoum est dirigé par un chef ou grand talapuin,qui se nomme pônghi ou pounghi (voir p. 322), lequel a au-dessous de lui une espèce de diacre ou adjoint, appelé pa%en. La communauté se com-

(i) Le mot talapoin dérive probablement du sanscrit talpat, éventail fait d'une feuille de palmier, et oui constitue l'une des parties indispensables de l'accoutrement d'un ra/idti.

(a) Nous avons vainement recherché quelle pouvait être l'origine de cette dénomination. — Les dictionnaires portugais ue fournissent aucune indication à cet égard (voir p. 3i(», note).

L'UNIVERS

{)ose ensuite de sciens, qui sont comme es clercs ou les disciples du grand talapoin; pour la plupart ce sont des jeunes cens qui prennent l'habit religieux pour deux ou trois ans, car les Birmans aisés ont la coutume de faire prendre l'habit de talapoin a tous leurs uls , des qu'ils sont arrivés à l'âge de puberté, non-seulement pour leur faire acquérir des mérites dans les transmigrations futures, mais surtout pour leur faire apprendre à lire et à écrire. Tous les talapoins qui vivent dans les divers baos d'une province relèvent d'un grand talapoin,

3ui correspond au provincial de nos orres religieux; et aans tout le royaume ceux-ci sont subordonnés au zarado (1), ou grand docteur royal , qui réside à la capitale.

« De tous les édifices, dit San-Germano, les baos sont ceux dans lesquels l'architecture birmane est la plus remarquable; on en trouve qui sont complètement dorés du métal le plus pur, en dedans et en dehors , et plus particulièrement ceux que le roi et ses fils font construire au zarado.

« L'habit de talapoin consiste ordinairement en trois morceaux de toile de coton jaune. Ceux qui ont des bienfaiteurs riches le font aussi en soie ou eh étoffe de laine d'Europe. Avec un des morceaux ils s'entourent les reins qu'ils serrent avec une ceinture en cuir; ce morceau tombe jusqu'aux pieds. Le second, qui a la forme d'un rectangle, leur sert de manteau, et ils s'en couvrent les épaules et le corps. Le troisième est un autre manteau, de la même forme, qu'ils portent plié en plusieurs doubles sur l'épaule gauche, et dont les deux extrémités flottent suspendues. Toutes les fois qu'un talapoin sort de son baos, soit pour accompagner les morts , soit pour

(i) Plus correctement , saredaw ou *a- /Wmv. — Le véritable titre des chefs ou ftbbés des différents kyoum's ou monastères parait êire zara. — Nous soupçonnons que M. Leconte ou San-Germano ont confoudu le tara avec le ponghi, et que ce dernier est le talapoin qui a passé par toutes les épreuves de noviciat, et qui a pris tous ses degrés comme nos docteurs on théologie. Alexander compare les rafidns ( prononcé yahdns ) à nos prêtres, et les pénglus à des prêtres d'un ordre inférieur! Il y a évidemment confusion.

tout autre motif religieux, il est tenu de porter Vaoana'X) sur l'épaule droite; c'est une espèce d'éventail tissu avec des feuilles de palmier; et un des disciples qui le suivent porte un morceau de cuir sur lequel il s'asseoit au besoin. Tous les matins les talapoins doivent aller de maison en maison mendier du riz cuit et d'autres comestibles, et à cet effet ils portent avec eux un pot de couleur noire, dans lequel ils mettent confusément tout ce qu'ils recueillent.

« La règle défend aux talapoins qui sont ponghi ou païen de faire la cuisine avec leurs propres mains , de travailler, planter, trafiquer ; il ne leur est pas même permis de commander aux autres de faire la cuisine dans leurs baos. Ils ne peuvent avoir aucunes provisions, ou conserver aucune sorte de comestibles. Il leur est défendu de prendre avec les mains une chose qui se mange ou qui sert à leur usage, quelque petite qu'elle soit, si auparavant elle ne leur a été présentée ; ainsi à tout moment, pour les choses qui sont nécessaires a ces talapoins, se pratique la cérémonie qui en pali est appelée ahaly ce qui signifie offrande ou présentation, et s'accomplit de la manière suivante. — Quand un talapoin ponghi ou pazen a besoin de quelque chose, il dit à ses disciples : Faites ce qui est permis; et alors ceux-ci présentent la chose désirée, et répondent : Maître \ ceci est une chose permise; et le talapoin la prend avec la main, la mange ou s'en sert. Cet acte de présentation doit se faire à la distance de deux coudées et demie , autrement le talapoin tomberait dans le péché; et si la chose présentée est un aliment , il commettrait autant de péchés qu'il aurait mangé de bouchées : de plus, il lui est défendu de demander directement ou indirectement une chose quelconque qui lui soit nécessaire; il peut l'accepter et s'en servir quand elle lui a été spontanément donnée ou présentée par un autre; mais cette dernière règle est peu observée.

« Il n'est pas permis aux talapoins de posséder de biens temporels ; ils ne peuvent avoir d'esclaves achetés, et ils doivent se contenter de ceux qui sont

(i) Le talpau

au service des baos. Il leur est expressément défendu de toucher de l'or ou de l'argent avec les mains; mais aujourd'hui il y en a peu qui prennent cette dernière règle en considération ; ils l'éludent en s enveloppant les mains avec un mouchoir, et alors ils n'ont plus de scrupule de prendre n'importe quelle somme d'argent ; ils sont en général insatiables, et ne font que demander.

* Godama ordonna aux talapoins de

Krter leur habit formé de beaucoup de 11 beaux d'étoffes, rebutés par le public et jetés par terre sur les chemins ou au lieu des sépultures. Ils observent cette prescription en formant leurs vêtements de beaucoup de morceaux cousus ensemble; mais à l'égard de la qualité ils font toujours en sorte d'avoir de la meilleure.

« Quant à la continence et au célibat que gardent les talapoins, ils sont admirables, et suivent exactement la règle. Il leur est défendu de dormir sous le même toit où une femme doit sommeiller, de monter sur une barque ou un chariot où il s'en trouverait une, et surtout de recevoir directement des mains d'une femme une chose quelconque pour leur propre usage; et la précaution en cela va si loin, qu'ils ne peuvent toucher le vêtement de la plus petite fille. Le scrupule cesse à l'égard des vêtements des femmes quand quelqu'un vient leur en offrir comme don , parce qu'alors ils croient qu'ils perdent toute cause d'impureté et que l'étoffe est en quelque sorte sanctifiée par le mérite de l'aumône. La loi leur impose , afin qu'ils puissent se maintenir chastes , de ne pas manger après le milieu du jour et encore moins le soir, parce que de doctes talapoins ont dit que le manger, excitant le mouvement du sang, sert de levain à la luxure. Les Birmans croient généralement que la continence est absolument nécessaire à l'état du sacerdoce , et ils estiment d'autant plus leurs talapoins qu'ils sont chastes et continents; c'est parce motif qu'ils honorent et respectent les missionnaires catholiques, et qu'ils n'ont aucune considération pour les prêtres arméniens, les imans des Arabes, et surtout pour les ministres anglicans, parce qu'ils savent qu'ils sont mariés.

« Quand il arrive qu'un talapoin, contre l'ordinaire, commet quelque acte de luxure, spécialement avec des te mines mariées , les habitants de l'endroit le poursuivent jusqu'à son baos, et cela quelquefois à coups de pierre; le gouvernement même procède contre le cou-

Eable, lui retire l'habit, et le chasse puiiquement. Le zarado du roi Zinaoïua, ayant commis une impudicité, et le délit ayant été constaté , il fut privé de tous ses honneurs, et fort heureux de pouvoir s'échapper, car le roi voulait absolument qu'il fût décapité.

« Les talapoins sont d'autant plus con* sidérés des Birmans, que ce sont eux seuls qui dirigent l'éducation de la jeunesse. Tous les enfants, sans exception, aussitôt arrivés à l'âge de discernement sont envoyés tous les jours au baos, pour être instruits, et ordinairement, après quelques années, presque tous ceux qui ont de l'aisance, et ceux parmi les pauvres qui ont été remarqués des professeurs, revêtissent, ainsi qu'il a déjà été dit, l'habit de talapoin , afin de mieux apprendre les saintes écritures, et d'acquérir des mérites pour eux et pour leurs parents. La cérémonie qui accompagne cette prise d'habit est attrayante pour la jeunesse, et ressemble à un triomphe: l'enfant qui va être admis, montant un cheval richement harnaché, vêtu des plus somptueux habits comme s'il était un des premiers seigneurs du pays, est conduit dans tous les quartiers de la ville ou du village, accompagné de musiciens et suivi d'une foule de peuple ; un grand nombre de femmes précèdent le cortège, portant sur leur tête l'habit, le lit et les autres ustensiles de talapoin , des fruits et d'autres présents pour le ponghi et ses disciples. Lorsque le cortège est arrivé au lieu déterminé, le grand talapoin dépouille le candidat de son costume de cérémonie et le recouvre de l'habit de religieux.

« Les honneurs et le respect que les Birmans rendent aux talapoins, et spécialement aux ponghis, sont excessifs, et l'on peut dire semblables à ceux qu'ils rendent à Godama lui-même. Si un Birman rencontre un talapoin, il s'arrête et lui cède respectueusement le passage; s'il va trouver un ponghi , il doit s'agenouiller, lui faire trois fois avec les

L'UAIVDUL

mains élevées la révérence on pour mieux dire l'adoration , et rester dans cette position jusqu'au moment de se retirer.

« Les talapoins ont tant d'autorité,

Su'ils délivrent quelquefois les criminels u dernier supplice. Avant le roi Badonsachen, il était bien rare de voir quelqu'un décapité, parce qu'à peine les talapoins avaient-ils appris qu'on conduisait un condamné au supplice, qu'ils se réunissaient en troupe portant un gros bâton sous l'habit; ils assaillaient les gardes, et après les avoir contraints à fuir, s'emparaient du condamné, lui retiraient ses liens , le conduisaient dans leur baos , et après lui avoir rasé la téte, la couvraient d'un voile par lequel il devenait en quelque sorte sanctifie. Mais maintenant ils ne se livrent guère à cette

i>ieuse violence qu'après avoir obtenu assentiment des magistrats. Comme dans la loi de Godama il est défendu d'ôter la vie à n'importe quel animal , même malfaisant, tels que serpents et chiens enragés, les talapoins croient faire un acte méritoire en sauvant la vie aux malfaiteurs, quels que soient les crimes qu'ils aient commis.

« Un des délits les plus graves est de frapper, même légèrement, un talapoin.

La grande vénération que les Birmans ont pour les ponghis se fait surtout remarquer après la mort de ces guides spirituels. Comme de leur vivant ils sont réputés être en état de sainteté, leurs corps sont sanctifiés, et on les traite avec les plus grands honneurs. A peine un grand talapoin a-t-il rendu le dernier soupir, qu'ils lui retirent les entrailles et les enterrent dans un lieu respecté ; ils embaument ensuite le corps et lui enveloppent tous les membres avec un drap blanc en plusieurs doubles, sur lequel on passe plusieurs couches de vernis, que l'on recouvre de feuilles d'or; nuis ils le placent dans un grand cercueil et l'exposent à la vénération publique. Très-souvent les ponghis fout construire leur cercueil à I avance par les ouvriers les plus habiles. Les ornements dont il est recouvert excitent non-seulement la curiosité des indigènes, mais encore celle des étrangers ; outre qu'il est tout doré, il est décoré de beaucoup de fleurs en relief, de petits miroirs incrustés et quelquefois même de pierres précieuses. Pendant le

temps que Ton prépare les feux d'artiiice et les autres choses nécessaires pour la fête des funérailles, le cercueil est continuellement entouré de musiciens jouant de toutes sortes d'instruments, et cela dure pendant un grand nombre de jours et même plusieurs mois ; le peuple y accourt enfouie, et chacun selon ses moyens, v fait religieusement des offrandes en riz, fruits et autres choses, qui se consomment pendant ces jours de deuil, ou qui se conservent pour la fétc funèbre. Lorsque le jour de cette grande cérémonie est arrivé, le cercueil est placé sur un très-grand char à quatre roues, puis, avec de grandes cordes , tout le peuple, hommes, femmes, enfants, le traînent au lieu de la sépulture; et, comme les Birmans pensent qu'il y a un grand mérite dans cette opération , ils y mettent une ardeur telle qu'elle est curieuse à voir : ils se partagent en deux troupes à peu près égales, qui se mettent à tirer en sens contraire, et celle qui l'emporte a la bonne fortune du conduire seule le char à sa destination. Quelques moments après son arrivée, on donne le spectacle du feu d'artifice, le-

3uel consiste entièrement dans de gran* es fusées, dont je crois utile de donner la description. Les artificiers prennent un morceau de bois de teck arrondi, de deux à trois mètres de longueur et d'environ vingt-cinq centimètres de diamètre, et , après l'avoir foré , ils le remplissent et le chargent avec de la poudre faite seulement avec du salpêtre et du charbon pilé ; ensuite ils lui attachent un très-long bambou ou jonc, pour lui servir de baguette. Indépendamment des fusées qu'ils font élever dans les airs, ils placent de pareils artifices, mais sans baguette, sur un grand nombre de chariots qu'ils font courir tout enflammés autour du lieu où l'on doit brûler le corps du talapoin. Cette dernière opération a lieu au moyen d'une fusée que l'on fait glisser le long d'une corde et qui met le feu au cercueil , autour duquel ou a amassé des monceaux de poudre mal séchée , de bois sec et d'autres matières très-combustibles; dans peu de temps, le tout est consumé. Cette grande solennité se termine le plus souvent par la mort de quelques-uns des spectateurs, ou pour le moins par

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de fâcheux accidents, tels que fractures de bras ou jambes et autres blessures graves causées par la chute de ces fusées démesurées, et beaucoup plus encore par celles qu'ils font confusément courir sur les chariots, qui brûlent et blessent les personnes qu'elles rencontrent.

« Un des offices des talapoins est de dire le tara ( sermon ou discours au peuple). Ces sermons n'ont pour la plupart d'autre but que l'incitation à l'aumône, non celle qui concerne les pauvres nécessiteux , mais bien celle que les talapoins eux-mêmes attendent de leurs bienfaiteurs. Ils sont loin de prendre pour modèle les sermons de leur dieu Godama, dans lesquels il traite beaucoup de l'aumône et de ses mérites, et où il donne d'utiles leçons sur les autres vertus morales ; la plupart d'entre eux négligent les préceptes moraux, et ne préconisent que ceux qui sont dans leur propre intérêt.

« Après deux ou trois années passées dans les baos , la majeure partie ae ceux qui prennent l'habit de talapoin le quittent, et retournent dans leurs familles.

Ceux qui persévèrent et ont la volonté de se consacrer à l'état du sacerdoce sont d'abord admis comme pazen, ou adjoint d'un ponghi , auquel ils peuvent succéder après sa mort. Quoique les talapoins qui ont ces deux grades n'aient pas l'obligation formelle de garder toujours l'habit , et puissent a leur plaisir le déposer, le plus grand nombre cependn m le conservent pendant plusieurs années et beaucoup pendant toute leur vie.

« La cérémonie à laquelle sont soumis ceux qui aspirent à la dignité de pazen, faisant connaître les principales règles auxquelles sont assujettis les talapoins, mérite d'être rapportée , et ce que je vais en dire est transcrit d'un livre appelé Chaomaza, qui est le livre pontifical écrit en pâli. Le conseil des talapoius se rassemble en un grand édifice appelé sein; il est présidé par le plus ancien des ponghis, qui prend le nom iïoupizzé; un autre remplit les fonctions de maître des cérémonies, et s'appelle le chammuazara. Aussitôt que le postulant est en présence de ce saint conseil, on lui remet le sabéit, qui est le pot avec lequel les talapoins vont tous les matins mendier du riz, et on lui ordonne

d'adresser par trois fois à Youpizzé les paroles suivantes : « Seigneur, es-tu mon maître Voupizzéf • On lui dit ensuite de s'approcher, et le président Tin terroge ainsi : « O candidat! ce sabéit que tu as en main est-il le tien? — Oui, maître. — Cette tunique et ces habits sont-ils à toi? — Oui, maître. » — Ensuite le chammuazara dit à l'adepte : « Éloigne-toi d'ici et te tiens à une distance de douze coudées; a puis, se retournant du côté des talapoins :

« Que les ponghis et pazens ici rassembles écoutent mes paroles : le candidat ici présent demande humblement à l'oupizzé à être admis dans l'ordre des talapoins, et certainement le temps est convenable pour ceux qui veulent embrasser cette sainte protession. — « O candidat! écoute : Il ne t'est plus permis de mentir et de cacher la vérité; si tu as quelques défauts ou vices qui ne puissent convenir à l'état religieux , tu ne manqueras pas , quand , au milieu de cette sainte assemblée , tu seras interrogé, de répondre sincèrement et de déclarer tes défauts comme aussi de faire connaître ceux que tu n'as pas; ne témoigne dans tes réponses ni honte ni crainte ; écoute, car 1 heure est arrivée ou tu vas être interrogé. » — Alors, quelques talapoins le questionnent ainsi : « Candidat , astu la lèpre ou quelque semblable et dégoûtante maladie? As-tu des scrofules ou quelque autre espèce d'affection pareille ? — Maître, je n'en ai pas. — Souffres-tu de l'asthme ou de la toux ? — Non, maître. — Es-tu tourmenté par quelque inGrmitéqui provienned'unsang corrompu ; de la folie et des autres maladies qui sont causées par les géants , les sorciers et mauvais nâts des bois et des montagnes ? — Non, maître. — Es-tu véritablement un homme ? - Je le suis. — Es-tu un mâle ? — Je le suis. — Estu d'un sang pur et légitime? — Oui, maître. — Es-tu surchargé de dettes, ou garde de quelque magistrat ? — Non , maître. — Tes parents font-ils donné la permission de te faire talapoin ?— Ils me l'ont donnée. — As-tu vingt-ans accomplis? — Je les ai, seigneur. — Tes vêtements et le sabéit sont-ils prêts? — Ils le sont. » Cet interrogatoire terminé, le chammuazara reprend : « O pères et saints hommes religieux , qui fies réu-

L'UNIVERS

nis en ces lieux, écoutez mes paroles : le candidat ici présent demande au seigneur oupizzé à être admis parmi les talapoins; il en est digne, car il est instruit. » Le postulant s'approche alors des ponghis, et leur demande par trois fois l'honneur d'être admis, dans les termes suivants : « Seigneurs, ayez pitié de moi , j'abandonne la vie de laïque , qui est un état de péché et d'imperfection , et je me retire dans celui du sacerdoce, état de vertu et de sainteté. »

Le chammuazara reprend ensuite :

« Que les seigneurs talapoins ici présents écoutent mes paroles : le candidat que voici demande au seigneur oupizzé d'être admis dans le sacerdoce; il est libéré de tous défauts et de toutes imperfections, et de plus il a déjà préparé les ustensiles et les choses nécessaires. »

Le postulant réitère sa demande, et l'assemblée prononce ordinairement l'admission. Si quelque ponglii trouve que le récipiendaire a des défauts et que sa conduite a encouru le blâme , le mattre des cérémonies déclare qu'il est indigne d'être admis, et il le répète par trois fois. Si au contraire aucun talapoin ne s'oppose à l'admission ou ne blâme complètement la conduite de l'aspirant, c est que celui-ci est jugé digne de passer de I état d'imperfection et de péché à la condition de talapoin, et l'admission est prononcée. Le maître des cérémonies engage ensuite les membres du conseil à noter sous quel signe , à quelle heure et en quel temps l'ordination a été faite ; puis, reprenant la parole, il fait au nouveau pazen l'instruction suivante sur les quatorze choses licites dont peuvent se servir les talapoins, et sur les quatre dont ils doivent s'abstenir :

« L'état de talapoin consiste à demander l'aumône et les aliments , avec fatigue et agitation des muscles des pieds. Ainsi , à nouveau pazen , en tout temps tu dois gagner ta subsistance avec le travail de tes pieds; si ensuite l'aumône et les offrandes abondent , et que les bienfaiteurs viennent à t'oftrir du riz et d'autres aliments, tu pourras te servir des suivants : 1° de ceux qui sont offerts à tous les talapoins; 2° de ceux qui le sont à tous les particuliers ; 3° de ceux qui sont présentés dans les

festins; 4* de ceux qui sont envoyés avec une lettre; 5° de ceux qui se donnent dans les jours de nouvelle et de pleine lune et dans les autres jours de fête.

« 11 est prescrit au talapoin de se servir d'habits et de vêtements jetés dans les chemins et dans les lieux de sépultures et qui sont souillés de poussière. Cest pourquoi dans tout le cours de ta vie, tu te serviras de tels vêtements et habits ; mais si par ton esprit , tes prédications et ton savoir, tu peux te procurer beaucoup de bienfaiteurs, alors il te sera permis de te vêtir avec des étofTes de coton , de soie ou de laine, d'un jaune roux.

« Une des conditions auxquelles il faut satisfaire dans l'état de talapoin est d'habiter des maisons construites contre les arbres des bois; mais si, par la suite, ton mérite ou ton esprit t attirent des bienfaiteurs, tu pourras habiter les suivantes : celles qui Font entourées de murs, celles qui se terminent en pyramides triangulaires ou quadrangulaires, et celles qui sont ornées de bas-reliefs et de dorures.

« Etant agrégé à la société des talapoins, il ne t'est plus permis, à la manière des séculiers, de te livrer à aucune action luxurieuse, soit sur ta personne, soit avec un autre individu, qu'il soit mâle ou femelle, soit enfin avec des animaux. Le talapoin qui commet de tels actes ne peut plus appartenir à la société divine, et on doit cesser avec lui tout espèce de rapports : de la même manière que dans un homme décapité il ne peut se faire que la tête soit réunie au corps et qu'il vive de nouveau , ainsi le talapoin qui a commis un acte quelconque de luxure ne peut plus vivre avec les autres religieux : tu te garderas donc bien de commettre des actes de cette nature.

« Il n'est en aucune manière permis à un talapoin de s'emparer de quoi que oe soit ou d'usurper le bien d'autrui , ne serait-ce nue la quatrième partie d'un filial (le final vaut environ 3 francs); le talapoin qui aurait dérobé cette petite somme doit être réputé déchu de son état, et n'appartient plus à la société divine; il ressemble à la feuille sèche d'un arbre , qui ne peut plus reverdir : aussi le talapoin qui a volé ne peut plus faire partie de la société. Par conséquent, dans

tout le cours de ta vie tu t'abstiendras de semblables fautes.

• Il est défendu aux talapoins de prendre un animal , fût-il le plus vil insecte, avec l'intention de lui 6ter la vie. Celui qui en fait périr volontairement un seul cesse d'appartenir à la sainte société; il devient semblable, par sa faute, à une grande pierre divisée en deux parties; et comme il est impossible qu'elles se réunissent , de même celui qui cesse d'être un homme saint ne peut plus rentrer dans la société. Ainsi , dans tout le cours de ta vie tu te garderas bien de commettre de semblables meurtres.

« Il est défendu à celui qui est admis au nombre des pazens de s'enorgueillir et se vanter de sa sainteté , et de s'attribuer quelques dons surnaturels. »

« A chacune de ces injonctions le nouveau pazen répond : « J'ai bien compris , — ou , j'ai bien entendu , — ou, ainsi soit. •

« Outre les choses déjà exposées dans les régies et constitutions des talapoins, il y eu a beaucoup d'autres, qui sont contenues dans un livre appelé Fini, dont la lecture leur est recommandée; il leur est même ordonné formellement de l'apprendre par cœur; il est écrit en pali , mais avec une traduction ou explication en langue vulgaire birmane.

Dans divers articles ou chapitres, le vini traite de toutes les choses qui concernent les talapoins, soit pour leurs vêtements , soit pour leurs baos et leur alimentation. Je me bornerai à mentionner ce qu'il contient de plus remarquable, en évitant autant que possible les répétitions.

« Le ponghi , ou le supérieur d'un baos, est chargé de veiller a l'observation des règles. S'il voit s'élever des disputes ou des querelles, il doit réprimander et punir; s'il trouve un talapoin qui ait de l'or, de l'argent ou toute autre chose prohibée, il doit prendre l'objet avec ses mains et le jeter promptement dans le chemin, et en faisant cette action il doit avoir la pensée qu'il jette une chose immonde.

« Il est défendu à tout talapoin de vendre, d'acheter ou de faire des échanges. S'il a un extrême besoin de quelque chose , il ne doit pas dire : Je désire acheter, mais il doit simplement de-

mander le prix ; et s'il se trouve dans la nécessité de vendre ou d'échanger, il doit dire : Telle chose m'est inutile, et telle autre m'est nécessaire.

Le Fini, en traitant du précepte qui défend de toucher aux femmes, dit que si un talapoin voyait tomber sa mere dans une fosse , il ne pourrait la secourir ou la retirer avec ses mains, mais avec un bâton ou avec un pan de son habit, et que pendant qu'il lui porte secours il doit avoir la pensée que c'est un morceau de bois.

« Il recommande l'observance de quatre vertus, dites de la sobriété à l'égard des quatre choses nécessaires à la vie, qui sont le vêtement, l'aliment, l'habitation et la médecine. Quand un talapoin emploie ces choses , il doit mentalement se dire très- souvent : « Ce vêtement, cet habit, je ne le prends pas par vanité , mais pour couvrir la nudité de mon corps. Je mange ce riz non par goût, et parce qu'il est appétissant, mais bien pour satisfaire un besoin de la nature. J'habite ce baos non par vaine gloire, mais pour me préserver de l'intempérie de l'air; et je bois cette médecine seulement pour recouvrer ma santé, et je ne veux me bien porter que pour m'appliquer davantage à la méditation et à l'oraison. »

« Le Fini recommande aux talapoins l'observance des quatre règles de pureté, qui sont : de se confesser de ses défauts, d'éviter toutes les occasions de pécher, d'être modeste et d'avoir de la retenue quand il va par les chemins, enfin de ne plus retomber dans aucun des grands péchés. Un talapoin doit en outre penser que s'il n'observe pas les règles, il devient un sujet inutile, et qu'en se servant des aumônes il fait une action semblable à celle de voler. En usant des choses permises, les talapoins doivent être modérés et sobres, en pensant que tout leur vient de leurs bienfaiteurs. Ils doivent toujours dormir habillés; et si par hasard ils abandonnent leurs vêtements, ils doivent les tenir éloignés d'eux à distance de deux coudées.

« Il est défendu aux talapoins de creuser la terre, parce qu'en le faisant ils pourraient tuer quelque petit animal ou insecte; ils peuvent seulement le faire dans quelque terrain sablonneux

ou Ton ne coure pas risque de commettre de semblables meurtres ; et ils doivent porter la plus grande attention à ne pas ôter la vie à quelque petit animal en remuant le sol , soit avec les pieds ou un bâton, soit avec tout autre objet. Il leur est sembiablement interdit de couper n'importe quel arbre ou plante , de cueillir des fruits, des tleurs ou des feuilles; il faut avant qu'ils puissent manger un fruit qu'un séculier le coupe ou l'entame soit avec un couteau ou avec ses ongles , et que par ce moyeu on lui ait ôté la vie qu on lui suppose.

« Il leur est sévèrement prescrit de ne jamais dormir dans la même chambre où se trouverait une femme ou une petite Hlle , ou un animal femelle quelconque. Celui qui commet un tel péché doit être chassé immédiatement du baos.

« Les talapoins doivent se faire raser tous les poils du corps ; cette injonction s'étend aux sourcils pour les pazens seulement : (généralement, maintenant, cette classe de talapoins les conserve aussi). Pendant tout le temps qu'ils sont entre les mains du barbier, ils doivent penser que les cheveux et la barbe proviennent des sécrétions immondes de la tête , et sont des parties inutiles , et qu'en les conservant elles fomentent la vanité comme il arrivecbezles séculiers; l'attitude d'un talapoin pendant qu'on le rase doit être celle d'une grande montagne au sommet de laquelle on arracherait les herbes sans les racines.

« Pendant le cours d'une année ils doivent garder vingt-quatre fêtes : douze dans les pleines lunes, et douze ou quatorze jours après les mêmes phases.

Dans ces jours ils doivent se réunir dans le cet», qui est, comme il a été dit, un endroit consacré, et y faire la lecture du Padimot) qui est une récapitulation de tous les péchés et infractions aux règles de la communauté.

« Les Birmans ont un grand jeûne ou carême, qui dure ordinairemeut trois mois. Pendant ce temps les talapoins doivent faire des adorations continuelles à Godama, balayer et tenir dans la plus grande propreté les pagodes et leurs dépendances. Ils ne peuvent sans de graves motifs sortir de leur baos. Ils doivent laisser de côté toutes les pensées mon-

daines et celles qui appartiennent au temporel de leur couvent, et s'appliquer uniquement aux oraisons et méditations , a l'étude de la langue pali et autres choses saintes. Il ne doit sortir de leur bouche aucune parole oiseuse et inutile. Les talapoins doivent pendant ce temps éviter surtout les discussions ou controverses, mais seulement parler des faveurs de Dieu, des moyens par lesquels on peut acquérir la sainteté, et dans leurs paroles faire ressortir le vif désir d'être délivrés des passions et convoitises déréglées. Ils doivent se contenter de ne manger que ce qui est strictement nécessaire, de peu ou point dormir, et se livrer à des méditations sur la mort et sur l'amour qu'ils doivent porter aux hommes.

« Quand un talapoin a commis quelque manquement aux règles, il doit aller se mettre à genoux aux pieds du pongui, et se confesser. Le fini distingue cinq ou six espèces de péché, dont la première s'appelle parasiga : elle renferme les

Jjuatre péchés déjà mentionnés et qui ont le principal sujet de l'exhortation du chammuazara lors de la réception d'un pazen ; les péchés de cette nature ne peuvent être remis au moyen de la confession, et pour le talapoin qui s'en est rendu coupable il ne reste d'autre salut que de quitter le costume ordinaire, de se vêtir en blanc , qui est l'habit de deuil, et de se retirer dans un lieu écarté pour faire pénitence. La seconde espècese nomme sengadiséit, et les péchés qui la composent sont au nombre de treize : 1° la pollution volontaire; si elle a lieu pendant le sommeil elle n'est péché que si on s'y est complu après être éveillé; 2° l'attouchement sur le corps d'une femme avec une intention coupable; 3° les discours amoureux et deshonnétes , quand un talapoin veut induire un de ses bienfaiteurs à lui céder pour quelque temps sa captive ou esclave, sous le prétexte de la nécessité , mais avec l'intention de mal faire; 5° procurer des femmes à la luxure des autres; C° construire une maison ou un baos sans l'assistance de quelque bienfaiteur; 7° faire planter des arbres dans un endroit rempli d'insectes qui seront immédiatement tués ; 8° avoir recours à la calomnie suscitée par l'envie ; 9° ou quand elle impute

INDO

une action luxurieuse; 10° semer la discorde entre les talapoins, après avoir été averti trois fois dans le sein et ne s'être pas corrigé; 11° sont coupables du même péché que le précédent les partisans <ie ceux qui sèment la discorde; 1 2° l'inobservance des petites règles pour l'habillement, et ne pas écouter avec plaisir les avis et les admonestations des supérieurs; 13* scandaliser un séculier par de petites infractions aux règles connues,

Ci r des mensonges ou des histoires frivos. — Quând un talapoin a commis un de ces treize péchés, non-seulement il doit se confesser au ponghi , mais aussi à ceux de ses confrères qui sont réunis dans le sc/n, pour recevoir une pénitence, laquelle consiste en certaines oraisons qu il doit réciter; cette punition dure autint de jours qu'il en a laissé écouler avant de manifester son péché , et doit se faire pendant la nuit. Il doit aussi f lire la promesse de s'abstenir à l'avenir d'un semblable pécbé. La pénitence finie, le pécheur doit demander pardon à tous les talapoins pour le scandale qu'il a cause, et solliciter humblement la faveur d'être de nouveau admis parmi eux.

Outre la pénitence infligée, les talapoins s'en imposent volontairement d'autres, quand ils sont en doute d'avoir commis quelque péché. La confession n'est pas valide quand un talapoin a commis une grande faute et qu'il n'en a déclaré qu'une légère , et il en est de même s'il en confesse une de l'espèce paraziga.

« Toutes ces choses sur la confession sont en partie tombées en désuétude, et les talapoins ne font plus qu'une sorte de conf ssion générale, dont la formule est à peu près celle du coi{fiteor des chrétiens.

« Quant à ce qui concerne les seins ou les disciples, ils ont les dix préceptes suivants a observer : 1° ne tuer aucun animal ; 2° ne pas dérober le bien d'autrui; 3° ne commettre aucune action luxurieuse; 4° ne pas mentir; 6° ne pas boire de vin ; 6° ne pas manger après le milieu du jour ; 7° s'abstenir de danser, chanter, ou jouer de quelque instrument de musique; 8° éviter de mettre en marchant de la boue à ses sandales ; 9° ne jamais s'arrêter dans un lieu élevé et qui ne convient pas à leur humilité; 10° ne jamais toucher à de l'or ou de l'argent.

22e Livraison. ( In no Chine.)

— Les seins qui manquent aux cinq premiers de ces commandements doivent être chassés des baos; quant à ceux qui ont contrevenu aux autres, les supérieurs leur imposent des pénitences. «

Il a été déjà dit précédemment qu'un des principaux offices des talapoins est de dire le tara ou faire la prédication. Le Fini leur prescrit de prendre pour modèle les sermons de Godama, dans lequel ce dieu parle beaucoup des aumônes et de leur mérite, et où il prescrit de nombreuses et excellentes règles de morale. — M. Leconte donne d'amples extraits de ces sermons , auxquels nous nous contenterons de renvoyer les lecteurs curieux d'approfondir ce sujet. — Ce que nous avons dit sur l'organisation de l'ordre des talapoins et sur les devoirs publics ou privés de ces religieux nous paraît suffire pour montrer le rôle qu'ds jouent dans la société birmane et l'influence qu'ils y exercent.

DÉTAILS SUR LES MGEIRS ET COtî- Tl'MES DES BIRMANS.

PÏOU3 devons la plupart des détails de mœurs qui font le sujet de ce chapitre, comme aussi le plus grand nombre des notions précises que nous avons recueillies sur la civilisation birmane , au Père San-Germano, à Crawfurd, au mémoire, comparativement récent, publié par M. Leconte dans la fiecue de Carient , et aux relations de Cox, Alexander (1), Smith et autres voyageurs modernes. — Nous avons également consulté les anciens voyageurs.

Tous s'accordent a représenter les Birmans comme étant de taille moyenne et ayant les membres bien proport ionnés ; il est rare de voir parmi eux des hommes difformes (2). Comme dans

(i) « Lieutenant Alexandev's Travcls , elr. h in-4°, London, 1827.

(a) Nous avenu vu (p. 319) que Smith assigne au» peuples de l'Indo-Chine une taille moyenne de einq pieds trois pouces anglais.

— Le lieutenant Alexauder, pari, ut de la population de Rangoon, donne aux hommes (ce qui doit être fort exagéré) une taille moyenne d'environ cinq pieds huit pouces anglais quelques-uns plus grands, mais rarement.

— Il les représente comme athlétiques et trèsrobustes , avec des membres droits et trèsmuselés : les femmes de petite taille, mais bien

presque tous les pays chauds, les enfants sont nus jusqu'à l'âge de sept à huit ans, exposés à l'ardeur du soleil et à la pluie : aussi, quand ils deviennent adultes, ils sont alertes, robustes, et peuvent supporter toute espèce de fatigue. Les hommes du peuple vont pour ainsi dire toujours nus , sous les pluies , qui sont abondantes dans la partie méridionale du royaume.

Les Birmans, au dire de la plupart des voyageurs, ont une physionomie ouverte, agréable, et remplie de douceur; les traits de leur visage n'ont pas la régularité de ceux des Hindous; ils ont les pommettes des joues saillantes, la bouche grande , et les yeux obliques comme les Chinois. La couleur du visage et du corps est olivâtre plus ou moins foncé. Les femmes sont, en général, plus laides que les hommes , mais elles ont le teint plus clair : cela provient sans doute de leur vie sédentaire. Les hommes de sang mêlé ( birman et siamois) sont plus blancs que les autres; il n'y a pas de différence sensible pour le teint eutre les métis portugais et birmans et les autres habitants.

Les hommes se ceignent les reins avec une [rèce d'étoffe qui leur descend jusqu'aux talons, et qui a huit à dix mètres de longueur. Ils s'en couvrent quelquefois les épaules. Ils en relèvent les plis, surtout quand ils sont en voyage, et s'en entortillent le corps à partir du dessus des genoux. Quand un Birman se rend à la pagode, pour faire ses adorations à Godama , il met une espèce de chemise de toile blanche, ou de coton jaune écru, ouverte par devant, et qui descend jusqu'aux genoux. Il en est de même quand il va visiter un fonctionnaire ou toute autre personne d'un rang élevé, même un étranger.

Les fonctionnaires publics, qui sont tres-nombreux. portent dans les grandes occasions, et dans les principales fêtes de l'année, un costume d'étiquette plus ou moins riche. Ils ont une espèce de justaucorps a manches {engi en birman, selon Crawfurd ), sur lequel passe le baudrier, qui supporte un énorme sabre, droit, a fourreau doré; ils portent au cou

faites et de forme* agréable*, le ne* excepté, qui eut en général plat ; l'air vif et inquisitif,elc.

•:rs.

une espèce de pèlerine en velours de couleur, qui a trois rangs de collets découpés en festons, et bordés chacun d'un large galon d'or. Ils se coiffent d'un espèce de chapeau chinois doré, qui a la forme d'une pagode : cette coiffure, portée sur le sommet de la tête , est attachée sous le menton au moyen de larges jugulaires dorées, qui couvrent en partie lesjoues.

Le vêtement des femmes consiste en une pièce d'étoffe moins longue que celle des hommes, mais un' peu plus large; elle est généralement à grandes raies de couleurs vives dans le sens de la largeur : toutes s'en ceignent les reins. Chez les jeunes filles elle couvre les seins. Cette espèce de robe ou jupe (en birman ihabi) descend jusqu'aux pieds ; tendue sans être drapée , elle reste ouverte sur le devant; de manière que lorsque les femmes marchent, leurs jambes et une partie des cuisses restent à découvert (I). Quand elles sortent de leurs maisons, et particulièrement quand elles vont à la pagode, elles se revotent d'aine chemise semblable à celle des hommes , mais un peu plus courte.

(i) Les anciens voyageurs assignent à ce costume des femmes, tant au Pégoii qu'a Siam, une origine singulière. — (iaspnro ttalbi (fiaggio dell Indie orientali, etc.; Venise, i5go ) et Césare de Fédrici ( Viaggio ntlllndia orientale, etc. , Venise, i5«7 ) sont très-explicites à cet égard : le dernier s'exprime ainsi :

'i Les femmes , à quelque condition qu'elles « appartiennent, portent une chemisette qui « descend jusqu'à la ceinture et de là jusqu'au « col de pied ; elles ceignent une pièce d'étoffe « de trois brasses et demie , ouverte par de- « vant, et tellement étroite qu'elles ne peuvent « faire un pas sans montrer leurs cuisses « presque jusqu'au haut, bien que, tout en •» marchant, elles feignent de s'efforcer de a les tenir couvertes a l'aide de leurs mains, « ce qui n'est pas possible vu l'étroitesse du « vêtement. — On dit que cette coutume fut ii introduite par une reine du Pégou, dans <« le but d'appeler l'attention des hommes sur « les personnes du beau sexe et de les éloi- « gner ainsi de leurs mauvaises habitudes « ( « vilio contra naturam » ). » P. 173.

Balbi tient précisément le même langage : F° 176, recto et verso.

M. I.econle (ait aussi allusion à cette tradition.

Sur leurs épaules elles portent une sorte de mantille de mousseline ou de soie.

Les personnes des deux sexes portent des sandales faites en cuir ou en bois ; celles qui sont en cuir sont presque toujours revêtues de drap d'Europe rouge ou vert. Dans les maisons les femmes sont pieds nus; c'est pour elles une grande indécence que d en montrer la plante, même ayant la chaussure dont je viens de parler. Quand une jeune fille riche s'agenouille dans la pagode, sa mère ou une esclave a soin de lui entortiller les pieds avec l'extrémité de la pièce d'étoffe qui fait son principal vêtement.

Les Birmans s'occupent beaucoup de leurs cheveux , qu'ils aiment à porter longs. Pour les conserver br liants, noirs et lisses, ils les frottent chaque iour avec de l'huile de sésame. Les hommes les réunissent sur le sommet de la tête, où ils sont attachés le plus souvent avec une aiguille \ ils se ceignent ensuite le front ;i vec un mouchoir blanc ou de couleur, qui laisse en dessus la chevelure à découvert et qui e>t noué sur le côté de la tête; ils aiment beaucoup à en tenir les pointes saillantes comme des aigrettes. Les femmes lient leurs longs cheveux avec un ruhan rouge , et les laissent tomber sur le dos.

Tous les habitants du royaume, même |e< jeunes tilles, étaient autrefois dans l'habitude de teindre leurs dents en noir; cet usage paraît avoir cessé de nos jours parmi les jeunes gens des deux sexes. — Les hommes comme les femmes mettent beaucoup de vanité à montrer leurs bijoux et leurs ornements d'or et d'argent; et si le roi leur permettait de se vêtir à leur goût et à leur fantaisie , ils dépenseraient tous leurs biens en vêtements et en ornements; d'autant plus que dans ce pays on ne lave jamais les étoffes et le linge, et qu'il faut conséquemment, pour se tenir propre, renouveler souvent sa garde-robe: aussi, comme le pauvre peuple porte plus d'étoffes de couleur que d'autres, et qu'il les fait durer longtemps, il en résulte

Sue l'ensemble de la population , excepté « jours de fête et de cérémonie, a un aspect de malpropreté, qui contraste avec celui de la généralité des peuples de 1 Inde.

Les reines, les femmes de fonctionnaires et celles de race européenne, peuvent seules porter des tissus brodés d'or et d'argent. Il n'y a personne qui n'ait au doigt une bague ornée d'un diamant, d'un rubis , ou d'un saphir. Les jeunes filles, jusqu'à ce qu'elles soient mariées, ainsi que les jeunes gens jusqu'à l'âge de seize à dix-sept ans, portent des colliers d'or de formes variées, des bracelets de même métal , et aux pieds des anneaux d'argent; ils ne peuvent pas avoir ces derniers en or; il y a peine de mort pour ceux qui en portera ent de tels, cet ornement étant réservé pour la famille royale seulement.

Tous les Birmans des deux sexes ont les oreilles percées; le iour où ou les leur perce est un jour de fête et de solennité pour les f; miilles; c'est une distinction toute nationale. Dans le principe le trou est petit , mais ensuite on l'agrandit au moyen d'une feuille de métal d'or pour les gens aisés, roulée en spirale comme un ressort; sa longueur est de huit à neuf centimètres et sa largeur de cinq à six ; ce petit cylindre est introduit dans le trou, et il tend par sa construction à l'agrandir continuellement. Nous ne savons quel nom ils donnent à cet ornement; les Européens l'appellent oreillettes \ il a d'ordinaire la forme et la grosseur d'un long bouchon de bouteille commune; il n'a rien de désagréable pour l'œil habitué à le voir.

Les hommes ont la coutume bizarre de se tatouer les cuisses en noir : ils pratiquent cette opération en se piquant la prau et en y introduisant, selon M. Leconte, le suc de certaines plantes , selon Crawfurd, du noir de lampe mélangé avec le fiel d'un certain poisson : cette partie du corps en est entièrement couverte. Un gr nul nombre fait descendre ce tatouage de manière à recouvrir une partie des jambes ; d'autres aiment mieux se taire graver sur ces dernières des ligures de tigre, de chat, ou de quelque autre animal. « Aujourd'hui , dit M . Leconte, les Pégouans partagent cette coutume avec les Birmans : cependant il m'est quelquefois arrivé de demander, par curiosité , aux individus qui venaient me voir, s'ils étaient bimnma ; aussi tôt, pour m'en donner la preuve et m'ôtrr tout doute à cet égard , ils me montraient

LUNIVERS.

leur tatouage. Du reste, ils mettaient assez d'affectation à ce qu'il y eût assez de peau à découvert pour qu'on piU l'apercevoir. » Cette coutume aurait été introduite en même temps que le vêtement indécent prescrit aux femmes, afin que les femmes pussent plaire davantage, et que les hommes avec cette teinture fussent rebutés.

I.a vanité des Birmans les porte à faire de grandes dépenses pour les ornements d'or, de pierres précieuses et pour leurs vêtements; mais pour les autres choses, même les plus essentielles, ils sont d'une sordidité sans exemple ; et voici la raison qu'ils en donnent : « Tout le monde remarque votre vêtement, mais personne ne vient voir chez vous ce que vous mangez, ni comment vous dormez. » Aussi, on observe dans la nourriture, le coucher, et les maisons une grande simplicité. Excepté à Kangourou, à cause de l'aflluence des étrangers, il est toujours ou presque toujours permis de vendre de la chair de cerf, de porc, des poules ou du poisson, les Birmans ont une nourriture fort simple, rebutante même pour un Européen; elle consiste dans du riz cuit avec de l'eau sans sel , et qui a pour assaisonnement du cari dans lequel ils mêlent un peu de chair corrompue de bœuf ou de cheval , et c'est ce qu'ils trouvent le meilleur (I). Bien que, suivant leurs lois, il ne soit pas permis de tuer des animaux , cependant la pêche est tolérée, parce qu'elle est nécessaire pour faire le gnapi, qui est le principal assaisonnement de leurs mets.

On tolère aussi à Hangoun la chasse du cerf, du lièvre et du |>etit gibier; cependant un bon observateur de la loi ne tuera jamais un animal , quoique sauvage.

* Pendant mon séjour dans cette ville, dit M, Leconte, le gouverneur m'avait autorisé à faire l'achat de quelques bœufs, pour servir à la nourriture de l'équipage de la Fortune; c'était une faveur tout exceptionnelle. Je ne pouvais les envoyer chercher que pendant la nuit et en dehors de la ville ; les paysans les conduisaient au rivage, et s enfuyaient

(i) Les foirerons birmans, selon Alexandvry util l'habitude île manger de la viande

de cheval , qu'il* rroitol extrêmement fortifiante.

ensuite à toutes jambes , ne voulant pas être témoins d'un acte aussi irréligieux que d'embarquer un tel animal pour le tuer et en faire sa nourriture. »

Les Birmans font deux repas par jour : l'un le matin, vers neuf heures, et l'autre au coucher du soleil. Quand le riz est cuit dur, c'est-à-dire que les grains se détachent facilement les uns des autres, on le verse dans un plat de bois qui est soutenu par un pied aussi de bois, et deux ou trois personnes, même davantage, assises par terre ou sur des nattes rangées autour du vase, mangent avec les mains, assaisonnant le riz, ainsi qu'il a été dit, avec du cari. Dans les fêtes , ou bien à la mort d'une personne (occasion dans laquelle on invite toujours les gens à manger \ on ne manque pas de présenter trois ou quatre espèces de cari , de poisson , de la chair frite, et même des pâtés doux, faits avec la farine de riz et avec du Jagre. Leur boisson est l'eau pure. Avant la Gn du règne de Zempuisrien il était permis de boire du vin et même de s'enivrer; mais en général les Birmans voient un aussi grand péché dans une goutte de vin prise que dans l'acte d'en avoir bu avec excès.

Leur vin n'est point fait avec du raisin, car ils connaissent à peine la vigne : c'est une liqueur qui est préparée avec du riz, comme l'arak, ou bien avec du sucre de palmier dissous dans l'eau et distillé, qu'on laisse fermenter pendant plusieurs jours. Les Karians (1) font usage de ce vin , qui leur est permis ainsi qu'aux chrétiens , pareeque leur religion ne le leur défend pas; mais ceux qui naissent sur le sol birman supportent la même prohibition que les Birmans euxmêmes.

Le lit consiste en une natte, étendue sur le sol , et un petit oreiller. Les voyageurs, au lieu d'oreiller, mettent sous leur tête un morceau de bois ; seulement ceux qui sont aisés couchent sur des lits en bois, très-bas, et sur un très-mince matelas de coton ; il se couvrent avec un ou deux draps de coton, suivant la température. En général, pour les voyageurs la même pièce d'étoffe qui sert de vêtement sert aussi de cou- Ci) Karians, Karens de Crawfurd,

INDOCHINE. 341

verture. Les maisons, qui sont presque tibule ou portique où le roi , assis toutes en bambou et recouvertes de un parasol blanc, a l'habitude de donpaille ou de feuilles sèches, ont une chai*- ner des audiences publiques : là il repente en grosses poutres de teck : géné- coit aussi les offGciers , qui journelleralement elles if ont qu'un-rez-de ehaus- ment viennent prendre ses ordres ; ils se sée; elles sont plus ou moins grandes, mettent tous à genoux devant lui, ensuivant le nombre des personnes qui vaut de temps en temps, surtout quand composent la famille. On les divise, au il leur parle, les mains jointes au-dessus moyen de cloisons faites avec du rotin de leur téte. Une des anciennes coutumes tressé, en plus ou moins de pièces , (mi du pays est que le roi donne chaque jour servent à divers usages : pour dormir, de nouveaux ordres pour les vêtements faire la cuisine, etc. Les maisons des fonc- d'étiquette qui doivent se porter et pour tionnaires publics sont en bois de teck, la police du royaume. Quand les dignin'ont aussi qu'un rez-de-chaussée, et sont taires sont dans le palais, ils affectent de soutenues par des piliers du même bois, n'avoir entre eux pour sujet de converti en est de même de celles des personnes sation que les louanges du monarque, riches; mais les maisons des dignitaires L'enceinte du palais est une immense sont recouvertesdetuiles très-fines, d'une citadelle, qui est le dépôt général de l'arforme presque carrée, unies , avec un tillerieet des munitions de toute espèce rebord a leur extrémité, de deux centi- que le roi possède : aussi, dit M. Lemetres de hauteur, afin qu'elles puissent conte, quand la résidence royale est se soutenir sur les traverses. Les maisons prise le royaume est réputé assujetti, des fonctionnaires, quant à l'extérieur Généralement, pour la forme et la et au toit, ont une forme différente des grandeur des maisons , il y a chez les autres; mais cette forme varie suivant Birmans une étiquette sévère; il n'en leur état et leur dignité. Cette manière coûterait rien moins que la vie à celui de bâtir convient parfaitement dans les qui voudrait se construire une maison pays sujets aux tremblements de terre, sur une forme que ne comporterait pas Ce phénomène se présente rarement sa dignité; et surtout s'il la voulait dans l'empire birman; il n'inspire au- peindre en blanc , couleur réservée aux cune crainte sérieuse, l'expérience ayant membres de la famille royale. Les maiprouvé qu'il ne cause aux modestes de- sons ont peu ou point de fenêtres , et meuresdes indigènes aucun des accidents celles .qui existent sont petites; il n'y qu'entraînent des constructions plus so- a que les princes et les dignitaires qui lides; cependant aussitôt que les Bir- puissent en avoir de grandes. Les maimans ressentent les premières secousses, sons n'ont toutes qu'un seul étage, parce chacun d'eux bat fortement, avec du que les Birmans regardent comme une bois ou avec les mains, les parois de sa chose vile et abjecte d'habiter un enpropre maison en poussant de grands droit au-dessus duquel logent d'autres cris. Ce qui porte le peuple à cet usage, personnes, et surtout des femmes (1). c'est la croyance qu'il a que les tremblements de terre sont occasionnés par un une sorte de pyramide à gradins, haute de mauvais esprit, qu'ils cherchent à épou- deux cent six pied» anglais (soixante-trois

vanter par des cris et par des clameurs, mètres. ) Celle pyramide est richement dorée,

Pendant toute une année après la se- ainsi que les divers bâtiments intérieurs.

COUSSe éprouvée, une coutume SUper- (i) Crawfurd cile nu exemple remarquable

stitieuse leur prescrit de ne point cons- de I» répugnance qu'un Birman de quelque

truire de maisons. Le palais du roi dif- distinction éprouve à s'exposer au danger de

fère des maisons des dignitaires par l'é- s* trouver momentanément sont les pieds

tendue de l'édifice, par la multitude des d unc personne quelconque, particulièrement

appartements (1), et par un grand ves- d',l,IC fcmmc-. ~ lIn r*!"!**"' f1"1 vemî

,r rendre visite a 1 envoyé, a bord du bateau a

vapeur ( avec une suite de quatre à cinq cents

(i) Le palais du roi à Ava contient, selon le hommes ) : on Pavait reçu sous la tente : il

colonel Burney, cent dix-sept appartements; sa vint à pleuvoir, et l'envoyé insista pour que

longueur est de quatre cent quarante mètres, S. Ex. descendit dans la chambre de poupe :

environ. — Sur le front de l'édifice se trouve il s'en défeudit longtemps, dans la crainte que

L'UNIVERS

Les maisons, tant de bois que de bambou, semblent assez propres à l'extérieur; mais il règne dans l'intérieur une confusion et un désordre qui choquent un œil européen ; et cela s'observe même dans celles des fonctionnaires, et dans les biton des talapoins, qui sont les édifices les plus beaux du pays.

Les négociants à Rangoun et à Bassein ont lu permission de choisir pour leurs maisons la forme qui leur plaît ; ils peuvent même les faire construire en briques , comme on le fait au Bengale et à la côte de Coromandel , ce qui n'est point permis aux Birmans; cependant ils aiment mieux s'en faire construire en bois de teckt non parce qu'il manque de briques dans le pays, mais parce que, le climat étant humide , il est prouvé que les maisons en bois sont plus saines que les maisons en maçonnerie : aussi l'on voit fort peu de ces dernières , et elles servent plutôt de magasins que d'habitations.

D'après la nature du gouvernement birman, on peut facilement comprendre que les indigènes ont des habitudes serviles et timides. Chaque Birman conçoit

Îtt'il est esclave , et il proteste qu'il est, non-seulement devant le roi et les magistrats , mais encore en présence des personnes qui lui sont supérieures, soit par la fortune, soit par l'âge et les qualités morales : quand il leur parle, il ne dit jamais moi, mais kiundo, qui veut dire ■ votre esclave ». Quand un Birman demande quelque grâce ou quelque faveur au roi, à un dignitaire ou autres personnes d'un rang élevé, il fait tant d'adorations ou d'actes d'humilité, qu'il semble être en la présence d'un Dieu; quand il veut obtenir quelque chose, même d'une personne de son rang, il se met à genoux, élève les mains, et se prosterne. Autant il est vil et lâche devant le roi et les magistrats , autant il est lier, présomptueux, et impérieux avec. ceux qu'il croit ses infé-

quelqu'un ne vint à marcher au-dessus de sa tète; il lit demander très-sérieusement si aucune femme avait jamais mis le pu il sor la poupe, et ce ne fut que sur les assurances réitérées qu'on lui donna du contraire qu'il se décida enfin à descendre. — Les Siamois sont esclaves du même préjugé.

rieurs; il n'y a point de mépris, d'oppressions et d'injustices dont un Birman ne soit prêt à accabler les autres quand il se croit protégé par le roi ou les gouve meurs. Vil et abject dans l'adversité, il est superbe et arrogant dans la prospérité. Il n'y a personne, quelque pauvre et quelque obscur qu'il soit, qui n'aspire à quelque emploi public; de même que c'est une chose fréquente dans ce pays de voir des hommes qui la veille jouis» saient de peu ou point de considération devenir tout à coup , par un caprice du roi, ministres ou généraux. On assure que rien n'est plus curieux que de voir un Birman, qui était humble, affable et poli , affecter, aussitôt qu'il est devenu fonctionnaire, un ton de supériorité, grave, et prendre un air imposant et sévère, qui fait un contraste singulier avec sa conduite habituelle.

La loi de Godama ne permet pas d'avoir plus d'une femme; cependant les riches entretiennent une ou plusieurs concubines, qu'ils gardent dans des maisons séparées pour éviter les discussions qu'elles pourraient avoir entre elles. Cette même loi veut que l'homme demeure jusqu'à sa mort avec sa femme légitime, et l'opinion publique, d'accord en cela avec les prescriptions religieuses , flétrit celui qui s'en sépare. Cependant les divorces sont très- fréquents, et il faut en chercher la cause dans les circonstances qui font perdre de bonne heure aux femmes birmanes leur fraîcheur et leur beauté relatives. Quand elles sont jeunes filles, elles sont toujours avenantes et gaies; mais aussitôt après avoir eu un enfant les Birmanes deviennent souvent tellement difformes, qu'elles ne sont plus reconnaissables. Cela provient moins de la nourriture, qui n'est pas substantielle,

?jue de la manière dont on traite les emmes en couches. A peine l'enfant estil né, qu'on allume un grand feu et d'une telle chaleur, qu'il est difficile à supporter, même pour ceux qui sont bien portants : il est entretenu jour et nuit avec beaucoup de soin, et la malheureuse accouchée, étendue à côté, doit en supporter l'ardeur ayant le corps découvert ; souvent il arrive qu'il lui cause des bouffissures à la peau. L'action de ce feu, qui dure dix ou quinze jours, est si

violente aue les pauvres créatures en sont desséchées et toutes noircies. Il est difficile de comprendre comment cette barbare coutume s'est maintenue malgré l'expérience que les Birmans doivent avoir de ses fatales conséquences.

Ainsi qu'il a déjà été dit , la loi de Godama ne permet à ceux qui l'observent que d'avoir une seule femme. Quand un Birman a fait choix d'une jeune fille et qu'il désire l'épouser, il envoie chez elle des personnes d'un âge avancé pour traiter avec ses parents, ainsi

âue pourraient le faire des courtiers e commerce. Comme le prétendu doit aller habiter chez sa femme et lui apporter une dot selon sa fortune, les entremetteurs mettent beaucoup d'application à régler convenablement ce dernier point. Quand les parents consentent, le contrat est dressé et le mariage conclu sans autre cérémonie. Alors, l'époux accompagné de ses parents et de ses amis, se rend chez sa femme, où il habite pendant trois ans, après lesquels, s'il est mécontent, il peut la prendre et la conduire ailleurs. Très-souvent les mariages se contractent entre le jeune homme et la jeune tille, sans le consentement des parents, et même malgré leurs expresses défenses; en cela les lois et hs usages des Birmans sont favorables à la liberté des contractants; car ils prescrivent que ni le père ni la mère n'ont le droit de forcer leurs enfants à se marier avec des personnes qui ne leur conviendraient pas.

Les Birmans observent pendant la première nuit des noces une coutume aussi bizarre qu'extravagante : une troupe de jeunes gens se rassemblent autour de la maison de la mariée, y jettent tant de pierres et de morceaux de bois , qu'ils finissent souvent par briser les toits , atteindre les vases de la cuisine et même par blesser les personnes qui sont dans l'intérieur, et cela se continue jusqu'au matin. Il n'y a pas d'autre moyen de se préserver de ces insultes joyeuses que de se marier secrètement.

L'origine et le but de cette coutume sont tout à fait inconnus.

Un des cinq préceptes que chaque homme est obligé d'ooserver est celui de ne pas mentir ; mais le Birman est bien loin de le suivre : il est tellement

enclin au mensonge, qu'il ne semble pouvoir dire la vérité; on dit même communément d'un homme qui parle sincèrement et qui ne ment pas , que c'est un niais et un bon enfant , et qu'il n'est point fait pour les affaires. Nous avons déjà signalé ( p. 822 ) ce trait remarquable du caractère birman : il est inutile d'insister davantage sur ce point.

Quoique la qualité des terres, leur étendue, l'abondance des pluies, assurent de grandes récoltes à ceux qui se livrent à l'agriculture , le Birman , naturellement paresseux , se contentera de ne travailler qu'à ce oui lui est nécessaire pour l'entretien de sa famille et le payement de ses impositions. Enclin au repos, il aimera mieux, dans la belle saison, passer ses jours a fumer (1), a causer et à mâcher le bétel , ou bien à servir un officier de haut rang en qualité de garde, qu'à travailler utilement la terre.

Le Birman est enclin au jeu ; celui qu'il préfère, d'après San-Germano, s'ap« pelle cognento; il consiste a jeter certains fruits sauvages dans de petits trous creusés dans la terre, à peu près comme chez nous les enfants font avec des noix et des billes de marbre. tes hommes les plus âgés et les plus sérieux sont ca-

(i) Nous avons déjà dit que l'usage du cigare est universellement répandu parmi les Birmans des deux sexes et de tout âge. — Les mères nourrissent leurs enfants jusqu'à l'âge de deux ans environ ; mais Alexauder assure en avoir ru un fumer son cigare avec délices après s'être amplement repu au sein de sa mère! Hommes el femmes ont l'habitude de fourrer leur cigare daus le trou dont le lobe de l'oreille est |>ercé. — Le cigare birman se compose de deux tiers de tabac el d'un tiers de bois haché, le tout enveloppé d'une demi-feuille de ficus indica. L'immense consommation qui se fait de ce narcotique donne lieu à une industrie particulière dont nous devons dire quelques mots. — Dans toutes les rues des graudes villes ou des bourgs on voit de jeunes filles qui n'ont d l'autre profession que de vendre des cigares aux passants ; elles y gagnent beaucoup d'argent, des amants et quelquefois un mari : elles commencent ce petit trafic dès l'âge de douxe ou treize ans, el le continuent jusqu'à ce qu'elles soient mariées ou même après.

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pables de passer des journées entières à ce jeu. Ils ont une espèce de jeu d'oie, et une sorte de cartes en ivoire, lesquelles leur viennent de Siam. Ils fout aussi de petits ballons tressés avec du rotin, qu'ils lancent et reçoivent, non avec les mains , mais avec les pieds ; à certaine époque de l'année les jeunes gens passent plusieurs beures de la journée à cet exercice, que nous avons décrit plus baut (p. 324). Mais les jeux pour lesquels la jeunesse montre une sorte de fureur, de même que le font les habitants de Luçon et d autres iles du grand archipel d'Asie , sont les combats de coqs , dont ils arment les pattes avec des dards et des couteaux : le Birman dont le coq est vainqueur dans cette lutte sanglante est fier de son triomphe.

L'oisiveté porte souvent les jeunes gens à devenir voleurs de profession, et îe pays en abonde. La rigueur avec laquelle on punit le vol ne suflit pas pour réprimer la rapace avidité du Birman.

Comme toute règle a son exception , on ne doit point , d'après ce qui vient d'être dit, croire que parmi les Birmans il n'y ait point d'hommes vertueux , affables, courtois, bienfaisants, et même reconnaissants pour les services qu'on leur a rendus. On cite des exemples de naufragés qui ont reçu dans quelques villages du Pégou un accueil et une hospitalité qui ne se rencontrent pas toujours dans nos pays civilisés.

Une chose pour laquelle le Birman mérite d'être loué, ce*t l'observance générale des fêtes, et la géuéiosité qu'il met souvent à dépenser tout ce qu'il possède pour le bieu public.

« Dans un mois qui est lunaire, dit M. Leconte, c'est-à-dire dans celui où se trouve une révolution eutière de cet astre, la nouvelle, la pleine lune, ainsi nue les deux quadratures, sont autant de jours de fête : dans ces jours, chacun abandonne son travail quotidien , et se rend avec un religieux empressement aux pagodes, pour adorer Godama et lui offrir du riz cuit et des fruits. Que le temps soit pluvieux ou orageux, que la pagode soit éloignée, même de plus d'une lieue, personne ne manquera a cet acte de pieté. H est difficile de se Ggurer l'affluence du peuple que l'on rencontre sur les routes qui y conduisent. Tous

portent sur leurs épaules un bâton aux deux bouts duquel sont suspendues les offrandes. Après avoir fait leurs dévotions , il y en a qui s'en retournent chez eux ; mais le plus grand nombre reste autour des pagodes; ils se mettent à l'abri dans des salles ou loges publiques qui en sont voisines, passent tout le jour à lire (tous les Birmans, ou à peu près tous, savent lire) divers livres de religion, à parler de Dieu et de ses lois , et , après avoir pris un seul repas avant midi,

fiassent Ja nuit dans ces mêmes lieux, oui de leurs femmes. »

Outre les aumônes qu'ils font tous les jours a leurs talapoins (comme le peuple vit de peu, il n'y a pas de pauvres qui mendient), les Birmans mettent toujours de l'argent de côté pour construire soit un baos , soit une pagode , une saUe ou loge, ou bien un de ces édifices qui servent sur les routes au repos des voyageurs, et aue les Européens de I Hindoustan appellent chauderies ou bangalos, un étang, un pont, etc. Ils sont tres-portés à ces sortes d'oeuvres, et ils se privent volontiers des choses nécessaires pour pouvoir construire de ces monuments publics. 11 est vrai qu'ils sont mus en cehT par la vaine gloire et l'ambition de se dis- ; tinguer, et aussi par des motifs religieux qui leur font croire que pour chaque œuvre méritoire ils seront récompensés dans les transmigrations futures; ainsi ils croient qu'ils renaîtront hommes doués de beauté, savants, riches, et qu'ils arriveront à prendre rang parmi les Kats, etc. « Celui qui a construit une pagode, un baos, une loge, dit M. Leconte , reçoit du peuple les titres de prâtaga, kyoumtaga, zarataga, c'està-dire bienfaiteur de jtagode , de baos, de loge, etc. : ce somt #es titres honorifiques qui valent podf'êux nos titres de ducs , de marquis, de comtes, etc.

Leur vanité est encore excitée dans les fêtes qu'ils ont l'habitude de célébrer le jour qu'ils consacrent ou dédient un baos, ou bien celui où ayant terminé un édifice d'utilité publique, soit un pont , soit une pagode , ils l'offrent au public. Dans ces jours on fait le saducco , ce qui veut dire « convocation du peuple pour le féliciter de l'œuvre faite >.

On a coutume de donner un banquet à tous ceux qui viennent. Ces festins

sont accompagnés d'une musique de tous leurs instruments , de bals et de chants.

Les instruments de musique que nous trouvons mentionnés dans les diverses relations sont peu variés. Le principal est le tambourin , dont la caisse est faite de rotin tressé, ou d'un gros tronçon de bambou , et recouverte de peau. M. Leconte parle d'une roue dans l'intérieur de laquelle sont suspendus -plusieurs morceaux de cuivre et de laiton de diverses grandeurs; mais il n'entre dans aucune explication qui puisse faire comprendre le parti qu'on tire de ce singulier instrument. Quoi qu'il en soit, le tambourin et la roue musicale eu question , presque toujours aecompagnés d'une espèce de hautbois, figurent dans les cérémonies publiquesetdans les fêtes. Parmi les autres instruments que l'on entend chez les officiers publics et dans les maisons particulières, les deux les plus remarquables sont « le crocodile », qu'ils appellent ainsi parce qu'il a la figure de cet animal, et le pattala : le premier, esespèce de grosse flûte, qui a un son assez ressemblant à celui du trombone ; l'autre, de fa forme d'un petit bateau , recouvert de bandes d'écorce de bambou, que l'on frappe avec deux baguettes et qui produit un son assez agréable.

« Il y a dans le pays des danseuses de profession , qui sont une imitation des bayaderes , tant pour le costume que pour le caractère de leur danse ; mais elles ne sont pas, comme dans l'Hindoustau , attachées aux pagodes , bien s'en faut , puisque les talapoins ont fait vœu de chasteté (1). Quant aux danses du peuple, elles sont bizarres et insignifiantes ;

(i) Ceri aines chanteuses et danseuses de profession sont, en effet, attachées aux temples hindous ; mais cela n'implique pas nécessairement des relations de la nature de celles que celte comparaison pourrait faire soupçonner. >os réserves faites a cet égard en ce qui concerne l'Hiiidouslau, nous ferons obsener que plusieurs voyageurs européens put lent avec de grands éloges des bayadères birmanes. — Cox , entre autres, s'extasie sur les talents d'une petite danseuse et chanteuse d'une disaine d'années! (Voir, sur la condition des rbauteuses et danseuses dans l'extrême Orient, ce cjue nous avons dit p. 46 et 48 de ce vo-

elles consistent principalement en contorsions continuelles du corps, de la tête, des mains et des doigts : ils y mettent tant d'action qu'ils ont l'air de démoniaques. •

Dans toutes les fêtes des Birmans ils brillent des feux d'artifice, dans lesquels il n'entre que de grandes fusées ; si en prenant feu elles s'élèvent droit dans les airs à de grandes hauteurs , la joie de ceux qui les ont lancées est une sorte de fureur, à laquelle ils donnent cours par des hurlements, des chants et surtout des danses. Ces fusées, plusieurs jours avant la fête, sont portées en procession dans les habitations; elles sont précédées des musiciens et de la plus grande partie de ceux qui ont concouru à la dépense. Dans le trajet, ils dansent et chantent des chansons qui font allusion à la honte des fusées, à la force de la poudre qui les fera voler vers le ciel, etc. — Dans toutes leurs réjouissances publiques, à ce qu'assure M. Leconte, les Birmans se livrent à des luttes ou exercices de pugilat , dans lesquels ils ils sont fort adroits. Les prix destinés aux vainqueurs consistent en mouchoirs, morceaux d'étoffe et autres menus objets. — Un de leurs grands amusements dans ces fêtes est d'assister à des comédies que l'on fait jouer à de grandes marionnettes; ce spectacle se donne en plein air, le soir, un peu avant la uuit,« et souvent même aux flambeaux.

Les observations suivantes nous montrent le caractère birman sous un aspect plus sérieux et plus recommandable.

« 11 est facile de concevoir tout le bien oui résulte pour la société birmane de 1 empressement des gens riches à faire construire des édifices d'utilité publique ; car dans ce pays il n'y a pas d'hôtelleries pour les voyageurs , et le gouvernement ne prend soin ni de l'entretien des ponts ni de la propreté des rues et des routes. La sollicitude des Birmans pour les voyageurs est telle, que, de distance en distance , sur les chemins se trouvent placés de grands vases pleins d'eau , avec une moitié de noix de coco au bout d'un manche pour la puiser.

« Une chose remarquable chez les Birmans, c'est le respect qu'ils portent à la vieillesse; les vieillards sont les plus écoutes dans une conversation ; ils ont

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la première place parmi tous , et on ne leur adresse la proie qu'avec déférence el vénération. — Excepté les magistrats et les talapoins , qui , les uns à cause de leurs dignités et de leurs charges, les autres pour des motifs religieux, reçoivent du peuple des honneurs excessifs, tous les autres individus sont sur le pied de la plus grande égalité, et se considèrent tous comme ayant le même rang et la même coudition. Quand les magistrats ou autres fonctionnaires sont dépossédés de leurs charges , et lorsque les talapoins déposent leur habit, on n'a plus pour eux ni égards ni considération. Que les hommes des castes les plus méprisées de l'Inde, de l'Afrique, de la Chine, et de quelque couleur que ce soit, arrivent dans le pays, ils reçoivent des Birmans le même accueil et les mêmes attentions que tout autre étranger; on les traite avec politesse et on les admet au repas de famille. — Les maîtres traitent le plus souvent leurs esclaves comme s'ils étaient leurs entants, et les regardent comme membres de la famille. Il n'est pas rare de voir un esclave devenir le gendre de son maître. L'esclavage n'est pas perpétuel, et chaque esclave peut se racheter aussitôt qu'il en a les moyens.

• Ces dispositions bienveillantes n'empêchent pas les Birmans de vendre sou- « vent leurs Ois, leurs femmes, leurs lilles, et de se vendre eux-mêmes, quand ils ont besoin d'argent pour payer les impôts ou des amendes pécuniaires; mais en général ce sont plutôt des engagements que des ventes, parce que le contrat par lequel la liberté de l'individu est ainsi aliéuee n'est jamais souscrit que pour un temps limité. »

Les détails qui précèdent et ce que nous avons déjà eu occasion d'exposer de l'organisation sociale des Birmans, de Mu s institutions, du développement de leur industrie agricole et manufactu* riere, suffisent pour démontrer que ce peuple est très-intérieur en civilisation aux Hindous et encore plus aux Chinois. — Crawfurd les regarde comme étant u peu près au ni * eau des Siamois, et ressemblant beaucoup dans leur condition sociale aux Javanais. — Ce qui nous reste à dire confirme pleinement ces conclusions.

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